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Le mardi 13 janvier 2004 |
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Journées nettes (décembre 2001-décembre 2002)
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Il
parle avec les chiens.
Il était temps, à mon grand âge, d’essayer ça, « le
traîneau à chien ». Un peu passé Val David, sur le chemin qui mène
à Sainte-Lucie, si vous voyez un vieil autobus scolaire, orangé bien
entendu, parqué au bord d’un chemin, c’est là. Il parle avec les
chiens, il se nomme Philippe Barrière, avocat, agent en immobilier et
c’est une passion « parler avec les chiens » ! J’y fis,
un dimanche, toute une expérience. Qui n’a rien à voir avec la
bruyante motoneige. Philippe commande —en langue-chien— son
attelage-à-quatre. Ce quadrige canin
bondit, tourne à gauche sous des sapins blanchis, à droite
entre deux collines, accélère dans une pente —en profite—,
ralentit dans une montée. S’arrête dans un vallon et vous , étendu
dans le traîneau, Philippe au guidon d’en arrière,
vous écoutez un impressionnant silence. Inouï ! Une paix
totale, une fameuse communion avec « le nord ». Philippe
m’a jasé : des touristes d’Europe —qui en raffolent—,
d’un dresseur (en Mauricie) qui améliore, par croisements
intelligents, la race de ces énergiques bêtes, de ces
traîneaux aux designs divers, de l’indispensable
frein à bras, sorte d’ancre de métal, des us et coutumes de
ses chiens, de leurs pâtés « pas trop chers », du
langage approprié qu’il faut leur tenir.
Ce fut un plaisir spécial car j’avais peur —un peu— les
glisses sont parfois fort rapides. J’ai vu soudain un gaillard
qui « sortait » du bois de la forêt, troncs morts.
J’étais avec Jack London, j’étais chez Maria Chapdelaine, j’étais
catapulté dans les premiers temps de la colonie, dans le monde arctique
d’avant les moteurs. En course, baissez la tuque sur les yeux, il y a
volées de mini-glaçons venues des pattes acharnés des chiens, de
leurs frénétiques pas de course. La suspension sur « un traîneau-à-chiens »
n’a rien de confortable, le dos se cabre, les reins geignent. On se
fait secouer le squelette mais si ça cogne ferme c’est aussi un
voyage palpitant. Vous faites corps —chorus ?— avec la nature.
C’est une expérience qui raconte —à vos os— la primaire méthode
de déplacement quand l’espace gigantesque s’offrait tout nu aux
colons comme aux indigènes. Nos petites natures gâtées se font
secouer le pommier mais il est bon, une fois au moins, de retourner aux
racines du transport primitif. Ah oui, « Philippe qui parle avec
les chiens », une expérience étonnante et très instructive
aussi.
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(c) 2003, Claude Jasmin |