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samedi
soir 7 décembre 21h40 à TéléQuébec: Pleure
pas Germaine
1-
Adieu.
Et au revoir ? Demain, le 8 décembre, il y a un an, je partais.
Dans cette aventure que constitue un journal. Toute une année déjà
? Incroyable. Le chanteur : « On ne voit pas le
temps passer ». Si vrai. Hier soir, bonne bouffe au « Afghan »,
rue Duluth coin Saint-Hubert –apportez votre vin—, avec soupe
et entrées (delicioso !) afghanes, tendre mouton sur trois riz
afghans, thé afghan. Délicieux repas. Petit restau où nous
conduisaient sans égfaillir (ils savent les bons « spots »)
Pierre-Jean « Cuire-Air-Riez » et sa « filiforme »
—non filigrane— Ca(sse)role, la psy.
En après-midi, j’étais en studio (pré-enregistrement
pour le 31) avec le tandem disproportionné, le nabot Paul Houde
et l’échassière Dominique Bertrand. Tentative risquée et
folichonne de les faire bricoler une ménagerie avec mes bonbons.
On a ri de mon échec…relatif. Geneviève Saint-Germain, dont je
tente de retracer les origines, proteste faisant fi du passé, des
souvenirs et de la nostalgie. La belle rébarbative aux racines me
déconcerte. On sait ma manie de la généalogie. Un allié de mon
goût : ce Pierre-Jean. Marchant vers sa voiture, rue
Saint-Hubert, me voilà ravi quand il m’indique la maison-école
de la fameuse prof de diction, Madame Audet, l’escalier où les
élèves attachaient les vélos, le soupirail de la cave-studio
« c’est mon père, dit-il,
qui avait rénové cette cave ».
Avant d’arriver à la rue Roy, je
lui montre le garage derrière un petit manoir, jadis propriété
des Prud’homme, quincailliers en gros, un oncle riche, où se
vivait le « Studio XV » de l’animateur de théâtre
Gérard Vleminck.
Adolescent, enthousiaste j’y avais vu, de Lorca, « La
maison de Bernarda ». Pierre-Jean : « On
marchait souvent, Serge Turgeon, Yves Corbeil, d’autres,
jusqu’à ma rue Leman, dans Villeray ». Je dis :
« Diable, vingt coins de rues non »? Le temps, l’espace,
comptaient pas, dit-il, on refaisait le monde »! Nos
jeunesses trop vite enfuies. Les Saint-Germain riraient de nous si
heureux de nos réminiscences.
2-
Hier,
dans le noir du soir, au coin d’Hutcheson et Mont-Royal, sortant
de chez Cuir-Air-Riez, revoir, pas loin, le petit édifice tout
blanc au pied du mont Royal : je me suis revu, collégien
sortant de cet ex-terminus des trams avec mes vieux skis, les
soirs de congé en hiver. Loisir adoré où de si joies filles
skiaient vers l’ange de bronze juché en l’air sur le monument
à Louis-Phil Lafontaine, signé Laliberté. À notre thé afghan,
plus tôt, nous jasions sur le grand rassemblement « des vétérans »
de la télé mercredi
soir, soudain Aile qui pleure abondamment. Notre désarroi. Elle
racontait des remords. D’avoir revu —vingt ans plus
tard, vingt ans trop tard—
une fidèle amie, scripte qui sombrait dans la dépression
à répétition. Cette H.L.,
qui, mercredi, la regarde muette, semblant lui reprocher son
abandon… La douleur et voilà
Aile inconsolable, se croyant avoir été très lâche.
Carole, psy, a les bonnes paroles pour la consoler, la rassurer.
Grand malaise et puis le calme revenu enfin.
3-
Ici
m’empêcher de sombrer dans les phrases solennelles parce que je
quitte le journal. Non. Continuer comme j’ai commencé. Tenez,
cahier littérature du Devoir lu tantôt : la « une »
consacrée encore à des auteurs étrangers. Le racisme inverti sévit.
Je me tairais si je savais qu’en France —ou en Belgique,
n’importe où dans le monde— les journaux consacraient des
« unes » à nos livres. N’en croyez rien, bien
entendu. Eux ne sont pas des colonisés jouant les « internationaux »,
pétant plus haut que le trou.
En sixième page du cahier, bon
papier de Biron sur le tout récent Poulin lu : « Les
yeux bleus… » J’ai
aimé ce bref roman se déroulant dans le Vieux-Québec. Honneur
au mérite, comme on disait dans nos écoles jadis. Microbes,
virus ? Ce matin j’ai jeté à la poubelle tout le stock de
friandises apporté aux maladroits bricoleurs de « Tous les
matins », étalées sur la table du studio, tripotées par
toutes ces sales mains de salisseurs, de salauds —ils se sont
bien moqués de ma tentative. À la fin mon Houde qui me lance : « Bon.
Était-ce l’essentiel de votre topo, oui? Croyez-vous devoir être
payé pour ça » ? Le saligaud !
La Sodec et Téléfilm versaient, les
yeux fermés, sept millions de notre argent public sur un scénario
de Louis Saïa, « Les dangereux ». Le film est classé
partout (radio-télé-journaux) le « pire navet jamais
tourné dans nos murs ». Unanimité noire : « Les
dangereux, c’est de la merde »! Ces jurés anonymes qui
scrutent les projets à subventionner —avec notre mazoune—
sont-ils des « bouchés des deux bouttes »? Des bornés
pathologiques ? Eh oui !
4-
L’ami-réalisateur
Castonguay, alias Tit-Cass, au téléphone à l’instant : « Claude
? Salut ! Ce soir, ton film belge « Pleure pas Germaine »,
montré à neuf heures et demi, à Télé-Québec ». C’est
bien noté. Lui qui appréciait tant mes lettres ouvertes
d’antan, je lui apprend s qu’il y a mon
journal à claudejasmin.com, s’il a envie de me lire.
Surpris il me dit : « Ah bon, je vais tout de suite
aller voir ça ». Mon Tit-Cass lira donc l’avant-dernière entrée
!
Mél : invitation pour conférencer
à Sainte-Thérèse en… février, j’y reviens, c’est loin.
Dire « oui » sans être certain d’y être. Voyage
obligatoire imprévu ? Maladie grave ? Accident fatal, euh… décès
? Eh, personne n’est immortel. Donner son accord et croiser les
doigts.
Aile me récitait le lot des atrocités
habituelles glanées dans les gazettes de ce matin. Elle est revirée.
Assassinats, scandales sexuels, un savant pédiatre complètement
tordu à l’hôpital de Drummondville, un père, loque humaine, dénaturé,
un jeune instructeur de loisirs pervers, pédophilie crasse chez
des enfants amérindiens, l’ouvrage satanique d’un bon père
Oblat en haute mauricie, meurtres crapuleux, détournements néfastes
d’argent public… Une montagne, que dis-je, une chaîne de
montagnes de malhonnêtetés.
Moi, furetant dans une grosse bio de
Queneau, je dis : « Eh oui, voilà d’où sort
le cynisme de nous tous, notre méfiance. On devrait cesser de
lire tous les matins ces listes d’horreurs, c’est démoralisant,
désespérant, déstabilisant. Surtout démobilisateur, non ?
Aile, comme se sortant d’un bain de boue, dit : « Oui,
oui ». Mais demain matin, nous lirons la suite de ce
« carnaval des animaux ». Animaux ? Non, n’insultons
pas les bêtes, non !André Pratte, dans La Presse de ce matin,
justement, dresse sa liste des monstruosités : 1-députés
voulant doubler les retraites pourtant déjà bien payantes, 2-
grands bureaux luxueux pour des PDG de l’État, 3- favoritisme
éhonté —et bien politicien— tous azimut, 4- millions mal gérés
(loi sur armements). Pratte est d’accord. Le résultat : le
cynisme. Avec, forcément, le désintérêt des citoyens écœurés
pour la démocratie élective. Danger très grave.
5-
Étonnant
de lire la charge anti-fédérale d’une Lysiane Gagnon ce matin.
Elle commente le centralisme effarant du projet fédéralisateur
du sieur Romanow, ajoutant qu’il se cherche un bon job en suggérant
l’invention —dans son rapport centralisateur— d’un BMS,
Bureau mondial de la Santé. J’ai ri : la Gagnon
n’oserait jamais publier (chez le père Desmarais) :
« Vive le Québec libre, libre du « tout à Ottawa ».
Comme on dit « tout à l’égout ». À gauche de
cette lysiatanie, la droitière ouimessie (M. Ouimet)
bafouille en sa colonne sur « Vie de fou »,
cherchant qui blâmer sur « maman au travail »,
« papa absent stressé », une farce. Bien enfoncée
dans sa presse consommationniste (à outrance ) elle fait mine de
philosopher. Causerie à vide.
Le Gérald Tremblez (sic) abolit la
coutume chrétienne du grand sapin illuminée (hôtel de Ville).
Pour pas gêner nos
nouveaux-venus. Lettre ouverte de Caroline Dupuis pour se moquer :
les autres cultures, c’est sacré, faut pas les offenser.
« On ne voit pas ce reniement nulle part au monde »
dit-elle, ajoue : « imbéciles colonisés ». À
ses cotés, Khuong V Thanh : « Au Vietnam,
mon pays bouddhiste à 90 %, Noël était fêté comme dans
tout l’univers. Niaiserie que cette idée de ne pas offenser les
autres cultures ». Une émigrante étonnante, Marie-Rose
Bacaron, dit clairement que l’émigrant n’a pas à se sentir
mal là où il a choisi de s’installer, mais à s’adapter.
Elle livre son aversion de nous voir, collectivement, nous
rapetisser, nous écraser par complaisance. Laisser s’écraser
nos traditions, us et coutumes par « colonialisme »
(son mot). Elle regrette les ghettos qui encouragent à la non-intégration,
elle note que tchador, kirpan, turban, hijab, s’installent
hardiment. Son désaccord est courageux, il fait honte aux
« trembleurs » de service un peu partout, toujours
disposés à s’effacer de leur propre histoire. Comme les enragés
de la laïcité —tel ce petit Baril-Tonneau des Droits de l’Homme
en tête de ce cortège au neutre bien gris— s’énervant des
croix chrétiennes en places publiques, héritage historique renié.
Même « tribune des lecteurs », un ironiste doué,
Daniel Savard de Belœil (même sujet), dit qu’il installera
sous son palmier à cocos lumineux dans son salon, pas une crèche à
paille, mais un igloo, pas d’âne mais un phoque. Un morse à la
place du bœuf et, enfin, au lieu d’un enfant Jésus, un
ourson… polaire. J’ai ri.
6-
J’avais 33 ans, c’était
1964, j’écrivais dans ma cave les premières lignes de « Pleure
pas Germaine ». Cela se passe dans Villeray, le chômeur
« au loyer pas payé », Gilles Bédard, râle face aux
policiers de la rue Jarry, des paresseux incapables de trouver le
meurtrier de sa grande Rolande. Il y a le laid viaduc du boulevard
Métropolitain derrière sa caboche d’ivrogne.
Un soir de l’an 2000, au Festival
du film, je voyais un autre Gilles Bédard, flamand francisé, qui
gueule lui aussi. Le laid viaduc d’une banlieue de Bruxelles
proche de sa maison modeste. Il va partir à la recherche de
l’assassin de sa Rolande avec sa Germaine qu’i aime toujours.
Et les quatre enfants qu’il va mieux découvrir. Je regardais
avec un vif plaisir la version filmique de « Pleure pas
Germaine » par le jeune cinéaste Alain de Halleux. À Télé-Québec,
ce soir, je regarderai encore ce film sans aucune cascade, ni
effets spéciaux, rien de « dangereux », être ému
encore quand le Gilles va s’écrier : « Débarrassez-vous
de moi, partez sans moi, vite, laissez-moi ici, allez-vous en, à
quoi je sers Germaine, à quoi je suis bon ? À rien » !
7-
Dernière
entrée donc. Oui, adieu et au revoir. À quoi je servais avec ce
journal ? À rien ? Non, non, j’ai reçu des messages chauds
comme du miel, j’ai entendu des commentaires, bons comme du bon
pain. Merci. Adieu et au revoir !
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