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1-
Reviens
d’ «encore » quatre jours loin du clavier, du
cher journal. Un mercredi bien gris. Ciel d’une chétive lumière
novembrienne. 20 courriels (au diable le mot Mel) et devoir y répondre
au moins brièvement. Bonne chaleur venue de tous ces « bons
vœux » pour mon anniversaire de naissance. Tantôt au téléphone
le jeune Beau-soleil bien « ennuagé », lui. Poursuite
de 60,000 tomates au bout du nez. Semble se chercher des appuis,
des défenseurs. Lui ai dit qu’on ne peut mettre sous copyright
une idée, hélas. Mais qu’il se trouve vraiment bafoué et
qu’éthiquement il a mille fois raison.
Il avait « parti » (édité
aux « Intouchables ») les folleries « verbachimes »
du Chrétien qui ne parle aucune des deux langues officielles.
50,000 copies ! Le jeune Beausoleil trouvait que deux livres, c’était
assez. Mais on a voulu presser le citron.
Brûlé et puis Lanctôt font fi de « son sens de la
mesure » et, sous d’autres signatures, publient un tome 3.
C’est très triste chez des gens de livres. Mercantilisme fréquent
en ce domaine ? Ça arrive, oui. L’idéateur a fait publier une
bonne lettre de colère. D’indignation. Les avocats ripostent
donc ! Bon, je lui ferai
« une lettre ouverte », n’ayant aucune chronique (Le
Devoir ne répond pas ). Qui sera publiée ? Ça…
2-
Ce
matin donc remontée en Laurentie. Gros petit-déj au « Petit
poucet » de Val David, un ogre : deux foetus de poule,
au miroir, mes chères bines, leur bonne confiture aux fraises, le
pain de fesse…Yam ! Nous irons aux injections anti-grippes tantôt.
Vendredi après-midi (et en soirée)
qui vient :aller m’installer en kiosque (Trois-Pistoles
éditions) Place Bonaventure. Le Salon aux 700 auteurs ! Hum !
Je me suis fait des copies de certains
messages reçus. Y répondre au plus vite ? Énervé, je refuse
des invitations (à conférencer) ici et là. Ma peur de dire
« oui » et de décevoir ensuite. Débordement.
Hier soir, le « Groupe des six », bonne bouffe au
« Petit italien » de la rue Bernard. Tour de table
longuet sur les coiffures par ces dames. André (Dubois) et moi :attentifs
et sourires au bec ! Autre tour de table sur les bobos de nos
compagnes. Longuet. Voilà mon « Grand sec d’Orléans »
vantant le Mario Dumont. Tout pour nos faire enrager. On
ne mord pas et il est déçu.
Ring, ring ! C’est la Francine L.
de mes aquarelles-à-vendre.
Pas en bonne santé du tout. Reviens d’une semaine chez…
Castro. Éblouie ! « Mer si verte, mon
cher ». Me recommande un hôtel choisie avec
bonheur— « six piscines » Claude !— viendra dans
dix jours nous visiter. Me rapportera l’invendue bannière de
procession de Fête-Dieu, celle au Christ ultra-saignant. Bien.
3-
Dimanche
midi le très bon poulet « de sa recette » chez ma
fille, Éliane, rue Chambord. Mes cinq ex-gamins, devenus de
grands jeunes hommes, à mes côtés. Le bonheur ! Chandelles soufflés
d’un seul coup. Vœu exaucé donc. Que Dieu me prête vie encore
longtemps. Danier, mon fils, en bonne forme. Un petit peu triste :son
chien Zoé resté (ordre d’Éliane !) à la maison. Remise de
mon « À coeur de jour ». Rituel annuel au fond ! Me
rendrais-je à 100 bouquins avant de lever les pattes !
Vu le « 24 poses » à la
télé de ARTV. Effrayant portrait (en 24 poses) d’un pauvre
petut monde sans horizon généreux. Réalisme qui blesse. Vérité
crue qui me remue toujours. Le désastre des « gens heureux
de si peu » ! Avec un moret dans la cave à la fin de ces
dialogues de crétins. Oh la la ! Une dramaturgie « d’icitte »
et pourtant pas si éloignée de celle des grands Russes. Les âmes
en peine.
Dany Laferrière (il a une couverture
de presse fantastique en ayant simplement rajouté 120 pages à un
livre ancien ) chez Bazzo à Cbf.fm. Il dira : «
Si la princesse Diana, morte dans cet accident, avait aussi tué,
dans sa rutilante voiture, un magrhébin de Paris, elle devenait
un monstre effroyable de sa Jet Set ». Vrai. Un fil sépare
l’héroïnisation et la diabolisation. Le hasard. Il parle de la
Monica à Bill Clnton. Il dit des choses étonnantes. Ah si on
invitait parfois un écrivain aux actualités ! Mais non. Chacun
son ghetto. Sur le 11 septembre, Dany dit : « l’Événemenmt
important c’est le Proche-Orient depuis 30 ans, pas le 11
seulement ». Si vrai. Mais (contradictoire) il dit aussi que
les actualités (politiques ou autres) ne l’intéressent pas
vraiment ! Bizarre affirmation.
J’ai lu (où, où ?) que tous ces
Cubains anti-Castro, se sauvant aux USA et faisant du démarchage
pour faire durer l’embargo, sont d’ex-riches
capitalistes cubains bien nostalgiques du bon vieux bordel
antillais. Que Castro les a connus aux « écoles de petits
bourgeois » de sa jeunesse. Que c’est ce vieux combat qui
dure toujours. Que le pauvre peuple de Cuba doit payer les frais
de cette antique « chicane de classes » du leur Leader
Maximo. Horreur non ?
Laferrière
parle de son retour de deuxième exil : Miami. Il va
affronter l’hiver qu’il n’acceptait plus.
Émile Ollivier ( originaire aussi de
Haïti) meurt dimanche dans la nuit. Crise cardiaque. Je l’avais
un peu connu. Sobre,
grand seigneur, prof instruit, rien du genre « cabotin
joyeux » de Dany. Il a bien parlé du malheur d’être
apatride. Disant —pas verbatim— qu’un exilé ne revenait
jamais, jamais, de sa patrie originaire. Eh oui ! Et plein de
monde autour qui ne supportent pas que nous parlions de la patrie
que nous n’avons pas eu le malheur de devoir quitter. Ah ces déracineurs
volontaires !
UnMardi, hier, je veux faire un petit
tour chez Daniel, or, en roulant, distrait —je songeais à mon
topo à livrer pour Chicoutimi-Radio—
j’oublie sa rue Legendre et me retrouve à… Jarry sur
Christophe-Colombn ! Bon. J’irai boire un café rue Henri-Julien
à l’ombre de ma vielle église Sainte-Cécile. « L’Ambiance »
—ex-snack-bar où on allait siroter un Coca-Cola, la messe trop
longue— est un
sympathique joli café. Deux jeunes filles écrivent, studieuses,
sur des cahiers lignés. Romans à venir ?
Je
lis un vieux « Voir ». Puis, je revois l’école de
ma jeunesse rue De Gaspé. Cour d’école avec plein d’enfants
d’immigrants, des gamins Noirs nombreux, pas un seul dans mon
temps !, le site des Sourds et muets, rue Saint-Laurent,
l’ex-Gare Jean-Talon… mon passé enfui quoi, et je rentre
Chemin Bates.
Revenant de chez mon prothésistes à
oreillettes, rue Fleury, arrêt chez Éliane, mardi : pas un
chat ! J’ai la clé, besoin de pipi. Je monte voir les
chambres…Oh misère ! Le carphanaüm habituel. Les portes se
bloquent sur les fatras. J’admire l’aquarium géant du
benjamin Gabriel :
joliesse de ces eaux vertes à poissons rouges…et bleus !
Incroyable, mon amerloque grognon,
Tod, sur un Mel. Popr marquer mon anniversaire, encore une fois,
il me traîne dans la boue. Ça le démangeait ? Genre :
« Falardeau, lui, pas un vendu, n’obtiendrait jamais une
chronique au Devoir. Si vous l’avez, Jasmin, comprenez » !
Bien, j’ai compris que je ne suis pas un vendu car je suis assez certain de ne pas l’avoir !
Laferrière, lui, a annoncé chez
Bazzo qu’il chroniquera régulièrement à « La Presse »,
le chanceux. Non mais quel « vendu » hen ? D.L. a dit
que les sujets n’ont aucune importance dans les bouquins
« que seul le style » restera …ou pas ! Drôle, je
le voyais pas du tout en styliste appliqué. Cela, le talent ?
Dany a vanté et « l’ambiguïté essentielle » et
les contrats avec les gens. Il déplore ce Réjean Ducharme
invisible, secret, réfugié loin du monde ! J’ai toujours aimé
placoter avec lui (salons du livre), ce bon géant Noir est plein
d’humour (chez Marc Labèche il fut cocasse), a un esprit
caustique et souvent désarmant. Soudain il dit : « je
déteste farouchement la familiarité. Parce qu’on aime ce que
vous écrivez , on se croit tout permis. Il faut garder des
distances sinon il n’y a plus vraie sincérité ». Je sais ce
qu’il a voulu dire. Il y a des gens sans jugement là-dessus. Je
l’aime et je ne serai pas trop familier avec lui, promis.
4-
Oh,
courriel nouveau : promesse
de Guy L. à CKAC. On me veut chez Paul Arcand le 20 décembre au
matin pour « mon » rituel conte de Noël. Je sais déjà ce
que je raconterai.
J’étais encore dans un cimetière
lundi matin. Pas mal plus vaste que celui des Jasmin à
Saint-Laurent. La SSJB de Montréal veut désormais joindre, à sa façon, le Jour du Souvenir,
le 11 novembre quoi. Ne plus laisser aux fédérats seulement ce
rappel de nos soldats morts outre-mer.
C’est
correct. Il fallait entendre mon président Guy Bouthiller
—excellent prof
d’Arcand, il me l’a dit, en sciences-politiques jadis— faire
un étonnant raccordement : si le Canada de 1942-43 avait été
nazifié, il n’y aurait plus eu « d’indépendance du
Canada » et, partant, cette idée d’un Québec indépendant
n’aurait pu naître et croître comme elle a cru. Vive donc nos
braves vétérans !
J’applaudissais intérieurement cet
habile détour stratégique et fort amusaant.
Guy parle avec enflure, un min-DeGaulle. J’aime ça.
J’aime cette vielle rhétorique à ronrons bien tournés. Si je
me retenais pas des fois…j’y recourrais volontiers. La peur du
ridicule ? Je devrais pas me retenir.
Au pied d’une grande croix de
granit, plein de petits soldats boutonneux, plein d drapeaux au
vent, très violent lundi midi, du tambour qui roule, une
trompette qui pleure « The last call », de la
cornemuse…Mes délices, mon goût des parades comme du temps des
« Corps de clairons et tambours » des écoles. Je me
sentais bien, redevenu un gamin malgré la pluie, les sentier
boueux, les feuilles mortes partout.
Et puis ces vrais vieillards en
avant-scène qui me rajeunissaient, à béquilles, à fauteuil
roulant, couverts de belles médailles luisantes. J’ai tant voulu
ces médailles, écolier ! « Salut…! », me fit Bernard Landry me tendant la main lui qui venait de
donner une opinion très actuelle : pas de guerre sans
l’aval de l’ONU, jamais la guerre si possible. J’étais fier
de mon Premier ministre. Une fillette distribuait des colliers à
fleur de lys marquées ‘Je me souviens ». À mon côté,
une vieille « kouak » en uniforme kaki, médaillée,
fit un « non » vigoureux à la distributrice, « une
anglaise « me dis-je. Non, elle causa français avec le
fils de feu le célèbre
héros (campagne d’Italie), le Général Dollard Ménard, le
seul haut-gradé de l’armée « canadian » à
inviter, en 1980, les gens à voter « oui » à notre
patrie. Il en a payé le prix !
Rigolo d’observer les quatre caméras
des quatre réseaux, au coude à coude, bien collées, filmant
tous… la même chose !
5-
Un
lundi soir formidable. Tout petit restau ( La forchetta rue
Laurier, « apporter vot’vin ») loué pour
l’anniversaire de l’épouse de feu le fameux comédien Georges
Groulx, Lucille Cousineau, « fille » du père Legault. 80 ans et en forme splendide ! Vint-cinq convives —dont
l’amie Françoise Faucher, Hughette Oligny, Gilles Pelletier,
Gabriel Gascon, Gérard Poirier, etc.— qui font de joyeux
drilles. Piano loué, vieilles chansons françaises —reprises en
chœur tonitruant— des fleurs en vingt bouquets différents, de
brèves adresses. Que de rires joyeux ! Un souper hors du commun.
Reconduisant Lucille à son chic
« Sanctuaire », au bout de la rue Lajoie, Aile et moi
avons les bras « fleuris » surchargés. Le concierge
tout étonné de tant de bouquets veut actionner deux ascenseurs !
Le lendemain —gras « osso bouco », vin rouge
de trop— pas trop en forme pour aller jaser « racines »
à « Tous les matins », croyez-moi. La maquilleuse : « Vous
avez les yeux petits à matin
! » Moi : « Oui, agrandissez-les moi
sioupla ! »
6-
Samedi
soir dernier, fameux film à Télé-Q. « Magnolia »,
signé Paul-Thomas Anderson, trois heures au moins. Du vrai
Altman, avec du chassé-croisé étonnant, des liens qui se
tissent peu à peu. À la fin, réunion étonnante d’un lot de
protagonistes. Je reverrais volontiers ce film. Le louer un jour
au vidéo-club du coin. En conclusion de tant de misères
humaines, soudain, une pluie de…grenouilles. L’effet visuel
est effroyable. Plaie d’Égypte en Californie !
Ah oui, ce « Magnolia » , classé « chef
d’œuvre » exagérément reste un film vraiment hors de
l’ordinaire. Et pas de ces pubs maudites aux huit minutes !
Youopi !
Dimanche, Daniel Marleau, se fait
volontiers mon vaillant consolateur (ma tristesse de samedi quand
je ne déniche pas une seule ligne dans les cahiers des
gazettes-livres pour annoncer la sortie du tome 1 de mon journal).
Celui-là, envie de le nommer Président —à vie— de mon
fan-club…qui ne compterait qu’un membre, lui, Marleau.
Retour de l’École-Bouffe. J’y
suis allé cum pedibus. Quatre rues…mais souffle court. Que des gâteaux !
Pris une tarte pas trop sucrée. Aile ne dit rien. Hâte de
descendre à « son » souper et… au dessert ! Je suis
en manque. Descendons. On ferme
! On ferme !
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