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1-
« Bloody
Sunday », crie un film. Comme hier, une météo niaise. Il a
neigé avant-hier, hier et cette nuit. Les feuilles d’or de mes
érables restent là, étonnées ! Ce matin, Jocelyne Doucet
raconte sa visite chez le cher Poulin, romancier aimé qui vivait
à Paris, qui revient à Québec, ayant le mal du pays
soudainement. Il aurait voulu imiter « l’homme invisible »
de nos lettres, Ducharme. Ce dernier, si sauvage a eu tort de se
cacher sans cesse. Il méritait plus de lumière en médias. Son
droit, certainement.
Poulin médite longuement toutes ses
réponses dit sa questionneuse de La Presse ce matin. Prudence
excessive ? Manque de spontanéité ? Frousse de paraître
« en dessous » ? Vanité au fond. Orgeuil démesuré.
Tendance fréquente chez les « timides »… calculateurs
un brin. Les répondeurs dans mon genre courent
des risques. Oh oui, les candides qui se livrent vite sans
arrière-pense, faisant confiance à leurs vis-à-vis.
Poulon affirme qu’il déteste ses livres ? Diable ! Une sévérité
louche non ? Vouloir se faire passer pour un perfectionniste ?
Je veux lire son « récent »,
j’ai toujours aimé ses proses.
Dans « Écrire pour la gloire
et l’argent », paru l’automne dernier, je recommandais
aux nouveaux venus ou de s’exiler ou, en tous cas, de rédiger
sur… « ailleurs qu’au Québec » s’ils
voulaient de l’espace médiatique. Ce matin, cahier Lectures :
Gougeon et Tourangeau
comme Yann Martel offrent des livres loin de ce Québec méprisable,
damné. Sotte tendance à la mode ? Le déracinement a bien
meilleur goût pour les affionados
de la Jet Set littéraro-mondaine actuelle. Pouah !
Je ne souhaite pas du tout relire
sans cesse des « Un homme et son péché », ou des
« Trente arpents », ni des « Maria Chapdelaine »,
ou des « Menaud, maître draveur », que non. Mais
j’aime lire un auteur espagnol qui me parle de son pays, qui me
raconte son Espagne, celle qu’il vit, celle d’aujourd'hui.
Lire l’écrivain Italien (ou Allemand) qui illustre sa culture
dans tous ses bouleversements. Que le Mexicain me raconte son
Mexique.
Le Brésilien s’efforçant de me faire vivre un conte
incarné en Turquie…Bin ! Bien sûr, il n’y a pas de loi
absolue et il peut bien y avoir réussite parfois dans le dépaysement.
Mais de voir s’installer, comme systématiquement, « l’art
d’être ailleurs » me tombe sur les nerfs. Surtout quand,
c’est assez clair, l’auteur d’ici (c’est fréquent
maintenant) installe son monde aux USA avec des prénoms « very
american » (pas
fou l’anticipeur de droits bien payants). Racisme inverti ? Oui.
Je le redis. De là ce mépris envers soi-même.
Ce Yann (!) Martell (comme on
prononce son nom à Londres et à Toronto) est un nomade
volontaire. Itinérant insatiable —qui dit « vivre
chichement » (?)—, ce fils de diplomate, célibataire sans
doute, se promène sans cesse et forcément, son inspiration n’a
rien de québécois. C’est donc autre chose, un cas à part. Il
va passer l’hiver prochain à Berlin, le printemps à Mexico.
2-
Ce
matin mon cher humoriste, Stéphane Laporte, assomme les chasseurs
et condamne tous les
fusils. Brillante chronique une fois de plus. Souvenir :
jeune, comme lui, le poète Pierre Perreault m’a invité en son
spacieux cottage de
Town of Mount-Royal. On jase. Au chic salon, devant moi, tout
heureux, il frotte ses belles carabines de chasse, le poète si
doux. Mon Perrault partait
bientôt pour tuer des bêtes. J’en
suis fort mal à l’aise. J’arrive mal à comprendre cet
homme. Il signera, beaucoup plus
tard « La bête lumineuse », un film bavard, imbibé
de bière, où les chasseurs grossiers s’illusionnent en longs
soliloques pilosophiques bien creux. Un film vain d’un poète
qui avait su tant nous bouleverser avec les « anciens »
de l’Ile aux Coudres. J’ y repensais à cette rencontre
bizarre en lisant Laporte.
Sommes aller voir « Le nèg »
de Morin hier soir en bas de la côte. Pas vraiment un film contre
lanegrophobie. Plustôt un portrait sur des jeunes gens arriérés
mentaux vivant dans un village. Charge anti-paysanne ? Certains
diront « oui ». Faux, on sait qu’À Montréal comme
à Sherbrooke il y a plein de ces mal dégrossis jeunes gens qui
cherchent une occasion de cogner, de faire peur, de dominer eux
qui n'ont aucun pouvoir sur rien dans leur misérable existence.
Ce cinéaste québécois a un talent très fort pour dépeindre
avec un réalisme total cette lie de la terre, qu’elle se
rencontre à New-York ou à Paris, à Sydney ou à Marseile. Ses
acteurs (et actrices) se livrent avec génie dans la compositiion
de ces misérables.
Auber, Bouchard, les deux Bilodeau,
la danseuse…tous y sont effrayants. « Le nèg », fer
battu et rebattu, fait voir avec un éclat troublant le grand
danger d’avoir affaire avec des ignorants bornés et dépourvus
de toute fibre morale, policiers compris. Aile et moi en avons eu,
comme on dit, pour notre argent. La syntaxe (visuelle) élaborée
par Morin en fait un film bien articulé et moins banal que tant
de suspenses ordinaires. Chapeau !
Aile ramène (biblio locale) une
brochure-livre sur « Les 150 ans de la paroisse de Sainte-Adèle ».
Une monographie fleurant la religiosité. Église, chapelles,
cimetières déménagés, photos des cérémonies religieuses…On
lit cela avec l’impression que « hors de cette église
omniprésente …point de vie »! La vérité ?
J’avance dans le livre-chouchou
recommandé par Foglia. « Manuel… à l’usage des jeunes
filles » de Bank. Misère… C’est d’un plat bien
assommant. La fillette de 14 ans (Jane) entourée, cernée, par
ses ennuyeux bourgeois (parents, amis, voisins). Il me tombe des
mains souvent et ne sais pas si je vais poursuivre…Je raconte
cela pour dire le danger de recomandser un livre. Ou un film.
Je lis : « Si vous gagnez,
les traîtres deviennent des héros ». Dixit Georges
Washington, révo américain condamné à mort par Londres. Si
nous avions gagné une patrie en 1980 —comme les Étatsuniens en
1776— nos jeunes révos du FLQ, condamnés, seraient-ils
aujourd’hui des héros ? J’y songe.
Vendredi je lis un éditorial à
propos du conflit —né d’une entente généreuse avec une
tribu amérindienne très minoritaire en Côte Nord. Culpabilité
niaise des crocodiles actuels face à la pauvreté, le chômage,
le décrochage, la drogue… « alouette ». Grave
chicane que veut calmer le père Chevrette. L’article installe
le mot « Blancs » sans cesse. Jamais le mot « Rouges ».
Ah ! Aussi on laisse entendre qu’il y a deux minorités qui se
chamaillent.
Or, nous formons 84 % de la
population.
Cette façon de décrire la réalité
concorde bien avec l’idée (trudeauiste) qu’il n’y a au
Canada qu’un simple paquet de minorités ethniques, Québécois
ou pas Québécois ! Une entreprise aux longues racines pour nous
refuser le titre de nation. Écoeurant ! À mes yeux ces
descendants de Rouges —tout comme nous, descendants de Français—
sont des Québécois à part entière et il n’y a pas —il
n’y a plus en 2002— à les différencier des autres ciyoyens
du Québec. Des chefs malins, tribaux, font tout pour que se
continue un clivage sordide qui conduit à toute sortes de
conneries, de faveurs niaises. Une culpabilité grotesque rend des
gouvernants stupides.
Bon, on a un autre cerveau. La
bedaine. Opinion de M. Pierre Pallardy. À la radio, il vante les
mérites d’être très attentif à son ventre. Voilà
que l’animateur, Homier-Roy, nous raconte ses atroces maux de
ventre, enfant, chaque
fois qu’il repartait pour son internat. Voilà que ce Palardy
nos avoue ses maux de ventre, enfant,
tous les jours (!) passés dans son orphelinat. Bin bon yeu…je
vais guetter le tiraillements de mes « entrailles-et-béni »
!
Même radio : il pleut à Montréal.
Ah ! Oui, neige seulement en lieux montagneux. Ah bon !
3-
Vendredi après-midi,
moment de forte nostalgie. J’entre au collège André-Grasset
par « l’escalier de majesté » et les grandes
portes. Collégien, c’était la petite porte étroite du bas, à
gauche de la bâtissse ! C’est que l’on allait me remettre le
Prix André-Grasset. Je revois ces lieux bien aimés quand je
m’y amenais à 13 ans —le Grasset avait le même âge—
ému, les parquets de céramique toujours aussi luisants,
les balustades des escaliers en fer forgé, le vitrail en
l’honneur de Grasset, religieux né à Montréal, tué à Pais,
en 1789 par les « sans-culottes ». Plus d’un
demi-siècle a passé !
Exellent spectacle de « variétés »
dans l’auditorium d’une aile ajoutée par des profs. Avec
musiciens svp. L’un, étonnant, en soutane noire, parodie Brel
avec ses « Rosa, rosis rosae… »
J’ai ri. Il y met une sorte d’agressivité comique qui
me soulage de mes frayeurs de jadis, de devoir appendre le latin
et le grec ancien. Cérémonie avec allant « rapido »
(bravo !) pour évoquer les époques de l’institution. Appelé
à recevoir mon prix, j’en profite —mode répandue— pour
« demander pardon » d’avoir bousculé si souvent mes
profs et distrait mes collègues. On rigole dans la salle. La
lieutenant-gouverneure en fauteuil roulant
me donnera sa photo en couleur (!) dans un carton doré
—où elle me félicite du prix remporté parmi 50 candidats. Généreuse,
elle s’exclamera au micro : « Le collège
Grasset doit supporter les « dérangeants » comme
Claude Jasmin, ça valait la peine… »
À la fin, bons vins servis, amuse-bouches de qualité, je
jase avec des vieux sulpiciens rettraités. Avec l’un en
« clergyman » bleu poudre, l’on chante, dans un
recoin, en catimini, un « Kyrie eleison » bien grégorien, une musique ue
j’aimerai toujours. Qu’un rappeur en culotte-poche-à-patates
devrait remettre à la mode, tiens !
Pour laisser passer le trafic de 17 h
je roule, rue Des Coopératives, chez Daniel : pas un chat !
Je roule rue Chambord chez Éliane : pas un chat !
Bon, je tente un crochet via Lorraine et Bois-des-Filions. La 335.
Moins de bagnoles. En une heure, par la 664, je rentre montrer mon
beau Prix (un tableau
de Gadouas) à Aile… moi qui, collégien, ne gagnait jamais rien
à part d’aller me faire gronder chez le préfet de discipline,
Langis. À cause de mes bouffonneries fréquentes. Je ne sais trop
pourquoi être retourné au collège à 71 ans m’a fait du bien.
Mystère ! Je venais de déclarer sincèrement que sans ces
quelques années au Grasset je ne serais pas devenu ce que je suis
devenu. C’est ma vérité.
4-
Aile
en colère avant-hier soir. « Crétin fini va » !
Aïe ! Elle qui me recommande souvent de mieux peser mes
gros mots quand je m’emporte à la radio ou à la télé ! Le
lendemain, demande de pardon. Ses regrets sincères. C’était ma
faute, j’avais joué encore le papi richissime disposé à défrayer
un vague projet de voyage de l’aîné de mes petits-fils. Cela
l’enrage et ça m’amuse de jouer, à l’occasion, le mécène
(mes cennes) aveuglé pour la taquiner. J’ai payé. Je conte
cela pour montrer qu’un haut couple… emblématique (tic tic)
peut connaître des… bas. La vraie vie.
Moscou. Fin d’une prise de
centaines d’otages. Les cagoulards exigeaient « la fin de
cette longue guerre anti-indépendantiste » en Tchétchénie.
Conflit qui intéresse personne au monde apparemment. Paquet de tués.
Une centaine de Moscovites qui étaient aller bonnement se
divertir…et qui crèvent. Poutine, un ex du KGB, satisfait. Une
première : du gaz au cloroforme condensé par les bouches
d’aération. On ne négocie pas plus avec Poutine qu’avec des
Trudeau-Bourassa en 1970.
Vendredi matin, épais manteau d’ermine
partout. Partagé entre entrain et déprime. Un héron sur une
patte puis sur l’autre. C’est si jolie la neige nouvelle !
Sortons la brosse. Oui, une joie. Cela vient-il de la joie de
l’enfance à l’arrivée des premierrs flocons ? C’est
certainement inscrit dans nos gènes. Sans doute.
Cette semaine, le bon comédien Yves
Jacques face à Homier-Roy à ARTV. Un visage à la Thierry
Ardisson. La bouche en longueur. Un excellent entretien. Une bien
bonne émission dans cette série. H.-R. intelligent questionneur.
Parti-pris de ne rien demander sur enfance, jeunesse, famille, études,
premiers essais, échecs, réussites etc. Tant pis ! L’on saute
vite dans la carrière entamée de l’invité. Je le regrette
toujours. Mon côté méméring ? Commère…Souvenir : Yves
Jacques, tout jeune en 1980, arrivait de Québec.
Bédard (le réalisateur)
et moi avions sauté sur ce long gringalet au physique si
particulier pour lui faire incarner
un jeune « salaud » de la série « Boogie-Woogie ».
Un jour, il nous quitte, brusquement, il veut aller chanter avec
une actrice de la vieille capitale, sorte de Piaf à l’étoile
montante, aujourd’hui disparue.
J’avais beaucoup regretté son départ.
J’ai reçu, en réponse à la
mienne, une longue lettre chaleureuse de Michel Dumont. Notre
contentieux « flou, bête et vain », est réglé.
C’est évidemment confidentiel mais juste dire que Dumont est un
écorchhé vif —je savais pourquoi, nous avons été des amis du
tems de la série « M.
Le Ministre » réalisé par d’Aile—
magré ses allures de matamore bienheureux et que j’aime,
moi, les écorchés.
Reçu aussi une letrre-réponse du
PDG de Sogides, Pierre Lespérance. C’est —définitivement—
« non » pour projet d’album illustré de « La
petite patrie ». Le modeste éditeur beauceron, René Jacob,
lui, m’a dit « oui » depuis et je vais donc —après
le journal, début décembre—
foncer dans une nouvelle série de tableaux évocateurs des
années 1930-1945.
Moi bébé, un Prix André-Grasset ?
C’est que je voudrais retrouver la longue morve-au-nez acheté
jadis comme farce et attrape. Je vais cogner chez le benjamin,
Thomas ! Envie de faire rire Houde et Berttand en studio avec ce
leurre d’un réalisme époustouflant ! « Bébé va »,
dit Aile.
Le chroniqueur d’ « Accès
Laurentides » peu informé. Il a vu le film « Das
experiment » et termine par un « s’il fallait
que l’on réalise vraiment cette expérience ». Or, cela
fut fait justement aux USA et a inspiré le fim allemand. Cela
rappelle l’odieuse expérience (sur les cerveaux) du docteur
Cameron —subventionné par la CIA— au Royal-Victoria Hospital.
Une voisine de Bordeaux, J.H., en fut une des malheureuses
victimes. Il y a eu poursuites et règlements hors-cours pour
cette écoeuranterie médicale du type « Das experiment ».
Le film est en bas de la côte, je veux y aller, mais Aile…
non… Crainte d’en être déprimée longtemps. Avec raison sans
doute.
Le tueur embusqué débusqué. Ce
John Allen Williams, aussi Mohammed, fut dans l’armée et
longtemps ! Oh, ah ! Est-ce une école de…folie ? On se tâte.
C’est un Noir et c’est mortel pour les Noirs. Il se
convertissait à l’Islam et c’est mortel pour l’Islam. Les
amalgames faciles vont pleuvoir maintenant.
5-
Coup
de fil de Sylvain Rivière, un sympathique et bon vivant, jeune
auteur « madelinot » venu de la Gaspésie. Il me veut
pour signer une « recommandation » car il veut étudier
à l’Inis. Je lui
dis : « Sauve-toi de là. Va pas là. Ces écoles
de ceci et de cela (en créations diverses ) sont un foutoir. Tu
perdra ton argent et ton temps. Rédige tes projets et dépense
ton énergie à
trouver un producteur. Il semble un peu sidéré. Je lui dis : »À
moins que tu ailles pour te faire des contacts… » Il a
compris que je lui refuse une « bonne lettre » pour un
de ces « lieux écoliers » bidon, car il se peut
qu’un bon matin je rédige une lettre ouverte pour fesser tous
ces profs à gogo, « en chômage de production actives »,
qui cherchent des cachets en fondant des cours prétentieux et
factices.
Je lis : « Jean Cocteau,
poète, dramaturge, dessinateur, cinéaste, etc.
fut, au fond, le premier artiste multimedia. » Vrai !
Je l’admirais ce surdoué touche-à-tout. Mais cela lui coûta
cher en réputation, le milieu littéraire noble détestant les
talents polyvalents. Le mépris des puristes constipés l’arrosa
copieusement longtemps. Désormais, on loue son génie partout
dans le monde.
Gilles Courtemanche —comme « l’assimilé
malgré lui », Yann Martel— va connaïtre un rayonnement
immense. Son généreux éditeur a payé pour une traduction en
anglais (lire en américain ?) de son bon roman « Un dimanche à la pisicine.. ».
À la vaste et
efficace « Foire du livre »
de Francfoirt : bingo ! Un tas de maisons importantes
vont répandre sa prose. Il y aura, probable, un film. L’anglais
( lisez…) est la clé, le passe-partout,
pour la planète ? Le chanceux !
Drôle de songe avant-hier : je
suis dans des caves de béton. Télé. Je dois quitter. Le
spectacle est trerminé. Je suis perdu. Escaliers, ascenseurs, je
ne retrouve plus la sortie. C’est un rêve familier. Cela fait
bien dix fois que je le revis. Étonnement totale de ma part.
D’où viennent ces images, toujours les mêmes ?
À la bouffe du
dimanche ! Aile se dépasse ce jour-là…Yan, yam…Je ferme ma
machine.
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