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1-
Gros
paquets de nuages en camaïeux de gris, ciel bas ce matin.
Déboulez donc insipides ouates grises. Qu’il pleuve ou
qu’il neige, j’en ai pris (enfin, enfin !) mon parti, l’été
est terminé pour de bon. Les couleurs ternissent maintenant. Le
lugubre novembre est proche. Ce matin, coup de fil troispistolien.
Victor : « Jeudi,
Claude, tu devrais stopper chez moi en te rendant à Rimouski pour
vendredi matin ». Moi : « Je pensais prendre le
train, Vic ». Lui : « Oh, il part à une heure et
arrive à Rimouski très tard. Je te le conseille pas ». Moi : « Bon,
je prendrai mon char et je te fais une visite ». Je songe au
bus aussi….Victor-Lévy : « Ainsi tu verras,
chez moi, ton livre tout neuf. Oh ! Au fait, j’ai reçu ton
nouveau stock —journal de juillet à septembre—, le
livre-suite sera
publié au Salon de Québec au printemps de 2003. Notre Martine va se
mettre à la révision. C’est bon. J’ai lu, c’est bon ».
Moi : « Oui, je crois que j’ai gardé le
« beat » —Kérouac !— hein »? Il est bien
d’accord le V.-L. B.
Tout baigne quoi !
En profiter pour le chicaner :il m’avait dit
« oui » pour me parrainer au Prix David (de novembre),
qu’il a remporté l’an dernier. Il a oublié c’est clair.
Oui, le quereller là-dessus pour lui voir la fraise !
Aile refuse (je récidivais de
« viens donc avec moi ») de nouveau de me tenir
compagnie à Rimouski. Je peux la comprendre. Si Aile publiait, je
ferais de même.
2-
J’ouvrais
le livre tout neuf du poète Luc Perrier (« De toute manière »
au Noroît) et tombe un vieux carton imprimé : « Buanderie
Villeray », 8175 Lajeunesse, téléphone : Crescent
4531 ».
Une relique !
Ce Luc Perrier était un des
brillants élèves du fameux (dans Villeray) « père Boyer »,
rue Saint-Denis. Les chassés des collèges q’y rassemblaient !
Comme chez Mongeau-St-Hilaire. Rue Saint-Hubert. Perrier me dédicace
son livre avec plein de noms de la bande du temps. Chaud au cœur.
Il se souvient d’un lunch, pris ensemble, plus tard, à la
taverne « Royal Pub » avec Jean-Paul Fillion (« La
parenté ») et le scénographe Chiriaeff. Étrange (mais le
hasard n’existe pas n’est-ce pas ?), avant-hier, une biographe
au travail (« La vie de Ludmila Chiriaeff ») me
demandait un texte sur Alexis le mari de Ludmila ! Je le ferai.
Bizarre : encore au
clavier-diariste ce midi ! Besoin de journaliser vif ? Savoir
qu’il me reste 7 ou
8 entrées avant de tirer ma révérence. Mauvaise conscience ?
Lire encore une aimable protestation : « Ne cessez pas
! J’aime votre journal ». Une autre fidèle : «
J’aimais… mais je peux fort bien comprendre votre grand besoin
de liberté, je suis comme ça moi aussi ».
Mon fils me dit aussi bien comprendre. Daniel —pas libre
lui aussi— se débat bien pour promouvoir son jeu de société
tout neuf, « Top secret ». Je lui courriellise : « Chanceux
les Bourgault, Foglia, etc. Si je me dénichais une colonne dans
un quotidien, envie de me pointer au « Devoir »,
tiens.
3-
Daniel et sa jolie Lynn
s’inquiétaient de l’angoisse manifestée par Aile (au souper
chez eux) face à l’éduc actuelle des enfants-rois. Même sujet
avec Christiane Olivier chez Bazzo ce matin : « Il
ne faut pas craindre (les parents) de ne plus être aimé un
moment et savoir dire « non », savoir refuser, poser
des balises ». Hier (?) la Pétrovsky ridiculisait la
brillante psychanalyste des enfants, la mère Dolto, et, hélas,
son gros bouffon de vieux fils, un chanteur obèse un peu pénible.
J’ai trouvé le procédé « vache ». Un être d’élite
peut bien voir grandir tout croche un rejeton. Non ? J’aurais pu
avoir un de mes enfants dans la délinquance ou pire encore
…Tant de facteurs changent un destin. La mère Olivier, à
CBF-FM ce matin, tombait dans ce panneau et moquait ce fils
insignifiant de Dolto. Ouash !
Il y a des parents qui furent
corrects et qui héritent d’enfants… très incorrects. Et vice
versa. Vice de forme. Faut-il absolument, sans examen sérieux,
culpabiliser les échecs d’une mère, d’un père
?
Dans cette veine, j’ai entendu
parler de la compassion d’un psy à la radio
pour —horresco
referens— un « tueur en série »! Son drame
intime. Sa folie et sa détresse profonde au fond. Un lecteur
s’en indigne. Rien n’est tout noir… Ainsi je disais à Aile : «
Imagines-tu la détresse psychologique effroyable d’un prêtre
qui a la manie… des enfants de chœur ? Imagines-tu ce qu’il
doit éprouver entre deux crises pulsives ? Qui il voit dans son
miroir de presbytère ? Un monstre. Personne pour avoir la moindre
pitié de ce fatidique malade, personne au monde.
L’écrivain ainsi juge parfois (personne n’est parfait)
mais aussi il se doit de faire réfléchir, faire
comprendre. Même le diable. Ce matin, Aile pensive, me disait : « Oui,
sans doute, cet agresseur pédophile en soutane doit vivre le pire
des cauchemars, c’est vrai ». Je l’aime quand elle me
fait voir de l’humanité même face à un monstre humain. Cela
dit, soulagement, on semble avoir mis (enfin !) le grappin sur le
démoniaque tireur embusqué aux USA.
4-
Pu’
capab’ encore ! Cette Geneviève Asselin de la radio publique
qui hausse ridiculement toutes
ses fins de phrase, bafouant sa langue ! Elle ne sait pas se lire
et on la garde en poste ! Très correct, lui, ce Michel Labrecque
à un autre poste de correspondant-radio.
Parfois, aveu,
je lance des bouteilles à la mer. Ainsi Lorraine Pintal
vient de me dire « non » pour ma candide proposition
de monter à son TNM
mon « Patriarche bleu, Duplessis ».
Pintal : « Nous sommes enterrés de projets
nouveaux ». Bon, bon. C’est qu’elle m’avait signé de
beaux compliments quand je lui fis parvenir un exemplaire de ce
texte dramatique illustrant le vieux « Cheuf ». Bon,
bon. Au moins il y a eu réponse. Tant d’autres gardent un
silence compact face à mes offres. Tas de créateurs pourraient
dresser une longue liste de ces murés indifférents, au mutisme
froid.
Un salaud (une salope ?) —méchanceté
pure— raconte à un Michel Dumont par exemple, que Jasmin
le traite de « directeurs des flops chez Duceppe ».
Dumont ne peut savoir la source de cette calomnie et il y croira.
Il répétera cela à une amie à nous proche des Duceppe. Un
soir, révélation de cette calomnie et: « Dumont est
furieux contre toi, Claude, car… »
Vous tombez de votre chaise (à la Moulerie). Jamais je ne
cesserai d’être étonné de la méchanceté de certains
individus. J’ai vite expédié une note à Michel Dumont. Me répondra-t-il
? Accordera-t-il de la crédibilité à ce salaud —qui doit me
haïr viscéralement —l’ex-critique— pour quelque raison,
non ? Il faut bien continuer à vivre parmi bien des ténèbres.
Admirant ceux qui le font… j’ai
toujours voulu mémoriser des poèmes.
Je
veux y arriver, par exemple, pour ce Miron : « Il
fait un temps de soleil carrousel / la végétation de l’ombre
partout palpitante / le
jour qui promène des calèches de bonheur / le ciel est en marche
sur des visages d’escale / d’un coup le vent s’éprend
d’un arbre seul / il allume tous les êves de son feuillage /
je
monte dans les échelles tirées de mes regards / je t’envoie
mes couleurs vertes de forêt caravelle / il fait un temps de
cheval gris qu’on ne voit plus / il fait un temps de château très
tard dans les braises / il fait un temps de lune dans les sommeils
lointains »
(tiré
de : «Le temps de toi »)
J’y
arriverai ma pauvre mémoire.
5-
J’y
reviens : Daniel et Lynn, au Domaine Saint-Sulpice où ils gîtent,
furent un peu beaucoup secoués d’une vive discussion,
menée surtout par Aile, sur les enfants-monarques. Ce matin je
lis : « Tant de célibataires ont des théories
sur l’éducation des enfants ». Je lis cela à Aile
qui rigole volontiers, elle a un excellent sens de l’humour, mon
Aile. Je me souviens d’une Judith Jasmin, célèbre cousine
« célibataire endurcie », qui palabrait
lucidement et souvent sur le sujet. Le critique Gilles
Marcotte (mon boss à La Presse) gloussant un : « Et
que je suis donc inquiet pour les enfant de Judith ». En
clair : « Si pas d’enfant, bouclez-la, les
amateurs » ! Facile. La critique est un libre et vaste
domaine. Je ne suis pas compositeur de « tounes » mais
je peux vous prédire si une toune nouvelle va « pogner »
ou non; Aile confirmerait mon… « don ».
Quel critique disait : « Je
ne peux pas pondre un œuf
mais si on m’en sert un pourri, je le sais ».
Le Québécois « assimilé »,
Yann Martel (le neveu du rameau-Réginad) gagne un prix
très envié à Londres avec son dernier roman : « Life
of Pi » avec un héros
en une sorte de « père Noé moderne. La gloire pour
lui. Avec son papa diplomate, Martel fut élevé en anglais et il
pense et écrit (« Life
of… ») en anglais. Or, il proteste qu’il n’est pas un
Québécois assimilé ! Eh b’en ! Allons, certes, pas sa faute
mais voilà une réalité. On n’en meurt pas. Il en soufre ?
Sans doute puisqu’il refuse sa réalité. Jocelyne Lepage (La
presse) enchaîne sur cette grave question : « Martel,
c’est un écolo très souvent en vélo ! (…) et il mettra
l’argent de son prestigieux prix littéraire en placements
d’ordre éthique… » Bon,
reste que c’est un assimilé involontaire.
6-
Louis
Riel, métis militant et chef de guerre au Manitoba ancien, fut
pendu par les cliquarts de MacDonald, le cheuf à Ottawa. Ce qui
allait barrer les Conservateurs très longtemps en pays québécois.
Reconstitution de son procès à la télé (RDI) et l’auditoire
consulté donne tort au maudit Bloke « bleu », le pendeur.
Riel sombra à la fin dans un délire
religieux. On parla « folie ». Le fit-il pour échapper
à la corde ? On peut le penser. Histoire fréquente en ces
temps-là, on se souvient d’un Henri Bourassa, patriote de
pointe, qui finit sa vie réfugié dans le giron
souverainpontifiant. Les nôtres, si longtemps méprisés, bafoués,
menacés par la dilution organisée des fédérats, se trouvaient
une autre patrie, une patrie de religiosité, une sorte de patrie
un peu floue : la catholicardise cléricaliste ambiante.
Ainsi, pour mon père, sa vraie
patrie c’était Rome, le Pape. À la Saint-Jean Baptiste il
pavoisait tous ses balcons aux couleurs vaticanesques, en jaune et
blanc. Et fumait sa pipe. Pas l’ombre d’un Union Jack, plein
de drapeaux aux tiares brodées d’or et d’argent sur « clés
de Saint-Pierre » au vent de la rue Saint-Denis. Pauvre
Louis Riel qui, bien plus lucide que l’on croyait, livrait un
testament écrit fort, espérant par sa mort une confédération
(de nations : Français, Anglais, Métis, Autochtones, un
jour) vraie et juste. S’il revenait…
Je lis : « déposer son
enfant ». Expression
horrible ? Déposer un sac. Les
garderies. Inévitable quand, chaque matin, la maison se vide.
Chez moi, enfant, porte ouverte —jamais verrouillée, on avait
pas la clé— 24 h.
sur 24 h. Maman en otage ? Prisonnière
heureuse puisque toutes ses voisines faisaient de même. Trop
occupée —Yvon Deschamps— pour pouvoir aller travailler !
Quand il n’y a qu’un ou deux enfants… « le sac avec
sac à dos », le lunch froid … « Sac de vie »
chez des gardiens, huit heures par jour, parfois dix.
Hier, voir l’image de RDI. Deux
bustes parleurs et, au-dessus, deux écriteaux : Montréal et
Vancouver ! Non mais…Propagande subtile : allez vous
comprendre, votre pays ce n’est pas le Québec, c’est « coasse
tou coasse », jusqu’à Vancouver si francophone, si
francophile ! Ottawa-CiBiCi : « tu penses qu’on s’
en aperçoit pas » ?
7-
Le
Blond Labrèche avec Christiane Charrette hier soir à TVA.
Cocasse, curieux spectacle de deux « speeddés » !
Aile : « Il ne l’écoute pas ! Il est froid ».
Oh oui : dur même, ne relevant pas des « ouvertures »
charettiennes offertes avec candeur, il ne songe qu’à sa
prochaine question loufoque, son plan. Vaine tentative de
provocation alors qu’elle devisait grande ouverte et sincère.
Dommage !
Zapping intempestif hier soir : tragédies
syndicales d’antan , invasion d’usines et sanglantes émeutes,
incendies et tueries, scabs pour tuer le syndicalisme naissant en
« Écosse et aux USA. Ailleurs, on raconte « la méthode »
chez « Actors Studio ». Pleurez, pleurez, c’est bon.
Ailleurs, démolition de « Balzac (le film) et la petite
chinoise ». Aile
avait aimé le roman. Pas moi. Faux. Artificiel. Une idée
(farfelue d’une francophilie niaise) en place et lieu de la
vraie vie.
Et puis quoi ? « Tag » :
un maniérisme, oui, un maniérisme —une recette quoi— celui
du réalisateur Pierre Houle. Tics de faciès ultra-nerveux sans
cesse, coupures intempestives de caméra excitée, mimiques
excessives. Ersatz de mouvement, résultat artificiel. Pu’ capab
!
Je regrette d’avoir acheté (cher)
hier matin, le « Couac » de Paris, « Le canard enchaîné ».
C’est, à pleines colonnes avec caricatures,
à propos des actualités du parlement parisien. Noms de députés
(et ministres chiraquiens) inconnus donc piques et craques que je
ne saisis pas. J’ai ma leçon.
8-
Au
« Point » entretien vivifiant, hier soir, entre Le
Bureau et Khan, directeur du magazine « Marianne ». Il
dit : « Bush ? Le pire des anti-américains primaires.
Un chef politique néfaste qui fait lever partout des ennemis des
USA. Et du terrorisme, cela pour des décennies à venir ». Le
grand Khan, politisé, structuré dans son argumentation, était
à bout de…salive. Énervé, excité, on l’écoute tant il
discute avec véhémence.
À la fin, je dis à Aile, qui a apprécié
comme moi son discours enflammé : « Aile, ne
devrait-il pas dire tout ça calmement, en souriant, il serait
plus convainquant, non ? » Elle rigole et comprend ma
moquerie. Je me dis : j’irai tout feu tout flamme moi itou
à ma prochaine charge polémique.
Hon !
Pour « Boîte noire » à
T.Q. cette voix « hors-champ » suave, ronronnante,
roucoulante, à la sauce « pub Canadian-Tire »,.
Quelle niaiserie. Chez
Arcand, hier, un expert de France en « tueurs en série ».
L’homme dont l’amie fut victime d’un tel maniaque a adopté
l’étrange métier d’étudier minutieusement tous les
comparses de cet acabit meurtrière. Il dira à Arcand : « La
police, W. BUSCH, les médias, tous encouragent ce maniaque
pathologique en lui accordant tant d’impact,
d’importance.
Ce qu’il désire. Danger ! » Ma foi, il a raison. Facile
d’imaginer le délirant assassin s’imaginant une vedette, un
indispensable bon négociateur. Le Président parle de lu, les
gendarmes, sans cesse, les média (CNN en tête), oui, disait cet
expert (il a publié un livre sur son sujet), une bêtise, une
erreur. Il faudrait au contraire agir (officiellement) comme
s’il n’avait guère d’importance et fouiller vite partout.
Diable, cet homme disait vrai !
9-
Hier,
ça jasait « débat de télé » et les préparations.
Mode nouvelle. Souvenir, un ex-réalisateur de télé, était
devenu « imagier » officiel de Lesage. Exemple :
« Ne regardez même pas une seule fois votre adversaire, ne
songez qu’à la caméra,
au public électeur ». Son patron battu par Daniel Johnson
(automne 1966 ), le grand conseiller en images avait « souitcher »
au P.Q. Il voulait imposer ses précieuses recommandations au chef
Lévesque. Comment se coiffer, s’habiller, sourire, se parfumer,
marcher, discourir, etc.
À un homme comme Lévesque !
Celui-ci lui dit : « En somme, je vous écoute et
je perdrai mes élections comme votre ex-chef Lesage vient de
perdre les siennes ». Confusion et retraite. Puis disparition du
grave spécialiste. Un bon débarras. Nous —du comité de
publicité du jeune P.Q.— nous avions bien ri. Lévesque
n’avait nul besoin de se faire une image.
Une voix d’outre-escalier : « Clo
? Quatre heure et demi, vas-t-y aller à l’École hôtelière,
oui ? » Moi : « N on, pas question ».
Raide de même. Je l’entends ricaner la démone. Quoi ?
Tanné de ses gros yeux face à mon
tri. Puis j’entends la porte qui claque. Elle y va. Honte
un peu, juste un
petit peu, de me
sauver de ces corvées.
Fin de mes notes de calepin et je
zieute le tas frais de coupures de gazette. Arrivage immodéré !
Il y en a trop. Ça suffit. On ferme, on ferme !
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