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1-
Fou
ce grand contentement quand tu revois le soleil, le ciel bleu, du
vent dans ton drapeau sur la berge. Dépendance idiote ? Fou. Il
me reste une douzaine d’entrées (novembre bientôt) et c’est
la fin du journal. Serai-je capable de m’abstenir d’une douce
et bonne et amusante manie de tout noter chaque jour ? Je ne sais
pas. Le pli est pris depuis tous ces mois à commenter…ma petite
vie. On verra bien.
À midi, nouvelle agréable, aimable,
le collège André-Grasset (75 ans cette année !) songe à me
nommer « Élève insigne et modèle » (!) avec cérémonie
officielle en fin de ce mois. Et un « beau prix », moi
qui n’en gagnait jamais, le turbulent et le gigoteur que j’étais.
Claude Turcotte, cardinal, ex-grasseyant, recevait le premier ce
prix … « prestigieux » ! Le petit chanoine laïc
« jasminovitch » —d’autres camarades
m’appelaient « Jazzman »— bombe le torse. On me
demande « mon goût » et j’ai suggéré au comité,
comme cadeau, « un petit Marc-Aurèle Fortin ». Pour
rire, c’est hors de prix un tel « prix ». Quand mon
Jean-Yves Laforce, le prof à Grasset, verra mon nom sur les
affiche du collège ! Oh ! C’est l’ami Cuillerier qui sera
surpris aussi, et l’ami Raymond Plante, des « grasseyants »
eux aussi !
2-
Ce
matin, autre bonne nouvelle : le beauceron pharmacien et éditeur
au téléphone : « On vous refuse un album illustré
de « La petite patrie » chez Sogides ? Consolez-vous. Moi je le ferai et avec joie ».
René Jacob me semble enthousiaste. Il me parle de gravures —de
mes « images »— collées dans un tel livre. Ma joie.
Nous nos rencontrerons au Salon du livre de Montréal où « Les
éditions du lilas » auront un pignon sur allée avec des
livres illustrés de Clémence, la fille du poète, dessinatrice
du dimanche.
Marco-le-Gendre, mon dévoué
webmaestre, m’expédie des photos d’un modeste joli chalet
construit, jadis, par
son grand-père maternel, l’architecte Depocas. C’est
au bord du Lac Caché près de Saint-Jovite. Vendu et
revendu, il est offert dans le 40,000 $ Pas cher, viande à chien
! Son tour est venu donc « du chalet dans le nord » ?
Je l’encourage pour cette acquisition. À tort ? Il y a des
inconvénients à « tenir deux maisons »…mais, il y
a aussi des avantages. J’avais lu dans une revue —de
pop-psy— qu’il était salutaire de posséder —au moins un
cabanon— ailleurs. Qu’il était de bonne santé mentale de
changer de logis de temps en temps. Souci de bourgeois ?
Pauline Vincent me demande des
extraits de mes livres sur « bouffe de gourmet » pour
le petit salon « gastro »
de la place. Je n’en ai pas. Aucun de mes livres
n’offre de ces hommages à la bonne bouffe. Quand, en récits,
je parle du « manger » c’est de pâté chinois à môman
qu’il s’agit, de fricassées, de bouillis bin ordinaires.
N’ai rien d’un épicurien, Pauline devait bien le savoir.
3-
Profiter
de ce soleil pour enlever les deux tuyaux d’arrosage, vider les
boîtes à fleurs et quoi encore ? Mettre à la cave les matelas
de deux transats…la tondeuse aussi. Coucher sur le saule géant
le pédalo, le canot la table de pique-nique. Dehors, le bonhomme,
dehors !
Aile estime grandement la série télé
« Tabou ». Je regarde d’un œil, l’autre dans le
roman de Hamelin. Les deux yeux reviennent à l’écran. Intrigue
emberlificoté en démon. La jeune (de Louise Portal et Houde)
Sarah fugueuse, déclarée morte, réapparaît
en ville ! Et pas morte pantoute ! Explication orageuse
avec papa et musique hélas stridente (!) durant ces éclaircissements.
Le demi-sourd enrage et voilà mon
Aile (à l’oreille quasi absolu)
—magnéto béni— doit repasser ces séquences pour
tenter de saisir les fils de ce deus
ex machina.
On parle d’une amie noyée, Nathalie, d’une accusation
d’assassinat pour la fugueuse…qui a fui alors la sainte
famille. De milice vengeresse au Nicaragua où elle se lia à des
dissidents armés. Une souoane rare ! .Guère crédible, peu
plausible. Ces auteurs vous arrangent de ces sauces avec surprises
fort indigestes. Bof ! Je n’ai qu’à
lire ce « Le joueur de flûte » non ? Page
cent, je suis perdu, là aussi. Hamelin (on a publié : « son
meilleur roman » ) a voulu faire une fresque avec des écolos
près de Vancouver sur une île que menace des arracheurs
d’arbres. Les uns sincères les autres bidonnesques. Une faune
qui m’a captivé au début, ce Hamelin a un style fort
savoureux, des images très fortes, mais il y a tant de
protagonistes que je n’arrive pas trop à savoir qui est qui.
Faiblesse grave ! Le héros, Tit-Luc Blouin, cherche son père-bio.
Une sorte de vieux bohémien verrat des années ’60 qui a levé
les feutres. Tit-Luc cherche pas fort. L,auteur s’intéresse
davantage à tous ces campeurs sauvageons, dissidents flous, à
pot, à bière, à sexe. Ne sais plus si je vais le finir.
4-
À
« Tablo » —merci magnéto— découverte d’un
jeune peintre solide, Besner. Huit petites minutes hélas comme
j’obtiendrai quand viendra mon tour. Style un peu « Leonor
Fini ». Visages maquilés comme des masques, Pastel
d’huile aux effets formidables. L’artiste parle et c’est un
discours mou, flou. Il entend des voix (!) , ses silhouettes lui
dictent des choses (!), Besner, tout barbouillé de couleurs, se
sent interné avec des spectres (!) et ses images changent avec le
temps quand il revoit ses beaux tableaux. Un commentaire
parapsychologique. Plus tard, la vraie image ?, il parle de ses gérants,
de son agent, de ses galéristes, de sa « clientèle »
qu’il lui faut bien servir »… Hum ! Marchand aussi ?
Amateur, je n’ai rien de tout cela,
ni agents, ni gérant, ni rien. comment on fait pour savoir
s’entourer de tels dévoués collabos ? Mystère pour moi.
« Tablo » fait voir aussi des conservateurs à diplômés
avec leurs fatidiques « bla-bla » insignifiants, hélas.
Du « vox pop » un peu vain. Des objets de collection
de Loto-Qubec ? Aussi un artiste-amateur par émission. Dino
Tavarone a un certain talent. Hier, Diane Dufresne, la célèbre
chanteuse. Ses tableaux —graphiques sans fortes structures—
relèvent d’un art dit de distraction, de récréation
psycho-social. Franche, elle dira : « Ce sera une
activité fameuse pour mes vieux jours ». Résultats pas
bien riches. Mais ce Besner : du grand et fort
talent !
Aux nouvelles, plus tard, ce « Ici,
Michel Morin, Radio-Canada » qui déplace encore tous les
accents toniques avec son criard agaçant qui lui tient lieu de
voix humaine. Une plaie ! Intolérable. Radio-Canada, le gardant
à son antenne, lui doit quoi au juste ?
Faut que je fasse acheter (hon !) par
notre petite biblio de la rue Morin, le dernier livre du
merveilleux gros Michael Moore, en français chez Boréal.J’ »aime
les gros, j’aimais le gros Arcand à CJMS. Il a maigri depuis.
Émission d’Arcand (à TVA) plutôt plate avec la jeune
humoriste Pilote (ex-du Groupe Sanguin), guérie d’un cancer bénin.
5-
« The
glass menagery », de Tenessese Williams, est en ville, en
anglais. Il y a deux pièces qui, tout jeune,
me bouleversèrent et me donnèrent le goût d’écrire un
jour. Ce « Glass.. » et « Our town ».
Adieu les moilèristes facéties chez le Père Legault, je découvrais
du vrai, du réel, du contemporain, à ce même « Gésu »
rue de Bleury. Je m’identifiais évidemment au jeune narrateur
mal pris de « Our little town » et à cet autre mal
pris de « Ménagerie de verre », prisonnier de cette
maman accaparante et de son embarrassant « devoir d’aider
sa sœur infirme », je connaissais bien la question avec
notre malchanceuse benjamine handicapée. Oui, du théâtre vivant
qui « m’interpellait », comme on dit trop fréquemment.
Viendra bientôt un Williams bien à nous : le prodigieux
Marcel Dubé dont on vient de tourner une version cinématographique
de son « Bilan ». Ce « Bilan », vive
saisie d’une bourgeoisie affreuse et dont je fis les nombreux décors
pour Paul Blouin à la télé.
Œuf ce matin. Hier, le doc Singer me
disait : « Les œufs ? Pas si dangereux qu’on le
dit pour le méchant cholestérol ». Je l’ai pris au mot !
Hier soir, aux maudites pauses de
pubs de « Tabou », discussion sur la jalousie. Houde
étant jaloux d’un « ex » de Portal. Je dis à Aile,
je suis jaloux aussi, tu vois, je détesterais à mort de te voir
re-travailler avec ton « ex » furtif de l’ONF, si tu
le faisais. Ce matin, Aile : « J’ai fait un drôle de
rêve. Je dirigeais un fringant acteur, un beau Noir. Je
m’acharnais avec douceur pour le refréner. Il en faisait trop.
Je lui répétais sans cesse de jouer sobrement devant ma caméra,
que c’était pas du théâtre, etc. Je me dévouais, toute à
lui. Je l’ai senti alors s’attacher à moi, me suivant partout
sur mon plateau. Je craignais, oui, de l’amour. Je tentais de le
fuir, au moins de le refroidir ». Cette fois, le lien avec notre
discussion d’hier était flagrant. Parfois, une source de
rêve est claire.
La critique de théâtre, Solange Lévesque,
horripilée ce matin avec raison. Grand moment de silence ému
dans la salle et, soudain, dring, dring, dring…sur un air de
Beethoven ! Un maudit cellulaire ! Honte à ce con !
6-
S’il
y a « le côté gauche du frigo », un bon petit film
québécois, il y a le côté droit de notre
cerveau. Le côté « artiste », celui des émotions
et de la mémoire. Espérance de l’avoir bien garni. J’étais
« 10 sur 10 » de on œil droit si mon gauche ne voyait
guère. Ma mère : « Tu as déboulé, « la
trappe » ayant été relevée, à trois ans, dans
l’escalier de la cave. Bang ! Sur le ciment. Notre grande peur
à ton père et à moi à l’époque ». Folichon ? Je me
disais que cela avait stimulé le côté épargné, le droit. Un
jour —mes lectures en parapsychologie, 1970-1980—
j’apprenais que bien des gens « de génie » (hum, !)
avaient été des « débouleurs », des enfants
tombés sur la tête et que ces accidents, ces chocs graves,
pouvaient faire naître des…dons ! Fou non ? J’y
croyais volontiers. Déboulez, tombez, tombez, enfants chanceux !
Candide gaillard, jeune.
Aile revenue de ses courses : « J’ai
vu un bon film allemand, bien coté, à l’affiche du cinéma en
bas. Avec sous-titres je crois. Si on y allait ce soir ? »
Ah mais oui ! Soleil toujours. « On va faire une promenade.
Lâche ton ordi, Cloclo ». A raison. Je lâche l’ordi.
Pour mardi matin à « T.L.M. », j’ai rédigé des
notes : « Mon David, à sept ans, aviateur-mitraileur
à Sarayevo (!) et les pétards à mèche, fureur de mes
garnements, mes recherches pour en trouver. Ma recette de poudre
explosive fabriquée par un faux-Chinois ». Houde et
Bertrand, le vieux scout dit : « toujours prêt ».
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