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1-
Ouf
! Ça y est. C’est fini cette fête pour « La Maisonnette
des parents » de la Sœur Gagnon, à Saint-Arsène. Si
inquiet —de dette expo menée par des amateurs néanmoins
aimables— que je renversai sur mon ami Dube son grand verre de
cola, dimanche midi, ensuite un plein verre de vin sur la belle
nappe d’Aile, le soir, et puis mon café, lundi matin chez
Miville à Radio-Canada. Dyslexie
psychosomatique ?
Oui, ouf ! Avant de remonter en
Laurentie toute orangée, visite, près du grand parc Kent, à
Marie-Josée allongée ou en fauteuil roulant pour sa hanche
rabibochée. « Je vois mieux, dit-elle, la terrible solitude
des aînés remisés en Centres ». Deux mois en internement :
« Mais ça va, on mange bien, les gens sont très gentils,
je lis, j’ai la télé… » Courageuse.
Radio-Canada continue de fonctionner sans la tite-boudrias :
incroyable hein ? Elle m’a prêté le deuxième petit livre de Rémond
puisque j’ai tant aimé son premier tome :
« Chaque jour est un adieu ».
Si affamés ce matin qu’on a
« petit déj » rue Bernard. Journaux sur la
mini—table, hélas, du café « Au souvenir ». Soleil
plein la vitrine. Fumée bleue ! On ne cessera donc jamais ?
J’en suis arrivé, fataliste, à me dire : « Bof,
trop tard à mon âge pour stopper les « clopes »;
content, satisfait, je fumerai jusque sur mon lit de mort ».
J’imagine les « gros yeux » de ma fille, Éliane, si
Marco lui fait lire cela !
2-
Ainsi,
vendredi soir, Rita éteignant enfin
son humoir-à-poussières, je courus à l’École Bouffe
et, revenu, « gros yeux » d’Aile voyant mes
Provisions,
son accueil : « Bonjour cholestérol ! »
Maudit ! Des cuisses poulettière…et pas meilleures que celles
de la maison. Je l’ai dit. Aile se gourmait. Coup de fil de la
biblio : « Le livre attendu par vous est arrivé ».
C’était
ce « W.T.Center, 47 ième étage » de Bruno Dellinger.
Il s’adaptait vite à New-York comme consultant-conseiller pour
des big-shots amerloques voulant investir (ou se mailler)
en France, son pays. Ce
Bruno est un bon bourgeois tranquille qui a connu, jeune,
l’anarchiste Hedern-Hallier (ils animaient, jeunes, une
radio-pirate à Paris), aussi le Poivre D’Arvor médiatique,
aussi Claude Chirac la fille de
qui vous savez.
Comme tant d’Européens, fascination totale pour les Usa,
en particulier pour le « Big Apple », évidemment.
Bon. Tout baigne. PME qui fonctionne. Et un bon matin, il voit
—et entend— un avion juste derrière les fenêtres de son 47 ième
étage. C’est le 11 septembre. Son récit fait frissonner.
D’avoir échapper à la mort de justesse l’a rendu comme fou.
Thérapies sans fin. J’ai lu cela d’une fripe. Captivant. Ici
et là, dans son livre, ses élans « buschiens »,
parfois d’un réactionnarisme malodorant doivent, je suppose, être
mis au comte de sa peur effroyable. Une lecture étonnante.
3-
Le
soir, à ARTV, chez Homier-Roy, le comédien David La Haie. Une
fois de plus, pas de dossier, rien,
sur enfance, jeunesse, études, famille, premiers rêves,
essais, échecs, etc. Aile qui a travaillé avec lui dans « Montréal,
P.Q. » (« il était froid, distant , comme distrait »)
finit par le trouver sympathique avec ce long entretien.
Moi itou.
Samedi, j’écoute les éloges du « disident-maison »
chez Le Bigot, pour le film du provocateur courageux :
Michael Moore : « Bowling Colombine ». Lundi
après-midi, revenu du studio de T.L.M. —Aile à ses petites
commissions— je songe à filer vers l’Ex-Centris pour voir ce
film qui charge à fond les amateurs d’armes aux USA. Bon temps
pour « charger » avec ces gens assassiné (dans le
dos) par un « sniper » détraqué autour de
Washington, non ? Paresse maudite : je reste, Chemin Bates,
étendu sur le sofa de cuir caramel à lire un « Voir »
et deux « Ici ». Et « L’Action nationale »
et « Le Couac ».. J’ai honte. On se dit toujours :
« ça va passer à la télé tôt ou tard ».
Coup de fil du fils, ce samedi.
Daniel veut aller vélocipéder à Val David. Avec sa jolie Lynn,
il va passer nous voir… et réparer un petit « bug »
sur mon i-Mac. Je vois que l’on affiche une exposition des œuvres
de Claude Vermette dans la chic rue Laurier (rien à voir
avec un portique d’église de la rue Bélanger). C’est un
—riche— voisin adèlois mais on ne se voit pas. Goût d’y
aller fureter. Souvenir : J’ai vingt ans. Claude
m’invite, pour des conseils en céramique qu’il pratique en
autodidacte, dans la cave de son papa-boucher rue Beaubien.
Ambiance d’atelier libre. S’y trouvent de ses camarades de bohème.
Certains en combinaisons de laine ! Cidre à boire. J’étais réticent
(oh l’avare jeune homme !) à communiquer ce que j’avais dû
apprendre durant trois ans.
Plus tard, Claude contractera un « bon »
mariage avec la fille d’un « important ». Elle
deviendra une tisserande d’art et lui une sorte de concepteur-céramiste
souvent appointé pour de plantureux contrats publics. Il devient
un « designer » en briqueterie d’art. Il aura vite
les ressources nécessaires pour acheter un grand domaine au bord
du lac Rond —une partie convertie en un lot de condos nommé
« Villa Major ». Ce fructueux mariage des beaux
carreaux de faïence aux couleurs vives et des luxueux tapis tissés
aux mêmes couleurs flamboyantes fera donc florès. Pont
impossible à franchir entre le petit scénographe salarié (moi)
et un véritable baron des architectes à la mode (lui). Destins.
4-
Samedi soir, invitation
à souper au Sommet Bleu voisin, chez les F. Deux avocats. L’ami
Dube nous les fit connaître. Sylvie et François viennent
d’acheter un vaste bungalow luxueux tout en haut de la colline
derrière chez nous, au bout du chemin où se trouve la croix
illuminé. Entrée avec l’énorme bouvier des flandres, frisé
noir, pas jappeur, deux chats beaux, jolie piscine dans un boisé
bien calculé, jardin fleuri
en escarpement, bassin de poissons —pas tuables
l’hiver— et une vue imprenable sur le Mont Olympia,
Saint-Sauveur et le Mont Gabriel. Avec, eh oui !, rien n’est
parfait, un bourdonnement venu de l’autoroute en bas de cette
falaise feuillue. Les F. voient le soleil jaune se lever, nous, en
bas, on le voit rouge, aller au dodo.
Rioux, le sociologue : « Nous
sommes une société tricotée serrée ». Vrai. François,
expert en droits des producteurs et auteurs de
télé, de cinéma, vient de l’Assomption et connaît
donc des gens que je connais depuis mon livre « L’Outaragassipi »
qui raconte les débuts historiques
du lieu. Dimanche l’amie,
veuve-Fasano, s’amène. Ils resteront tous à coucher.
Jeux de cartes, « le railroad chou-chou », il
pleut tant. Rires. Piques et craques. « Pretzels »
—et autres cochonneries— personne ne s’étouffe !
Retrouvailles du temps de notre « Groupe des Sept »
quoi. Visite de « maisons à vendre » au Lac Écho en
après-midi. Sous la pluie. Dube songe à acheter dans le Nord.
Maison hors de prix au bord du lac joli. Je vois une véranda à
mousticaires comme du temps de Pointe-Calumet. Mobilier d’osier
désuet. Je m’y installe. Je suis bien. J’ai quinze ans ! On
vient me réveiller. Je
rêvassais au passé adolescent.
6-
Le
soir, film loué. « Et ta mère ! ». Mexicain. Un
navet navrant. On ferme. À la télé : on voit le fameux
Gene Hackman chez « Actors studio ». Son silence émouvant
quand Lipton lui parle de son papa « disparu subitement »
quand il avait 12 ans. Grand malaise. Très grave. Il finit
par parler : « C’est ce qui fait un acteur ».
Il ajoute : « Ce n’est pas nécessaire vous
savez ». Ainsi, encore une preuve. Des enfants sont comme
assommés par la rupture familiale.
Plus jeunes, nous nous disions qu’aux USA, les séparations
étaient si fréquentes qu’il ne devait y avoir aucun dommage
grave pour tous ces les enfants des divorcés. Or, ça ne cesse
pas, télé mais aussi livres, magazines, etc., ces témoignages
d’artistes étatsuniens profondément déboussolés par les
parents qui se quittaient alors qu’ils étaient de jeunes
enfants. Que la préoccupation
constante était d’espérer un accord, un nouveau pacte,
de tenter inlassablement —par tous les moyens— une réconciliation
des deux parents. Ce « vieux » Hackman —qu’Aile et
moi admirons beaucoup— qui
eut, chez Lipton, ce regard mouillé, qui se tait longuement,
encore accablé très lourdement…j’ y réfléchis.
7-
Nos
invités roupillent lundi matin quand je pars pour T.L.M. à
Radio-Canada. J’avais oublié : congé et donc à peu près
personne sur la 15 comme sur le Métropolitain. J’arriverai au
stationnement en 50 minutes !
Dans
la nuit de samedi : je suis pris avec des lascars. Je dois
les suivre. Braquages de banque. Je fais le guet. Une sorte de
vigile, désarmé. Je suis réticent. Pourtant je dois fonctionner
avec ces jeunes fous. Je me vois ensuite dans un autobus. Même
bande de bandits jeunes. Je dois m’engager ave eux. On me donne
un fusil. Je pars
avec eux. Le chauffeur d’un nouveau
bus m’encourage, me sourit. Il est pourtant un employé
municipal ! Son
uniforme ? Un complice ? Nous
avions roulé en Gaspésie. Du côté de Matane, de Rimouski. J’assiste à un départ précipité. Il faut nous sauver.
Sirènes dehors. Une vie palpitante.
Je ne veux pas y être. C’est contre ma volonté. Je suis
une sorte d’otage, d’étranger parmi ces satrapes.
Un voyage infernal. On
me fait des menaces en arrivant
dans un entrepôt de l’est de la ville. (East Angus Shops
!) On semble mécontent de mes attitudes. J’ai peur. Ils sont
hargneux. Ils portent de lourdes valises noires. Je songe à
comment fuir, m’échapper sain et sauf…Je me réveillerai
soudainement.
D’où ça vient ? De la lecture récente
des forfaits de ce Serge Quesnel, « Le tueur des Hells »
? En Gaspésie de V.-L. Beaulieu, mon livre —ce tome 1 du
journal— pour le début de novembre serait menacé ! Dubois a
beaucoup parlé, au repas chez les F.,
du fin fond de l’Est, d’où il vient ? Sais pas.
8-
Lundi
soir, Aile et moi, sur le parvis de Saint-Arsène. Pas de lumière.
Parking rue Christophe-Colomb et aussitôt, Aile, émue, reconnaît
son école (de 8 et 9 ième année) Saint-Arsène quand elle
habitait la petite rue Molson. Dans le portique, un peu de lumière,
pas beaucoup, car au dessus de ma quarantaine
d’images, des ampoules pas bien brillantes et mal
installées pour éclairer efficacement ma ponte. Deux tableaux de
haut (!) sur deux sections de panneaux tristement sombres.
Ambiance un tantinet lugubre. Hélas, on a collé les cartons des
titres et aussi les étiquettes des prix sur les vitres. Bang, de
même ! Aile m’aide à retirer les quarante étiquettes, nous
les recollons sur ou sous les encadrements. Ouaille !
Francine L. s’amène, fatiguée mais heureuse. Vin
d’honneur avec Le président d’honneur (moi !). Rencontres
aimables. Petite armée de bénévoles. Curé « latino »
du lieu, M. Villars, causette aimable. Vin rouge en verre de
plastique. Amuse-bouches classiques. Andrée Huard, une fidèle du
journal, me remet une monographie sur Villeray, d’hier à
aujourd’hui. Merci !
Nous nous sommes entendus, Aile et moi, pour rester
calmes…et paraître contents. C’est ce qu’on fait. Me sœurs
arrivent, joyeuses, les compagnons
n’y sont pas tous; ma belle bru, Lynn, et mon cher Marcogendre
sont venus, mes enfants aussi
et trois de mes cinq petits-fils, tous examinent mes
illustrations petitepatriesques. Joyeux caquetage. Bientôt ce qui
se nomme une petite foule. Un public
bon-enfant remplit la nef peu à peu. Et la dévouée
Francine arrivera à vendre…. trois ou quatre aquarelles. En est
toute fière. Ma surprise car ce n’est ni le lieu ni le public
pour vendre des tableaux ! La sœur Madeleine Gagnon s’amènera,
tombera dans un escalier et repartira aussitôt sur le dos en
…ambulance ! Tristesse ! Énervement aussi. Silence partout,
c’est parti : tout en avant (exigence de Francine ), seuls
dans un long banc de chêne, Aile et moi. Nous semblons… un
ridicule couple princier ! On rigole…sous cape. Un chœur de
chant (celui de Dagenais) fait entendre un vaste pot-pourri de très
belles chansons, anciennes et modernes.
Entracte.
Fumées bleues sur le porche ! Luc de
La Rochelière y va de son jeune répertoire. Tirage au sort, par
bibi, d’un billet pour un séjour-santé dans un hôtel :paf
! je tire le numéro de ma sœur, Marielle. Ma gêne. Je jure
l’impartialité. On rigole. 22h et
fin de la cérémonie. Tout
le monde semble content. À la toute fin, mon fidèle
Marleau, vrai diacre inattendu, m’apparaît dans la grande allée.
Ce courrielliseur ironique me semble un compère tout heureux de
rencontrer son correspondant. Il me dit qu’il ne s’exilera
plus à Cap Saint-Ignace, c’est probable. Et puis se sauve.
Comme un voleur, comme Lynn et mon Daniel d’ailleurs ! Les
sauvages ! Dehors la nuit. Je respire. Aile respire aussi qui
n’aime pas trop ce genre de cérémonial légèrement empesé.
Arrivés Chemin Bates, sous le viaduc
Rockland, encore un long serpent à wagons pourpres qui remue en
maugréant un indicible marmottage bien ferré. Dodo.
Nous avons mangé tantôt, halte du
journal, le reste de calmars (mon régal !) et pennine de dimanche
dernier avec vin rouge, jamais plus d’un verre et demi. Je
descend voir le documentaire sur le RIN par le cinéaste Labrecque.
Merci magnéto ! |