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1-
Le
genre fréquent d’ « octobre » ce matin :
grisailleries partout. L’automne quoi. Il me reste quoi ?, un
mois et demi, une quarantaine de jours à…journaliser. Après
cette fin de novemvre qui vient ?
Ça me fera toute une année, 365 jours à prendre des
notes un peu partout en vue de ce journal. Suis bin fier de moé.
Pas si facile qu’on croit. Essayer voir…L’année 2002, fait
réconfortant, me restera un fameux souvenir. Écrit. Publié, un
jour, au complet.
À la fin de novembre, bientôt,
j’aurai donc bouclé la boucle. Fou, je me dis —puisque je ne
crois pas continuer, envie de revenir à de la fiction, plusse de
« barbouillage », ou quoi encore ?— :
qu’est-ce que je vais faire de mon corps ? De mon
index-sur-clavier ? Je tape d’un doigt.
Diarer (hon !) m’était devenu une habitude. Comme un
devoir aussi. Je me sentirai libéré ? De quoi au juste ?
Innocent, j’ose me dire que des fidèles du journal seront
malheureux. Combien ? Cinq ou cinquante ? Ils auront tous
mes livres en bibliothèques pour se consoler, pas vrai ? Prétentieux
?
Et puis qui sait, mi-décembre ou
fin-décembre, ou bien janvier 2003, je voudrai peut-être
reprendre le…collier. C’est un collier. Pas si lourd tout de même.
Une chose est certaine : le journal me « forçait »
à rédiger. Alors, je pourrais bien publier sur Internet un
roman, un récit ! Des
« nouvelles » auto-fictives. Être libre donc… dans
60 jours.
2-
Hier,
Aile décide d’aller fureter à l’École des jeunes chefs.
Contente. Retour avec excellentes saucisses italiennes et bon
potage, aussi des amuse-bouches. J’irai à mon tour tantôt.
Mon fidèle Marleau : il part
travailler à Cap-Saint-Ignace (?). Au petit monde de l’édition.
Beaux projets. Semble enthousiaste. Contrent pour lui.
« Michelle » me dit, elle,
que je l’ai prise pour « Manon ». Ai répondu :
« chuis vieux » ! Ai envoyé deux lettres ce matin :
1- l’une chez Sogides (à Pierre Lespérance) pour que ce PDG réfléchisse
sur mon projet « album illustré »,
refusé par son directeur Graveline . 2- À Lorraine Pintal,
qui avait aimé lire mon « Le patriarche bleu, Duplessis »,
pour qu’elle y repense en vue de sa prochaine saison-TNM.
Attendre maintenant. Aile : « T’es
fou, mon Clo ! » Moi : « Quoi, bouteilles à la
mer. Sait-on jamais ».
Que des jeunes sachent que vieux pas
vieux, connu pas connu, ces métiers obligent sans cesse à sonner
aux portes. « No pedling », disait un « cartron »
rouge dans la porte du 7068 Saint-Denis. Ils sonnaient quand même
!
3-
Fébrilité : 1-le
premier tome du journal, janvier-avril 2002,
(« À cœur de jour ») est-il rendu
à l’imprimerie, oui ou non ? Salon du livre de Rimouski,
fin du mois. 2- Mes images villerayesques se font-elles
encadrer à bonne alllure à Montréal-Nord ? C’est lundi
le 14 cette expo à Saint-Arsène. Hier matin, Francine au téléphone :
« Votre binette se voit dans la page à potins du J.de Mtl.
R.B. annnonce ce 14 au soir. Tantôt, coup de fil : « Vot’
photo, pour not’ site de « Tous les matins ». SVP. »
Je dis : « Pigez dans le tas en allant à
claudejasmin.com
Lundi, Aile insistait : « Viens,
faut aller voir les tableaux des jeunes, de la relève, rue
Saint-Laurent proche de Bernard ». Aile aime la jeunesse.
Bien. Allons-y. Bang ! le nez sur la porte chez « Simon
Blais », galériste. « Fermé, ouvre qu’à partir du
mercredi ». Déception vive chez Aile. Ce bout de la rue
Saint-Laurent : sauvage, pauvre, pas encore exploitée. Ça
viendra sans doute. Nous aimions cette ambiance visuelle
de…magasins-taudis. Pourquoi donc ? Mystère. Souvenir :
dans un ex-magasin de souliers de ce quartier minable, avoir vu
« l’homme des tavernes » dans « Broue »
qui débutait. Salle de 50 places. Mon expo de « piliers de
taverne » sur les mur de ce théâtre improvisé. Pas une
vente. Public de jeunes désargentés. Avais tout vendu chez
« Molson » (pour cadeaux à leurs bons vendeurs) où
bossait une cousine, Marthe,
experte-relationniste de cette brasserie. Coup de chance.
4-
Je
repense à ce très bon film loué : « Meurtres
par équations ». On y voit la « Fortier » de
Larouche. Même histoire : une inspecteure de police au passé
foudroyant, embarrassant. Elle mènera l’enquête mais…on lui
retirera l’affaire soudainement. Voyez un excellent épisode de
« Fortier » donc mais avec les moyens prodigieux du
cinéma made in USA.
Ça y est, les couleurs sont là. Et
c’est toujours le spectacle « sang et or » fabuleux.
Éliane, ma fille, hier, au téléphone. Elle viendra voir ça
dans 10 jours puisque ce week-end on a de la « vésite ».
La bande des six. Ne pas oublier de raconter à T.L.M. ma poudre
explosive d’un faux-Chinois pour mon petit Laurent alors fou des
pétards ! Aussi, raconter les folles roucoulades des colombes à
l’hôtel parisien des Saints-Pères, rue du même nom. C’était
pas des oiseaux…une femme en chaleurs ! Raconter,
raconter…Daniel, lundi soir : »En tous cas papa, je
sais plus au juste qui tu es mais laisse-moi te dire que t’es un
fameux raconteur ! » Des gens; »Ah, on vous voit à la
télé, on vous entend à la radio, mais je savais pas que vous écriviez
des livres » !
Enrageant :
se pointer en médias, justement, pour espérer se faire des
lecteurs et… Deux mondes ! L’univers des lecteurs de romans
est tout petit.
Et
c’est pour cette raison qu’on parle si peu littérature, ici
ou là. Misère !
Après
la tonte du terrain, hier, essoufflé, vidé, m’installer sur
transat de toile, sur la galerie, et voir le couchant. Un soleil
éblouissant mais sans grande chaleur. Bas. D’octobre. Ciel
rougissant splendide. Repos formidable.
5-
Quittant
le mini-condo, mardi midi, formidable odeur de ketchup-vert-maison
dans tout le hall. Régal
narinier total. Je vais vite retrouver dehors le concierge à sa
tondeuse. « Si l’épouse me donne de son ketchup-maison,
je lui donne une aquarelle. Promis. » Marché conclu, dit
Gislain. Cette odeur c’est celle de mon
enfance en octobre. Maman faisait ses conserves dont ce
merveilleux ketchup aux tomates vertes. Yam, yam ! Derrière le Phénix
(ex-usine « Kraft dinner »), le « ground zéro »
s’agrandit. On y coule du béton sans cesse. Les « pépines »
se font aller. Hommes au travail…partout. Le brasseur-malaxeur
à béton va et revient. C’est le trou des trous. Bientôt
les murs vont monter. Plus de soleil le matin ! Nous, on a le
refuge adèlois mais les autres ?
Au lunch, Aile revient de boutique
« saintsauveuriennes » : « Clo, t’as pas
vu ça, il a neigé »! J’ai pas vu ça tout à mes lettres
de quémandage.
5-
Avons
regardé hier soir un effrayant reportage à Tv-5 (ou ARTV). Le
titre : « Une église dans de sales draps ».
Horrifiant, en Suisse, à Fribourg. Puis en Irlande. La pédophilie
des « messagers de Jésus ». À Dublin, 80 victimes
parlent enfin. Ô Joyce : pauvres « gens de Dublin »,
familles démunies, confiance des orphelins. La terreur. Le
sadisme en prime :le fouet, la nuit. « Les surveillants
ensoutanés en jouisseurs maladifs de ces spectacles de malades.
Aile en était stupéfiée, révulsée. Et moi donc qui
aime tant les enfants. Procès.
Prison pour les abuseurs en situation d’autorité…et
sacerdotale. C’est pire que le pervers anonyme au coin d’un
terrain vague. Les cochonneries dans des églises suisses, les
notables de ces lieux qui se voilent la face, qui font
d’immondes pressions sur les courageux bavards. Criminalité
d’ « hommes de Dieu » dans des sacristies, dans
des pensionnats religieux de cette Irlande ultra-catholique,
jumelle du Québec d’antan. On a vu des gens vieillis, jamais guéris
de cette pollution infâme, se débarrassant enfin d’une sordide
culpabilité qu’on lavait su leur instiller méchamment.
« Petits provocateurs va », disait-on, allez vite vous
confesser ». Un comble !
Que de vies ravagées ! On veut saigner financièrement
cette église complice. Bravo ! À blanc, à blanc ! Qu’ils
vendent leurs gros presbytères, leurs vastes domaines, les chics
terrains de verdure, les beaux jardins à statue de la Vierge
immaculée, même les trésors des musées du Vatican,
ces maudits « yeux fermés », ces odieux évêques
complaisants.
Des témoignages douloureux hier
soir. Cela enfle. Cela grossit sans cesse. Comme au Québec. Comme
à Boston. Et ailleurs ! Les révélations vont croître, disait
le documentaire, et tant mieux. C’est une salutaire épidémie
de révélations scabreuses. Une émission qui dégoûte pour
longtemps. C’est la colère là-bas, en Irlande. En Suisse,
c’est le silence. C’est bien la Suisse.
« On n’ose plus approcher les enfants, dit un
jeune consacré d’Irlande, on est même gêné de porter
un simple col romain ». À cause de tous ces vicieux, toute
l’église mise dans… « de sales draps » en
effet. Ces cachettes d’antan coûteront des fortunes aux clergés
pourris d’hier (il y a des cas de seulement dix ans, certains
datent de 1999 !)
Immense désarroi, immense malheur
collectif, hélas, pour tous ces bons curés dévoués.
D’infatigables religieux d’antan sont humiliés sans bon sens,
éclaboussés par toute cette merde étalée enfin. Par ces
sinistres brebis noires, protégés par des évêques idiots.
« En ce temps-là, le « pincé » dénoncé se répandait
en regrets, implorait le pardon des péchés, pleurait, se traînait
aux genoux de son supérieur, promettait de recommencer sa vie à
zéro. On le croyait. Il semblait si sincère. Et il l’était
sans doute. On en savait bien moins sur la pédophilie…qui ne se
soigne pas vraiment. On faisait confiance au repenti. Expédié
dans une autre paroisse, bien entendu, il recommençait malgré
ses promesses, ses remords, ses serments », raconte un
lucide évêque moderne. Vrai. Et accablant aussi. « J’ai
passé « à côté de la vie » à cause d’un de
ces salauds », raconte, les larmes aux yeux, un vétéran de
cette guerre injuste : « candides enfants de chœur
versus disciples de Jésus ».
6-
Aile
observe « Bunker ». Merci magnéto ! On fait vite défiler
les grossiers spots de pub. Moi, je lis « Historia »
et un numéro de « L’Actualité ». Avec petits coup
d’œil parfois au téléviseur. Toujours aussi mal construit.
Aucune progression des personnages me semble-t-il. Le statisme
total dans de grands mouvements d’images. Pour pallier le vide ?
Symbolisme à la noix. Allusions confuses. Belles images de
Houle sur un dialogue infantile de Dionne. À la fin, je
questionne Aile : « T’as raison Clo, c’est
obscur, parfois même très confus, redondant et mal structuré ».
Et on nous redira que lecteurs anonymes des jury de Téléfilm
(avec
notre argent public ) font reprendre dix fois les textes ! Mon
cul, oui !
J’ai des tas de coupures des
gazettes lues dernièrement. Des sujets divers. Je me retiens ici.
Un journal n’est pas seulement un banc…d’essais.
Je
me retiens. Ce vif plaisir, tous les matins, de déchirer des
articles qui me font bondir. Jeune, je ne lisais pas tant les
quotidiens. Il n’y avait d’important à mes yeux que les beaux
arts, ma passion. Quand débutait ma fringale des actualités ? Je
ne sas trop. À vingt cinq ans,
il y avait mon job de scénographe et mes activités parallèles,
critique et enseignement. À trente ans, la littérature. Quand,
quand ? À 40 ans, je crois. Enfin,. je m’engageais vraiment.
Pourrais-je un jour —j’en connais— me détacher « du
monde en chamailles »? J’en doute. Un sacré virus.
7-
Je
reviens à l’instant d’une visite à l’École-Bouffe de la
rue Lesage : potage, tarte aux pommes, une baguette, du
chou-fleur et carottes…pas fameux comme choix ce soir. Aile : « Eh
là ! Ton cholestérol Cloclo, ces frites que je vois là au fond
de ton sac » ? Moi penaud : « Euh… j’avais,
Aile, comme un goût de frites. Juste un peu ». Je déteste
me sentir un gamin pris en faute.
Suffit.
Me reste maintenant 59 jours en fidèle
journalier. Ça veut dire quoi?, une douzaine, une quinzaine,
d’entrées encore ? Le 30 novembre : stop!
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