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1-
Ça dure,
ça dure. Tant de soleil… Encore ce matin. Et la météo qui
nous annonce « plus de chaleur » à ses horizons. Eh
bin ! Vive septembre ! Diable (ou Dieu) je suis envahi par mes
notes, par où débuter ? Sorte de frayeur. Ne pas allonger
inutilement ce journal et, d’autre part, tenter de bien rendre
compte de « ma p’tite vie » en vaillant diariste. Je
lisais sur l’écran de télé
hier soir, à la fin de la rencontre publique de l’acteur
Rochefort avec Rapp (« Les feux de la rampe » à
Artv) : « J’espère avoir parlé de vous
en parlant de moi ». Voilà exactement mon désir.
Hier, fin du triptyque « deromien »
sur « l’aventure » de l’arrivée de la télé au
Québec. J’en étais mais coupaillé, saucissonné, hélas. On
s’amène en studio, on vous questionne, vous parlez, on capte le
tout sur ruban. Vous tentez d’être cohérent, de bien enchaîner
vos propos et résultat ? Bin…vous voilà (en produit fini) passé
à la tronçonneuse et vos phrases isolées deviennent un peu décousues
! Maudit piège à cons, non ? Une mode. Une mode maudite. Ainsi,
hier, à la fin, je
me vois et m’entend déclarer que la télé fut, avant les
Lesage-Lévesque-Lajoie-Laporte (les 4 « L » de la révo
tranquille ) à la naissance du nationalisme nouveau au Québec.
Ce qui est vérifiable certes. Mais ce que j’ai dit « avant »
ou « après » est éliminé, bâtard !
Les deux réalisateurs ont raté ce
beau projet. « Très décousu », sentence mon Aile. Très
vrai. La détestation systématique de la chronologie (« ça
fait ancien » ) nuisait à une cohérence nécessaire. Les
bribes n’en mosaïque n’ avaient pas de liens logiques. On
allait « back and forth ». Un salmigondis indigeste en
fin de compte. Pas de plan, pas de clarté, aucun enseignement
valable partant. On montrait du produit récent « made in
1989 » et, soudain, du stock de 1960. Vive déception chez
nous dont Bernard Derome n’est nullement responsable. Du travail
mal fait. Amateurisme déplorable.
Il aurait fallu la bonne vieille
chronologie. Cette conne frayeur de paraître conservateur.
2-
Mon
« cher » ( car j’aime sa ferveur) G.Tod maintenant.
Jeudi il me garoche en pleine face (via l’écran ordinatisé.) : « tous
des vendus d’Hollywood », déplorant mon engouement pour
le bonhomme Lipton à « Inside Actors Studio d’Artv) et
ses prestigieux invités. Sarandon, DeNiro, Hoffman, et tous les
autres des « vendus » ?
Non, non, des talents hors du commun, très souvent.
C’est fatal, il y a là-bas, en bas, 280 millions de personnes,
donc, il en sort, forcément, des comédiens surdoués —dans un
tel immense gros tas. Niaiserie de jeter tout le monde dans un sac
marqué : « vendus »!Non mais… Cette pose
—d’un romantisme infantile— m’assomme. M’enrage.
Je parlais de cette façon, moi aussi, à 18 ans. Quel âge
a mon correspondant ? Il n’est certes plus un « carabin »
révolté, il est prof en faculté universitaire (pour jeunes
filles mal prises si je l’ai bien compris) dans le Sud profond
de Julien Green, en Caroline du sud. La rage « tout-azimut » relève de la
misanthropie crasse. Va-t-il, un jour, quitter la défroque
adolescente du négativisme puéril ? « Corruption partout
en universités là-bas », déclare-t-il. Ces jugements
massifs, généralistes à souhait, ne font pas honneur au
dissident de Concord, oh non ! « Amen, mon cher Claude »,
termine-t-il. Oui amen, mon Tod ! En finira-t-il
avec sa fureur de catastrophiste aveuglé. Ses tableaux
sans nuance aucune me laisse de glace.
Je préfère lire ses cocasseries
quand il jase sur ses « trop grasses » jeunes pupilles
qui récriminent dans sa classe.
Il se lasse : « au régime maudites truies
porcines », oh ! Vrai que l’on se gave trop aux USA. Une
élève lui lance : « Monsieur, cette chaise est
beaucoup trop petite pour moi ». Il en reste muet, baba. Une
autre élève le dépanne : « qu’elle mette
deux chaises collées ensemble »! Tod
a une complainte qui me réchauffe, moi, le gars « d’en
haut » (comme il me nomme) : « Fait trop
chaud ici…et pas de ventilateur dans les classes… ». Que
dirais-tu, mon Tod, d’un poste à Povungnituk ? Je l’imagine,
ce vieil enfant râleur, brailler sur le « frette noère ».
3-
Michelle
Tremblay (de Québec)—c’est frais— me fait part de sa grande
misère à elle. Sa chère petite Gabrielle a commencé l’école
et maman-Michelle se sent bien seule. Elle peut enfin écrire dans
le silence mais elle a mal : « …le bruit de ses
petits pas, ses découpages, son bricolage, ses films animés à
la télé… ». « Un deuil », dit-elle. Ah que
j’aime ses annotations de la vie ordinaire !
Quoi ? Une prof de latin aperçoit
mon petit Thomas Jasmin, étendu sur un trottoir du Plateau, il se
fait battre comme plâtr. Elle ira répéter cela à sa patronne
du Mont Saint-Louis, là où
étudie Thomas. La cheffe du collège téléphone à ma bru :
« Ca va mieux, votre Thomas n’est pas trop amoché, non ? »
Lynn démontée va vite questionner mon
petit-fils : « Tu t’es fait battre dans
une rue du Plateau ? » Thomas : « Quoi? Mais
non maman, on faisait un sketch avec le nouveau caméscope de mon
ami Maxime. Pour rire ». J’ai ri.
Son grand frère Simon Jasmin découvrait,
lui, le cinéma des pays étrangers. Sa blonde, Stéphanie a un
papa « acheteur de films » et le jeune couple a pu
(coupe-fil) entrer et sortir à volonté des salles du Festival du
film et même assister à des « buffets »
promotionnel. Simon : « Maman, j’ai côtoyer des
« important », dont le réalisateur du film « Le
tunnel ». C’est bien d’avoir une « blonde »
à papa « blod ».
4-
Voulant
visiter le nouveau bureau de Lynn chez Quebecor-Publicor
(mon voisin du Chemin Bates), je découvre un couloir
tapissé de photos géantes. Beaux restes affichés des magazines
« people » de Publicor. Plein de vedettes
et que des québécoises.
De Ginette Reno à Gildor Roy, et même
une de Stéphane Bureau tout en rose et beige… Oh ! Une
vraie gogoune ! C’est bien. J’ai vu tant de bureaux du
« milieu » avec, seulement.
les posters des vedettes « amerloques ». Lynn
—fière du joli bouquin dont elle doit maintenant organiser la
promotion— m’a montré une splendide jaquette du livre de
vulgarisation —sur l’Islam— de sa grande sœur Carole. Ma
voisine de Sein-Ad-Aile qui
veille sur les défaillances de ma machine I-mac. Son patron, l’éditeur
Simard : « Maintenant, à ce cinquième étage,
il y a cet escalier de quatre étages mais
bon pour la santé quand on refuse l’ascenseur ».
Il y a le petit-grand-fils, David, de
mon Marcogendre qui me couriellise « son ennui du papi ».
Chaud au cœur !David fut mon tout premier jeune « mousquetaire »
et cela a créé des liens très forts entre nous deux. On ne se
voit plus guère, les cinq petits-fils et moi, j’habite bien
loin. Terminé les lunchs avec eux. Il me reste les merveilleux
souvenirs du temps qu’ils étaient des gamins et qu’ils me
rajeunissaient tant. Je raconterai nos loufoques aventures —début
dès lundi matin qui vient, première émission— avec Houde et
Bertrand à « Tous
les matins » à Radio-Canada.
Jacques Lanctôt, un de mes éditeurs,
a expédié une note très sarcastique au Devoir, les félicitant
de publier « seulement sur les écrivains de Paris ».
Bravo ! Je lui ai dit : « c’est cela le racisme
inverti », il n’y a plus qu’automépris et valorisation
des étrangers. Oui, un racisme à rebours, un racisme à
l’envers.
5-
Hier, à
T.Q. longue émission sur Françoise Sagan. Totalement inaudible.
Aucun problème de son c’est sa diction fautive, son
articulation déficiente. Une vraie infirmité. Pauvre elle ! Hier
encore, voyant Louisette Dussault faisant sa « souris verte »
et chantant sa toune, Aile l’entonne aussitôt qui réalisait
pour cette « souris verte » ses toutes premières émissions.
Elle sortira de carrière (en 19995) avec les textes de Victor-Lévis
Beaulieu, « Montréal P.Q. ». Série
où, à la fin, Monique Miller, en « Madame X,
« bordelienne » et cicatrisée, se noyait lucidement
dans le Saint-Laurent tout à fait comme le policier Javert des
« Misérables » (formidable Malcovitch) entrant
doucement dans la Seine pour mourir debout.
À Ottawa, un comité de « séna-dors »
(de endormis) recommande de légaliser la marijeanne. Place au pot
! Policiers : bas les pattes devant le cannabis ! Les autorités
crachent des fortunes pour proclamer : « Fumer c’est
poison ». Avec des images sanguinolentes et têtes de mort !
Et voici maintenant « citoyens, fumer donc en
paix » ! Folie furieuse. Incohérence totale ! Ce matin, les
gazettes annoncent que des scientifiques condamnent la mari
« qui favoriserait la schizophrénie » ! Diable !
Lobby maffieux poussant sur les brave sénateurs ? Lobby des
policiers bin tannés de chasser les poteux ?
Lobby de psychiatres souhaitant augmenter les maladies
mentales ? La bataille débute. À suivre !
6-
Une sorte
de suicide nationale ? Quoi ? Qui? Suicide culturel ? C’est un
essayiste Jean-Yves Thériault qui dit cela, il parlait —à un
congrès de journalistes à Ottawa— du « think big stie » d’Elvis Gratton. Thériault
dit : Céline Dion, le Cirque du Soleil, Bombardier…toutes
ces réussites proclament : « Québécois de
talent, sortez d’icitte au pus sacrant, rayonnez aux USA ou périssez,
établissez-vous à Las Vegas ». Cela conduit à ceci : la
culture québécoise, bof, aucune importance. Reniez-vous,
adaptez-vous à la sauce étatsunienne
et triomphez chez le tout-puissant voisin. Une seule
sortie-exit :Las Vegas ou rien !
J’y réfléchis. Je lis le dernier
Gaétan Soucy : ça se déroule à New-York. Tiens, tiens !
Paris, vaste marché de lecteurs est fasciné par New-York. Ah !
On y lira (dans son roman « Music Hall ») des
expressions typiquement parisiennes. Ah tiens ! Soucy, un prof de
collège à Longueuil, y a mis une grenouille fantasque qui chante
et danse : « Music Hall » ! Paré pour un film
USA, pour de l’infographie à effets spéciaux ?
Pour le studio géant Walt Disney. Pour Spielberg ? Eh bin
je le lui souhaite, tiens ! Je ne jette pas la pierre…à
personne. J’avoue que j’y pensais récemment : écrire
une histoire qui se passerait ailleurs, à Paris, Londres… ou
Rome. À New-York ou à Boston…Eh oui ! On y songe tous à
agrandir son territoire. Ce Thériault sait-il bien cela ? Détesterait-il
voir un de ses essais se faite acclamer à l’étranger ? Allons
! J’avais envoyé —en vain— à plusieurs éditeurs de Paris
une copie de mon manuscrit de « Papa-Papinachoix » (il
y avait une héroïne parisienne), au cas où… On vous répond
toujours par l’hypocrite et poli : « Bon texte,
malheureusement il n’entre pas dans le cadre de nos programmes
d’édition… » Le bla bla classique !
7-
Grosse
chicane. Établir la souveraineté de nos Amérindiens avant la nôtre
puisqu’il y a un peu trop de « non » chez nous.
Quoique… « le vote ethnique » —quasi 100% de
« non » dans Darcy McGee— « et l’argent »
—Ottawa au mépris de nos lois électorales a craché des
millions de $— Parizeau parlait franc ce soir-là. Bon. Un
Claude Gélinas (de Québec) :
« Cette
entente (du gouvernement actuel à Québec) avec les ex-Montagnais
(Saguenay et Côte-Nord) est basé sur la race et non sur le mérite ».
Bang ! Il recommande la prudence face à ces Innus favorisés
« juste » par racisme. Il fustige : « des
droits spéciaux pour cause de race ».
Il a raison je trouve. « Les Québécois
de souche, émigrants… comme tout le monde, dit-il, seraient
privés de certains droits juste parce qu’ils habitent —« à
deux pas, à quelque enjambées »— de la réserve indienne
? Mais oui, une sorte de racisme. Par complaisance. Par une
culpabilité folichonne. Il insiste : « équité selon
les payeurs de taxes », point final. Tu craches des taxes,
tu as droit aux secours de l’État. Oui, il a raison mais cela
ne se dit pas :la peur niaise de passer pour raciste ?
Courageux Gélinas.
Un docteur-psy, étatsunien, James
Walker, publie « Brecoming evil… », éditeur Oxford
Press. Il explique les sources du mal. Il explique les horreurs, l’holocauste
des nazis (« où dit-il les femmes furent aussi démoniaques
que les hommes ») comme le génocide au Rwanda. Et tout le
reste au domaine funeste des tueries collectives. Le mal quoi. Ce
Walker puise même chez Gustave Le Bon et sa toujours formidable
étude « Psychologie des foules », paru pourtant en
1895 ! Conclusion : le nom de la source du mal ? L’indifférence.
Oui, la passivité des individus. Des
gens regardaient sans rien dire. « Une foule dilue la
responsabilité ». Tout cela rejoint ce que je disais sur
les Allemands (instruits) de 1933, indifférents
face à la montée du fou, Hitler.
Oh ! Faut que je téléphone à ma
fille ce soir. Ils viennent de rentrer d’Old Orchard, Maine,
si « bon marché » en septembre. Savoir s’ils ont
pu mettre un pied, un mollet, deux cuisses, tout le corps dans
l’eau tumultueuse de la mer atlantique ! Oui, je voudrais voir
la mer en septembre. Il fait soleil d’un horizon
l’autre : je cours me baigner et lire la suite de
cette grenouille soucyienne de « Music-Hall ».
D’abord, c’est ma charge, faire le lunch du midi, sortir le
plateau y mettre son verre de lait, ma fiole de bière, des olives
noires et des oignons verts et aller servir Asile, dans son
transat avec Margaret (Atwood).
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