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Histoire
d'une aquarelle
1-
Ouf!
Oui, « jours de pluie »...donc jour du diariste. Par où
débuter…résumer cette absence du clavier ? Éliane, ma fille,
arrivée ici lundi, vient de nous quitter. J’admire son courage :
sous la pluie, tantôt, elle a tenu à aller se baigner longuement
une dernière fois et y faire ses exercices dans la « nouille »
de plastique. Elle nous a détaillé un tas de maux physiques qui
l’accable et nous a paru pourtant , à Aile et moi, en forme
splendide. Hier, je lu ai dit : « Eliane, ça
serait pas la ménopause tout ça » ?
Elle a répondu : « Oui, peut-être, ça se
peut ». Elle jouit d’un appétit formidable, a un moral
solide, est capable d’énergie rare. Alors ?
Quoi qu’il en soit, son séjour m’a fait du bien.
L’absence des trois garçons favorisait nos confidences. On a
souvent jasé en tête en tête. Souvenirs communs, constats
divers sur nos petites actualités, vagues projets d’avenir.
C’était fameux. Un seul inconvénient : la fumée de nos
cigarettes. Elle ne supporte pas. Le soir, Éliane elle se tenait
un éloignée des deux cheminées, près de la moustiquaire. On en
riait.
Mercredi midi, visite, avec
Éliane — amateurs
d’aquarelles, en faisant pas mal elle-même— à Saint-Agathe,
pour visiter une
modeste expo de l’aquarelliste, brillant technicien, lui,
Jean-Paul Ladouceur. Sa fille, Johanne, était dans la
petite galerie. Échange de souvenirs. J’ai oublié de lui dire
avoir consacré un chapitre à son père-peintre dans mon « Je
vous dis merci ». Elle me veut en préfacier —au moins,
lui ayant dit que je n’avais pas le temps d’écrire la une
biographie qu’elle planifie— pour un tel livre qu’elle veut
consacrer à la mémoire de Jean-Paul. Je ne me voyais pas,
paresseux, potasser des tas de documents ladouceuriens.
Le lac, à Saint-Agathe, est plus impressionnant que notre
petit lac Rond. On a embelli des rues, on y trouve la panoplie des
restaus et boutiques à la mode un peu partout désormais.
C’était joyeux sous le beau soleil de ce jour-là.
Chaque soir, promenade de santé dans nos alentours avec ma fille
qui y tenait, qui me fit prendre la résolution de marcher
davantage.
Vu à la télé, avant-hier soir : « Vertigo »
d’ Alfred Hitchcock. Son chef d’œuvre disait la
chronique. Oh la la ! D’une lenteur, d’un manque d’ellipses,
un « presque navet » au fond. Basé sur un polar de
Boisleau-Narcejac, il en sort une abracadabrante histoire. Seul la
fin surprenante de l’intrigue —de ce lent et trop long film—
reste valable…et encore ! Pourquoi surenchérir, sur-coter, ces
vieux films d’antan…aveuglément ? Snobisme puant. Aile comme
Éliane rigolaient ferme aux tournants, virages brusques,
si peu plausibles de ce « Vertigo ». Et moi
donc !
Avec ma fille, bref pèlerinage à mon ex-écurie de 1952
— 14 mois avant sa naissance— rue du Chantecler. Je lui parle
du concierge de l’hôtel qui tentait de m’aider un peu. Il ne
reste que le solage. « Tu parles beaucoup de ce Sainte-Adèle,
cela t’a marqué hein ? », me dit Éliane. Et comment ? Au
fond mon premier appartement, à vingt ans. Ma première vraie
coupure avec la famille et la rue Saint-Denis; mon premier échec
aussi. Ça marque en effet. Le lendemain, —y a-t-il un hasard—
au dépanneur du coin, la fille du concierge Aubuchon
m’apostrophe : « Ah vous !
Ma mère détestait que j’aille rôder dans votre
atelier. Elle avait peur…de vous, de l’artisse, du bohémien ! »
On a rigolé.
2-
Nous
avions appris —source du « beau milieu », expression
de Raymond Cloutier— avant tout le monde le suicide de la fille
de feu Luc Durand, Émilie Durand. 22 ans, merde !
Aile : « Non,
non, va pas mettre dans le journal, la famille est peut-être
pas prévenue encore ». J’obéis. Samedi matin, c’est
dans les journaux. Clairement. Avec le rituel : « Dons
à « Suicide-Action ». Tombée du clocher de l’église
de Baie Saint-Paul. Miserere !
Coup de fil de mon éditeur « trois-pistolets »,
le V.-L. B. « Salut Claude ! Bon :on garde un de
tes titres. Ce sera : « À cœur de jour ».
Final. Pour la couverture, cesse tes tourments, oublie
l’illustration littérale du titre et fais-moi plutôt un de tes
autoportraits donquichottien dont tu as le secret. Okay ? Salut ! »
Bonne
idée. Je vais m’y mettre et la lance du « chevalier sans
peur et sans reproche », à la joyeuse figure, sera une
longue plume bien acérée ! Youpi! Délivré.
Rêve vraiment bizarre, extravagant, avant-hier. Je le résume
très brièvement. Matin. Je suis avec d’autres (c’est vague :
mes enfants, des amis, le passé, aujourd’hui ?) dans une cave bétonnée
—la mienne, jadis,
à Bordeaux, il me semble— il y a eu des…mulots,
chauve-souris, rats, bêtes bizarres. (Écureuils ?) Le lieu est
craint. On cherche comment nous débarrasser de ces « bébites
de nuit » si encombrantes. Je vois des trous nombreux dans
le solage (reste de l’ex-écurie). Aussi des blocs de
glace…Soudain, qui descend le long d’un mur de cette cave, une
assiette de cuivre, gravée. Je vois la corde de soutien qui défile
! Peur de tous. Fantôme ? Poltergeist ? Frissons de tous.
Prudence. Petits cris. Recul des froussards. Brave, je
m’approche et je lis un nom (inconnu) —Marcel ou Maurice…
Briard ou Brodard… peint au bas de l’assiette martelée qui
offre un portrait brossé vivement. Visage joyeux. Face comme
hilare. Tête d’homme avec képi militaire. Soudain, juste à
coté, fil mobile encore et c’est un masque de carton épais qui
descend et s’arrête à la hauteur de l’assiette métallique.
Même visage ! Stupeur de nos tous. Le nom peint au bas de
ce masque : même fion grotesque. Ensuite, nouvelle surprise.
Cris encore : un troisième
objet sort du mur et se glisse le long du mur de ciment.
Une petite huile sur toile, sans encadrement, le nom pas même séché
encore à l’huile grasse :colonel M…B…Je peux pas lire
clairement. Bouleversé par cet accrochage insolite, je veux
calmer mes compagnons, —mes enfants, mes petits-fils, je ne sais
trop— je dis : « C’était ça. C’était lui.
Un esprit en difficulté. C’est fini, regardez. En effet, les
trous sont frais cimentés et la glace a disparu. Les trois
portraits remontent au plafond, disparaissent. Je récite un pater,
je ne sais plus les mots, alors
je récite un ave… Soleil luisant dans la cave redevenu normal. En sortant je
dis à Marco (qui est à mon côté ?) : « Je
regrette. J’aurais pas dû… ces vieilles invocations, non,
j’aurais pu improviser mieux, faire une « prière aux
morts » plus personnelle. Marc me dit : « Oui,
c’est vrai ! En effet ! » Réveil.
3-
Mardi
et mercredi, ma fille heureuse, en vacances totales,
baignades sans cesse et, hier, visite au rivage d’une amie d ‘Éliane,
Danielle P. venue du Rang 12. « Regardez ce que je vous
apporte, m’sieu Jasmin. Vous aviez parlé des « croquettes »
mangés au collège Grasset à chaque récréation, votre « régal »,
disiez-vous.
J’en ai déniché une de vos chères croquettes ! »
Elle me le lance ! Vite, j’y goûte. Je l’avale toit rond.
Miam ! Rien de changé. On a ri. Il nous reste ainsi des goûts
anciens qui ne s’oublient pas. Ce petit gâteau « Stuart »,
le « Croquette » — « Mae west » pour
d’autres— pauvre consolation dans « la prison »
obligée des « bons pères ».
Dimanche soir, location du dernier film de Godard : « Éloge
de l’amour ». Arès quelques navets imbuvables, nous
avions mis une croix pour longtemps sur ce « chercheur »
aux navrante trouvailles. Dimanche, on se disait : « un
dernier essai, il a changé, évolué, peut-être. Non, c’est
plus assommant que jamais. La « recommandeuse de vidéos »
de La Presse, la Sarfati, bien snob, bien jet set, craignant,
mondaine, de passer pour une demeurée, y allait d’un « trois
étoiles et demi » ! La niaise intello désincarnée ?
J’en doute. Plutôt la timide timorée intimidée. Un récit
obscur, une
machin sans queue ni tête. D’une prétention d’imbécile,
d’un ennui constant et total.
Raconter encore mon histoire : « Une fois
c’t ‘un gars… devant l’entrée d’un club « pour
intellos seulement ». Le portier lui dit : « En
êtes-vous vraiment un ? » Lui : « J’ai aimé
« Éloge de l’amour » de Godard ». Le portier
ouvre aussitôt : « Entrez, entrez vite »! Aile
vraiment écœurée
—qui aime bien pourtant les histoires compliquées à la
« Mulholland Drive ». Cette fois, comme moi, elle jure
que Godard c’est terminé. À
jamais. Elle me ramène un Godard et je divorce. Euh non,
on est pas encore mari et femme !
Le peintre « automatique » Pierre Gauvreau (
aussi auteur de « Le temps d’une paix, « Le volcan
tranquille ») à la radio du matin avec Dussault : « Les
marchands de soupe ont envahi la télé ». Vrai et pus
souvent que souvent.
Éliane nous raconte l’organisation d’un anniversaire
pour son benjamin, Gabriel. Une douzaine (12 !) d’amis. Garçons
et filles. Toute une soirée de fête, une nuit aussi et le
lendemain ça continue rue Chambord ! Oh la la !
Tas de repas, de collations, jeux, min-orchestre, voisins
ennuyés etc. Fatigue terrible. Aile écarquille les yeux et voit
mieux à quoi elle a échappé. Ouf et re-ouf !
4-
Lundi,
départ pour monrial. Fête rue Saint-Denis, à l’école de théâtre,
pour le 50 e anniversaire de fondation de « La Roulotte »
des parcs. Paul Buissonneau très applaudi, félicité sur toutes
les coutures. Il est en pleine forme. Il pète vraiment le feu
tout en allant vers ses 80 ans ! Rencontres merveilleuses des
anciens camarades : Clémence, Sabourin, impossible de les
nommer tous. Évidemment évocations sans cesse. Souvenirs,
souvenirs. Nostalgie inévitable. Et cette École, ex- terrifiante
antre de jadis. Nos parents, des voisins : « Continuez,
petits vauriens,
à casser des carreaux (ils disaient « des vitres »)
et on va vous faire renfermer à l’École de réforme » ! Nous
savions que c’était à quatre coins de rue de la rue Bélanger
cette horrible prison des enfants où on fouettait, on torturait !
Notre frayeur alors, on restait tranquille deux ou trois jours.
Après la joyeuse fête, souper à « La Moulerie »
avec P.-J. Cuillerier. J’aime ce camarade d’Aile. Il n’est
jamais ennuyeux. Sa faconde est inépuisable. Il est brillant, il
me stimule. J’arrête, je me souviens qu’il m’a dit « nous
tenir à l’œil » via ce journal qu’il lit fidèlement.
Bon, disons qu’il n’est pas « si fin » que ça.
Chemin Bates, lundi soir, constatation : le trou s’évase.
La pelle « pas à stime » se fait aller la mâchoire.
C’est maintenant un très, très
grand trou. Le futur bloc de condos, huit étages, sera
bien assis. Le bruit incessant dès mardi, très
tôt. Les saletés partout. L’horreur. Nous déguerpissons
vite de là. Que font ceux qui demeurent au « Phénix »
tout l’été ?
Le beau cadeau envoyé par Manon A. Vieilleries précieuses.
Elle m’a posté deux volumes du journal de Julien Green et un de
Mauriac, sans doute déniché à ses « puces » de la
Rive-sud de Québec. J’ai commencé le 1940-41 de Green. Il
s’est sauvé aux USA, chez lui. Il en souffre. C’est un
amoureux fou de Paris, de la France. Chaque entrée offre de
profondes réflexions sur le destin, la vie tourmentée,
l’angoisse métaphysique. Il plane au-dessus des réalités
contingentes, ce que moi je ne fais pas bien entendu. Je suis donc
privé constamment d’informations sur sa vie réelle, son
existence « de chair et d’os ». C’est un romancier
d’antan —que j’ai tant aimé, je l’ai déjà dit—, du
temps que j’appréciais tant les âmes torturées, sauce
Mauriac. Plus tard, Dos Pasos, Hemingway, Steinbeck, Caldwell me
soignaient à jamais de ce besoin un peu… disons, judéo-chrétien.
Trop.
5-
J’ai
lu, en vitesse, le bouquin, écrit à la va-vite,
de Claude Jodoin (« Mes aveux… » Quebecor, éditeur)
qui fut le Michel Auger de son temps au même « Journal de
Montréal », qui se lia avec Claude Dubois et ses frères en
banditisme. Un jour, remords le titillant, il passe indicateur de
police. Cette lecture éclaire beaucoup les affaires actuels avec
Maurice Boucher et ses bandits à moto. Dame Justice en attrape
pour ses grades. Le Jodoin finira en une prison atroce :
chaque jour, cachette découverte, dit-il, risque d’être son
dernier. Une « balance » le sait fort bien. Il affirme
que sans eux, les délateurs (« haïs par tous »
souligne-il !), il n’y aurait jamais —mais jamais—
procès des « chefs » de mafias puisque ceux
qui règnent sur les commerces interlopes savent « se
couvrir ».
Pour me changer de la crasse morbide des tueries en série
du clan des Dubois, j’ai lu « Les détectives de la santé »,
par Jacques Drucker (Nil éditeur). Une crasse différente. On y découvre
le horreurs microscopiques ( virus, bactéries) qui répandent les
infections, les épidémies. Du « vieux » Sida à
cette effrayante contagion actuelle via les moustiques (du Nil
occidental). Instructif en diable mais…on devient nerveux. On
craint la nourriture même inspectée et on a envie d’aller
vivre dans une bulle. Bon, Drucker affirme : « nos systèmes
immunitaires se battent sans cesse et gagnent le plus souvent ».
N’empêche de savoir qu’il y a des milliards de bactéries qui
résistent tant bien que mal dans notre organisme donne froid dans
le… ventre, c’est là surtout, dans nos intestins que se situe
l’arène de lutte perpétuelle !
Je commence deux romans, un de Stanley Péan : « Zombi
blues », plein de zombis rôdeurs sous Duvalier en Haïti et
un du très érudit macaroni, Umberto Eco : « Baudolino ».
Les finirai-je ? C’est une autre question. J’aime bien essayer »
un livre. Eco m’énerve déjà, je déteste l’érudition (qui
n’a rien à voir avec
la culture) et encore d’avantage ceux qui l’étalent à
pleines pages.
À RDI —quand il font une pause en fédérastie appliquée »
avec leurs actualités coast to coast— présente de bons
documentaires. L’autre soir, un colonel, Braun de son nom.
Fgrandis et partis. Il devient un gourou. Dans l’aile des
« charismatiques ».
Commune organisée. Il sermonne. Il « impose les
mains », il parle en langues. On voit une de ses fidèles
qui s’étend au sl en tremblant, prise de fou rire ! Braun dira : « c’est
l’onction de joie », c’est fréquent ! Tu parles !
Enfants stupéfaits. L’un dira : « Au fond, ils
se sont fabriqué une nouvelle famille, ayant perdu la vraie. »
Oh ! oh ! oh ! Les voies du Seigneur (oh Lord !) sont variées
hein ? Bon docu. Très bon.
6-
Bref
songe : nous sortons d’une fête clinquante. Trop de monde.
Plein de mondains snobs. Fusses rencontres. Façades et vains
propos. Trop de vin bu. Nous nous retrouvons, Aile et moi,
sous le Stade Olympique. Logement exigu, de béton armé.
Affreux réduit de quatre pieds sur huit ! On étouffe. Aile désolé,
muette, embarrassée, moi honteux, découragé. Déçu. Ça parle
dehors de complot, de crise, de menaces nucléaires à venir. Nos
vivons comme des homes de caverne. Privés de tout. Bizarre
cauchemar non ? Ça vient d’où ? La Roulotte ? Le film de
Godard ? Sais pas. On sait pas. Comme j’aimerais comprendre le
symbolisme des songes. Y en-a-t-il un ?
Dubé à la télé d’antan : « La meilleure pièce
de Tremblay ? « À toi pour toujours ta Marie-Lou ».
Pas loin d’être de son avis. Lui, sa meilleure ? « Un
simple soldat », dit-il, ma plus forte, je crois bien ».
Dans le Godard tout de même, un petit passage un peu plus
clair et où je retrouve le débat que je tiens : « Ne
jamais dire les Américains quand on veut parler des citoyens des
USA ». Un personnage tient le même langage que moi. Ma
surprise. À la fin de cette séquence : « Quoi,
alors quoi, les citoyens de votre pays n’ont pas de nom ?
Américains c’est aussi vrai pour les Canadiens et les
Mexicains. Vous n’avez donc pas de nom, c’est inouï ça »
? Plaisir furtif.
Ce soir, hâte, avec Bernard Rapp —qui va s’améliorant—
à « Les feux de la rampe », Anouk Aimée. Pour une
fois le Cauchon du Dev l’annonce dans son « Choix ».
Bien. Était temps !
Un comique vante Toronto et démolit sa ville natale. On
s’empresse d’imprimer ça sur cinq colonnes hein ! Racisme
inverti, un virus solide. Ce jeune diplômé trouve un job bin
payant à Toronto, ça arrive partout en Allemagne comme en
Angleterre,
et le voilà vantant Toronto « La » salvatrice.
Si un gars de Toronto se déniche un bon job à Montréal,
ira-t-il brailler à Toronto qu’il n’y a que Montréal pour
les chercheurs d’emplois ? Non mais… Il est venu faire son
tour, il adore tant Montréal, il aimerait tant y revenir, il a
revu de ses amis diplômés comme lui
et…chômeurs. Hon ! Or, les sondages le disent tous :
ils se créent au Québec plus d’empois qu’ailleurs au Canada
depuis quelques temps. Un menteur. Non, un petit malin qui sait
qu’on va imprimer son lamento
chez Gesca-Powers and Company. Ma fille nous a raconté la
« belle vie » d’un couple d’ex-amis, deux
urgentologues du Québec, instruits ici à nos frais,
qui s’enrichissent rapidement en Pennsylvanie, à
Pittsburgh. Grand bien leur fasse, non ? Certes, ici, ils auront
de moins bonnes gages. Là-bas, s’ils tombent malades, ils vont
en baver et en cracher un coup. Un risque. Liberté pour tous quoi
! Ce couple a choisi et ne viendra pas baver sur le Québec.
L’exil chez les Amerloques ou en Australie, un choix. Point
final. Je sais que je ne pourrais pas vivre, pas une seule année,
aux USA. Pas même six mois, pas deux, pas un seul. Mon choix. Il
n’y a que la France…et encore. J’aime trop mon pays, je
reste. Et puis il est bien tard…
7-
Coup
de regard à ma fenêtre. Classique, à l’heure de la soupe,
Sainte-Adèle s’illumine même le jours de pluie. Sortir ? Oui.
Aller à l’école Bouffe, ré-ouverte depuis une semaine ? Non.
Les débutants doivent se fortifier. Et les sauces riches, mmm !
Dans le « Ici », Robert Lévesque déboulonne
l’Ionesco et aussi le Cioran. Que dirait-il d’Adamov viré à
droite-toute ?
Nos deux héros littéraires fleuretaient abondamment avec
les fascistes au début de la guerre. Découverte au mode « passé
trouble » par Laignel-Lavastine qui publie « L’oubli
du fascisme » (PUF éditeur, 550 pages).
Je comprends mieux l’énervement des Cioran quand ils
lisaient le mot « nationalisme ».
Pour tous ces défroqués du fascisme, le mot, était
tabou. Incarnait le mal. Ils oublièrent le nationalisme moderne,
celui de la décolonisation, le nationalisme moderne, actuel, qui
n’avait
rien à voir avec leurs péchés de jeunesse quand ils
admirèrent en nigauds confus le nationalisme des Mussolini et des
Hitler —comme celui, ici, ici, de nos Chemises Brunes du chef
Adrien Arcand et certains curés, évêques englobés, du genre,
tiens,
du papa de Jacques Lanctôt dont il parla volontiers avec
Dussault l’autre matin. Bref, un autre bon article de Lévesque.
Et un livre que je veux trouver.
Voilà le soleil; « Here come the sun… »
chantait The Beatles. Je sors le dévisager sur la galerie et
vite.
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