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1-
Au
lever un ciel gris, un vent féroce, rideaux faisant tomber les
traîneries de ma table de chevet. Brrr….Brunch, il est tard. Œuf
et jambon. La confiture de fraises extra d’Aile. Yam ! Journaux
du jour, ce petit bonheur indispensable. Le ciel se dégage
mais…bon, du journal. Car, hier, j’ai oublié des choses. Dont
la visite-éclair, dimanche, du filleul d’Aile, le Pierre-Luc du
frérot Pierre. Je les écoutais jaser, lui et Monique (M.). Ils
racontaient des provinces de France. Pierre-Luc a voyagé pas mal.
Aile et moi sommes allés outremer en 1980, une première !
J’avais 49 ans ! « Le monde a changé tit-loup »
chantait Dubois ! Éliane et son Marco, Daniel et sa Lynn allaient
en France, jeunes. Gabriel, le benjamin, trompettiste à ses
heures, y a pris de longues vacances plusieurs fois. Dans le
bordelais ! Oui, le monde a changé. Dimanche, Monique et son
Patrice admirant à fond notre joli refuge…je dis : « Comprenez-vous
pourquoi on part plus, pourquoi on reste collés ici ? »
Je lis Somerset Maugham ces temps-ci.
« Un gentleman en Asie », (poche 10-18). Un « livre
de voyage » fort amusant. Époque : 1922-23. Long et
lent (avec mules et poneys) itinéraire à travers la Birmanie,
puis le Siam (Thaïlande d’aujourd’hui). Bientôt, nous irons,
« ensemble », au Cambodge puis en Indochine à la fin
(j’ai lu la quatrième couverture). Le très « Britannique
» Maugham cogne fort, ici et là, sur le colonialisme de sa patrie impériale. C’est bien. Étonnant
voyage qui me captive —malgré une sorte de monotonie liée aux
lenteurs des moyens de transports— avec ses notes de calepin.
Villages exotiques en diable. Populations misérables et très
capables de courtoisie et de grande bonté pour ce baladeur impétueux.
Il va de bungalow en bungalow (sorte de relais pauvres)
puisqu’il semble y avoir un réseau (modeste) d’installations
prévues pour ces voyageurs. Les surprises de Somerset face à
tous ces temples faits de bambous coupés. Édifices de cannes
coupées ! Statues dorés, laque sur le bois de teck ou de cèdre,
mosaïques de carreaux de faïence,
pierreries, etc. quand la pauvreté est pourtant totale. Le
bouddhisme fleuri.
Je voyage. Dans le temps. Le temps
d’avant les clubs modernes de vacanciers bien organisés. Je
suis loin du Ouellewbec avec ses plages où l’on consomme
sexuellement des enfants pauvres des deux sexes ! Dans ces pays du
bout du monde, en 1923, c’est commerce et commerce. Initiatives
d’exploitations (par les Blancs) des richesses naturelles.
Je voyage en une Asie inconnue de
moi. Peu à peu, regrets de ne pas y aller fureter. Je suis comme
jaloux des pérégrinations de mon frère Raynald en ces contrées.
Un monde de parfums, d’épices, de fleurs, d’oiseaux colorés.
J’en reste à nos iris communs … qui poussent maintenant tout
autour de nous. Paresse ? Crainte des embarras, des attentes dans
les aéroports.
Merci monsieur Maugham : je voyage assis dans ma
chaise-longue !Il a de l’esprit, est fort bon observateur, se
moque de lui, des arriérés innocents aussi, narre des destins
(rencontres inopinées) hors du commun : un jésuite italien,
barbu maigre, perdu en forêt, un colon riche cocu d’une jeune
femme « achetée », un paysan-guide congédié
subitement, abandonné dans des rizières,
un exilé de France, playboy repentant.
Des misérables débrouillards le
fascinent, de belles jeunes femmes sous des chapeaux coniques,
avec des fleurs dans les cheveux, le séduisent, le hantent, lui,
le gras littérateur parcourant ces contrées lointaines. Une rivière
à méandres, des ponts fragiles de bambou pourri…des torrents
furieux, un bœuf qui s’évade, une mule qui s’écrase, son
poney parti à l’épouvante…Je voyage avec lui, c’est cela
aussi le bonheur des livres. J’ai songé à notre Alain
Grandbois, poète Québécois parti investiguer le vaste monde de
l’Orient dans les années ’30.
2-
Vu
hier soir un autre suspense du fameux
Alfred Hitchcock. Revu son bon métier et aussi du « cucul
la praline ». Des musiques démagogiques pour souligner des
dangers. Des photos souvent cuculs. « Le grand cinéaste »
de François Truffault —il lui fit un bel album d’hommage—
avait ses tics. Ses manies déplorables. Film décevant que ce duo
de Sean–James bond et de Tipi Hendren. L’histoire : une
jolie voleuse, traumatisée par son enfance misérable, mignonne
blondinette, trouve (« deus machina » ) un chic
richard (Connery jeune) pour la sauver de sa cleptomanie. Du
freudisme popularisé par le ciné de cette époque. Avec « happy
end » convenu ! Nos regrets de cette perte de temps car
j’aurais pu continuer de rôder au Siam avec Maugham ! Aile
aurait pu terminer les magazines achetés récemment. Elle veut
que j’essaie « Les Molson », me dit : « Surtout
pour les débuts de leurs installations en brasseurs de bière
audacieux ». Me dit aussi comment il est fascinant, révélateur,
de constater que nous n’existons pas. Qu’ils s’installent
parmi nous comme si nous étions une majorité invisible, plèbe
inexistante, mariages arrangés entre eux, progrès constant
organisé comme à notre insu. Dans cette minutieuse biographie
des Molson, pas un seul mot, me dit Aile, sur ces Canadiens-français
qui, pourtant, les entouraient de toutes parts ! Racisme solide,
inconscient. La terrible loi des descendants de nos conquérants
qui vivent entre eux, qui sont nullement influencé par cette plèbe
francophone, ces récents « sortis des campagnes »
environnantes et qui seront leurs valets obéissants. Je lirai.
3-
La
faim malgré le faux-brunch. Aile m’appelle. Je suis l’Homme-sandwich
des midis. Aux tomates avec beaucoup de mayonnaise. 14h.
Ciel amélioré grandement. Du bleu. Retour au journal et musique
(Albiboni, Bach, Vivaldi, Handel, Pachelbel) baroque classique qui
me distrait moins que mes chers chansonniers.
Dimanche, La Presse, je lis sous ma
photo (le jeu du jour) : « Né en 1930, premier
roman en 1960, « La corde au cou » —faux, c’est
« 1959 avec « Et puis tout est silence »—
critique d’art à La presse, auteur de deux téléromans —faux :
j’ai signé aussi « Dominique », 1976-1979, il fut
trois ans durant le
« no. 1 » au palmarès. Son roman « La sablière »,
titré « Mario »
fut porté à l’écran ».
Là où il y a Céline et Angélil, là
où il y a le triomphe visuel du Cirque du soleil, il y a un autre
monde. Dubois, romancier et reporter de France, raconte ce peuple
des déchus avec une éloquence tragique. Le Noivel Obs fait voir
cette déchéance fatale des gamblers compulsifs. Reportage
affreux. Comme j’aurais voulu faire comme ce Dubois. Être envoyé
partout. Décrire ces expéditions pour les miens. Ici, il y avait
de pauvres revues : La Revue populaire, Le Samedi, et quoi
encore ? Aucun moyen
d’envoyer un écrivain québécois peindre le monde. Chanceux ce
Dubois talentueux. Loin des palaces illuminés, il y a un Las
Vegas terrible où des gueux, hier riches bourgeois, qui
croupissent dans des dépotoirs humains infects. Ils ont joué
leur fortune, petite ou grande. Ils vendent toit ce qui reste :une
montre-bracelet, un vieux bazou pour tenter de « se refaire »,
impénitents livrés aux bandits à un bras innombrables même
dans ces zones de clochards en loques, banlieues de vagabonds qui
espèrent encore, souillés, complètement démunis, pris par ce démon
du jeu. Ici, démons bien organisés par l’État du Québec ! Là-bas,
bientôt, Céline fera florès, notre prodigieux Cirque aussi.
4-
Ce
matin, à Radio-Canada, Pierre Nadeau interroge madame Greta
Chambers, ex-rectrice (hon !) de Mc Gill. Comique de la voir se débattre
pour paraître « la Reine des bon-ententistes ». Le
serpent bien con des « deux solitudes » sort encore, hélas,
de la boîte ! Cette foutaise. Il y a deux nations et les Blokes
refusent cette réalité. Est-ce que Belges et Hollandais sont
« deux solitudes » ? Est-ce que Suédois et Danois
sont « deux solitudes »? Est-ce que Finlandais et Norvégiens…
On en finirait pas.
Tant qu’Ottawa —avec l’aide de
nos traîtres stipendiés, de Laurier à Saint-Laurent, de Trudeau
à Chrétien— refusera de reconnaître que nous formons une
nation avec le droit, reconnu à l’ONU, de nous gérer nous-mêmes,
la lutte va continuer. Fallait entendre la Greta bafouiller
parfois, tenter de jouer l’arbitre aimable de cette longue
bataille depuis 1837. Une comédie hilarante. Une Beaubien par sa
mère, madame Chambers est le prototype parfait du péril qui nous
retardait : le jeu du « bonententisme » à tout
crin. Quand Nadeau lui dira que la loi 101, nous sécurisant
enfin, aurait amené les « non » trop nombreux aux
deux référendums…un silence de sa part. Elle qui combattait (à
« The Gazette » où elle a sévi) cette loi ! Puis,
elle marmottera : « Oui, peut-être ».
Avec raison, Nadeau, lui rappellera
l’ouvrage —de premier conciliateur— de son mari Egan
Chambers —un député Bleu de Diefenbaker— lors du terrible
conflit (1959) des réalisateurs du réseau français. En effet,
il aura fallu l’intervention d’un bloke de bonne foi pour
qu’Ottawa —totalement indifférent aux francophones laissés
sans télé populaire— commande,
ordonne, la fin de
cette grève historique. Les C.-F. on s’en sacrait complètement
mais quoi ?, un Conservateur, un gars du parti au pouvoir,
parlait fort (in english) ? Alors, oui, on va y voir ! C’était
cela aussi le colonialisme et le racisme de ce temps. Greta se
confie : « Une nuit, mon mari revient d’une séance
de conciliation et me dit, abattu : « c’est affreux, René
Lévesque vient de passer chez les séparatistes ! » La vérité,
on le sait désormais.
5-
Un
juge coloré, bouillant à l’occasion, au franc-parler rare,
Boilard, a pu lire une lettre de blâme du juge Garon (chef d’un
sous-comité de surveillance des magistrats rebelles) :
« Vous avez été insultant en cour pour un avocat jadis,
c’est pas bien, indigne du « banc ».
C’est la compétente Isabelle
Richer de la SRC qui lui a fait lire cette lettre qui traînait.
Boilard le fougueux a bondi. Vers la porte de sa cour. Il
abandonne les motards criminalisés. S’en va à la retraite. Ce
matin, tribunes publiques partout, manchettes des journaux. On
entendra mieux les juges ronflards et moins les « sans
langue de bois » désormais. Les soporifiques perruqués
triomphent. Les autres viennent d’être prévenus. Pas trop de
clarté et pas trop de personnalité. Installez-vous dans le
ronron ennuyeux des procès pour endormir.
Le nouveau juge des « Mom »
devra lire tout le dossier maintenant. Des lectures énormes. Il
s’installera avec prudence. Et le cirque des jargonneux législateurs
va reprendre de plus belle. La prudence est la mère des
confortables tribunes, assommants de vétilles et de broutilles
« codées ».
Deauvile, en France —comme pour le
Festival du film à Toronto—
de nouveau tout américanisé. Ce fanatisme pour les amerloques !
Des stars d’Hollywood affluent à ce festival des colonisés et
contents de l’être. Le cinéma de Londres ou de Berlin ou de
Rome (on est en Europe non ?) à Deauville ? Allons ! Où est le
gros fric et les gros machins ? Ils viennent de Los Angeles, USA.
Place, place ! Le « haine et amour » de cette sorte de
français fait que s’installent souvent de ces hommages étonnants.
« Paris-Match » va s’y précipiter.
Rien à faire, les caricaturistes
sombrent souvent dans les clichés éculés. Ce matin, par exemple
courant, images (La Presse) d’un col bleu et d’un compagnon.
« Tu feras rien en vacances ? » L’autre :
« Ah non, ça ressemblerait trop à mon travail ».Ah,
ah, ah ! On enfonce un vieux clou rouillé. Le satiriste paresseux
quand il y a tant de sujets pour illustrer l’exploitation des
riches, des requins envers… les cols bleus et tout le peuple. Pénible
paresse.
Ça y est, le soleil partout
maintenant. Je repars « en voyage » avec Maugham »
au bord du lac. |