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« Germaine
braille p’us, est morte ».
1-
Ciel
blanc mat. Mais hier…oh hier, vendredi beau et si ensoleillé !
La belle fin de journée. Débutant dans la peur. Longue limousine
noire dès potron-minet à ma porte au Phénix. Chauffeur
impeccable. Un corbillard ? On me conduit à une potence :
devoir animer deux trente minute sur les lectures d’enfance de
deux « vedettes ». L’échafaud de devoir réussir.
L’ »homme à la luisante casquette me parle de Ville La
Salle, sa petite patrie à lui. Des beautés du canal Lachine rénové.
Sa fierté. Il me vante les condos neufs aménagés dans des
usines. Lui ayant conté la menace d’un bloc-tour
dans « ma cour » chemin Bates, de la
destruction du boisé sur l’escarpement d’Outremont, il me dit :
« Je vous offre gratuitement, quand vous voudrez (me donne
sa carte) une visite des alentours du canal. Vous aimeriez les
abords de ce site-canal ». Je songe à maman, née au bord
du canal, rue Ropery. Me verrait-elle mieux de l’éther si je
m’installait dans sa toute petite patrie ? Je m’ennuie
d’elle. Je ne l’ai pas assez aimée, devenue la petite vieille
sur son balcon, dans sa berçante, avec son journal. Regrets
futiles. J’étais tellement « busy body » n’est-ce
pas ? Jeunes gens qui me lisez, ne faites pas comme moi. Vous le
regretterez amèrement plus tard, la mère (le père) morte.
Vaine
angoisse : tout se passa fort bien. Bilodeau fut chaleureux,
bavard, heureux de raconter ses premiers plaisirs de lectures :
Tintin, les deux Verne, Jules et Henri (Bob Morane), Dumas. Et
Françoise Faucher, avec ses livres conservés toujours, La
Semaine de Suzette et cette bretonnante « Bécassine »,
les contes de Grimm, leurs illustrations en couleurs. Et Dumas,
elle aussi ! Alors je dis : « Mais c’est un
genre pour garçons non ? » Elle : « Pas du
tout, qu’allez-vous imaginer, tous ces beaux mousquetaires, ce
si secret Athos surtout, non, non, nous en rêvions, les jeunes
filles ! »
Trois
heures plus tard, l’équipe semblant bien satisfaite (politesse
?) de son animateur, sortie et limousine de nouveau. Et retour à
la maison. Le nouveau chauffeur vient de…Villeray, eh oui, Il et
allé à l’école avec le fameux « gérant de Céline »,
René Angélil, son voisin. Nous parlons du quartier. Nous nous
souvenions du père Lalonde, formidable animateur de loisirs à
Saint-Vincent-Ferrier, rue Jarry.
« Ah lui, Lalonde. Ses sermons fameux, il aimait le
théâtre et cela se voyait. Il était merveilleux. Dans sa chaire
des dimanches. »
La
veille, jeudi, devoir aller à cet ex-vaste « Shop Angus »,
au nord-est de la rue Rachel, angle d’Iberville pour jaser avec
Denise Bombardier pour sa série « Conversations »,
elle me dit au maquillage : « Tu vas parler au
monde entier, Claude ! » Je dis : « Quand je
t’entends saluer le monde, TV-5, c’est France, Suisse et
Belgique, non ? » Elle : « Ah non, ça va
partout, partout. Tiens, un jour, au Venezuela, à Caracas, un
type traverse la rue pour venir me saluer. Étonnée, je dis :
« Vous me connaissez ? » Et lui me dit : « Mais,
je suis un francophile, je vous vois chaque semaine sur le Canal
5. » Eh b’en, le trac s’agrandit un peu. Hélas, Denise
pose des questions relatives à mon enfance et alors, forcément,.
je m’entends répéter ce que j’ai dit dix, vingt fois. Mais
bon, à Caracas, on sait rien du petit gars de Villeray ! Les
autres « pitonnerons » en maugréant : « on
la sait par cœur sa « petite patrie ». Fière, Denise
me présente son jeune réalisateur : c’est son fils !
Sosie parfait du papa, Claude Sylvestre, qui fut le jeune réalisateur
du jeune René Lévesque, celui de « Point de Mire ».
Affaire de famille, sa jeune compagnie ? Oui et j’aime ça. La
chanceuse. La recherchiste est sa bru : Elsa. Elsa ? « Oui,
Elsa, mes parents aimaient tant le poète Aragon ». On me
fait déambuler devant une caméra dans cet ex-usine de
locomotives. Décor étonnant avec ses colonnes métalliques, une
dizaine de tours
« Eiffel ». Dehors, vaste chantier où s’élèveront
bientôt des appartements en grand nombre. En somme ,une zone
morte, industrielle si longtemps, où des milliers d’ouvriers
ont sué à longueur d’années, convertie en espace urbain
moderne. Le progrès étonnant !
2-
Revenu
des studios de La Salle, vendredi, interview après le lunch, par
Julie Stanton arrivant de Québec, pour sa revue « Le bel âge ».
Magnétophone posé devant moi, ce sera le questionnaire,
d’abord sur « le jeune » et alors m’entendre
encore répéter les éphémérides de mon enfance, misère ! Je
ne suis tout de même pas pour m’inventer une autre enfance pour
éviter le…radotage ! Ne pourrait-on pas —ces gens du «
milieu » sachant bien ma petite histoire— trouver des
questions différentes, un angle nouveau, qui pourraient
surprendre ? Hum, il y faudrait de la recherche, du gros boulot
mais… nous sommes tous si paresseux. Julie S. questionnera aussi : « le
vieux », « Bel âge » oblige, ce sera lors le
visage du « sage », de l’ « expérimenté »
qui fait débouler ses conseils de vie. Oh la la !
À
la fin : « Qu’aimeriez-vous qu’on dise de
vous, un jour, longtemps après votre mort ? » D’emblée
je dis : « Il a beaucoup aimé une femme. » Et,
ce matin, je lis, pris dans une lettre de madame Georges Sand : «
Il n’y a au monde que l’amour qui soit quelque chose. »
Bravo Georges !
Le plus beau, le plus agréable de ce
vendredi ? Imaginez-nous, Aile et moi, au couchant, rue Hutchison,
installés sur le balcon du troisième étage chez les amis Carole
et Pierre–Jean Cuillierier. Nous vidons une fiole de blanc bien
frais avant d’aller à la soupe et aux pâtes
dans un modeste restau (on apporte son vin), inconnu de
nous deux, en face du « Rideau-Vert » rue Saint-Denis,
le « Colloquio ». Pierre-Jean nous dira :
« En face, Claude, c’est le logis de ta camarade Monique
Proulx —dont j’ai tant apprécié cet « Homme à la fenêtre »
(on en a tiré un film bien fait).
Souvenir : à un Salon du livre
de Hull, je la rencontre et je lui fais de chaudes éloges pour ce roman. Monique Proulx rougit, m’écoute,
ravie, et puis s’en va vite. C’est le vieux Richard louangeant
Guy Lafleur ? Le vétéran est là, poqué, courbé, marqué de
cicatrices, vieilles blessures et ..fraîches aussi —le Allard
du « ça suffit Jasmin, on vous a assez vu, dégagez la voie ».
Elle commence sa carrière et file vers son zénith. Chacun son
tour, le bonhomme, pas vrai ? Au « Colloquio », la
Croatie venant de battre l’Italie, en Corée, il y a des mines
sombres. Bonne bouffe et nous marcherons de nouveau la rue
Villeneuve de Saint-Denis jusqu’à l’Avenue du parc. Rue
modeste, embellie, devenue ravissante, le calme, de la verdure,
quelques terrasses camouflées, plus rien à voir avec la rue
Villeneuve de 1950, triste, laide même, quand, à dix-huit ans,
j’allais veiller chez Miche, angle Saint-Laurent, que sa maman,
« chambreuse » débordée, trouvait le temps de me préparer
de bons spaghettis.
Belle,
formidable soirée de vendredi en somme, Aile toute épanouie, légère,
regrettant presque de devoir aller dormir dans cette douce chaleur
enfin, enfin, revenue. Les Cuillerier, plus jeunes et bien
courageux, descendaient, de nuit, vers leur « rang
rural » derrière Sutton, où ils rénovent un antique
maison (1873) de
campagne, un « work in progress » qui amuse l’ex-réalisateur.
3-
Rêve
étrange vendredi : les coteaux au Chantecler, c’est
l’hiver s’achevant. Du monde. Un festival ? Une Française rôde,
semble vouloir me draguer ! Aile veille au grain. Nerveuse. La
Parisienne si aimable avec Aile sera adopter en fin de compte
—avec « Le Québec est merveilleux, ces gens sont si
aimables, etc. » Invitation sur l’autre rive, chez nous.
L’après-midi, j’avais entendu Aile inviter le couple
Faucher à la maison, dimanche, pour la télé câblée (qu’ils
n’ont pas, eux, au
Lac Marois). Françoise, le matin, en studio, m’avait parlé de
vouloir entendre les résultats des élections législatives en
France, leur grand’ peur de ce Le Pen maudit).
La touriste française, accepte donc
avec joie. Dit qu’elle devra téléphoner
à son compagnon de voyage pour qu’il se joigne à nous tous.
Nous avons, en guise de traversier du lac,
un gros traîneau de bois rouge, tiré par trois petits
chiens noirs (!), semblables au « Milou » de ma fille
et au « Zoé » de mon fils. Traversée du lac. L’eau
monte sur la glace. Danger ! Voilà, surprise, qu’il y a les
petit-fils au rivage. Ils sont tombés et sont mouillés « jusqu’aux
os », comme on dit. Aile énerve, elle les gronde. La
Parisienne rigole, la calme. Inquiétude de noyade. « Sortez
du lac, crie Aile, et vite. » d’aile. Les chiens, épuisés, boivent la tasse ! La foule nous encourage sur la rive du
Chantecler. Arrivés à la maison, téléphone de l’accorte Française.
Et, appareil posé, dira : « Échangisme ? Non ? »
Aile scandalisée aussitôt. Malaise. Moi itou. Ah, ces Européens
décadents, à la sauce Ouellebec ! Son homme s’en vient. Peur.
Au « Colloquio », pour rigoler, à un serveur nous
questionnant pour la facturation, Aile avait dit : « Nous
sommes des échangistes ! » Bang, dans le rêve ça aussi !
Les enfants salissent la maison, Aile pas contente. Nous avions
jasé de ça, au restau :le Claude bien cochon, salissant,
intempestif barbouilleur de tout . Tout compte, la nuit venue ?
Dans un coin, je chuchote à Aile : « pourquoi aussi
avoir invité cette femme ? » Réveil. Ouf !
4-
Dumont
dixit : la jeunesse, devenue l’atout suprême, partout.
Voyez ce jeune Mario Dumont en vogue novelle, vu en sauveur.
Niaiserie. Jadis : la vieillesse comme garantie pour la
sagesse des nations. Le vieux Maréchal Pétain vu en sauveur de
la France couchée ! Je rêve, j’aimerais le mélange. Pas juste
cdes jeunes, pas juste les vieux. Le mélange des générations.
À bas les cloisons sottes. Juger selon la valeur. Jeune, il y
avait deux choses qui m’importaient : (a) ce mélange
partout, vieux et jeunes, ma grand-mère Jasmin à l’étage, le
grand-père Lefebvre, à deux pâtés de maisons. (b) Les classes
sociales mélangée aussi dans mon quartier. Rue Saint-Denis,
plein de médecins, avocats et notaires et plein de travailleurs
modestes aussi. En banlieue moderne, souvent, une seule et même
classe de monde, selon la qualité de ladite banlieue, est-ce
instructif, bénéfique, pour
les enfants ces uniformités – desquels naissent l’ennuie.
Ce matin, départ laurentien. Je sors
le mini-frigo. Aile debout devant la voiture, un index pointé.
Quoi ? Le faux-pare-choc de plastique. Pendant. Décroché. Je me
penche. Clac, clac ! Remis dans ses trous. Aile satisfaite
s’installe au volant : « Et que c’est smatte un
homme ! » Immense
affiche planté dans les arbres tronçonnés qui nous nargue : « À
vendre. Condos. » L’entrepreneur, un certain
Rhéal Martin, aux prises avec des poursuites judiciaires,
dans Le Vieux et à Verdun. Chemin Bates des acheteurs résilleraient
les contrats. Mince espoir. Je songe à ceux d’ici qui n’ont
pas de résidence secondaire. Ça va creuser, cogner, dynamiter
aussi ! C’est long élever un dix étages d’appartements.
Radio du samedi matin :la bande
à Le Bigot. Chroniques diverses. Vivante radio. Modes,
spectacles, politique, bouffe, botanique, et, etc. La parole à
René-Richard Cyr qui prépare sa version, à Joliette, de
« The man of la Mancha ». Fou de Brel comme moi
—Brel qui adaptait cette comédie musicale de New-York— Joël
Le Bigot l’écoute et, mis en confiance, salue volontiers
l’initiative cyrienne. Il ira dit-il, je dis : nous irons
Aile ! Comme nos irons voir, chaude recommandation de Pierre-Jean,
« La souricière, la trappe » arrangé à la moderne
par Asselin au « Rideau-Vert ». Pour « Lulu Time »
de Lepage, crainte, je n’estime pas les acrobates, du fameux
Cirque du Soleil ou non, ni la musique rock, du fameux Gabriel ou
non. Peur. Lepage dans « Voir » : « On
me chicane. On refuse les technologies, les effets visuels, ici,
un establishment intellectuel —des critiques—
me dit que blâme, déclare que c’est trahir un art voué
à la parole avant tout ». C’est vrai? Je dis cela
souvent. Ai-je tort ? Je ne sais plus trop. Nos avons pris tant de
plaisir à certains Lepage !
Chez Le Bigot : ambiance fréquente
de ..quoi donc ? De jet-set ? Ça m’énerve toujours. Tendances
branchées, cuisine exotique. Hum ! Ce matin, transformé en
gourmet savant et saliveux, soudainement. Je le voyais en gras Obélix,
en Depardieu bouffi, humant les délicates odeurs d’un sanglier
apprêté aux herbes introuvables hors le circuit bien bourgeois
des fines gueules. Or, soudain, Aile fait un détour. Stop.
« Adonis » —filiale des deux restaus « La
sirène » où j’estime la pieuvre grillée— boulevard de
L’Acadie. Immense magasin pour fins gourmets. J’y vais, méfiant.
Ma vieille crainte des bourgeoisies. Un vaste marché étonnant,
angle Sauvé, clients contents, mines satisfaites. Nos greco-québécois
en habiles fournisseurs de bouffe de luxe.
4-
Avons
visionné, jeudi dernier, le fil « Cap Fear » La
vieille version avec Robert Mitchum en méchant « sorti de
prison », revanchard primaire. J. Lee Thompson a signé un
film de son temps. Manichéiste à plein. En noir et blanc, images
mais aussi scénario où il y a le bon, tout bon (Gregory Peck), et le méchant tout méchant. La version moderne de ce
« Cap Fear » est très supérieure avec de Niro en
« méchant » étonnant, subtil. Je n’aime pas que
les vieilles affaires culturelles soient toujours meilleures (ça
arrive !) que les actuelles. J’étais content, et Aille aussi le
disait, qu’il y ait net progrès. C’est normale, non ?
Oh, oh , oh ! « Fear is right ! »
Cris au salon ! Soudain, encore la bête ! La bestiole, identique
à la première, va et vient, cherche où se cacher. Cette fois,
pas de pelle pour faire couler le sang, non, Aile m’apporte une
couverture-guenille et je saisis ce nouvel intrus, agrippée à la
cheminée, je cours le jeter en bas de la galerie.
Vendredi matin, je vois Aille en
caucus ave notre voisin Maurice. Un débrouillard qui a vu neiger,
de Baie-Comeau à Sorel, de Haute Rive à Tracy. Elle me reviendra
avec une cage à écureuil. Une trappe qui ne tue pas, qui
renferme. Il s’agirait de petits d’écureuils, nouveaux nés
surgis dans l’entre-planchers et/ou l’entretoît. Bien. Bon.
« Par ici, c’est fréquent », a dit Maurice.
Vendredi midi, avant de quitter les lieux, Aile a mis trois
noisettes …et une petite tomate dans le piège fatal. « Oh
Clo ! C’est regrettable, on ne reviendra que samedi, la bête
devra rester enfermée si longtemps avant sa délivrance ».
Dois-je pleurer, renifler au moins ? Mottte, je la ferme. C’est
une entreprise sérieuse.
Ce matin, Aile empressée de délivrer
notre captif…trouve la cage vide. Et la tite tomate…plus là ?
Examen minutieux. La bestiole pas assez pesante ? Questionnaire.
Visite express chez Maurice. Retour : « Ça va marcher.
Je vais remettre une tomate mais mieux fixée. Le poids suffit. Il
y a que la tomate ne doit pas rouler à bas de son socle-déclencheur,
etc. etc.
Ma chère Aile en inventeur à la Léonard
Da Vinci calculant l’effet de sa machine de guerre…qui ne tue
pas. Je m’amuse. Comme un fou. Sans le dire. Pas fou !
5-
On
cherche toujours l’officiel poète fédérat. 20,000 piastres,
imposable ! Je voudrais voir la liste des candidats. C’est
ouvert à la confrérie écrivante. Comme « entretenus de
l’État », les petits camarades en « fines lettres »,
membres ou non de l’UNEQ, s’y connaissent, croyez-moi. Luc
Perrier, poète de Saint-Jean, ce matin, en lettre ouverte, offre
son âme et son cœur. Amusante caricature. Le ridicule ne tue pas
? Jean-Louis Roux
pourrait se forcer et avec son bon gros cachet sénatorial
pourrait bien accepter les deux futiles taches. Et Jean Lapointe,
le chanteur, compositeur à ses heures…en fou du roi Chréchien
! Non ? Ou cette brave Sagouine, la Viola Léger, non ? Mon Dieu,
un petit effort ! Ottawa s’ennuie tant au milieu des copains démarcheurs
engraissés.
C’est une vieille coutume angloise
! Une folle mode bien britannique. Il faut imiter nos bons maîtres,
pas vrai ? Pas facile donc de trouver un troubadour pour le
patroneux de Grand-Mère, un domestique un peu cinglé, sachant
compter les césures et les pieds, arranger les rimes; trouvons
vite un trouvère pour le château gothique des rivages du canal
Rideau et de l’Outaouais, ouais ! Urgence ! Que va devenir le
temple des « favoris » sans un écrivain d’État ?
Ah, je le sens, va falloir que je me dévoue : j’irai à
Westmount pour rencontrer le valet patenté Roch Carrier, il me
donnera le mot de passe du traître québécois, le mode du code
du raciste inverti, le questionnaire du « collabo » et
je passerai le test fédérastique, yes sir !
6-
Vendredi,
revenant des studios « Shop Angus », je dis à Aile : « J’ai
vu le coin, je peux pas croire qu’enfant, tu marchais de chez
toi, rue Molson, jusqu’à
Christophe Colomb pour ton école Saint-Arsène. Toute une trotte,
quinze rues non ? » Aile : « Oui, c’est
pour ça que je suis en forme —qu’elle a de si belles jambes,
j’ajouterais— et quatre fois par jour, hein ! Le midi, je
mangeais en 4 minutes et demi et je repartais, l’hiver compris,
à 25 sous zéro ! » Je n’en reviens pas, non !
Coup de fil rue Bates. Charles Mayer,
80 ans, veut me parler. Ex-camarade en décors, Hongrois d’origine.
Il a fait des gravures. Nos belles grosses granges et autres bâtiments
de ferme. C’était un habile dessinateur, vraiment très fort.
Je lui donne deux, trois noms d’éditeurs « plausibles »
de s’y intéresser. Il me dira : « Je jasais
avec Peter Flinch (venu d’Allemagne, lui,
c’était l’ONU à la scénographie de la SRC), tu sais,
on est venus ici en émigrants et on va mourir en émigrants. Vous
ne nous avez jamais vraiment acceptés. » Je jongle. Muet. Ne
sais trop quoi rétorquer. Et-ce si vrai ?
Télé : vues du Cachemire,
visions du Cambodge ruiné, Jérusalem encerclé,
l’afrique secouée, Congo-atroces-chicanes, Israël aux
bombes, querelles du monde. Des images de misère, de sang. Faut
regarder. RDI, Canal D, TV-5, Historia, ne pas se boucher les
yeux. Documents indispensables. Savoir, tout savoir et ne pas
savoir quoi faire. Aux nouvelles d’ici : motards-à-drogues mis en prison. Oh relativité !
Un camionneur, routier à long
fardier, raconte sa pénible vie à la télé d’Enjeux.
Métier effrayant. Les mensonges. Les faux papiers. Rouler
14 heures sans dormir ! Un monde sinistre. Il ose tout dire. Il
risque son job. Certain. Il pense à ceux qui vont venir. Il aura
un terrible accident en bout de reportage. Oh, oh ! Psycho-soma ?
Culpabilité ? Acte pas manqué. Ces 24 roues que l’on croise le
jour, tard le soir, dans la nuit, on rouspète. On les craint. On
fait bien ! On en voyait partout. Danger: les conducteurs
poussés à la rentabilité doivent rouler, rouler très
longtemps. Et vite ! Oh ces affreux travaux forcés
modernes ! Ces galériens à couchette au-dessus de la tête
! Pour gagner du temps faire des calculs faux pour tromper les
inspecteurs… sinon…le boss va grogner. Horreur !
7-
Au
balcon de Juliette et Roméo, rue Hutchison, Pierre-Jean me
raconte une réalité —du genre qui m’arrivé aussi
parfois—: sa Carole, en congé jeudi, a besoin de relaxer. Pas
une sinécure son job à l’urgence
de la « Centrale-des-petits-cœurs-fragiles »
(Institut de cardiologie). Il ira, seul, au Jardin Botanique
pour y admirer les plantes. Devant lui, cheminent deux
jolies femmes. Il remarque qu’elle sont joliment vêtues, à la
mode, bon goût, elle gesticulent et s’arrêtent aux exhibits,
semblent des connaisseuses en botanique. Il finira être proches
d’elle et découvrira, désarçonné, qu’elles ne sont pas du
tout ce qu’elles semblaient être. Une parlure, disons comme
jadis, « commune ». Au bord de la vulgarité.
Comme c’est vrai désormais, avec
toutes les infos qui circulent maintenant, des gens de toutes
conditions apprennent à comment s’habiller, bien manger, se
choisir du bon vin, rouge ou blanc. Ils restent tout de même ce
qu’ils sont profondément, des incultes. Jadis, on pouvait
facilement déceler de quelle classe sociale venait telle ou telle
personne. Il m’est arrivé ainsi de croire que des gens étaient,
comme on dit, du « milieu », artistes ou même —« boubo »,
ou « bobou » ?— bourgeois bohémiens, petits
bourgeois et je finis
par les entendre parler et c’est, à mon grand étonnement, des
personnes qui se soucient comme d’une guigne de mal paraître,
de mal parler, d’avoir un accent « cheap »,
d’analphabète !
Au souper, tantôt, à ce sujet, Aile me raconte : «
Au Centre Rockland, vendredi, hier, une dame remplie de bijoux, vêtu
richement —allure d’une dame de la haute. Quand je la côtoie
à un comptoir de lingerie (Linen Chest), c’est le langage du
bafouillage, ,l’absence totale de vocabulaire et des
exclamations infantiles, des protestations puériles, idiotes,
avec un accent « faubourg à mélasse ». Elle
m’avait paru une riche et oisive bourgeoise de Westmount.
J’aime que l’on soit différents.
Je me croyais fou de lire trois livres à la fois, en voyageant de
l’un à l’autre. Vincent Bilodeau, lui, c’est dix ! Il déteste
les biblios —j’en fréquente trois—
car il tient à posséder ses livre. Il ne donne jamais ses
bouquins. J’ai tout donné à la biblio locale.
À la fin de « Conversation »,
D.Bombardier : « Maintenant, toujours révolté
?, vous espérer quels changements ? » Je m’entends dire : « À
71 ans, je ne crois plus aux idéologies. C’est futile. Il
faudrait coucher l’homme sur un bloc-opératoire et le changer,
fondamentalement. » J’y pense : est-ce que je
favoriserais la manipulation génétique radicale ! Seigneur ! On
a pas une heure, pas une minute, pas dix secondes à la télé. On
vous questionne :répondez vite, svp.
Mercredi dernier, piste cyclable,
Aile me dit entendre des gazouillis variés d’oiseaux, détecter
dix, vingt odeurs différentes, plantes, fleurs naissantes…Elle
ne fume plus, elle. Je l’envie. Faut que je stoppe définitivement.
C’est rendu dix par jours (clavier et cibiches vont de pair !)
c’est dix de trop.
Vu, mercredi soir dernier, un docu de
télé, sur cette célèbre Virginia Woolf —saphiste avouée,
cocue misérable, suicidaire, déprimée grave, pacifiste et prophète
à sa façon, féministe, bourgeoise « victorienne »
de gauche, suicidaire— que je ne connais pas vraiment. Vive déception. Ouvrage pour spécialistes. Allusions à des
personnages que j’ignore. À des textes inconnus. Pas de
chronologie aucune. Suis-je trop linéaire, trop ancien pour apprécier
ce genre en mosaïque ? Regrets.
Je trouverai un livre, un jour. Carole Rioux, vingt ans plus
jeune, au « Colloquio », m’a dit avoir estimé.
Grandement. Cette V. W. :méfiante farouche
de : familles, classes, nations, a eu père
despotique… trouver « Une chambre à soi », « La
traversée des apparences », « La chambre de
Jacob », « La promenade au phare »,
« Orlando »( sa biographie). Elle disait deux choses
importent : « Le sens
critique et l’intelligence. Le reste… » Elle
insistait : « Ne jamais séparer vie privée et
vie publique. (vrai !) Cela explique les hommes ».
Discussion récente (avec Julie S.) :
avoir trop fait de mes petits-fils des princes, sans cesse leur
enseigner qu’ils étaient uniques. Était-ce dangereux ? La
vie si raide, si bête…Ne plus savoir si j’ai bien fait. Je me
disais s’il s’estiment suffisamment, ils se conduiront
toujours comme des hommes de valeur. Avais-je raison. Ma fille
disait : « Atention,
pas trop, ne pas trop leur monter le bourrichon, la dure réalité
sera terrible en vieillissant ». Qui a raison ?
Ne plus savoir. J. S. dubitative elle aussi.
Un
courriellisant D.M. me stimule. Il tient des propos
vivifiants. Il est léger (« L’insoutenable… » de
Kundera), me fait sourire. Précieux.
Chez Stanké, on publie un livre et
on invite au lancement tous les gens nommés dans le livre. Foule.
Si Beaulieu invite au lancement de ce journal (cet automne) tous
les gens nommés, il faudrait louer un aréna, non ?
Milan Kundera : un vrai
roman : le texte qui est pas adaptable, nulle part, nu au théâtre,
ni au cinéma, ni à la télé. Alors…oh ! Le journal, le livre
parfait. Inadaptable en images. Nulle part.
Lu ce matin : en Afrique 18
lignes —par groupe humain tel— de téléphone. Chez nous, en
Occident industrialisée : 565 lignes par même nombre de têtes
de pipes. C’est clair comme ça ? Un signe énorme ! Woolf, écœurée,
dénonçait Churchill, jeune : il avait participé à un
massacre horrible en commandant des batteries de mitrailleuses
(engins nouveaux) en colonie d’
Afrique. 25,000 morts d’un coup ! En face, des Noirs qui
n’avaient pas même un mousquet à pierres,
juste des javelots ! Vive l’impérialisme britannique,
vive l’Empire, vive Churchill, jeune ! Ensuite ? Venez me révérends
pasteurs ! Nègres idiots : place à nos bons missionnaires
protestants. Ça bat un peu Champlain au bord de l’Hudson tirant
sur les « sauvages » qui s’enfuient, découvrant
« la mort qui court », un fusil. S’il avait eu une
mitrailleuse, hein ? Place aux Récollets et aux Jésuites, place,
pace ! Le sabre et le goupillon, comme au Mexique, comme partout
en ces temps de belles missions civilisatrices des Blancs si purs
!
Oui,
« Il n’ y a au monde que l’amour qui soit quelque
chose », bien dit madame Sand, bravo! |