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Jours de
pluie...
« Germaine
braille p’us, est morte ».
1-
« Ça
va mal à shop » ce matin : froid insolite dehors.
Un 2 juin ? Ce juin part bin mal ! La météo annonce : « gel
au sol ce soir » ! Un cri ! C’est ma belle Aile très
découragée : « Bon. Merde ! On va rentrer les
fleurs, le plant de tes tomates, tout. » Yvon Deschamps :
« US QU’ON S’EN VA ? » Papa répétait face au
moindre caprice du monde en marche : « Ça, me
enfants, c’est les conséquences de la bombe atomique ».
Elle avait le dos large.
Je croise le André gigoteux et valeureux et vigoureux,
jardinier chez le juge, mon voisin,
je lui dis : « L’hiver va revenir ma foi ? » Ses yeux s’arrondissent, sa bouche crochait, il a pris le
visage terrible d’un sorcier déçu : « Ouen !
Ça fait peur ! Le monde à l’envers ! Le monde va croche ! »
Et il repart de son pas de bourru, marmonnant, grognard,
d’inaudibles imprécations. André vient presque chaque jouir
chez les Boissoneau d’à côté. Ce André impayable gratte,
creuse, jette de la terre, ici et là, déplace des rochers, tond
sans cesse, caresse virilement ses plantations, examine la pousse
de ses efforts. Le juge a de la chance de pouvoir se payer un tel
zélé « conservateur » de son jardin.
Aux nouvelles : braillements généralisés.
On veut de l’argent. Celui du peuple. Écœurant ! La grand’
peur ces jours-ci Ottawa énervé par les scandales à propos des
tripoteux qui les sucent des fonds généreux, a mis un moratoire.
Stop ! Fini les folies ! Plus rien pour la propagande fédérate !
Les téteux à festivals tremblent ! Et vous ? Et moi ? Est-ce je
lance, moi, un
festival ? Non. Je suis pas assez riche. Eux ? Des « quéteux
à cheval » : ils comptent sur l’argent public ! Le nôtre.
Saloperie ! J’aimerais ça être producteur, et vous ?, aider
des talents, soutenir des créateurs, encourager des imaginatifs,
mais non, j’ai pas les moyens. Eux tous ? Sont comme vous, et
moi mais se rabattent, ces parasites, veulent l’argent du trésor
commun des taxés ! Honte ! J’aurais aimé ça être éditeur :
pas les moyens et je refuse de téter l’État, le
citoyens-travaileurs.
Un téteux va rétorquer : «
Quoi ? le gover’n’ment donne aux entrepreneurs (G.M. ou
Bombardier) de ci et de ça, donne aux usines, aux
manufactures…pourquoi pas à nous, aux « parteux »
de festivals variés, on draine du tourisme, non ? »
Bombardier, subventionné, génère des jobs ? Les
festivaleurs rozonniens , subventionnés, remplissent les chambres
des hôtels, nos restaurants du Vieux. Un système où c’est le
travailleur qui soutient la patente marchande quoi.
Bon. Bien. Je me tais. Ottawa
revenez vite, mettez vos unifoliés mur à mur. Ne tuez pas
la beauté de ce monde, les Group’Action. Qui congédient
déjà pour faire enrager le politiciens. Je suis un candide :
je me disais que « pas riche », il ne me fallait pas
oser installer une machine du genre : producteur de film, de
séries-télé, d’éditions, de spectacles, etc.
Un candide ! Un
nono. Un pas-capable.
Que les parasites intelligents en
profitent et laissons-les chialer aux nouvelles : « On
veut vos sous, cracheurs d’impôts ».
Allez travailler lundi, demain
matin, et on vous prélever une part de vos gages : il
y a « Juste pour rire », Le Jazz, le Festival du film,
ma cabane à éditer, ma compagnie de production de séries-télé…
Allez suer en mornes bureaux, en sordides usines, en exténuantes
manufactures.
Les « gros » ? Ah les
gros, eux, ils jouissent d’exemptions d’impôts car il y a
l’investissement à amortir et leurs super-comptables-
fiscalistes veillent aux « crédits ». Pus il y a les
abris aux îles, « portes » de fausses compagnie aux
îles machin-chose, non ? Demain matin, va travailler le nigaud
candide !
2-
Ai
donc débuté le Trevor Ferguson. Est-ce mal traduit ? Est-ce
trduisable. Le Ferguson a peut-êtrre un style si original que
…En tous cas, les yeux sursautent sans cesse. Aile :
« Regarde donc ça dehors ! » Derrière le Ferguson et
moi, soudain, hier soir, dimanche, une lumière faste dans la fenêtre
du salon ! Collines sombres sous un fabuleux ciel nuageux découpé
par un soleil invisible et pourtant radieux ! Une belle ancienne
gravure dans un livre d’histoire sainte ! La beauté ! Notre ébahissement.
Silence dans le salon.
Ai expédié, hier, ma lettre
mensuelle à ma quasi-jumelle, Marielle. Un
méméring bien-aimé. Marielle, un lien avec ce qui reste —si
peu— de la famiglia !
Bien conseillé, j’ai pris,
vendredi, de
l’onglet (?) à l’École Bouffe. Sorte de bavette. Saignante !
Samedi, délicieux souper, à s’en lécher les doigts :
artichauts (miam !), fèves et mini-tomates d’Aile.
Vu un reportage sur la (maintenant
devenue célèbre) pépinière Jasmin au nord-ouest de
l’ex-village Saint-Laurent. Le descendant, Pierre J., disait : « Au
départ, nos vendions 300 vivaces par année, maintenant, c’est 3,000. Par jour !
En mai, c’est souvent, par client, jusqu’à mille dollars en
achats. »
Ce vaste et florissant commerce, visité par la caméra de
télé, se situe là même où l’ancêtre, Aubin, en 1715,
faisait abatis sur abatis. Du « bois debout » couché
à jamais. Où poussent désormais plantes exotiques, arbrisseaux
variés, fleurs de toutes les couleurs; semailles « qu’on
part » sous d’immenses serres climatisées. Non, on arrête
pas le progrès, mon p’tit Chose !
Même le parc Jarry, jadis, faisait
partie de Saint-Laurent. Papa me disait que, enfant, il y avait
une barrière à péage —il y en avait partout pour pouvoir
payer les cantonniers— au coin de la rue Saint-Laurent et de
Castelnau, délimitant son village natal de la paroisse où il
s’installait pour toute sa vie, Sainte-Cécile.
3-
Rassuré
par les critiques (bien complaisants !), vendredi, sommes allés
nous divertir en toute confiance « chez Astérix »,
Carrefour du nord, à Saint-Jérôme. On a ri. Souvent. C’est un
très rapide défilé de gags visuels —effets infographiques
connus —qui redondent partout, toujours les mêmes— avec des « répliques » (les « one line »)
efficaces et le vieux jeu des anachronismes —Berval en jouait en
1950 à son « Beu qui rit » mêlant Corneille, Racine
au joual— bref, on rigole et on sort de « Mission Cléopâtre »
comme des nuls, des vides. Un humour épais, la maladie infantile
du ciné actuel. Quelques gros (gros Depardieu !) noms n’ont, hélas,
rien de solide à interpréter. Gaspillage de talents. Ce n’est
pas pensé, ni écrit, c’est « dessiné ». Comme le
comic-book à cinq cents de nos dix ans. Pas mieux, ni pire.
Ir-recommandable. À personne. À moins d’une envie de pop-corn.
Et encore.
Avant c’était mieux ? « Play
Time », un film du Tati de 1967, revu vendredi, tard,
à ARTV ; bien long, trois heures, et pas souvent
comique. Piétinement intolérable dans sa caricature d’un monde
d’acier, de verre et de plastique avec ses mécaniques à
minuteries.
Pas comique non plus d’entendre le
chanteur Renaud (tant aimé par mon fils et sa bande jadis)
raconter sa chute récente. Le pastis, Pernod, Ricard ?
« Une drogue dure », dit-il. Bon, il sort de son enfer
et se remet en scène pour raconter son voyage (« bad trip »)
aux rivages du Styx. Sa grande fille — « Je te
reverrai plus jamais si tu t’en sors pas »— fut sa
planche de salut. Jim
Morrison n’avait pas de grande file, lui ! Un Vigneault (La
Presse) a des bémols pour sa récente ponte. Aïe! Cette thérapie
peu appréciée ?
Aile en état de choc hier matin, lisant la chronique nécro,
La Presse : deux mortes. Son âge ! Gisèle et Monique. Qui
travaillaient à la SRC comme elle. Très songeuse l’Aile
interloquée.
4-
Hier,
un docu de la BBC sur les frères Coen, cinéastes américains (« Fargo »,
film parfait). Les témoins bavassent vainement, potins vains des
amis, camarades d’école, acteurs divers. Odieuse et facile
technique du saucisson comme toujours. Après : leur film
« Miller’s crossing » (ou « Un cadavre sous
le chapeau »). Ouen ! Pas fort. C’est « Le parrain »
en brouillon de potache. Trop de bandits, trop de sang, trop de
futiles coups de revolver… et humour rare. Pas fort parfois nos
chers Coen.
Samedi en fin d’après-midi, un
vrai bon film. « Insomnia ». Un
« remake » d’un vieux film suédois, me dit-on.
Pacinon, excellent comme souvent, en flic expédié en Alaska
(paysages étonnants parfois) avec Robin Williams en écrivain raté.
Fameux duo. Une aubergiste dira : « Ici, en
Alaska, il y a deux mondes, ceux qui sont nés ici et ceux qui
sont venus toujours pour échapper à quelque chose. » Vrai
pour tant d’apatrides, d’exilés. Si
on excepte les réfugiés fuyant les prisons des dictatures.
Ce matin j’ai lu le cahier-livres
de La presse, hier Le Devoir culturel du samedi, ai achevé L’Actualité
… et pas de stimulations. Aucune. Pourquoi ? Lisant parfois un
magazine de France, j’en sors toujours stimulé. Je songe à
l’importance (pour les jeunes surtout) d’être stimulé. À
quoi ça tient ce « manque » ici ? Épuisant de s’auto-stimuler
sans cesse en une contrée trop souvent insipide…Ou bien,
c’est la direction-rédaction des écrits d’ici qui est nulle.
Ça se pourrait. Avant… dans mon temps.. dans les années
’60… Me taire là-dessus. Refus du rôle de vieux schnock
nostalgique, pourtant…Me taire. Ça changea un de ces jours.
L’espérance. Vertu.
5-
Ce
matin, espace du store levé, un oiseau frétilant (un quisscal ?)
juché au faîte d’un haut sapin. Comique. Aile me dit avoir vu
cela, il y a deux jours. Silhouette
remuante bizarre. L’étoile (noire ce matin ) qu’on posait au
bout de l’arbre de Noël !
Loué « du québécois »
vendredi soir. Merci aux critiques complaisants encore ! De
Francis Leclerc (fils du grand Félix) «
Une jeune file à la fenêtre ». Le navet des navets ! Ennui
profond. Trois couples de jeunes aspirants-artistes dans la
Vieille Capitale en 1920. Navet songé par quatre (4) scénaristes
—obligation de Téléfim
? Quelques images photogéniques (facile à Québec) et récit
ennuyeux, comme…non, « pire » que la pluie.
Aile penaude puisque, la veille, elle rapportait du vidéoclub
cet autre navet
« Comédie de l’innocence », pas moins assommant que
le Leclerc malgré l’actrice Isabelle Huppert. Le talent est
rare ? Pas de syntaxe ni grammaire filmique, pas de rythme
partant. Du cinéma où l’on tourne séquence sur séquence sans
tonus; films sans vie en découlent.
Coupures retrouvées, je corrige deux
choses :1- C’est dans Le Devoir et non dans La presse
qu’un édito, fort bien intitulé « Shame on you ! »,
fustigeait le racisme anglo de The Gazette où l’on nous
traitait collectivement de racistes fascistes ( ref : le
kirpan d’un écolier Sikh intoléré par le gouvernement). Le
quotidien de Power-Gesca ménage The Gazette. 2-C’est Ouimet, le
nom de la stupide qui déclarait come étant de « même
farine, notre SSJB et l’ « All-liance Kouaybec »,
la très subventionnée
par Ottawa. Coup de pied au cul perdu.
La SSJB se veut tellement « moderne » :
on invite une Nanette Workman, un Éric Lapointe et Cie
comme « figures patriotiques » à Montréal. À
Laval, le 24 juin, ce sera le magnifique Claude Dubois et l’emblématique
Gilles Vigneault. Vive Laval !
6-
Polar,
suspense, « spy-story », film que l’on veut voir : « The
sum of fears » (à Saint-Jérôme encore), basé sur un Tom
Clancy (que l’on a comparé à Jules Verne. Franchement
!). Marcel Sabourin y tient un bref rôle, un néo-nazi de
France. Terroriste avec bombe nucléaire. Rien que ça. Quoi, à
la Maison blanche, on la craint l’arnaque des arnaques…la nucléaire.
Via les conteneurs puisque 2
% seulement sont examinés dans nos ports. Souvenir : 1975.
J’avais lu « La bombe chez vous » avertissement de
l’atomiste —qui travailla à Fort Alamo en 1944— Ted Teller.
Secoué par ses révélations, fin 1966, je publie « Revoir
Ethel » pour revoir Éthel et aussi pour le polar « d’une
bombe atomique sur le stade Olympique », en construction à
ce moment-là. Invité à « Parle, parle... », je
narre l’intrigue de mon roman et j’entends l’animateur (Giguère)
qui me dit : « Mais Claude ! Un film américain va se
faire sur ce thème qui aura pour titre « Black sundae ».
Imaginez ma stupéfaction ! Le roman n’eut guère de succès
chez Stanké.
7-
Aile
excitée. Page E-3 de La presse :on parle d’un
entrepreneur, M. Marin, qui va construire un gros bloc de condos
dans le joli jardin derrière notre pied à terre, Chemin Bates.
On avait acheté pour ce boisé plein d’oiseaux. On voit une
photo :un de nos voisins de palier, le lousianais valeureux,
Zacharie Richard, tout désolé devant de arbres déjà sciés.
Personne ne manifestera pour défendre des petits- bourgeois gâtés
qui se lamentent pour une « escarpement vert », pas
vrai ? On a tenté une bataille il y a deux ans et sans aucun succès.
« On a besoin de taxes », disait le maire et ses
conseillers. « Meanwhile,
back to… ce M. Martin qui
est aux prises avec les autorités municipales car un
de ses blocs, à Verdun, pourrit déjà sur place ! Prometteur
derrière chez soi.
Hypocrisie ? Même jour, on voit le
maire Gérald Tremblé (sic) en vélo. L’article dit qu’il
l’a loué pour la photo et, chose faite, le vélocipède Gérald
est allé reprendre vite sa Mercedes !
Enfin, je reçois un courriel de Québec-Tourisme
sur le projet fou —de M. Claude Langevin, originaire de Larouche
et devenu collectionneur-galériste à Manhattan— de temples
achetés, démolis et puis en voie de déménagement de Cochin (en
Inde) vers Larouche (au Saguenay). Pour tourisme de haute gamme. Réponse : M.
Jasmin cher. Larouche, c’est une affaire totalement privée. On
a absolument rien demandé à notre ministère pour ce projet ».
Et clac !
Installé au rivage, je regardais…
le vent. Deux oiseaux —noires, oui, chère Aile !—
viennent se suspendre dans le tout jeune feuillage du vieux saule.
Oh ! Joliesse ! Ravissement ! Une gravure délicate d’un peintre
japonais classique ! La beauté une fois encore ! Le bonheur.
J’oubliais, vendredi à 17 h. …
Comme d’habitude, porte ouverte à l’École Bouffe, c’est
les ruades (homes et femmes aussi), la course effrénée pour
obtenir les bons plats. À mon côté, une nouvelle venue sursaute
à mes sparages et me jette : « Mal élevé d’effronté,
va ! »
Je n’en reviens pas. Je dis rien. Je me sens redevenu le
gamin de dix ans dans la ruelle et j’entendais maman me répétant :
« Rentre toi, petit effronté de mal élevé ». On ne
change guère?
Jean-Claude
Germain l’a eu enfin ma brève nouvelle pour sa revue « L’ ».
Mon titre : « Germaine
braille p’us, est morte ». Je raconte en huit brefs
paragraphes l’assassinat, près du bingo de la rue Papineau, de
mon héroïne. Je vais envoyer copie à mon Marco de gendre pour
le site. Ce meurtre littéraire : au fond envie de quoi ? De
me débarrasser du passé. Des ouvrages d’antan. La mort pour en
finir ? Ma crainte de radoter ? Ma Germaine n’existe plus et ça
m’avance à quoi ? Mystère ! |