1-
Bien ! Ah oui
! Comme hier, beau soleil, ciel net et du fort vent. D’ouest.
J’aime le vent, comme un fou. Pourquoi ? Mystère. Ce vélo cher, une vraie
merveille. Tant de vitesses (à la poignée)…Du luxe. Adieu
vieille bécane d’antan ! J’ai eu froid dans le sentier du
« Petit train », brrr… Notre premier petit déj, un
rituel, dehors, à Val David, chez le Van Houtte du coin de la
gare (restituée).
Ce matin, message urgent expédié à
M. Graveline, éditeur chez Sogides (Typo) qui a acheté à
« La Presse », ex-éditeur, les droits de « La
petite patrie » mon récit, je dirais « emblématique »
et parfois encombrant quand trop de monde s’imagine que c’est
tout ce que j’ai publié dans ma vie !
Or, avant-hier, mardi, un couple étonnant
s’est pointé chez moi. Ils sont comme fous de ce récit qui fut
télévisé (1974-1976) en version « jeunes- adultes »
puisque le réalisateur ne voulait pas d’enfants dans son
casting. Lucille, une retraité qui habite le quartier du récit,
Villeray, la compagne du couple, est un phénomène. Elle est en
tain d’organiser un Centre culturel en s’associant au curé de
Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle a bossé à Ottawa (dans
l’entourage des Trudeau et Cie !) et dit avoir un million de
bons et utiles contacts.
Bavarde,
enthousiaste, fringante, je n’ai pas pu refroidir cette Lucille
! Le compagnon rigolait : « Vous la connaissez pas.
C’est une fonceuse que personne ne peut faire battre en
retraite. » J’ai tout essayé, on peu me croire. Non, rien
à faire, acharnée, elle est certaine que son « affaire »
sera un succès. Si bien
que me voilà embarqué dans sa galère.
De l’ouvrage pour tout l’été.
Je raconte : depuis fort longtemps je songeais à illustrer
de mes aquarelles ce récit nostalgique. Oui, singer l’album
formidable du grand Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémon
« Maria Chapdelaine ».
Je ferai donc,
en juin et juillet, des tas de dessins coloriés sur le guenillou,
l’affûteur de couteaux ambulant, le maraîcher, etc. Lucille
organisera une expo de cette ponte dans le sous-sol de l’église
Saint-Arsène. Le profits iraient aussi à « La maisonnée »,
un essentiel refuge pour femmes en détresse dans Saint-Jean de la
Croix, animé par la formidable
Sœur Gagnon.
Aile inquiète de cet engagement. Je
dis : « T’en fais pas, mon amour, pas question
de m’enfermer dans la cave-atelier, non,
je sortirai ma table à aquarelliser dehors ! »
Téléphone urgent d’une recherchiste lundi : on me
veut (on me veut ? Que c’est plaisant !) pour animer deux émissions
d’une série « Bibliotheca-spécial-jeunesse ».
J’ai fit « oui » puisqu’il va s’agir de faire
parler mes invités sur les lectures fondatrices de leur enfance.
Le beau projet, la bonne idée. J’ai suggéré Vincent Bilodeau
et Marc Labrèche, deux acteurs qui durent m’interpréter — en
alter-égo— dans deux feuilletons autobiographiques.
Oh ! Ça parle au diable ! À
l’instant nouveau coup de fil de cette recherchiste : « Vincent
Bilodeau a accepté mais impossibilité pour Marc Labrèche, parti
en vacances du « Grand blond ». Alors, j’ai eu une
idée : pourquoi pas avec votre fils et un de vos petits-fils
? Trois générations. Trois genres différents de lecture dans
l’enfance, non?»
J’ai dit « oui ». J’ai réfléchi :une
fille lisait davantage. Je téléphone aussitôt à Éliane. Pas là.
Va me rappeler dit Laurent, « l’enfant du milieu »
que j’invite, lui aussi. À suivre ! Ah, appel de ma fille : «
Oh là… la télé…ouen, b’en… » Elle hésite quoi,
se dit en santé fragile, se questionne sur un Laurent introverti,
mutique parfois, risque de silence fréquent… et elle se
souvient très mal de ses lectures d’enfant…
Elle va me décider d’ici ce soir.
Ça s’annonce pas fort !
2-
Soleil au bord
du lac, une première, hier après-midi. Lecture. J’avance péniblement
sous ce « Mausolée des amants » du « pédophile
qui se retient mal », le défunt Hervé
Guibert. Jeunes, nous disions : « Ça me donne
mal au coeur ». Envie de redire cette phrase en lisant
certaines pages de ce journal —15 ans sans aucune date, rien—
très louangés par nos critiques. Envie de vomir quand
l’auteur imagine avec jouissance des « enfants livrés à
des sodomites endiablés ». Pas certain d’aller plus loin que
cette mi-livre.
Hier pour souper, rien de bon à l’École, nous marchons
au coin de la rue du Chantecler. Salade et « Pita » au
poulet avec la sauce et les patates cuites aussi à la
grecque. Plein du monde d’un élégant bus nolisé qui
s’est vidé —moult caquètements inouïs— chez « Dino’s’Or ».
Notre brave Denise toute débordée par sa petite foule en
« voyage organisé ». Avons loué, hier soir, « Vanilla
sky » avec Tom Cruise-belle-gueule. « Un genre que
j’aurais jamais aimé », me dit Aile ! Ah !
Ce « Ciel couleur vanille »,
de Cameron Crowe, est un « remake » d’un film surréaliste
d’Almadovar (« Abre los ojos ») . Pas vu ici. La
mode l’exige ?, pas de travailleurs ordinaires, gens des majorités
—c’est sans intérêt n’est-ce pas— là-dedans. Aucun
ouvrier, un monde imaginaire, une frange, toujours la même
—voir nos jeunes romans— des personnages chics qui bossent
dans le monde des médias modernes. Lieux forcément redondants,
lofts, penthouses, discos, galeries, sites ultra-utilisés (voir
« Un crabe dans la tête »).
Marre, comme on dit à Paris.
Ennui profond de ma part. Des plans réussis, quelques séquences
bien enlevés, des « pros » sont aux machines, hélas,
un récit inchoatif, mal articulé. Même le surréalisme a besoin
d’une structure minimum. Impression d’avoir visionné un
brouillon d’étudiants en cinéma, cégep 1!
« Lantana », lui, est un fameux de bon film en
comparaison.
3-
Je peux lire
des courriels fameux désormais. Internet est un mode
communication merveilleux. Je recevais tellement moins de lettres
jadis. Un jeune homme s’offre pour succéder à l’adjointe
parie de V.-L. B. Lettre drôle et brillante. Je l’encourage à
s’exiler aux Trois-Pistoles, mon éditeur ne va s’ennuyer si
ce candidat est accepté. Par lui. Louise Champagne-Chamard
m’expédie un tas de souvenirs nostalgiques à propos de lieux
qui me sont familiers et qu’elle aussi a fréquentés. Une gerbe
de « mémos » cocasses. J’ai apprécié.
Ce film, « Lantania »,
loué lundi, signé Ray Lawrence, méritait d’être vu. Très
bonne histoire. Bonnes images. Bon réalisateur. Vraiment du cinéma
qui compte. Que je reverrais mëme tant c’est riche et bien mené.
Mais ce « Vanilla… » , la peste, bien noire,
et d’une prétention intolérable.
Ça brassait dans cabane, avant-hier,
mardi. Aile et ses deux femmes de ménage ont les baguettes en
l’air. Je ne sais où me cacher. En voilà une du trio —à
torchons, serviettes, serpillières, moppettes et époussettes—
de ces nettoyeuses-frotteuses dans mon bureau. Oh maman ! Mes
craintes. J’achève café et gazette dans l’angoisse ! L’étage
sent bon vers midi ! Il y avait besoin
de lavage, de grattage, de nettoyage, c’est certain.
Hier et aujourd’hui, travaux herculéens
sur la galerie. Jean-Guy, l’indispensable, retire le bois pourri
des balustrades et du plancher. Sciage de forcené. Bois nouveau.
Clous et peinture partout. Oui, où se cacher. Aile : « C’est
drôle hen, ça me gêne quand des gens travaillent
comme ça, chez nous et qu’on est là, étendus au bord
de l’eau. » Délicate Aile va ! Moi itou. Gêne. Pas
l’habitude ?
4-
Soupe au
« Petit chaudron », rencontre aux tabourets du
producteur retraité qui a passé les rennes à sa fille, Claude Héroux.
Une compagne alerte, souriante, lumineuse. Souvenir : je lui
avais très subitement rapporté ses belle machines à travailler
quand Réjean Temblay, malgré les promesses de Héroux, refusait mordicus
de me laisser rédiger les premiers jets de « Lance et
compte ». Je refusais, moi,
de lui servir de « polisseur », de secrétaire
téléphonique, ce que fit volontiers mon Louis Caron (sans
vraiment le réaliser ?). Je perdais une petite fortune ce faisant
! Pas l’âme d’un nègre littéraire.
Nous songeons souvent où nous réfugier
deux mois, l’hiver venu. Claude Héroux, —« producteur môron »
dirait la Larouche ?— comme
Cadet-Rousel, a trois maisons ! Un chalet à Val Morin, un logis
en Floride (Pompano Beach) et un autre en Provence, pas loin de
Cannes. Il hésite à se brancher côté soleil ! Me dit : «
En Provence, l’hiver, c’est frais. Oui, faut une laine
parfois. Quoi, le mistral (que je crains) ? C’est très rare.
L’été, chaleur effroyable là-bas. Impossible d’y rester
pour nous. »
Ah, la misère des riches !
Julie Stanton au téléphone
avant-hier : « M. Jasmin, j’ai perdu notre
entretien téléphonique pour mon magazine, « Le bel âge »
! Sacré enregistreuse… » Vieille chanson jadis ..mais en
2002 ? Avant-hier, j’ai reçu son questionnaire par courriel et
lui ai renvoyé mes réponses. Hier, retour sur internet : «
Bien reçu. Merci, vous m’avez fait rire et émue aussi, merci ! »
Bon. Recevrai-je une copie du magazine ? Des fois…rien.
Résumé visuel du film québécois
« Un crabe dans la tête » ?
Ski aquatique,
gros yatch, baise, plongée sousmarine, drogue dure , lofts
luxueux, baise, cellulaire sans cesse, baise, photos glamours,
baise, observatoire de Mégantc, « décormag »,
jumelles, baise, galeries avant-gardistes, etc.
Ouash ! Téléfikm trove cela fort
bien et crache de notre argent public…de travailleurs
hors-ces-circuits ! Pas d’ouvriers jamais, pas de monde normal,
ordinaire. Vos vies sont trop moches, bandes de gueux ! Allez nous
ramasser taxes et impôts, gang de cons finis, on a des films à
faire pour illustrer…les autres ! Aucun intérêt pour les
travailleurs. Foutaises subventionnés !
Si on veut voir du vrai monde, on
peut louer —vidéocassettes arrivées— maintenant l’étonnante
adaptation par Alain de Halleux ( de Bruxelles) de mon roman
« Pleure pas Germaine » (un classique québécois a décrété
Réginald Martel ). Un correspondant « net » a cru à
un piratage (!) en
lisant les annonces dudit film ! « La presse »,
avant-hier, lui a mis 3 belles étoiles ! C’est un film qui
m’a fait grand plaisir, très respectueux de mon intrigue et de
mes personnages, ce qui est rare. Un film modeste, quelques séqueces
émovates. L’histoire d’un ouvrier en chômage, bon buveur, en vacances-fuite, et qui découvre enfin les siens. Un
voyage de pauvres —non
plus vers la Gaspésie, mais vers les Pyrénées. SoniaSarfatio écrit : «
De Halleux rappelle le cinéma de Robert Guédiguan ». Très
vrai.
Mai va finir. Le soleil me fait
signe. Sortons donc s’y soumettre avec bonheur. Le journal va
ralentir. Je le crains.
Oui,
l’intituler désormais : « jours de pluie ! »