Le soleil, le
petit verrat, se montre tôt et quand vous êtes sur le piton, cafés
bus, journaux lus, pouf ! disparu l’astre des astres !
À moins de vêtir nos costumes de skieurs de fond,
pas moyen d’aller randonner sur la piste du « petit train
du nord » …je voudrais bin essayer mon neuf vélo moi !
Coup de fil tantôt. Des Trois-Pistoles. Mon nouvel éditeur
V.-L.B. Semble content duRéginald
Martel (La Presse)et
aussi du Louis
Cornellier (Le Devoir de samedi dernier) . En effet, deux
bons petits papiers pour notre « ÉCRIRE », le mien
(de cette collection « vlebesque ») s’intitulant :« Pour l’argent et la gloire ».
Cornellier (aussi prof au cégep de Joliette) me nommait :
« L énergumène ». J’aime ça.
Mon cher Vic s’informe : il a
bien reçu le stock du journal J.N. pour janvier. Je lui dis que février
allait partir bientôt sur internet pour lui. Je lui dis en
riant : « Devrais-je lire le journal de Jean Paré pour me
stimuler, il vient de paraître, tout l’an 2001 ? »
La mode journal grandit ? Formidable.Des articles sur le journal de J.P. laissent entendre que
l’ex-directeur de « L’Actualité » y va surtout de
son métier : éditorialiste. Une entrevue raconte qu’il a
« de la terre » en masse, à perte de vue,à Stanstead, et que des cerfs viennent y musarder. Le
chanceux, le « crésus » —c’est si payant servir
« MacLean and Hunter » ? Dans sonjournal, il passe…des mois ! Des mois ?
Paré semble une sorte de châtelain,
un « farmer’s gentleman ». Moi, j’en deviens un
roturier de basse extraction avec le tout petit terrain au bord du
lac.Mais, Paré,
lui, a-t-il ce joli tout petit lac laurentien à ses pieds ? Ah !
Mon Victor-éditeur se cherche une nouvelle complice car sa
Katleen a mis les voile (!). Dans son village lointain du
Bas-du-Fleuve, « pas facile, dit-il, de dénicher une habile
aide-littéraire pour révision, pré-production », etc. Il
travaille à son projet de neuf téléroman ces temps-ci, je
crois. Pris, très pris, mon barbu matamore, ex-Bouscotte vieilli.
N’ai pas osé lui dire que le diariste pourrait ralentir
(beaucoup) pour l’été qui vient. De toute façon, il va
publier (cet automne ) « janvier-juin 2002 »…
d’abord. On verra bien pour la suite.
Me voilà pris avec une autre
commande, torrieu ! J’avais promis — il y a un an—à la « magnifique » Soeur Gagnon, âme active
et fondatrice de « La Maisonnée » dans « La
petite patrie », un paquet d’aquarelles inédites
qu’elle pourrait vendre pour ramasser des fonds. Pour son œuvre
—les femmes démunies de son coin. Elle vient d’acquérir —
déménageant de son pauvre petit logis-refuge— le grand presbytère
Saint-Jean de la Croix, rue Saint-Laurent, angle Saint-Zotique. Au
cœur de « La petite Italie ». Son voisin sera donc
cette « Église-vendue-en-condos ». Or, une dame me
contacte par téléphone samedi matin : « Oui, ça va
se faire votre expo, aiguisez vos plume et mouillez vos pinceaux
M. Jasmin. » Elle veut jumeler l’expo avec
l’installation d’une sorte de centre culturel dans le
sous-bassement de l’église Saint-Arsène, rue Bélanger. Elle
dit loger rue Liège angle Saint-Denis et a à cœur de ré-animer
un esprit « petite patrie » chez les résidants du
quartier.
J’ai tenté de la décourager mais
c’est une farouche acharnée et aucun de mes arguments n’ont
pu lui faire baisser les bras. J’admire cela. Elle vient donc me
rencontrer, ici, demain matin pour discuter de cette « affaire »
caritative et culturelle.
Bigre ! Diantre ! Sacrebleu !M’installer, tout l’été, à mes tables à barbouiller
à l’atelier-cave ? Aile m’en grondait déjà tantôt.« Non, lui ai-je dit, je poserai mes couleurs dehors,
en plein air ».
Je dois vite maintenant contacter
Sire Graveline (chef en éditions pour VLB, Ville-Marie, Typo,
etc.)qui a les
droits du livre (« La petite p. ») pour qu’il
accepte la publication du récit populaire avec mes aquarelles.
Ces tableaux —les originaux— seront donc exposés et vendus
par la suite.Au
fond, c’était un vieux projet chéri et abandonné (par
paresse) et voilà qu’en y étant comme forcé, cela va se réaliser
maintenant. J’espère. Ainsi je singerai le célèbre Clarence
Gagnon et ses illustrations fameuses du roman de Louis Hémon :
« Maria Chapdelaine ».
Ouf, du boulot !
2-
Remue-ménage
dès vendredi quand le jeune géant, mon David, (20 ans à peine)
—l’aîné d’Éliane et Marco— s’amenait pour le
week-end. Un goinfre ? Un gouffre. Son bagage posé à l’étage,
il va voir dans notre frigo. Pas grand chose. Nous n’ achetons
—tous les jours— que la seule bouffe du souper. Le vide sous
ses yeux ! Lippe maussade ! Rien à dévorer ! On rigole !
Aile qui n’aime vraiment que les
garçons —elle s’adonnait mieux avec les mâles, camarades réalisateurs,
acteurs ou techniciens, à son travail !— observe attentivement
le jeunephénomène.
Elle en a eu pour son… argent. David est d’un genre…naturel
et franc. Il n’a rien à cacher, est bien dans sa peau et rétorque
vivement à tout questionnement.
Moi aussi je suis curieux des us et
coutumes de cette neuve génération. Un spectacle étonnant
dimanche : David a son baladeur sur les oreilles parfois, ce
qui ne l’empêche nullement de dialoguer avec nous ! Il a apporté
trois manuels scolaires car il tente de faire deux bacs en même
temps à Concordia, il regarde le hockey à la télé d’un œil,
répond à nos questions et, de l’autre œil, étudie (!) ses
livres…Un phénomène, non ?
Je lui ressemblais. À Radio-Canada,
j’aimais, un temps, plus jeune, crayonner un décor sur ma table
à dessin, jaser avec un camarade venu écornifler dans mon
cagibi, et parler au téléphone avec un réalisateur anxieux de
son décor. Tout en fumant et en buvant une bière. Jeunesse folle
?
Samedi soir, avant le film loué,
« Sortie de l’enfer », David, en confiance avec son
papi (?), se confie : « Je découvre peu à peu
l’ambiance trop matéraliste à mon goût de ce monde du
marketing, de l’économie,à l’université. Je voudrais pas me retrouver plongé
dans le monde du « business only ». Aussi je songe
maintenant, papi, à l’enseignement. Je ferais mon doctorat et
je serais prof dans une université, ici ou aux États-Unis s’il
le faut. Ça me mènera à quoi ? Vingt-cinq ans par là ? Ce sera
plus long mais ça vaut la peine d’attendre, non ? »
Je lui parle de « moa » à vingt ans :
j’étais en deuxième année d’une école technique (la céramique),
j’étais pas du tout certain de me trouver un emploi dans le
domaine. Oh non ! Je raconte à David les douleurs (ordinaires) de
cette « angoisse de l’avenir » à cet âge. Je sens
que mes propos le rassurent un peu puisque « c’est
toujours la même histoire ». À vingt ans, l’avenir
est un fameux point d’interrogation. Je cause
avec lui de hasards, de circonstances. Le jeune céramiste diplômé
finira par être… décorateur (La Roulotte) et puis animateur
dans les Terrains de jeux et les Centres de récréation… Et
puis, nouveau hasard, scénographe aux émissions pour enfants à
la télé.
David sera bilingue, aura des
connaissances solides en économie, et se passionnera toujours
pour l’histoire (il adore) il sera donc, —peut-être—
professeur. Je lui dis : « C’est le plus beau métier
du monde ». Je le crois sincèrement. Je lui raconte aussi :
« J’avais voulu l’être mais quand j’aiposé ma candidature (aux Arts appliqués), je découvrais
que j’allais perdre quelques milliers de dollars — par rapport
à mon job à la SRC et j’avais charge de famille ». Adieu
donc le prof qui dort toujours au fond de moi.
Dimanche après-midi, ramenant le
beau jeune géant —qui porte un collier de barbe maintenant—chez lui, ma fille— à son si joli jardin avec mon Marco—
me fait cadeau d’un pot avec, dedans, six arbres nains : érable
à sucre , chêne, bouleau, amélanchier, etc. Nous avons, père
et fille, la passion des plantes. Rue Chambord, un cerisier et un
pommetier montraient feuilles et fleurs naines déjà. Le climat
dans le sud (!) est meilleur. Ici, on attend les feuilles encore.
Marc, chef de service (information)au Ministère de la Famille, dit avoir donner du boulot à
des grévistes de Radio-Canada. Aile en a les yeux dans l’eau.
Elle éprouve une peine immense de voir patauger tous ces « précaires »
mis sur le trottoir depuis maintenant des mois. Elle enrage de
voir « sa » chère Société couler irrémédiablement,
elle qui y connut presque quatre décennies de bonheur parfait.
3-
David me dira
que lui et ses copains n’aiment guères les discothèques —« trop
bruyantes, on peut plus se parler personne »—et les bars « où les filles, dit-il,se dénudent tant qu’elles peuvent pour attirer, attiser,
les gars ». Ils vagabondent plutôt dans des cafés. Je dis :
« Et le théâtre découvert au secondaire et au cégep ? »« Plus le temps, c’est raide deux bacs. » Il
lui reste la musique (ses chers rappeurs !), sa bonne copine
—une belle fille,je
l’ai rencontrée, venue avec ses parents de San Salvador. Et des
livres d’histoire, son dada.
Et la danse, David ? « Discos
archi- bruyantes ou rien, m’explique-t-il. Nous autres, fin des
années ’40, avions des lieux : l’Union des Latins d’Amérique
rue Sherbrooke, le manège du CEOTC, rue Berri, le « Peace
Centennial School », rue Jean-Talon, etc. Eux : rien si
ce n’est le bruit infernal !
Dans ses cours d’histoire, lui et
cinq de ses camarades, francophones de souche, « étrivent »
un peu leur prof. David me montre des chapitres de son manuel
d’histoire (du Canada). On rigole. On pouffe de rire. Les
notions enseignées versent dans le merveilleux « plus
meilleur » Canada fédéraliste. Il est resté farouchement
patriote québécois, ce qui me rassure.
J’en profite aussi pour monter la nécessité
de la lucidité. Je ne m’empêche pas de lui souligner certains
bienfaits enseignés par nos conquérants. Cela existe. Craindre,
toujours, le fanatisme. Nous sommes, là-dessus, tous les deux
d’accord.
Nous visionnons une cassette,
vendredi soir : « Allégria », spectacle très costumé
du cirque du Soleil. Hélas, pas fort à la télé. Le cirque
n’est pas du tout télégénique, il faut y être. Ennui donc.
Avons observé l’ « Hannibal Lecter », génialAnthony Hopkins, répondre avec intelligence au sieur
goguenard, toujours fort bien documenté, le Lipton de « Actors’
studio ». Bien belle heure de télé. David très attentif.
En soirée, eaux gazeuses (on avait
prévu), pop-corn, croustilles, noix, raisins verts ou rouges,
tout se vide à très haute vitesse avec le jeune ogre David en
Gargantua ! Aile n’en revient pas. Mais ce gaillard est frileux.
Découverte d’un tas de draps (!) sur le lit de David samedi
matin ! Aile le gronde amicalement. Il n’avait pas vu le
thermostat au mur, il ignorait, au pied de son lit,la commode aux couvertures de laine. Ainsi, il ne voit pas
serviettes et débarbouillette sur un meuble, mis là exprès pour
lui. Bizarre !
Mauvais temps. Pas ce vélo donc. On
ira faire —en apès-midi— un « tour de machine »,
comme on disait enfant,pour
lui montrer de « grosses cabanes » ultra-bourgeoises
vers Sainte-Marguerite. Il regarde l’opulent étalage de ces
amateurs de « bunkers » luxueux l’œil froid et puisparlera de — bientôt— devoir se louer « un petit
appartement, quelque part ». Enfin, il est content de s’être
déniché —il vient de l’apprendre— pour les vacances, un
job de « maître-nageur » et sauveteur à la piscine
—olympique— du parc Sophie-Barat, si près de chez lu. Il a
les diplômes voulus. Soudain, bailliages, David : « On
dirait que le grand air du nord m’endort ! » On rit. On
rentre.
Il ne faut pas louer « From
hell », un film mal fait. Décors et costumes, du « Londres
de 1898 », fameux cependant.Un récit tarabiscoté, bien saignant , tiré d’un album
de b.d. Hypothèse : le fameux « Jack l’éventreur »serait un franc-maçon, chirurgien (de la Reine Victoria)et
bien malade. Erreur d’avoir loué ce « From hell »
ettrio de déçus
samedi soir.Quand le
Jack-chirurgien coupe et découpe les malheureuses et sympathiques
prostituées de Whitechapell, notre Géant-David détourne la tête.
La vue de tout ce sang !
Jeune, je ne supportais pas (mon père,
c’était pire, l’évanouissement).Je me suis soigné, ayant appris qu’il s‘agit de ne pas
« vivre » le rôle de la victime, ne jamais se mettre
à sa place, (paranoïa conne), de vite se distancier, de vite
percevoir que c’est du…cinéma, d’examiner alors les rouages
de la mise en scène. J’explique le procédé à David et il
regardera davantage après. Sans crier.
4-
Une amie
raide, la chère France : « Claude, comment croire qu’on
est assez intéressant pour publier de son journal intime ? »
La démone ! M’expliquer : envie de mettre sans cesse : « Et
vous ? », « Vous aussi ? Comme moi ? »,
« Sommes-nous semblables ? » Vérité. Je ne le fais
pas. Cela va de soi.
Le journalier espère qu’ au fond
des choses, c’est cela, se livrer dans un journal, chercher les
points communs. Espérer qu’il y a plein d’autres humains qui
vivent la même situation. C’est souhaiter sans cesse qu’il y
aura des lecteurs pour dire : « C’est vrai. C’est
exactement comme ça que je réagis moi aussi. » Et si vous
arrivez à trouver un gros lectorat qui se retrouve dans vos écrits,
c’est un succès. J’aime lire du journal. Il y en a trop peu.
Trop des journaux des « grands littérateurs » sont
trafiqués. Sont trop « écrits », mesurés, calculés,
repris, corrigés. Du mensonge alors. Jean Paré, avec raison, dit
craindre ce « ravaudage » après les aveux. Ce qu’il
n’a pas voulu, lui, trop se corriger, afin de faire vrai,
spontané. Il a raison. Ce que je fais aussi.
Idées, émotions, sentiments,
opinions, ne sont valables que s’il y a ce lecteur qui compare,
qui nie parfois, qui a envie de protester même, ou qui est
d’accord. C’est formidable quand il y a, souvent, concordance.
Rien à voir, chère France, avec la vaine fatuité, la détestable
vanité, l’exhibitionnisme quoi.
Reste que des tas de gens —pudeur,
sentiment d’infériorité, identité mal assurée, crainte d’être
jugés—n’oseront
jamais se livrer en diariste. Vocation ? Oui. Recherche compulsive
de complicité, de solidarité ? Oui, je l’affirme. Mes
contempteurs, bien entendu, peuvent continuer de crier :égocentrisme.
Je n’y peu rien et que ceux qui aiment mes proses ne
m’abandonnent pas, Seigneur !
5-
David étonné.
Nous discutions des actualités :Kosovo, Kamikazes, intégristes,
antisémitisme, Islam, Cachemire, Palestine, Israël etc.
Aile surgit de
la cuisine et lâche : « Maudites religions aussi !
Elles font naître ces guerres partout ! » David se
redresse, il est de foi prostestante, pratiquant, songeait même
à aller à un office le lendemain matin, dimanche, à la coquette
chapelle du coin de la rue du Chantecler. Il explique calmement
que le danger réside à appliquer « littéralemet »
— et, dit-il, « littérairement »— les livres de
religion anciens : Coran, Thora, Bible.
J’apprécie la distinction de
David. Je tente de calmer la soudaine fougue a-religieuse d’Aile,
lui dit que la religion est souvent un besoin de spiritualité très
valable. Elle finira par l’admettre. Justement, à TV-5,
dimanche soir, face à trois savants qui publient pour fustiger
l’irrationnel —des invités de « Campus »—
l’animateur Durant avance : « Que pensez-vous de la
religion, une affaire de philosophe, une affairede poète ? » Les scientifiques hésitent à répondre.
Je guettais. L’on bafouille. Rien de clair. Puis : « La
religion comble, rassemble, tente de rassurer ce que la science
qui est , forcément, partielle », dit le savant Changeux.
Voilà le succès de la religion.»
Ces illustres chercheurs (et trouveurs) en avaient surtout
contre la montée des amateurs astrologues, la vogue des signes du
Zodiac, les sorciers-escrocs d’aujourd’hui, les gourous à
gogo, ces « témoins » d’Ovnis à une télé très
fréquemment consacrée —« pire qu’avant »—aux
parapsychologues, etc.
L’un du trio : « Nous
souffrons collectivement d’ « analphabétisme
scientifique » et c’est très grave. » Il y avait
Charpak, (prix Nobel) déclarant, solennel : « Nous
serons 9 milliards dans 50 ans, non plus 6 milliards comme
aujourd’hui. Et ça augmentera. Danger :pollutions
diverses, effet de serre, etc. Faut prévoir. La science seule
peut nous aider à organiser l’avenir. »
Guillaume Durant ose parler des difficultés de comprendre
la science : « Tout serait donc chimique,
messieurs, en fin de compte. Électrique quoi ! C’est vite dit.
Ces neurones, ces cellules et leurs synapses tout cela n’est pas
facile à appréhender, admettez-le ».
Silence sur le plateau.
Changeux éclate : « C’est
le seul prodigieux organe humain, le cerveau. Il est capable d’être,
beaucoup plus qu’un organe fonctionnel, comme coeur, poumon,
reins, d’organiser, il forme d’innombrables réseaux à
milliards de connexions. Il permet tous les raccordements, c’est
inouï, non ? »
C’est le Durant qui se tait.
Moi de même… qui aimerait
tellement être plus savant. Qui tente parfois de lire (et de
comprendre), les recherches physiques modernes. Mais oui, je reste
un « analphabète scientifique », hélas, comme tant
d’autres.
Dimanche soir, avant les savants,
Devos et deux autres « comiques », connus en France
—Dany Boon (!) et Fellag— commentaient un livre sur l’humour
et ses lois. Un quatuor de sourds et puis ça va trop vite.
Personne ne dit rien de substantiel.
Je m’ennuie de Pivot. Je l’ai
dit.
Il y avait meilleures conversations
sur des livres. « Campus » embrasse trop large. La
portion finale avec les livres nouveaux et leurs critiques —dont
une épivardée, Léglise son nom, qui a un accent insensé— me
semble vaine. Je m’ennuie de Pivot, bon !
6-
Vu à la SRC
—enreprise ?— l’acteur Dumont, patron chez Duceppe,
s’entretenant avec Charron. Conversation aimable. Jasette sans
prétention. De la télé pas cher. Repos des esprits. Badinage. Révélations
en mineur. Michel Dumont, d’entrée de jeu, avoue avoir eu
envers son mentor, Jean Duceppe, une relation « père-fils »
tout à fait comme son interrogateur, Claude Charron pour René Lévesque.
Il lui disait « vous » et « monsieur Duceppe »,
pourtant, jusqu’à sa mort. Vénération totale. Charron, lui,
on le sait tois, ira jusqu’à tahir ce « père ».
Voudra mêmele voir
démissionner.Disparaître.
Colère du chef à cette époque (1972-1973 ?). Dumont, lui, n’a
jamais contesté son admirable « père » tout en
avouant ses colères subites effroyables à ce Duceppe, peut-être
maniaco-dépressif.
Jamais je n’ai eu un tel engouement
durable pour un « plus vieux que moi ». (Et vous ? Et
vous ?)Mystère à
mes yeux ce besoin d’un « père spirituel », d’une
idole, que dis-je, d’une icône.
Souvenir : entrant au collège Grasset, nos
devions nous choisir un « père spirituel, un confesseur
quoi ? Des grands me dirent : « Chosis le père
Lachance, il est à moitié sourd etendormi et endormant, il te fichera la paix totale. »
Je l’avais élu volontiers ! Et puis la paix !
Tout en lisant, hier soir—avant
« Campus »— revu à la SRC (reprise ?), « Le
temps d’une vie » de Roland Lepage. « Très »
adapté pour la télé par Cyr. Cette Sylvie Drapeau (la mère)
est une comédienne tout à fait hors du commun. Incapable de lire
bientôt…accroché totalement à cette misérable, pathétique,victime des temps jadis… et d’aujourd’hui. De la télé
rare !
Dans le jardin du petit château
Chambord, rue du même nom, rencontre de Raphaël, fils de Roger
Drolet, copain de Gabriel-le-trompettiste et amateur de poissons
exotiques, le benjamin du clan-Barrière. Les deux partaient pour
« La Ronde », question d’y obtenir une passe-saison,
je crois. Comme pour le ski-alpin, ma détestation d’attendre en
file indienne au bas des appareils. Jeune, je négligeais le vieux
« Parc Belmont » du boulevard Gouin,pour ces attentes à n’en plus finir. Est-ce que cela a
changé ? Sais pas. Quand je dis à David :ce parc très
populaire était une des possesions de Trudeau, il doute :
« Hen, comment cela ? Trudeau était si riche ? » Je
lui raconte la saga des « garages-Champlain », du club
d’automobilistes, leC.A.C,
propriétés du papa de PET, l’héritier… écossais par sa mère,
uneElliott. Je
remarque, une fois de plus, comment ces… historiettes fascinent
la jeunesse.
7-
Remontés dans
les Pays d’en hit, Aile et moi partons en promenade de santé.
L’autre jour, prenant à gauche de la rue Morin, avions découvert
les gras neufs pavillons du pas moins neuf « Chemin du
Nomade ».Cette
fois, bifurcation à droite, vers le Chemin Joli-Bourg ».Encore des condos, pas vieux du toit. Plusieurs construits
dans des ressauts escarpés. Architecture bon marché ? Quelques
cent mille tomates l’unité ? Autour, des boisés. Parfois
d’immenses bouquets de gros bouleaux très blancs. Beauté. Des
impasses partout , nous devons donc rebrousser chemin souvent.
Impossible de dénicher un sentier menant aux côtes de ski de
l’hôtel Chantecler. Mystère ! Les gens doivent-ils prendre la
voiture pour aller skier à deux minutes plus loin ? Aile, avec
raison, s’explique mal l’achat d’un logis qui est collé à
deux ou trois autres. Le ski, les jeunes enfants ? Sans doute.
Soudain un gamin dévale un chemin en pente sur son vélo. Le seul
être vivant rencontré. Personne donc pour promener sa carcasse.
Oh, un jeune coupe ! Avec un chien fou.Le seul rencontré. Mystère cela aussi ! Ici et là, des
ruisseaux bruissent . Petits bonheurs. De gros tuyaux de métal
les font filer sous les chemins pavés…qui vont se multipliant
dans ces collines.
Aile a pris les appels sur le répondeur
du Chemin Bates. Invitation à aller animer deux émissions spéciales
pour une télé de compagnie privée, apparentée à celle de
Guy-Robert Scully. On auraapprécié mon topo sur Gabrielle Roy ? Je le suppose. On
verra mardi, aujourd’hui, lundi, jour férié et silence au téléphone.
C’est bien.
8-
Mes coupures :
Gregory Baum, fédéraliste ouvert aux changements, il a 78 ans, déclare
qu’il est découragé de constater que jamais le reste du Canada
(ROC) ne voudra reconnaître que Québec forme une nation à part
entière. Dire que des cocos comme Mario Dumont ou John Charest,
eux, ne sont nullement découragés et font miroiter aux citoyens
québécois candides qu’ils réussiraient à changer tout ce
monde anglo ! Des fumistes ?
Un
homosexuel d’Espagne veut révéler ses coucheries avec trois évèques
espagnols. Ce Carlos Alberto Blendicho, un abusé sexuel (ou un
consentant ?) des années ’80, sait-il qu’en Espagne la
religion catholique est en chute libre et que ses divulgations ne
feraient pas un bien grand tort à l’église de Rome là-bas.
Daniel Gourd, patron à Radio--Canada,
affirme qu’il sort dans le couloir quand la réunion en cours évalue
un projet de son fils qui est producteur de télé. Riez ! Un
fameux grammairien d’ici, jadis, (le nom ne me revient pas à ce
patroneux) auteur de manuel scolaire et aussi juré au DIP (Département
de l’Instruction public, machin d’avant le ministère) disait,
lui aussi, aller fumer sa pipe dans le corridor quand ses pairs évaluaient
son projet de grammaire ! On riait !
Très drôle ce Laporte du dimanche
souvent dans La presse.Son
papier d’hiersur les films avec suites, un petit bijou d’humour.
Nous avons ,chacun, un cochon. Ça y
est : ils seraient sept (ou huit) millions de porcs sur notre
vaste territoire. Égalité magnifique. Un home, un cochon.Il y a que ça chie en masse ces bestioles et qu’on ne
sait plus quelle terre agricole aller arroser de ce purin
surabondant ! On songerait à abattre des forêts (ça se fait déjà
dit-on). Non mais…
Parlant cochon : il y a ce curé catholique
bostonnais. Geoghan.130 plaintes d’abus sexuels. Dix ans
d‘activités missionnaires évangéliques quoi ! Quelle bonne
santé monsieur le vicaire du Christ ! Il y aurait 80 poursuites
pendantes…au dessus de sa tête. Il en a donc une ! Que le pays,
la région,des
antiques pieux Pilgrims, des anciens très pieux Shakers et autres
ultra-pieux Puritains a changé ! Arthur Miller rédigera-t-il une
neuve version de ses« Sorcières
de Salem » ?
Claude Guay,
de Sherbrooke, —mes chères lettres ouvertes— se porte à la défense
du Cornellier qui recommandait d’enseigner d’abord nos auteurs
dans les écoles du Québec.Je suis juge et partie dans ce débat. Je dois donc la
fermer. Mais ce Guay dit que « le grand Marcel Proust, pour
si bien rayonner, partait (parlait) de son Cambray de jeunesse
pour aller loin, partout, jusqu’à Venise. Que c’est normal,
ordinaire,ce cheminement du connu vees l’inconnu. Le même Cornellier,
samedi,ayant lu mon
dernier bouquin-manifeste approuve« ma confiance » en nous etdit qu’il y a moyen d’être universel en écrivant sur
nous. Un cinéaste belge (Van Beuren) a vu de l’universel dans
mon « Pleure pas Germaine » (que je viens de voir
arriver en cassette-vidéo au bas de la côte). En 1965, on m’a
bavé dessus chez les puristes :
« régionaliste infâme » !
Michel Tremblay qui est loué —et
joué d’abord— partoutn’a rien fait d’autre. En 1968, au départ, l’on
bavait sur son théâtre en milieu cultivé et colonisé :
« un autre régionaliste borné ! » . Et puis, le succès
venu, silence. Dans « L‘Action nationale, dernière
livraison, on peut lire un excité qui se creuse les méninges
pour démolir tout mouvement de reconnaissance de la culture littéraire
vivante d’ici. Pour ce grand énervé, il n’y a de bon bec
qu’à Paris, à l’étranger quoi. Tristesse. En 2002, ce
combat idiot ne devrait plus être mené. C’est dépassé.
C’est une niaiserie. Vous pouvez écrire en jargon, en patois,
en joual (vert ou rouge) un navet dégueulasse ou un chef d’œuvre.
Le niveau d’écriture n’a rien à voir avec le talent. Ou le génie.
L’outil est secondaire.
Il y a des ouvrages insignifiants très
bien rédigés avec une totale connaissance du français… de
Paris, de Bruxelles ou de Lausanne. Ce sont des livres ennuyeux.
En un français impeccable. Bien écrire désormais c’est réussir
à captiver un vaste public, à épater un monde large, à émouvoir
un auditoire important. Point final.
Rares les écrivains qui
s’engagent. C’est imprudent. Pour bourses, voyages,
subventions, etc. Yves Beauchemin a le cran d’appuyer le Dorion
qui a soutenu une thèse bien faite sur les périls que nous
courrons collectivement en face de l’aveuglement de pouvoir
actuel, si prudent, si lécheculiste (Commission Larose, ministre
Diane Lemieux ) aussi en face des tentatives de sabordage d’Ottawa
(avec l’assiatnce des juges « supreme court », tous
luttant e sans cesse pour réduire, diluer l’essentielle Loi
101.
Coupurede presse grave : un ex-patron de la CIA a répondu
franchement enfin. À la télé. Un chevalier de la franchise ?
Est-ce que la CIAment,
a menti, mentira encore ? « Oui », dit Donald
Rumsfeld. Bon. Clair comme ça.Ces mensonges nuisent-ils ? « Non », dit le
compère. Il le fallait. »« Pourquoi mentir, questionne l’animateur de télé
? Même aux chefs élus ? Ces omissions à la vérité et
publiquement encore, c’est une entorse à la démocratie, non ?
» Sa réponse : « Pour protéger le USA. Ou pour protéger
les intérêts de certainsalliés ».
Enfin, un aveu net ! Méditons sur
les intérêts des uns et…des autres.
Film québécois à l’affiche,ici ce soir. « Un crabe dans la tête. » Il était
temps, je sais. Hâte de voir ça. Je dis à Aile : « Me
semblait que tu voulais voir « Quit », recommandé par
les Faucher, non ?
Aile : « Non. Fait
pas assez beau. Avec ce temps maussade, ce froid en mai, pas envie
de nous (ce « nous » tout de même !) plonger dans une
très triste histoire de femme triste, accablée…»