1-
Hier soir, en
ville, hockey, la dégelée hors de l’ordinaire, une raclée étonnante,
totale, pour le club Canadiens et ce matin, la neige à la mi-mai,
à plein ciel. Ailleurs, l’agressif Sharon faisant face à pire
que lui : « Il n’y aura jamais, jamais, de pays
nommé Palestine ! » proclament des énervés d’Israël,
Bon. Que dire ? La déprime partout !
Comme pour nous divertir, à midi,
foin du lunch à sandwiches, nous somme allés, sous cette neige
maudite, « dévorer »
la bonne soupe —habituelle du « Petit chaudron »—
et des hot-dogs, oignons-moutarde, à cette
chère gargote au pied de la côte. Avec frites. Avec
vinaigre. Et café-déca, expresso. Dessert ? Une cigarette. Aile
m’épate, se délecte du dessert-maison —crêpe au sirop d’érable—
et résiste à prendre « sa » poffe ! Rencontre :
Cyrille Beaulieu, ex-camarade d’Aile. Bonheur de rencontrer un
ex-compagnon de travail —chef d’orchestre— du temps qu’Aile
faisait « du variété ». Sa compagne, institutrice,
va prendre sa retraite. Le couple a acheté, il y a pas longtemps,
une maison au bord du lac, pas loin de notre rue. Qu’ils veulent
rénover. Un « work in progress » qui sera lent »,
dit le musicien retraité.
J’ai parcouru en diagonale ce récent
roman de Messadié. Je déteste toujours cette sorte de roman où
se mèle de faits réelsde l'Histoire. Chute du roi de l’ Égypte
coloniale, Farouk, venue du nationaliste indépendantiste Nasser.
Ces dialogues…inventés, comme si l’auteur-narrateur y était.
Pouah ! J'Ai mieux aimé, je l’ai dit, le petit récit de Esther
Gidar : « Jasmin sur barbelés » sur ce même
sujet. Messadié cite
soudainement Cioran : « S’exiler c’est accepter de
perdre son identité. »
Le fameux Cioran (un de personnages de M.) parle de son
temps quand les « chartres de droits »
n’encourageait pas du tout à la non-intégration des exilés. Désormais
c’est le ghetto subventionné, l’encouragement —bien démocratique
?— à conserver tous ses folklores, quoi. Citation aussi de Guénon : «
Le révolutionnaire est condamné à mener une vie d’esclave ! »
Aïe !
Avons — après ce hockey
humiliant— visionné un ancien film de Casavette (« Gloria »)
. Pénible plutôt. Histoire abracadabrante d’un petit garçon
abandonné par sa famille qu’on vient d’éliminer (pègre) et
qui s’accroche désespérément à une ex-maîtresse de mafieux,
une voisine délurée (jouée par madame Casavettes) et bien
rapide sur la gachette. C’est long. C’est lent. C’est assez
assommant d’invraisemblances…voulues.
Ce matin, chez Paul Arcand —que félicite
Foglia dans sa chronique d’aujourd’hui— le chef de l’éducation,
un étonnant Sylvain Simard qui va déclarer soudain que depuis le
rapatriement de la Constitution, ce sont « les juges qui
gouvernent » et non plus les élus du peuple. » Ça
causait du kirpan à l’école ! C’est cela « une société
de droits » et il faut obéir aux tribunaux. Bien ! Mais qui
sont ces juges de toutes ces cours
et d’où viennent-ils exactement ? Quel pouvoir avons-nous
face à ces non-élus. Peut-on les « débarquer »
s’ils errent ? Eh !
2-
J’ai
toujours apprécié la lucidité du dramaturge le plus illustre du
Québec, Michel Tremblay. Il vient de déclarer que ce fameux succès
remporté hier soir à San Francisco avec « Encore une
fois… » tient à la notoriété de la fabuleuse comédienne
Olympia Dukakis… « puisque l’on ne sait rien de moi, là-bas ».
Reste que ce triomphe pourrait lui ouvrir des portes importantes
aux Usa. Rêvons : après les Tennessee Williams et autres
Arthur Miller, pourquoi pas le Québécois Tremblay en dramaturge
nouveau acclamé par tous les des Américains ? Ça ne m’étonnerait
pas, moi.
Je lis dans mes gazettes que Baril
« le député-patroneux déchu » se fera tabletter
(dans un job chromé) sans que le chef libéral Jean Charest n’y
trouve rien à redire. Ce serait un bon copain, quoi ! Voit-on
mieux la vaste « chapelle » des copains comme cochons
? On se jette des injures pour la galerie. Dans les coulisses
c’est un « club » uni, solidaire. Jadis, des
observateurs de ces « ententes clandestines louches »,
un De Virieux, un Pierre Pascau, dénoncèrent cette
situation incestueuse. Vainement.
Pauvres gnochons d’électeurs que nous sommes qui s’imaginons
voir des opposants radicaux quand il s’agit d’un bonne vieille
confrérie de cochons-de-copains.
Anne Thivierge —lettre ouverte—
publie ce matin : « Le gouvernement doit garder un
contrôle sur tous les aspects de la vie en société. »
Sainte-Vierge ! Non, non ! Jamais de la vie. Or je n’ai aucune
confiance aux capitalistes, aux prêcheurs du « privé
partout »,pas davantage en cette droite —à la Mario
Dumont— avec le « moins de gouvernement possible ».
Qui suis-je alors ? Combien sommes-nous ? Comment, où, nous
inscrire ? Sous la rubrique : anarchistes ? Je sais pas hen ?
Stephen Harper, élu hier soir, chef
de « L’alliance… ». Il cause français. Il fut
installé, toit jeune, en
« immersion française » par ses parents dont il ose dire (courageux ?) « qu’ils
l’ont fait probablement pour se débarrasser de lui !!! Aïe !
Le Stephen affirme qu’il n’a pas eu à le pratiquer souvent
puisque le Canada n’est pas du toit un pays bilingue.
Lucide, bravo !
On lit ce matin (Le Devoir) son
speech contre le bilinguisme à la Trudeau — un rêveur
romantique le Pet qui affirmait pourtant préférer la raison aux
émotions ! Donc, un échec total avance Harper. Un non-sens. Une
connerie, une folie qui a fait crouler des montagnes d’ argent
public stupidement. « C’est un pays unilingue, le Canada »,
il le dit, il le sait. C’est la vérité. D’une même bouche,
hélas, bouché et borné, ce chef Harper déteste la loi 101 qui
protège (un peu) la langue du 2% de francos en Amérique du nord
et il voudrait abolir ce bilinguisme officiel. Stupide en effet..
Et, entre nous, qui a fait reculer, qui a retardé la venue de
notre indépendance (« objectivement », je le
proclame). On sait plus s’il faut l’encourager ou le fustiger.
J’encourage mon petit-fils David
qui étudie à Concordia, le félicite, il sera bilingue bientôt.
Partout dans le monde, il y a des personnes bilingues
—trilingues c’est encore mieux. Il n’y a pas de pays
bilingue, allons, pauvre Pet mort, c’est une aberration.
3-
Mon adversaire
idéologique, Lysiane Gagnon, frappe dans le mille ce matin en
ridiculisant le récent questionnaire des sondeurs chez SOM.
« Malhonnête », dit-elle. Vérité. Elle détaille la
manière que l’on a rédigé les questions. Du biaisage éhonté,
dit Gagnon. Et des commentateurs myopes y allaient, y vont de
propos sérieux, d’analyses graves ! Des farceurs ?
Des innocents ? C’est une farce qui a fait plaisir évidemment
à Mario-le-privatiseur, à John Charest-le-défusionneur. Ne pas
croire que je souffre pour un Landry en pente douce. Oh non !Rien
de mieux qu’un bon séjour dans l’opposition pour ce parti
tout embourgeoisé.
Un écrivain s’engage ? C’est si
rare au pays des « écrivains d’État », tous
entretenus comme des guidounes. Subventionnés. Noël Audet (« L’ombre
de l’épervier ») attaque furieusement les patrons de
Radio-Canada qui oublient qu’ils ne sont pas des proprios des
ondes publiques mais que des petits valets en gestion, qu’il ne
sont que « nos » employés,
les « cracheurs d’impôts ».
4-
Un congrès
chasse l’autre ces temps-ci. À Mont-Tremblant, un tas de
ministres en justice veut trouver les bons moyens de « nettoyer
le net » des vicieux pédés à mômes. À Montréal, congrès
de l’ACFAS. Ça jase accent, français international,
national…On y voit des Suisses et de Belges. Colonialisme ?
Les délégués du Québec seraient seuls à proclamer la supériorité
du Français de Paris ! Discussion sur…le sexe des anges :
il y aurait le patois, le vocabulaire exotique, les trouvailles
valables…ou non, la langue régionale et… aussi la diction,
entendre la prononciation…
En effet, un cultivateur —je pense
à feu Ubald Proux, pomiculteur de Saint-Joseph— parlant mal
(selon les critères des puristes) avec un accent « d’habitant »
formidable, reste un locuteur merveilleux. On ne ratait pas, avec
mon Ubald, un seul mot. Il articulait, le bonhomme. Il prononçait
ses phrases inventées par lui avec un éclat confondant. Le reste
? Broutilles !
Il sortira de ce caucus un beau
rapport et une liste effarante de « notes de frais »,
factures plantureuses signées par ces délégués chéris,
auto-proclamés « experts » et cooptés. Tout ce
chiard de ratiocination à nos frais de cochons-de-payeurs
–de-taxes. Comme toujours ! Fermez vite les bars et les bonnes
tables, Seigneur !
Une étude (congrès autre !) signale :
un suicide rendu public, celui d’une notoriété quoi, peut
entraîner d’autres suicides. Est-ce bien vrai ? Oui, dit un
rapport parmi d’autre rapports. Non pas que le suicidé (tel
celui, jadis, d’ une Marylin Monroe ou, ici. un Gaétan Girouard,
reporter célèbre de TVA) engendre des cas nouveaux, non, mais
cette publicité fait se décider ceux qui y pensaient, qui,
alors, sortent de leur état de velléitaires. Eh b’en ! Silence
donc ? Comme on fait,
dit-on, pour ceux (plus fréquents qu’on pense ?) de notre Métro.
Est-ce bien vrai?
Il y a pas longtemps, on pouvait lire :
« Citoyens d’ici, n’allez surtout pas en Algérie,
danger ». Ce matin : Marois, la ministre, de retour de
ce pays en régime
militaro-dictatorial fait appel aux Québécois : »
Allez en Algérie faire des affaires, c’est le bon temps ».
‘Cout donc ! Est-ce dangereux, oui ou non ? Des réfugiés
d’Alger, à Montréal, pourraient aller raconter à Mme. Marois
comment le gouvernement (promoteur de si beaux projets) agit face
à ses dissidents. Des contes qui n’ont rien à voir avec ceux
des « Mille et une nuit », elle devrait bien s’en
douter.
5-
J’expédie
—lentement, trop—du journal pour la pré-production du bouquin
automnal aux Trois-Pistoles. Amusant, surprenant parfois,
de relire en vitesse, des faits survenus en janvier ou en février,
il y a quoi ?, deux
ou trois mois seulement. Le temps file, des « entrés »
me surprennent. Tout change, se métamorphose si vite. Des riens
s’agrandissent, des « bizarreries » s’atténuent.
Comme c’est fascinant !
Hâte d’étrenner mon beau vélo à
700 piastres ! Cette satanée neige ! Puis-je continuer à jouer
le frugal avec ma bécane de luxe ? Dire que j’ai déjà moqué
le Foglia qui jasait sur sa monture
à mille piastres. Silence désormais. Honte ? Pourquoi ? D’où
ca me vient… Cette manie de conserver le pus longtemps possible
mes vieilles affaires. Mon enragement un peu puéril quand mon
Daniel, ado normalement impétueux, brisait mon vieux vélo de
jeunesse ou une vieille machine à diapositives ou une vieille ciné-caméra
payée 30 tomates pour du film 8mm.
Édouard, mon vieux père mort,
réparait sans cesse ses bébelles. Maman détestait ses
rafistolages fous. Un barreau de chaise devenait une rampe épaisse
par les mains maladroites de ce bricoleur indigne ! Papa fuyait
les magasins, tous, il détestait acheter du neuf. Hérédité ?
Bon, départ maintenant pour Monrial,
théâtre. Celui de Tardieu vu et corrigé par l’ami Buissonneau.
Je devine déjà des visions surréalistes renversantes. Hâte
pour une fois… pas de cette crainte habituelle quand Aile loue,
un peu malgré moi, ses
deux fauteuils...de théâtreuse invétérée. On y va ! J’en
reparlerai.