Non
mais… brume encore un 9 mai ? Bof ! Faire mine de s’en foutre.
Hier, avec Galarneau à son poste au zénith, première balade
avec nos vélos. Le bonheur retrouvé. Le vélo c’est toute ma
jeunesse. Fraîcheur de l’avant-midi dès la sortie de laJetta au parking de Sainte-Adèle est, Chemin-Pierre-Péladeau.
Nous avions des blousons. Portions des pantalons. « Des
pantalons longs » disions-nous jadis. Drôle non ? Sur
l’ex-chemin de fer, certains y allaient de la pédale en shorts.
Brrr…Plaintes d’un bon gros ! Les imprévoyants.
Petit-déjeuner
au bout des premiers efforts, comme en guise de récompense. Cela,
cette petite bouffe du matin, comme l’an dernier, au Van Houtte
de Val David. Yum ! Œufs, rôtis, confiture et…fruits. Aile :
œufs avec viandes (bacon, saucisses) et patates ! La gourmande !
Depuis qu’elle ne fume plus du tout, elle a des envies de dévorer…
de tout ! J’ai peur. Je tiens à ma peau. Moi, j’en fume une
après chaque repas.
À ce restau du
coin de la « track », les flâneurs habituels, des
retraités rieurs, d’autres cyclistes comme nous. La
serveuse-chef avec unbel
accent du…Chili, Bolivie, Pérou ? : « Ah ! C’est
donc vous ! Je vous ai entendu à TVA chez monsieur Bruneau. Je
suis de tout cœur avec vous : on ne peut tout réussir,
carrière et vie familiale. Moi, j‘ai dit non. À beaucoup. Je
viens du sud et j’ai dit « oui » à mon homme, un Québécois.Et ainsi, j’aitourné
le dos à une carrière dans mon pays. Ici, cela a été autre
chose mais je ne regrette rien. »
Elle est enjouée,
efficace, fait plaisir à voir. Je me dis :pourquoi devoir
ainsi couper, retrancher, pourquoi donc ne pas pouvoir tout avoir
? Je ris de ma réflexion sachant bien, le premier, que j’ai été
obligé de renoncer à ceci voulant sauver cela. Ce trajet le long
de la Nord, jusqu’à Val David, est merveilleux. Le silence
d’abord. Total. Les vues sur la forêt. Les cascades rugissantes
juste avant d’arriver au lac Raymond, à Val Morin. Ces rochers,
monuments célestes, sur des hauteurs ou bien dans des ravins,
tombeaux muets et anonymes. Ici on ne voit pas, comme au village,
dix ou vingt sapins mais des grappes de centaines et de centaines
d’arbres, sapins, oui, mais aussi mélèzes, érables, pins,
bouleaux. Bouleaux qui sont d’un blanc si éclatant avant la
pousse de leurs feuillages.
Chaque fois
c’est un bain naturaliste qui nous stimule. Sommes si heureuxmaintenant de pouvoir de nouveau rouler dans cette large
piste du « petit train du nord. » Avant de rentrer
Aile décide de mettre mon vieux vélo « Québec-tours »
(acheté en 1985)chez
le…huileur et graisseur à sa boutique de la gare de Mont-Roland.
Hen, quoi ? Ce sera 40 tomates ! Et elle m’a dit : « Tu
cracherasun peu, Séraphin
Poudrier ! » Non mais…
2-
Revenus,
heureux, satisfaits, de l’excursion bicyclitale rituelle, prise
de soleil sur balcon. Bronzons unpeu. Des corneilles , sans cesse, tournent autour de notre
mangeoire à mésanges et à pics. .Aile, furieuse, tape dans ses
mains. En vain. Elles reviennent toujoursces noires bestioles ! Un racisme spéciale, non ?
Pour me
changer un peu du Hervé Guibert obsédé en son triste mausolée
de sodomites, envie de lire le récent Jean D’Ormesson :
« Voyez comme on danse ». Bizarre, je m’en trouve
comme tout heureux, tout ravi, léger. Au septième ciel ! Des
mots joyeux. Des phrases longues mais si souples. Tournures
anciennes certes mais bonne santé des propos dès les premières
pages. Bien éloigné de certainsmâles parisiens invertis et si fiers de l’être.
J’avais croisé,
en 1981, l’Académiste fameux, abonné chez Pivot, lors d’un
lancementpour mon
prix France-Québec(« La
Sablière »), à la Maison du Québec à Paris. Arrivant rue
du Bac, mon éditeur me dit soudain : « Oh,
chanceux ! Jean D’Ormesson est là ! C’est important, c’est
un bonze du « Figaro », il est très influent ce
mondain mais il ne va pas partout. » Présentation. Échange
bref de propos vides entre deux verres …de cidre. Michaud (Yves)
présidait à tout à la québécoise ! Je me moque un peu
cruellement de cette cérémonie dans « Maman-Paris,
Maman-la-France », surnommant D’Ormesson, De L’Hameçon.
Je lis donc son
« Voyez… », en effet, c’est un homme d’autrefois
et il est d’humeur égale, joviale, adore les potins, semble déférent,
distant avec politesse (son vif regard d’un bleu de cobalt vise
un point lointain entre le plafond et le haut de votre crane) !
L’homme est d’une politesse antique, tout cela rend agréable
toute rencontre avec ce romancier bien nostalgique. Et avec ses
mots.
Que de nostalgie
encore avec son dernier livre. « Voyez comme on danse »
est, hélas ?,un
roman déguisé en livre d’histoire. Ou vice versa.Un cimetière, on attend un convoi funèbre. Un ami décédé.
Beau, séduisant, brillant, iconoclaste, célèbre à force de ne
rien faire ! Qu’on aimait et qu’on jalousait.
Petite foule des
amis, même des rivaux, dont le
narrateur—visiblement
D’Ormesson à peine déguisé. Pour chaque « tête »
de cette lugubre fête, un récitatf récapitulatoire !Retrouvailles délicates parfois : ex-amoureuses,
etc., Il part donc en cent, mille brefs récits rétros. Ses
souvenirsillustrent
un milieu chic, très « 16 ième arrondissement ».
Vaste galerie d’aristocrates et aussi d’aventuriers, des
chanceux se sortant de la basse extraction de roturiers….On
sourit de ce Paris aux vieux sangs bleus.
Je lis, je
lis…et bientôt je me lasse…ce monde dérisoire, hors- temps,
aux origines de privilégiés blasés, ils m’assommeront sous
peu, je le sens.Alors,
je vais à un livre de Messadié, pris à notre bibilo par Aile.
Titre : « 25 rue Solmar Pacha ». Ma surprise
! C’est le même lieu (Le Caire), le même temps (1950) du
« Jasmin sur barbelés » : le roi déchu, frappé,
Nasser au pouvoir, guerre aux portes, la fuite des bourgeois étrangers
d’Égypte, la chasse aux juifs. Entre le « Jasmin sur
barbelés » (un modeste récit véridique)et ce livre de Messadié, il y aura sans doute un monde.
Encore un roman-histoire ! Je lirai au moins certains chapitres
(vus en table des matières) car je n’aime pas lire un roman qui
n’est que prétexte à donner un cours d’histoire. Je préfère
les vrais livres d’histoire sans récit romanesque pour faire
avaler les faits, la vérité.C’est ce que ce livre de Messadié doit être, je le
crains.
3-
Avons
vu un film, en vidéocassette, avec Robert Redford (« Le
dernier château ») et avons eu envie de rire à la fin avec
ce patriotisme, fort « patriotard », sauce USAbien connue. Le drapeau au vent, la main sur le coeur et la
morale sauve : « Oui, les soldats révoltés qui
cassent tout en cette prison militaire en avaient le droit
car…ils étaient des martyrs d’un directeur cinglé. Récit
souvent utilisé, on le sait. Mais film si bien mené, au suspense
si bien ordonné, qu’il en devient une autre démonstration du
savoir-faire brillant américain. L’ensemble, avec un Redford
extrêmement convainquant en ex-général déchu —qui, désobéissant
à Washington, commit une erreur fatal en Somalie— fait d’un
tel film mineur une excellente occasion de divertissement.
4-
« Groupaction »,
agence à lobbying de Montréal, devrait être baptisé « Groupàfédérat ».
La firme de publicitaires, favorisés par les Libéraux, est
engouffrée dans une merde médiatique. Merdeengendrée par le gaspillage éhonté —« politico-patroneux »—
que l’Opposition dénonce sans cesse. « Groupàfédérat »
est embarrassée maintenant par la condamnation de « l’examinatrice »
officielle d’Ottawa, hier.
Ils « communiquent »
ce matin : « On a sauvé un Canada en grand
danger, suite au dangereux « 50-50 » du référendum
de 1995. » Un messie quoi, un sauveur des fédérats,via les annonces, fanions, écriteaux, drapeaux, enseignes,
bannières, bandes d’arénas, drapeaux, guenilles et torchons
rouges, placards partout. Partout !
Chréchien,
audacieux, applaudit. L’enquête étant confiée à la RCMP !
Quand on sait que cette police fédérale peut 1-rédiger de faux
communiqués du FLQ, 2-mettre le feu à des granges, 3-voler des
listes électorales, 4-installer des bombes (chez Steinberg), etc…On
peut avoir confiance comme le chef Chréchien. Non ? La RCVMP va
conclure : « ouiaille, toutes ces magouilles, ces
gaspillages scandaleux, c’était pour la belle cause « anti-patrie »
québécoise ! » Fermez la boîte de pandore. Okay ? Compris
? Notre peuple québÉcois est pas fou. Un jour, tout cela éclatera,
et notre pays normal, notre nation normall’aura. Regardez bien ce que je dis, maintenant,en mai 2002. Je verrai cela avant de mourir, moi qui attend
cela deouis1960. Cela adviendra. J’en suis convaincu. Je verrai
ce jour merveilleux en serrant dans mes bras mes petits-fils
devenus adultes et qui, comme ceux de leur génération, ne toléreront
plus la folle mascarade fédrate. De cela je suissûr et certain.
LeDion-à-moustache de Chapleau, distrait, affirmait
avant-hier : « Mais non, la pub ça sert à rien ! ».
Puis , hier, se reprenait : « Peut-être bin que oui. »
On sait en tous cas des choses clairs sur ce fatras d’argent
public dépensé avec les bons copains : c’est cher, très
cher. On a payé un prix fou dans cet « Almanach du peuple »,
devenu prostitué ouvertement. Vous y lisez un long reportage sur,
par exemple, Trudeau. Vous apprenez qu’on a pris votre argent
pour vous faire lire ce « publi-reportage ». Et
beaucoup ! Tarifs exorbitants ! Un scandale de plus. Bof ! C’est
40 millions par année cette pub fédérate ! Argent public. Et
cela,depuis 1996.
Calculez : c’ »est donc 300 millions de nos dollars,
à ce jour, de taxes et d’impôts —pour nous et ceux du ROC.
Et l’autre avec son : « La pub, la commandite, ça
sert à rien ». Le traître stipendié, le renégat à notre
patrie balbutie, bafouille, il achève de ronger son fromage.
5-
Le
Roger Drolet chez Marc Labrèche avant-hier soir: « Le féminisme
est une invention des hommes pour mieux rouer les femmes. »
Rires dans la salle et salve de « hourras » des filles
présentes. Pauvre Simone, pauvre Kate et Cie. Ignorance ou facétie
pour faire rigoler —droletter— l’auditoire ? On sait jamais.
« La femme est soumise à l’homme et heureuse de l’être »,
continue notre héros en litotes variées.
Le
gaillard des dimanches soirs de CKAC semblaient s’amuser ferme
de ce « grand blond » jouant volontiers le tit-clin,
le tit-coune qui saisit pas trop vite ! Labrèche excelle dans ce
rôle du niais limité. Il me fait rire. Aile encore davantage.
Ses grimaces de candeur sont efficaces en diable. Un bon acteur,
le Marc.
Ça y était.
C’était parti. Pas de confrontation, et bravo, tant mieux, ce
n’est ni l’heure ni le lieu. Nous étions en contrée du
divertissement de bon aloi. Drolet a l’intelligence de le
comprendre. Aussi il joue de son fleuret gaillarden rigolant, sans se prendre au sérieux. Du music-hall
quoi pas une chaire en Sorbonne hein ? Mutt and Jeff volontaires !
Laurel et Hardy de bon coeur ! Je riais et Aile aussi. Un bon
moment de télé, faut le dire.
Plus jeune, mon
Roger Drolet pourrait très légitimement songer à devenir un
« stand up » comique d’autorité. Il y ferait florès.
Il est doué. C’est un comédien peut-être amateur mais qui a
du rythme et c’est l’essentiel. Il joue de silences calculées
avec art, et aussi de fortes affirmations étonnantes avec un très
bon sens du « timing », ce vétéran des stations de
radio. À 19 ans, il « facétiait » déjà, à la
radio de Joliette, pratiquant le genre « canulars de téléphone
» sans vergogne. Et le premier hein ? Bien avant les Tex Lecor.
Chapeau à lui !
Pour le public sérieux c’est un bonhomme qui vogue de généralités
en généralités. Le « cas par cas », mon Roger, il
connaît pas ! Le grand public en est friand, lassé par tant de
ratiocinations confuses. Jos Bleau et tante Armandine écoutent,
rassurés, les élucubrations « claires » de
l’oracle du cinéma Château : « Tous les hommes sont
des cochons, des sensuels sans sentiment. Toutes les femmes sont
sentimentales, généreuses et abusée. » Ça revole ! Au
pays des nuances, Drolet n’existe pas. Et puis, là, la salle
est vide. C’est plate. Il aime le pays des forts contrastes. La
foule aime les monstres. Il en est un et si gentil, si poli. Malin
et roublard. Rien à voir avec la réalité mais cela peut être
tellement plus divertissant. Moi, j’aime les bouffons, le
cirque, le vaudeville, oh ! les mélodrames aussi, je le prouve
parfois.
6-
J’oubliais :
au Van Houtte de Val David, un garçonnet près de notre table,
avec son père, je l’aborde et lui fait mon vieux coup du pouce
coupé en deux. Il m’observe. Il tente de m’imiter mais je lui
dis : « Écoute, c’est long, tu pratiqueras chez toi
et on se reverra un jour, peut-être ici. Il tente de m’imiter
encore et s’éloigne. Il me revient bientôt résolu, me défiant.
Joue avec ses mains comme moi, et me montre, lui, deux doigts
disparus. Il les cache tout simplement. « Hein, hein ?Qu’est-ce que t’en penses, qu’est-ce que tu dis de ça
? », fait-il, fier comme Artaban. Aussitôt Je joue l’étonné,
le renversé et le félicite : « Deux doigts, deux
! » L’enfant exhulte et aussitôt, le ventre en l’air,
il éclate de rires si cristallins, si cristallins, que tout le
petit bistrot s’en trouve comme embelli, les clients sourient,
en sont allégés on dirait. Le blond gamin est ravi de ce public.
Il s’en va, s’autocongratulant,avec son papa qui me fait un clin d’œil. Dans la porte
ouverte du Van Houtte, le gamin lâche : « Tu
pratiqueras ça pour quand on se reverra ! »
Un enfant de six
ans triomphait d’un vieil adulte.
Et puis, ses
rires si clairs, si clairs, ce matin-là, ah ! ma journée était
faite ! Aile semblait ravie de ce vieux jeu du papi et de
l’enfant, elle y est habituée, me dira encor : « Que
tu as le tour, mon vinyenne,avec les enfants ».
Mon secret ?Je les aime.
7-
Hier
soir, Aile, nerveuse, qui ne fume plus, dit qu’elle a besoinde salé-sucré. Je sais ce qu’elle veut. Je pars au dépanneur
« bleu » de la rue Valiquette lui acheter croustilles
et tablette de chocolat, son cher « Oh henry ». Ouf !
C’était son anniversaire hier, à mon taureau d’amour, —mon
fils, le 13— les coups de fil ne cessaient plus. On ne s’achète
jamais de cadeaux. Ni à Noël ou au Jour de l’An. Jamais.
C’est entendu entre nous depuis longtemps. On dit en riant que
nous sommes « un cadeau de tous les jours, l’un pour
l’autre.À force
de nous le dire…nous nous sommes crus !Et puis on n’aime pas
trop sombrer dans les manèges usuels.