1-
Brume partout
ce matin. Misère ! Un 7 mai ! Un printemps mal parti ? Patientia
! Couragio ! Daniel , le fils, communique. Chaud au cœur :
il dit s’ennuie de nos rencontres fréquentes de jadis.
D’avant ma casanerie en laurentie. Moi aussi, je regrette de ne
pas aller le voir plus souvent pour jaser sur tout et sur rien,
nos promenades, avec son petit Zoé, noiraud fou comme un balai,
courant mes bâtons, dans son grand parc d’Ahuntsic. Je
trouverai un truc. Il le faut. Étant par là, j’en profitais
toujours pour aller aussi saluer sa sœur, ma chère Éliane. Il y
a qu’à cette époque j’allais souvent, le midi, lunché avec
leurs gamins.
Peu à peu, Aile et moi nous nous
sommes… ancrés (?) ici. On
ne souhaite plus descendre en ville pour un oui ou un non.
C’est devenu vraiment notre « home » et on
ne dit plus « le chalet » en parlant de cette
maison. On dit plutôt « le pied à terre » à propos
du petit condo du Chemin Bates.
Daniel en profite pour m’instruire
davantage sur ses lectures …asiatiques spirituelles. Le zen et
Cie. Il me préviens de ne rien craindre côté secte ou
embrigadement. Je n’ai pas peur, je connais trop son côté
« sauvageons’ » son refus de toute gnose, doctrice
ou autre…évangile ! J’ai moqué légèrement l’aspect
« fais rien, bouge pas, n’agis pas tant » de ces écrits…
zennois (sc) et il me chicane : « Tu n’as rien
compris pops ! » Bon, bon !
Un autre « jeune »
courrielliste (sic) qui
me gronde fort c’est l’ex-camarade Blanchette. Oh ! Il me semble
« fâché noir » de mon acharnement à le houspiller
en journal à propos de « nous, pauvres minoritaires exploités,
bafoués et pourtant sécurisés par notre natalité « hénaurme ».
Il écrit : « vieux patriotes », merci, « jouant
les victimes », eh ! nous le fument si longtemps Jacques,
« subtilité de la vérité historique », bon, bon,
moi l’épais, le grossier
quoi.
À la fin de son envoi, Blanchette
affirme : « …tous les pays occidentaux ouverts
à l’immigration ont des structures d’accueil. » Pas
vrai ! Faux ! J’en mettrais ma main au feu. Certes il y a un
« bureau ordinaire » mais absolument pas de ces
complaisantes machines (genre : cours de français gratuits,
les Cofi, etc. Il est plus jeune que moi (le chanceux et
l’ignorant ) il
refuse l’idée de notre « sécurité ethnique, ici ».
Oh la la ! Il existait ce sentiment et pas à peu près car les
autorités politiques et religieuses (cela ne faisait qu’un)
nous enseignaient —encore dans les années ’30— que nous
allions, les C.-F., évangéliser,
illuminer tout le Canada un jour. Confiants, les pionniers, de
proches ancêtres, partaient pour l’ouest canadien et on va les humilier, les
écraser, les bafouer, les piétiner). Songez
aux profs de Gabrielle Roy (elle l’a conté) cachant
leurs manuels en français face aux inspecteurs francophobes. Léandre
Bergeron, plus jeune, au kiosque du Salon, m’a narré ce racisme
très actif quand il y vivait. Les tit-Jacques Blanchette sont de
la bonne pâte : « faut oublier ça, c’est pas
grave. Brûlons ces méchants livres d’histoire qui rappellent
les saloperies des maudits anglais ! Faut pas demander aux
monarques de la perfide Albion, à Buckingham, qu’ils offrent la
moindre excuse pour le génocide des Acadiens, n’est-ce pas ?
Oui Cyrano, mon épée me démange ! Vieux patriote? Oui. Et fier
de l’être, mon Jacques !
2-
Oh le bon
petit film modeste vu hier soir ! Aile a déniché ce
« Pain,
tulipes et comédie ». Très désopilante histoire d’une
jeune ménagère de Milan qui décide soudainement de ne plus
entrer à la maison. Défile alors un
paquet de personnages hirsutes et cela
dans un décor fabuleux : Venise-en-arrière. Ses
ruelles et ses venelles. Un
zest de Fellini ici et là. Un conte de fée mais plausible. Belle
soirée. Je l’ai remercié beaucoup pour une si jolie trouvaille
au vidéo-club du bas de la côte-Morin. Nous nous sommes mis au
lit de bonne humeur. Elle lit le « Cherche le vent »
signé Vigneault jr. Et je poursuis mon « Mausolée…des pédés »
où H.G. incruste souvent dans son journal des notations imagées
d’une vraie belle coulée. Gallimard a bien fait de le publier.
Marco, mon gendre, l’initiateur de
mon site web, me parle de mettre des critiques d’art (et
quelques entrevues) du Jasmin des années « 60 » à La
Presse quand le milieu arts plastiques –« révo tranquille »
qui s’ébranle— bouillonnait, grouillait d’expos. Mais…mon
temps… compté désormais ! Si un zélé archiviste voulait
aller fouiller mes papiers à la B.N., succursale de la
rue Holt, à Rosemont. Moi ? Pas ce courage.
Merde et re-merde : encore un
« ça l’a ». Entendu hier à la télé, à Paris,
par Claude Charron, un type qui fréquenta l’université
pourtant ! Découragé
je suis !
Qui comprend cela : un
« Prix Nobel de la paix » mis en prison. 19
mois ! En Birmanie. Personne pour crier ? L’ONU —ou qui ou
quoi encore?— n’a
rien fait ? Non, je comprend pas. Cette Suu Kyi qui vient d’en
sortir…pour combien de temps ? Je ne comprend pas.
Parcouru hier le dernier « Croc ».
Chaque fois de la déception vient de notre (maigre) « canard
déchaîné ». Quelques signatures solides :
Vadeboncoeur, Lauzon, Falardeau, Beaulieu, de Bellefeuille, le
fondateur. Le reste ? Hum ! Des anonymes prudents ici et là.
Grande page de la fin signée Livernois (?) pour écraser Jacques
Godbout. Pas pus que le roi, le cinéaste-romancier Godbout
n’est ni mon frère, pas même mon cousin mais l’impression
que le L. lui cherche des poux. Brûlot vaseux, comme éteint ! Mèche
vaine ! L’homme n’est pas sans défaut (Rimbaud :
« quelle âme est sans défaut ?) mais vouloir en faire un
pitre, un sinistre profiteur…franchement ! Il y a des cibles
autrement plus urgentes à viser. On a l’impression d’une
histoire personnelle, privée, d’un besoin de vengeance aux
sources inconnues.
À CBF-FM, malgré le conflit traînard,
pour « Ici tout est permis » de bons entretiens
souvent (reprises ?) avec le musicien Dompierre. Ce matin, Michel
Tremblay. Il doit craindre le radotage comme moi tant on lui pose
les questions traditionnelles. Pour la première fois, (à mes
oreilles en tous cas) le fameux dramaturge avoue l’importance
primordiale dans une carrière littéraire d’un agent compétent.
Il a eu cette chance le veinard (que je n’ai jamais eu, hélas
). Avec ce feu-John Goodwin, Tremblay a raconté ses incursions
partout (avec ses pièces) à New-York, à
Los Angeles, à Paris aussi.
Comme Asile il a parlé de sa maman
« bien plus vieille que les autres » et qui lui
faisait honte…ce dont il a honte à présent. Aile souriait de
connivence. C’est quand il a jasé sur sa demi-surdité que je
« connivais » en masse avec lui. Cette infirmité le
rend bougon, dit-il. En effet, on se sent poussé vers une
certaine solitude, malgré soi,
quand on arrive si mal à comprendre des discussions, chez
soi ou ailleurs, entre amis ou
dans un restau, etc. Temblay a répété que son oreille
gauche est morte. Complètement. Je compatis.
Ce matin, toutes les lettres de
lecteurs (La Presse), comme moi, exigent qu’on fiche la paix à
nos témoins du passé, les crucifix à l’hôtel de ville. Je me
sens moins seul. Certains zélateurs laïcistes diront : démagogue.
Quand je suis en osmose avec les gens —c’est fréquent et je
n’y peux rien— c’est l’insulte qe l’on me brandit sous
le nez. Quand, à l’occasion, je m’oppose à un
grand courant populaire…silence ! Tout à coup je ne suis
pus qu’un mouton noir. La peste de ces catalogueurs !
Le Devoir, pétition pro Radio-Canada
initiée par Solange Lévesque. Aile y voit, avec le mien,
son nom et duit : « on va dire, on sait bin,
s’il y a Claude… ». Ça m’enrage. Aile a travaillé là
durant 39 ans, moi, 30. C’est son coeur, sa jeunesse, tous ses
efforts pour, avec
tous ses camarades, travailler à une télé qui aurait de la
gueule. Les « en dedans » afficheraient maintenant aux
fenêtres de tous les
bureaux des grands cœurs rouges…de solidarité avec les
« en dehors » sur le trottoir. Ça m’a touché.
3-
Que de
nouveaux romanciers ! Et pas jeunes du tout ! Voici Roger D.
Landry, ex-boss, à La Presse, qui publie chez Stanké, avec deux
bonnes amies, un roman ! Voici que le frère cadet de Lucien
Bouchard en fait autant. Un roman qui raconterait les pionniers de
son pays chéri, le Saguenay-Lac Saint-Jean. Bienvenue au domaine
des grandes solitudes chers collègues !
Nat Pétro moque cruellement la femme
du grand boss de Radio-Canada, Cecil Rabinovitch. À la sortie
d’un bal mondain, elle s’est échappée en face d’une
reporter de la SRC : « Mon mari, le Rabinovitch,
est un gros méchant « bocké » et il lâchera pas le
morceau. Et vous n’ êtes tous que de pauvres manipulés par
votre centrale syndicale menteuse ! » Aie ! Séraphin
avait-il raison de garder Donalda à maison, viande à chien ?
Une telle « créature » peut couler un brave
mari. Ce matin, nous apprenons que les députés (ministres aussi)
pressent le patronat SRC de régler ça et vite. Merci Cécil-la-grande-langue.
Enfant, nous
lisions fidèlement « Superman », aussi « Spiderman ».
Vieux « comic book ». Un film avec gadgets modernes
sort et aussi avec machins d’incrustations multiplicateurs
d’effets visuels. L’imaginaire des dessinateurs d’antan
n’est plus impossibilités cinématographiques désormais.
C’est le gros succès au box-office. Chanceux les gamins de 2002
?
Pierre Trépanier, historien, démasque
lune Esther malodorante. Danger des amalgames, dit Trépanier ce
matin. Il fesse avec raison sur l’historienne déshonorée.
Esther Delisle (avec son diabolique adjoint, le calominateur
Jacques Zylberger) a osé, on le sait, mettre dans le même sac
l’antisémitisme ordinaire qui régnait —hélas— partout en
Occident des années ’30 avec
l’antisémtisme
violent, mortel, des nazis.
Lionel Groulx ou Pelletier du Devoir,
et Goering ou Adolph Hitler : « même combat »,
dit la Delisle. Elle n’a plus aucune crédibilité. La rage
delislienne ? Voulant tuer son chien—nous tous peints par eux en
nazis— on a reçu sa rage, celle d’une « raciste
invertie », son mensonge amalgamé, en pleine face. Un cinéaste,
Eric Scott, se
joignait volontiers à l’enragée aveuglée et malhonnête pour
en faire un documentaire, titré par méchanceté raciste :
« Je me souviens », —pas vu— qui passait au Canal
D. Un four à gaz en
Allemagne de 1942 ou un graffiti au Marché Bonsecours en 1937, même
horreur pour Esther-la-folle.
La shoa et une réunion de tit-counes
avec le toqué Adrien Arcand :même horreur dit la désaxée.
Voilà que le vieux Ramsay Cook, historien jadis respecté, signe
la préface du pitoyable livre de l’Esther-sur-amalgames. Cook,
cordialement, émet :« The rigour of her
analysis. » Tirez la chasse d’eau, ça pue trop !
4-
Le redire, ce
Nadeau, photographe quotidien au Devoir a du génie. Exemple ? Ce
matin, comme un tableau de maître italien ancien, le portrait de
la procureure (pour le boucher Mom Boucher des Hells) l’avocate
France Charbonneau. Fameux œil qu’a ce Nadeau !
J’y reviens : Aile et Michel
Tremblay. Comme lui, importance des romans imprimés durant la
guerre dans la « si modeste » collection pour tous,
« Nelson. Aile me l’a répété si souvent : « ma
seule bibliothèque familiale ».
Tremblay, toujours avec Dompierre, raconte que, typographe
à l’ancienne, jeune, il fut promu « correcteur ».
Pour des romans à dix sous chez Lespérance, l’éditeur des
« X-13 » du bonhomme Daigneault. Ils étaient vite rédigés
et pour le prix qu’il en obtenait, on peut comprendre la négligence
du romancier polygraphe.
Étonné d’entendre Tremblay,
d’habitude si modeste, disant que les Gratien Gélinas tout
comme les Marcel Dubé faisaient dans « le réalisme premier
degré » et que lui entra dans le métier avec un réalisme
plus léger, plus stylisé, plus fantaisiste et qu’il était
temps. Il a tout à fait raison. Comme, désormais, on peut voir
une dramaturgie « réaliste » encore bien plus
symbolique, plus éclatée. Voir « Le
ventriloque » de l’« autre » Tremblay.
Et il l’admettra volontiers. Il est très lucide.
Ah, le soleil revenu ! Ouf ! C’est
beau. Vol de canards au ciel. En « v ». Vite descendre
et trouver mes jumelles. Un vent franc du nord. Mon drapeau sur la
berge le proclame. Que vois-je ? Il se déchire ? Un signe…
Allons, foin de signes symboliques. Il n’y aura qu’à le
changer, c’est dix piastres dans un dolorama. Ils ne durent
jamais longtemps…les symboles.