Le mardi 7 mai 2002


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1-

Brume partout ce matin. Misère ! Un 7 mai ! Un printemps mal parti ? Patientia ! Couragio ! Daniel , le fils, communique. Chaud au cœur : il dit s’ennuie de nos rencontres fréquentes de jadis. D’avant ma casanerie en laurentie. Moi aussi, je regrette de ne pas aller le voir plus souvent pour jaser sur tout et sur rien, nos promenades, avec son petit Zoé, noiraud fou comme un balai, courant mes bâtons, dans son grand parc d’Ahuntsic. Je trouverai un truc. Il le faut. Étant par là, j’en profitais toujours pour aller aussi saluer sa sœur, ma chère Éliane. Il y a qu’à cette époque j’allais souvent, le midi, lunché avec leurs gamins.

       Peu à peu, Aile et moi nous nous sommes… ancrés (?) ici. On  ne souhaite plus descendre en ville pour un oui ou un non. C’est devenu vraiment notre « home » et on  ne dit plus « le chalet » en parlant de cette maison. On dit plutôt « le pied à terre » à propos du petit condo du Chemin Bates.

      Daniel en profite pour m’instruire davantage sur ses lectures …asiatiques spirituelles. Le zen et Cie. Il me préviens de ne rien craindre côté secte ou embrigadement. Je n’ai pas peur, je connais trop son côté « sauvageons’ » son refus de toute gnose, doctrice ou autre…évangile ! J’ai moqué légèrement l’aspect « fais rien, bouge pas, n’agis pas tant » de ces écrits… zennois (sc) et il me chicane : « Tu n’as rien compris pops ! » Bon, bon !

      Un autre « jeune » courrielliste (sic)  qui me gronde fort  c’est l’ex-camarade Blanchette. Oh ! Il me semble « fâché noir » de mon acharnement à le houspiller en journal à propos de « nous, pauvres minoritaires exploités, bafoués et pourtant sécurisés par notre natalité « hénaurme ». Il écrit : « vieux patriotes », merci, « jouant les victimes », eh ! nous le fument si longtemps Jacques, « subtilité de la vérité historique », bon, bon, moi l’épais, le  grossier quoi.

          À la fin de son envoi, Blanchette affirme : « …tous les pays occidentaux ouverts à l’immigration ont des structures d’accueil. » Pas vrai ! Faux ! J’en mettrais ma main au feu. Certes il y a un « bureau ordinaire » mais absolument pas de ces complaisantes machines (genre : cours de français gratuits, les Cofi, etc. Il est plus jeune que moi (le chanceux et  l’ignorant )  il refuse l’idée de notre « sécurité ethnique, ici ». Oh la la ! Il existait ce sentiment et pas à peu près car les autorités politiques et religieuses (cela ne faisait qu’un) nous enseignaient —encore dans les années ’30— que nous allions, les C.-F.,  évangéliser, illuminer tout le Canada un jour. Confiants, les pionniers, de proches ancêtres,  partaient pour l’ouest canadien et on va les humilier, les écraser, les bafouer, les piétiner). Songez  aux profs de Gabrielle Roy (elle l’a conté) cachant leurs manuels en français face aux inspecteurs francophobes. Léandre Bergeron, plus jeune, au kiosque du Salon, m’a narré ce racisme très actif quand il y vivait. Les tit-Jacques Blanchette sont de la bonne pâte : «  faut oublier ça, c’est pas grave. Brûlons ces méchants livres d’histoire qui rappellent les saloperies des maudits anglais ! Faut pas demander aux monarques de la perfide Albion, à Buckingham, qu’ils offrent la moindre excuse pour le génocide des Acadiens, n’est-ce pas ? Oui Cyrano, mon épée me démange ! Vieux patriote? Oui. Et fier de l’être, mon Jacques !

2-

Oh le bon petit film modeste vu hier soir ! Aile a déniché ce

« Pain, tulipes et comédie ». Très désopilante histoire d’une jeune ménagère de Milan qui décide soudainement de ne plus entrer à la maison. Défile alors un  paquet de personnages hirsutes et cela  dans un décor fabuleux : Venise-en-arrière. Ses ruelles et ses venelles.  Un zest de Fellini ici et là. Un conte de fée mais plausible. Belle soirée. Je l’ai remercié beaucoup pour une si jolie trouvaille au vidéo-club du bas de la côte-Morin. Nous nous sommes mis au lit de bonne humeur. Elle lit le « Cherche le vent » signé Vigneault jr. Et je poursuis mon « Mausolée…des pédés » où H.G. incruste souvent dans son journal des notations imagées d’une vraie belle coulée. Gallimard a bien fait de le publier.

         Marco, mon gendre, l’initiateur de mon site web, me parle de mettre des critiques d’art (et quelques entrevues) du Jasmin des années « 60 » à La Presse quand le milieu arts plastiques –« révo tranquille » qui s’ébranle— bouillonnait, grouillait d’expos. Mais…mon temps… compté désormais ! Si un zélé archiviste voulait aller fouiller mes papiers à la B.N., succursale de la  rue Holt, à Rosemont. Moi ? Pas ce courage.

       Merde et re-merde : encore un « ça l’a ». Entendu hier à la télé, à Paris, par Claude Charron, un type qui fréquenta l’université pourtant  ! Découragé je suis !

       Qui comprend cela : un  « Prix Nobel de la paix » mis en prison. 19 mois ! En Birmanie. Personne pour crier ? L’ONU —ou qui ou quoi encore?—  n’a rien fait ? Non, je comprend pas. Cette Suu Kyi qui vient d’en sortir…pour combien de temps ? Je ne comprend pas.

     Parcouru hier le dernier « Croc ». Chaque fois de la déception vient de notre (maigre) « canard déchaîné ». Quelques signatures solides : Vadeboncoeur, Lauzon, Falardeau, Beaulieu, de Bellefeuille, le fondateur. Le reste ? Hum ! Des anonymes prudents ici et là. Grande page de la fin signée Livernois (?) pour écraser Jacques Godbout. Pas pus que le roi, le cinéaste-romancier Godbout n’est ni mon frère, pas même mon cousin mais l’impression que le L. lui cherche des poux. Brûlot vaseux, comme éteint ! Mèche vaine ! L’homme n’est pas sans défaut (Rimbaud : « quelle âme est sans défaut ?) mais vouloir en faire un pitre, un sinistre profiteur…franchement ! Il y a des cibles autrement plus urgentes à viser. On a l’impression d’une histoire personnelle, privée, d’un besoin de vengeance aux sources inconnues.

      À CBF-FM, malgré le conflit traînard,  pour « Ici tout est permis » de bons entretiens souvent (reprises ?) avec le musicien Dompierre. Ce matin, Michel Tremblay. Il doit craindre le radotage comme moi tant on lui pose les questions traditionnelles. Pour la première fois, (à mes oreilles en tous cas) le fameux dramaturge avoue l’importance primordiale dans une carrière littéraire d’un agent compétent. Il a eu cette chance le veinard (que je n’ai jamais eu, hélas ). Avec ce feu-John Goodwin, Tremblay a raconté ses incursions partout (avec ses pièces) à New-York, à  Los Angeles, à Paris aussi.

       Comme Asile il a parlé de sa maman « bien plus vieille que les autres » et qui lui faisait honte…ce dont il a honte à présent. Aile souriait de connivence. C’est quand il a jasé sur sa demi-surdité que je « connivais » en masse avec lui. Cette infirmité le rend bougon, dit-il. En effet, on se sent poussé vers une certaine solitude, malgré soi,  quand on arrive si mal à comprendre des discussions, chez soi ou ailleurs, entre amis ou  dans un restau, etc. Temblay a répété que son oreille gauche est morte. Complètement. Je compatis.

      Ce matin, toutes les lettres de lecteurs (La Presse), comme moi, exigent qu’on fiche la paix à nos témoins du passé, les crucifix à l’hôtel de ville. Je me sens moins seul. Certains zélateurs laïcistes diront : démagogue. Quand je suis en osmose avec les gens —c’est fréquent et je n’y peux rien— c’est l’insulte qe l’on me brandit sous le nez. Quand, à l’occasion, je m’oppose à un  grand courant populaire…silence ! Tout à coup je ne suis pus qu’un mouton noir. La peste de ces catalogueurs !

      Le Devoir, pétition pro Radio-Canada initiée par Solange Lévesque. Aile y voit, avec le mien,  son nom et duit : « on va dire, on sait bin, s’il y a Claude… ». Ça m’enrage. Aile a travaillé là durant 39 ans, moi, 30. C’est son coeur, sa jeunesse, tous ses efforts pour,  avec tous ses camarades, travailler à une télé qui aurait de la gueule. Les « en dedans » afficheraient maintenant aux fenêtres  de tous les bureaux des grands cœurs rouges…de solidarité avec les « en dehors » sur le trottoir. Ça m’a touché.

3-

Que de nouveaux romanciers ! Et pas jeunes du tout ! Voici Roger D. Landry, ex-boss, à La Presse, qui publie chez Stanké, avec deux bonnes amies, un roman ! Voici que le frère cadet de Lucien Bouchard en fait autant. Un roman qui raconterait les pionniers de son pays chéri, le Saguenay-Lac Saint-Jean. Bienvenue au domaine des grandes solitudes chers collègues !

       Nat Pétro moque cruellement la femme du grand boss de Radio-Canada, Cecil Rabinovitch. À la sortie d’un bal mondain, elle s’est échappée en face d’une reporter de la SRC : « Mon mari, le Rabinovitch, est un gros méchant « bocké » et il lâchera pas le morceau. Et vous n’ êtes tous que de pauvres manipulés par votre centrale syndicale menteuse ! » Aie ! Séraphin avait-il raison de garder Donalda à maison, viande à chien ?  Une telle « créature » peut couler un brave mari. Ce matin, nous apprenons que les députés (ministres aussi) pressent le patronat SRC de régler ça et vite. Merci Cécil-la-grande-langue.

Enfant, nous lisions fidèlement « Superman », aussi « Spiderman ». Vieux « comic book ». Un film avec gadgets modernes sort et aussi avec machins d’incrustations multiplicateurs d’effets visuels. L’imaginaire des dessinateurs d’antan n’est plus impossibilités cinématographiques désormais. C’est le gros succès au box-office. Chanceux les gamins de 2002 ?

       Pierre Trépanier, historien, démasque lune Esther malodorante. Danger des amalgames, dit Trépanier ce matin. Il fesse avec raison sur l’historienne déshonorée. Esther Delisle (avec son diabolique adjoint, le calominateur Jacques Zylberger) a osé, on le sait, mettre dans le même sac l’antisémitisme ordinaire qui régnait —hélas— partout en Occident des années ’30 avec

l’antisémtisme violent, mortel, des nazis.

       Lionel Groulx ou Pelletier du Devoir, et Goering ou Adolph Hitler : « même combat », dit la Delisle. Elle n’a plus aucune crédibilité. La rage delislienne ? Voulant tuer son chien—nous tous peints par eux en nazis— on a reçu sa rage, celle d’une « raciste invertie », son mensonge amalgamé, en pleine face. Un cinéaste, Eric Scott,  se joignait volontiers à l’enragée aveuglée et malhonnête pour en faire un documentaire, titré par méchanceté raciste : « Je me souviens », —pas vu— qui passait au Canal D.  Un four à gaz en Allemagne de 1942 ou un graffiti au Marché Bonsecours en 1937, même horreur pour Esther-la-folle.

        La shoa et une réunion de tit-counes avec le toqué Adrien Arcand :même horreur dit la désaxée. Voilà que le vieux Ramsay Cook, historien jadis respecté, signe la préface du pitoyable livre de l’Esther-sur-amalgames. Cook,  cordialement, émet :« The rigour of her analysis. » Tirez la chasse d’eau, ça pue trop !

4-

Le redire, ce Nadeau, photographe quotidien au Devoir a du génie. Exemple ? Ce matin, comme un tableau de maître italien ancien, le portrait de la procureure (pour le boucher Mom Boucher des Hells) l’avocate France Charbonneau. Fameux œil qu’a ce Nadeau !

      J’y reviens : Aile et Michel Tremblay. Comme lui, importance des romans imprimés durant la guerre dans la « si modeste » collection pour tous, « Nelson. Aile me l’a répété si souvent : « ma seule bibliothèque familiale ».  Tremblay, toujours avec Dompierre, raconte que, typographe à l’ancienne, jeune, il fut promu « correcteur ». Pour des romans à dix sous chez Lespérance, l’éditeur des « X-13 » du bonhomme Daigneault. Ils étaient vite rédigés et pour le prix qu’il en obtenait, on peut comprendre la négligence du romancier polygraphe.

       Étonné d’entendre Tremblay, d’habitude si modeste, disant que les Gratien Gélinas tout comme les Marcel Dubé faisaient dans « le réalisme premier degré » et que lui entra dans le métier avec un réalisme plus léger, plus stylisé, plus fantaisiste et qu’il était temps. Il a tout à fait raison. Comme, désormais, on peut voir une dramaturgie « réaliste » encore bien plus symbolique, plus éclatée. Voir « Le  ventriloque » de l’« autre » Tremblay. Et il l’admettra volontiers. Il est très lucide.

       Ah, le soleil revenu ! Ouf ! C’est beau. Vol de canards au ciel. En « v ». Vite descendre et trouver mes jumelles. Un vent franc du nord. Mon drapeau sur la berge le proclame. Que vois-je ? Il se déchire ? Un signe… Allons, foin de signes symboliques. Il n’y aura qu’à le changer, c’est dix piastres dans un dolorama. Ils ne durent jamais longtemps…les symboles.

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