MORT DE SITA
RIDDEZ:
LA LIONNE VENUE DE LYON
lettre ouverte
1-
Retour de
promenade tantôt, découverte au bout de la rue Morin d’un site
de neufs pavillons luxueux, dans une colline. Architecture
bizarre. Hirsute ! Style vague et de « parvenu ».
Voyant des sortes de marguerites jaunes sauvages, j’en arrache
un plant et le planterai au pied d’un vinaigrier…pour voir.
Aile craint un genre de « pissenlit » mais ne proteste
pas trop. J’aime tant…planter. Ce matin, vite, devoir aller
porter des chèques chez Desjardins, rue Valiquette, car,
aujourd’hui, les voraces du FISC vont gober de nos économies !
Pas loin, le brocanteur. Incapable de ne pas entrer. Autre manie
irrépressible. J’y crache pour 60 piastres de… « cossins »,
dirait Aile. Un voiler de bois, une aiguillère et son bol, un pot
à mélasse, et quoi encore ? Rentrant at home : «
Ah b’en, non ! pas encore des cochonneries ! Où est-ce qu’on
a pouvoir mettre ça ? »
La leçon classique d’une rangeuse : ma belle Aile !
Téléphone de ma fille, Éliane : « Me
rappelle, jadis, une excursion ensemble à l’Hôtel-Dieu pour nous
faire ôter aux paupières…des sortes de pustules ! Elle me
demande si je me souviens du toubib ! Oh non ! Moi, les toubibs,
j’oublie les noms…brrr ! Je lui recommande une dermato de
Notre-Dame que j’avais apprécié il y a 10 ans. Ira-t-elle ?
Elle a vu son frère hier, a vu sa neuve mini-jeep —« oui,
une bien jolie voiture »— promenade de Zoé ensemble,
c’est le chien de Daniel. Un joli parc, immense, jouxte sa
demeure au fils en son domaime Saint-Sulpice. Formidable, non ?
Comme ça me fait chaud au cœur de les savoir marchant ensemble
au soleil la grande sœur et son frère cadet. Comme je suis
content chaque fois !
2-
Ni hier, ni ce
matin, « La Presse » n’a jugé intéressant de
publier mon petit
« requiem » à Sita Riddez. Voilà que l’on
annonçait hier la mort précoce et subite d’un
chanteur-chansonnier qui
ne me plaisait pas beaucoup, Sylvain Lelièvre. Le mièvre ? Je le
trouvais un peu « drab », un peu fade. Du blues plutôt
endormant. Mon opinion…mais il avait ses fans. Il en reste tout
de même deux ou trois bonnes tounes.
Hier, il fallait être au « pied-à-terre »,
Chemin Bates et TVA me voulait pour un autre mini-débat. Thème : «
Le hockey en éliminatoires ! » J’ai parlé d’un féminisme
bebête, égalitarisme qui défait les différences nécessaires,
ces filles qui singent les gars désormais,
des trop nombreux « gros clubs » anonymes,
d’argent désignant qui aura pour gagner la Stanley Cup , des
joueurs millionnaires paresseux (selon Guy Lafleur lui-même), de
la fin d’un certain patriotisme, celui de ma jeunesse.
« Ceinture fléchée »,
me lancent les deux vis-à-vis —car le Bruneau est un partisan
de la Maréchal, ma foi ! Cette « injure » (?)me fait
rire. Quand j’ai déclaré, —à mes risques et défiant le
chauvinisme ambiant— avoir mieux estimer les patineurs Russes
aux J.O. était-je toujours « ceinture fléchée » ?
Ah !
L’Isabelle m’apparaîtra en
chandail des « Habitants » ! Rouge comme sa chevelure
! On fait le topo, pour cette fois, en studio et aux côtés de
Bruneau et je me sens alors bien plus à mon aise. J’ai demandé
d’être toujours en studio à l’avenir. Voudra-t-on à TVA ?
3-
Avec l’amie
M.-J. —ainsi consolée un brin de mon absence de ce week-end,
pauvre misérable orpheline de son homme— Ale est allé voir une
pièce (très) recommandée à Sainte-Thérèse. Hum… Pas fort,
m’a-t-elle dit. Maudits critiques complaisants encore ? Le
lendemain, elles allèrent au cinéma du complexe commercial de
Saint-Jérôme; hum, pas fort encore
! Malchance ! Ce matin, éloges encore pour les textes de
Tardieu monté par Paul Buissonneau au « Go ». Aile
saute sur le téléphone. J’ai confiance. Je n’ai jamais
oublier le Tardieu renversant (toujours monté par Paul) vers 1980
au « Quat’_Sous ». « Théâtre de chambre »,
joué par des élèves en théâtre, fut une splendeur visuelle
inoubliable. inégalable. Pause :soupe. Tantôt, à la télé
du 1er mai : Le Pen, à Paris, criant sur une
estrade : « On a ramassé partout des gens contre moi,
des francs-maçons, des communistes, il en reste et……des théâtreux,
des intelllos… » Aile, bols de soupe en mains, choqué, comme insultée personnellement. Elle est belle
quand elle se fâche !
En revenant de cette randonnée parmi
les maisons prétentieuses neuves, rue Morin, rencontre fortuite
d’une dame « théâtrale » un peu,
disons tendance gitane.
« Nanoushska », se présente-elle. Explique que
c’est son nom de « plume ». Elle est une Noiret,
Boiret, Mordet… Elle machouille certains mots, parle très
vite. « C’est un nom de France, vous savez! »
Elle n’en revient pas de me voir « vous, en chair
et en os ». Admet volontiers m’admirer et « suivre
votre carrière ». Elle écrit « de la poésie. Oh un
peu ! Bien peu ». Vient de Montréal, habite les Laurentides, il y a peu
Sainte-Agathe, maintenant, Sainte-Adèle. Sort de pétrins. D’un
deuil aussi. Rien de trop clair. Sympa, grouillante, hilare et
grave par intermittences, très verbeuse. Elle dira : «
Ah, vous, c’est donc vous, et qui je vois avec vous ? C’est
elle, non ? C’est celle-là, c’est cette Raymonde dont vous
parlez si souvent. Vous êtes devant moi, vous, le poète (je
proteste à ce mot) vous paraissez plus jeune, en personne, mieux
qu’ à la télé. Je vous ai vu encore hier avec Isabelle Maréchal.
Vous nous amusez tant. Évidemment, c’est vous que je vois
enfin. » Elle
en frétille de contentement, montre des trous dans ses dents,
touche un bras, ajuste, comique,
son grand béret. Aile gênée.
La gitane hilare fuit soudainement
avec des « au revoir ». Je dis à une Aile secouée un
peu : « Tu vois, tu es profondément,
indissolublement, irrémédiablement, ancré dans la littérature
québécoise. »
Motte, pas un seul mot. Je sais ce qui la décoiffe,
c’est qu’elle n’y peut rien. Qu’elle ne peut inter-agir.
Qu’elle se voit comme manipulée par son horrible compagnon
bavard et indiscret. Elle souffre ? Je ne crois pas. Elle s’en
amuse pas mal. J’espère…
Souper tantôt. Deux poissons frais
—sauces appétissantes, pas trop grasses—
que j’ai ramené à 17h, tantôt, de l’École-Bouffe.
Pas mal bon. Dessert ? Gâteau dit « boston » et je
remonte fermer le clavier. Juste dire ceci : comme je suis
content, heureux, Aile, livre sur le coin de la table,
toute excités : « Tu vos, regarde Cloclo,
je l’ai trouvé, ce petit oiseau couleur carotte, c’est
un oiseau commun d’ici, le Bruant Hudsonien. Tu vois, la crête
carotte, regarde, une
mandibule pâle, regarde l’image, l’autre plus foncée. Vois
sous le bec, dans le cou, regarde bien la photo, la tache noire ?
Tu la vois ? C’est
l’« hudsonien ».
Oui, grand bonheur de la voir si
heureuse. mon amour qui fait, hélas, ce qui se nomme de la haute
pression. Je met cela sur le dos de toutes ces équipées
stressantes de réalisation, pour illustrer les textes de Victor.
Elle me montre ensuite nos mésanges à tête e noire,
autre oiseau commun. Dit : « C’est bien de savoir
nommer les oiseaux, pas vrai ? » Vrai. Elle me fait voir
ceci et cela, le « quisscal »,
trop présent dans nos alentours nombreux à son goût, des
petites corneilles, puis le geai bleu,
enfin, nos chères jolie tourterelles « tristes ».
Aile me montre la tourterelle
« rieuse » ! Ah oui, c’est cela le printemps québécois.
Dans quelques semaines, je la verrai de nouveau entourée de boîtes,
de corbeilles, les poches de bonne terre, ses outils, ses gants,
les fleurs étalées à ses pieds. Elle sera si belle encore cette
année. Si belle quand elle s’exclamera —comme elle dit— :
« Je fais mes fleurs ! »
Suffit. Aile nous a loué le film « Ali ». Ce
sport est une folie grave, j’en ai parlé. Mais c’est
l’histoire singulière, vraie,
d’un gamin de ghetto qui boxe —seule voie de sortie
pour les démunis de la négritude à cette époque. Il sera un
grand champion historique, cet Américain Noir devenu musulman,
changeant son nom de Cassius Clay en Mohammed Ali. Hâte de voir
ce film tant vanté, il y a quelques
mois.