MORT DE SITA
RIDDEZ:
LA LIONNE VENUE DE LYON
lettre ouverte
1-
Saloperie de
neige ! On peut imaginer la déception…nous avons eu un bref
aperçu d’un printemps très chaud et bedang ! cette neige de
dimanche et de cette nuit…Horreur ! Allant aux journaux, ai
cherché ma brosse à neige dans la cave, sorti ma pelle, ce
matin…Enragé, j’étais. Mais bon, du calme, un petit coup de
soleil de début de mai et on aura tout oublié de cette espièglerie
météo, non ?
Hier, dimanche, à 16h, je grimpais
sur la 40 au bout du Chemin Sainte-Foy et …roulons ! À 19h,
j’étais arrivé ! Avec de la neige partout, dans les
Laurentides. Dès
Trois-Rivières, je l’ai vu faire ses débuts, la démone !
J’ai misa du Beethoven, du Mozart (le requiem !) et du Verdi.
Puis, j’ai mis Cbf-fm et le bourrage des scabs, des
jaunes-cadres, avec des chansons. Miscellanées : Brel,
Leclerc, Ferré, Plamondon, Brassens, Léveillée… vaste
pot-pourri et de brefs bulletins de nouvelles lus par des voix
d’un amateurisme à faire crochir…les oreilles ! Aucun sens de
l’accent tonique à utiliser comme du monde. Écorchage auditif.
Honte d’un réseau français (à la SRC) qui s’acharne à ne
pas régler un contentieux syndical pourtant tout simple. Déception
de cette Société où je fus un travailleur heureux. Cela malgré
tant de petits « boss » bien cons.
Ce matin, tôt, ai pondu un petit
requiem pour la comédienne (85 ans) morte samedi, Sita Riddez. Je
la croisais souvent dans Outremont et elle m’étonnait par sa démarche
altière, fougueuse je dirais, sa verdeur, même à 80 ans ! Funérailles
mardi à 21 h à Saint-Viateur, rue Laurier, ouest. Je l’ai
fait, pour La Presse, en souvenir de ma première épouse qui étudia
chez elle, et aussi de ma chère Aile qui y suivit des cours
durant un an avant de devenir sripte de télé. Pratte publiera-t-il
cela mardi matin ? Je verrai bien.
2-
Deux jours au
Salon à Québec, entre le haut et chic Hilton et le non moins
haut Radisson, au Palais des Congrès. Beau salon. Tapis rouges
partout. Les gens de Paris (et le riche Dimédia-Boréal) installés
en seigneurs au milieu de la salle, nous, les tit-culs québécois
tout autour. Ambiance connue, j’aime pas les salons mais encore
une fois, j’ai adoré les rencontres faites. C’est toujours
fort agréable de jaser avec des lecteurs fidèles…des
admirateurs parfois. Certains lisent mon journal sur internet :
« Où
est donc votre Aile, pas là ? » Déception donc. Même des
reproches voilés : « Pas
avec vous ? Elle (Aile) vous aime pas tant que ça alors
! » De retour, je raconte cela à ma chère et elle
ne pipe pas mot, cherchant à savoir si je lui tire la pipe ou si
vraiment l’on déplore sa désinvolture face à mes déplacements…
de salonnard.
Je vois François Barcelo dans une
allée du Salon, je l’arrose de bons saluts, le gaillard fait
son drôle. Il se laisse saluer, brasser les mains, tapoter les épaules,
tout guilleret, et finit par dire : « On me prend
souvent pour ce Barcelo, qui est-ce ? » Moi, penaud.
M’excuse. Si je savais qu’il avait un sosie parfait. Vraiment
un clone ! Incroyable.
Derrière sa petite table, sage comme
une écolière : Claire Martin. Qui oublie encore à son âge.
Que j’avais voulu saluer et féliciter à un autre salon et qui
m’avait jeté froidement : « Ah vous, Jasmin, pas de
salut hypocrite hein, vous m’avez déjà déclaré dans un
journal : « La Martin s’en va ? Bon débarras! »
C’était vrai. Après nous avoir maudit avec notre atroce mode
du joual, notre séparatisme
si vilain et notre socialisme, les jeunes écrivains, Claire
Martin, vers 1970, annonçait
qu’elle s’exilait de cette terre de jeunes voyous.
L’Espagne, je crois. Du temps a passé. Non, son beau sourire
samedi. Elle est de bonne humeur. Je fais ça bref. Au cas où…
Un quidam de son kiosque me questionne à voix basse : « L’avez
vous trouvée vieillie ? » Je dis rien. Claire a toujours eu
l’air vieillot. En 1960, avec des romans à clés audacieux,
bien rédigés (« Dans un gant de fer », etc.) où
elle réglait des comptes difficiles, cette auteure
avait déjà les apparences d’une vieille maîtresse d’école
de rang. Je l’aimais bien mais je déplorais sa frousse et sa méfiance
pour note lutte patriotique qu’elle dédaignait outrageusement,
fédéraliste sauce Grande-Allée, bourgeoise fardée.
Bonnes brèves rencontres : Georges-Hébert Germain
(son « Château Frontenac »), Jean-Claude Germain
—qui me commande un bref polar
pour sa neuve revue de gauche, titrée « L’ »,
Pierre Nadeau, avec sa biographie captivante, Pierre Légaré,
humoriste caustique et goguenard, au bord de sa retraite des
planches, quelques éditeurs sympas (Fortin de « Québec-Amérique »,
Brûlé des « Intouchables », etc.). J’en passe.
Nous voilà bientôt enragés noirs,
écrivains, éditeurs, aussi quelques lecteurs. Il y a pas plus
« colonisé » que « Le Soleil », le gros
quotidien de la Capitale. Hier, samedi, son cahier-livres
s’ouvre avec un immense reportage (fait au Vermont, USA) sur
John Irving —pour un mince roman plutôt reçu froidement là-bas,
« La quatrième main »— alors qu’il y a un Salon du
livre qui s’ouvre
à sa porte !
Le racisme inverti à son meilleur.
Le lendemain, dimanche, grand papier sur Alex. Jardin (« bellâtre
insignifiant », écrit Stanley Péan dans « La Presse »,
ce qui est exagéré bien entendu). Encore rien donc, dans ce
« Soleil » tronqué, pour les auteurs d’ici.
Scandaleux !
Samedi après « mes heures »
en kiosque, promenade au soleil dans cette Grande Allée aux cent
restaus. Galerie. Annonce : « expo-Francisco Iacurto ».
J’entre. Ce vieux peintre, venu de ma chère « Petite
Italie », brossa les binettes des importants élus
duplessistes longtemps. Les galéristes m’écouteront jacasser,
amusés, sur le vieux
bonhomme dont les premiers tableaux furent exposés sur les murs
du pharmacien Armand Besner (peintre amateur lui-même), au coin
de chez moi, rue Saint-Denis angle Jean-Talon, en face de la Casa
Italia. C’était, à douze ans, mes premiers « vrais »
tableaux vus. Fin de « seulement » les images imprimées
des calendriers Molson !
3-
Deux enfants
passent. J’aime rigoler avec les petits. Promesse de leur faire
signe —remuement de mon petit doigt— juste pour eux s’ils me
revoient à la télé. Parents amusés. Ils repasseront plus tard
devant ma cage et, charmants petits anges, me feront des signaux
avec leurs petits doigts : « Oubliez pas ! » Merveile !
Soudain, trois sœurs,en noir,.
D’un Tchékov ? Trois vieilles dames dignes, fr.tillasntes,
jeunes d’esprit. Belle aparition de mes amies : Françoise
Faucher, Hughette Oligny et Lucille Cousineau. Elle reviennent
d’une sorte de récital avec des textes de Clémence, présidente
d’honneur de ce Salon. Ele s’en iront jouer, je ne sais plus
trop quoi, tout à l’heure. Nous signons volontiers des pétitions
« circulants » pour les grévistes de Radio-Canada.
Françoise toujours abasourdie, révulsée même par cette France
qui doit choisir entre « l’escroc » (Chirac) et
« le facho » (Le Pen).
Mon éditeur m’offre « Jasmin
et barbelés » —petit livre de souvenirs d’une Esther,
juive sépharade du Caire, enquébcoisée depuis— qu’il a
acheté aux Trois-Pistoles. Cadeau gentil. Décidément cet ours,
V.-L. B., est gentil
comme tout !
Dans ce « L.’ » de
Germain, page trois, un formidable texte de mon
ex-petit camarade en céramique, Gilles Derome : « Lu,
vu, entendu ». L’excellent potier de Duvernay n’y va pas
avec le dos de la… fourchette pour piquer raide : des
allusions politiques féroces sur un certain État du monde,
aujourd’hui. Stimulant.
Le jeune
Moutier, dont j’achète volontiers le dernier bouquin, m’y
trace une dédicace d’une rare chaleur. Je n’en reviens pas
trop. Les cadets, d’habitude, n’offre pas une telle générosité.
Très chaud au cœur.
Bon, fin des salons ! Des chambres
d’hôtel et des sacs de voyage. Ouf ! Retour donc à mes pénates.
La paix. Je n’aime vraiment pas être séparé d’Aile.