« J’ÉTAIS
PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Hier,
mercredi, beau soleil tout le jour et le journalier…b’en,
hors-journal. Enfin, pouvoir bouger ! Aile aussi, râteau
en mains, fouine le long de la maison en quête de détritus
divers. Je fais des tas. Branches à ramasser un peu partout.
Celles que je n’avais pu faire brûler l’automne dernier quand
l’hiver pognait subitement. Et celles casses par les vents
froids de cette saison enfin, enfin, terminée. Canot sorti des
bosquets et mis, à l’envers, sur le quai. Oh, cet enduit
caoutchouté noir ne tient guère ! Plaques ici et là, le rouge
d’antan surgit, fait « cocou » ! . Ouash,
devoir y voir. Chaises longues sorties de sous la galerie
et descendues sur le rivage. Coussins mis au cababon de la rive.
Avirons et cannes à pêche :prêts. Des haltes. Je m’étends,
j’enlève du linge. Chaleur merveilleuse. Soleil en pleine face.
Hop, debout ! Petit bûcher sur le terrain. Pas facile à allumer,
ces branches encore trop humides ! Bref, content et heureux de
remuer ma carcasse.
Aujourd’hui, ciel blanchâtre, du
gris garni de nuages blancs. Pas de vent du tout. Mon grand
fleurdelysé bien ratapla. Roulé comme un « umbrella »
de londonnien. C’est rare ici, aucune brise.
Hier, le micro-ondes de TVA. Les deux
gentils envoyés du boulevard de Maisonneuve, Claude et André,
rigolards. Ils me taquinent sur cet arbitre, partial,
partisan de la Marchal, Pierre Bruneau. Sujet du mini-débat ?
Les « petits gros », ces enfants assis, la captivité
des jeux électroniques, la fin du « va jouer dehors ».
Isabelle, pas bin exemplaire vu son ventre gros (« c’est
pour bientôt » a-t-elle dit !), la voix mince au bord de la
stridence, charge encore les profs. Je m’insurge. On veut que la
(ou le) prof fasse tout : l’instruction et l’éducation,
voit aux études, et à la santé. Et les parents ? Plus rien à
faire qu’à aller ramasser du fric (à deux) pour le fisc vorace
? Ça fait bien les affaires de nos gérants du trésor national,
(nos élus). Tellement qu’ils veulent bien installer « plussse »
de garderies !
La réalité :
nous étions (collectivement) tassés —pas de « sa chambre
à soi », pas de sous-sols « finis »— et pas
riches, pas de ces jeux à 50 $ la cassette ! Donc, dehors, à cœur
de jour. On jouait au moineau, au drapeau, à tag, à cachette, à
branch-to-a-branch ! Et à la softball dans la ruelle, au hockey
sur trottoir, et en guise de pauses : nous avions ces
comics-book à 10 cents, 5 cents les usagés (que d’échangisme
!) tout plissés ! Je l’ai avoué sur TVA: si nous avions eu
tous ces jeux —j’en ai vus : formidables comme machines
visuelles, bien plus captivants que nos « comics »
sans animation aucune— bien, oui, on aurait été des « assis
pis gros » !
Doute sur l’efficacité, l’utilité,
de ces empoignes de trois minutes mais…bons cachets ! « Ah,
l’Adélois ! Le bel argin, hein,
viande à chien ?, me moquerait encore Paul Arcand comme tu
temps où nous nous chicanions tous les jours à CJMS !
2-
Mardi soir :
épuisé par un film « Spy Game » — « Jeux
d’espion »— avec Redford et Brad Pitt. Moins obscur que
ce « Mulholland drive » mais…Ouf ! Aile,
l’ex-brillante « première de classe », rigole
encore de me voir patauger et gueuler contre les complications de
ce film. J’admettrai que c’est tout de même un bon suspense.
L’intrigue : le vieillissant
Robert Redford (Aile qui l’a tant aimé est toute désolée de
le voir se plisser, dira en voyant son dauphin, le beau
Pitt : « maudite jeunesse ! »— est
un vieil expert de la CIA. Il enseigne, forme, un cadet candide.
Mission au Vietnam, mission à Berlin-est, mission au Liban. Film
rempli de « retours en arrière ». Excellentes photos
des sites d’espionnage. Bonne facture de pro, indiscutable.
L’amour surgit. Ah, l’amour ! Troc odieux et, sa
« belle » jetée en infernale prison chinoise, le
Brad-Roméo tentera de la délivrer. Le jeune espion rate son
affaire. Prison et torture. La mort bientôt. La froide CIA s’en
fiche : qu’il crève ! Vous devinez la suite ? Le « vieux »
Redford va désobéir à ses patrons et…
Oui, un vrai bon suspense mais
compliqué !
Le lendemain, Aile nous déniche un
autre film à louer : « Drame familial », un
titre platonique en diable, non ? Film tout simple. Si clair. Un
garçon boude en voyant maman se remarier avec un nabab venu
d’on ne sait trop où. Boude davantage quand il sait sa maman
enceinte. Freudisme élémentaire, non ? Son papa qu’il vénère
construit, en artisan, à l’ancienne, des voiliers dans ce port,
en verte Virginie. Bientôt, c’est du Hitchcock, sans le génie
fréquent du « maestro »
et tout dérape, se déglingue, les apparences explosent.
Ce papa d’adoption
s’avère un… monstre !
Bon, disons que « Drame familial » est désennuyant,
un divertissement, du cinéma modeste. Travolta ne joue pas trop
mal ce brave artisan et le brave papa qui regrette son « ex »,
voudrait la garde du gamin. L’horreur qui s’enchaîne est
effrayante à souhait. On a eu très peur, on a pas vu passé le
temps !C’est juste cela cette sorte de cinéma.
3-
Soudain, à la
télé, avant-hier, au hasard du zapping, Marc Labrèche nous
apparaît —jumping-jack surgissant— déguisé en coccinelle et
qui menace en ricanant toute sa rive-sud… On rit.
Un autre étonnant moment, hier soir
encore. Ce Grand Blond s’abandonne parfois à des facéties, très
évidemment, improvisées, et alors nous fait rire encore aux éclats.
Ce jeune comédien, ainsi, réussit à montrer —il faut être
patient— des bouts de…surréalité qui étonnent en télé
ordinaire. C’est un talent fort et à part. Hélas, ses pulsions
créatrices ont du mal à s’installer dans un contexte de simple
talk-show. Surtout quand il est dans un carcan —genre « spécial Céline Dion ».
D’autre part, ce serait miracle si toute son heure était arrangée
en un spectacle moderne et inusité. Mais…rêvons; un jour, son
« soixante minutes » hebdomadaire, voire mensuel. Ce
sera du bonbon alors.
Ce soir, Philippe Noiret, à Artv, à
21 h et notre très
grande hâte à Aile et à moi. Nous apprenions, hier matin, que
ce canal est bon dernier en matière d’indices d’écoute. Eh !
Hier soir, du Verdi, debout, orchestre très symphonique, très
environnemental, avec un tyran bien despotique (suivez mon
regard !), baguette de frénésie, c’est obligé. Sur le devant,
gros derrière en l’air, en robes et grandes « brassières »
noires, grosses cantatrices pas encore vraiment chauves, et, en
collets-montés, les basses tonitruantes et des ténors
bedonnants. Eh ! Oui, Artv, bon dernier au palmarès. Hélas,
diront les cultivés, hélas oui !
4-
La France très
énervée, disent les médias. Toute la France ? Encore ce matin,
des manchettes sur le monstre appréhendé, Le Pen. Et jamais, pas
un seul mot, sur ceux qui ont voté Front National. Comme s’ils
étaient des purs esprits.
Quelle farce chez tous les
journalistes et commentateurs de droite ou socialistes ! D’où
vient donc cette attitude anormale ? La peur ? La honte. La
surprise. Pourquoi cette surprise ? Ah ! La grande crainte du
bonhomme sept-heures. Il y a derrière ce drôle de héros
« jeanned’arcien » de grandes foules de Français
(quand on ose dire un petit mot sur cet électorat, on dit :
surtout des travailleurs démunis, des ouvriers en chômage ou
menacés de…), oui, il y a des foules « hénaurmes ».
À lire (journaux, revues), à voir
(les télés), il n’y a plus personne qui a voté pour ce Le Pen
qui est tout seul face à Chirac maintenant. Plus un oiseau fasciné
dans le sillage du gros chat nationalisto-xénophobe.
Entendez-vous ? Toute la France est contre lui ! Non mais…
Autruches médiatiques qui feront de nouveaux les estomaqués ?
Le Monde, Libération : « Votons entre un escroc
et un facho » ! Oh ! De là
—trop d’escrocs dans les partis normaux— tiens, tout
le mystère du vote surprenant en France. Ici aussi, sondage tout
récent, le public, en très grande majorité, ne voit plus que
des escrocs chez les gens de politique. Viendra-t-il un grand
monsieur tout blanc, démago empressé ? Oui. C’est certain.
Il s’en
installe, dit-on, un
peu partout en Allemagne, en Hollande, en Autriche, en Italie, en
Espagne…À droite toute ? Jusqu’à temps que ces redresseurs
de mœurs…
Aile : « Maudit,
quoi faire ? « Moi : « Faire monter l’homme
sur un bloc-opératoire et le changer. »
5-
Un certain
nationalisme (équipes pourtant toutes métissées) bien cucul :
si l’équipe « d’iccite » gagne, c’est
l’ardeur, les cris, la joie, les arénas bourrés, les fanions.
Ah oui, gagner ! Enfant, dans les années
1940, ce club de Boston était, —déjà— le gros méchant, les
« big bad Bruins ». Nous les gamins, dans tous le
quartiers de la ville, nous les vouions à tous les diables, à
tous les enfers. On en bavait —de hâte et d’appréhension—en
parlant du prochain match au Forum —ou là-bas— entre notre
club et le maudit-Boston ! Une haine féroce, aveugle, sans aucun
effet, vaine, d’ordre mystique ma foi du bon yeu :Montréal
ne pouvait pas nous déshonorer ! De grands enfants, de vieux
enfants, encore aujourd’hui volent vers ce Centre Molson pour
les mieux haïr ! Pour les conspuer.
Gagner, doux baume ! Je me surprend,
moi le septuagénaire, feux d’enfance mal éteints?, à guetter
le score en zappant entre deux émissions regardées.
Vu en parie la fête aux lauréats
des nouveaux Prix Odyssées.
Sorte de gala télévisé consacré au monde des
imprimeurs, distributeurs, éditeurs, maquettistes, libraires
et…auteurs.
Le très fécond Tremblay était
absent du Capitole de Québec. La néo-parisienne, Nancy Huston
aussi. Deux grands trous. Comme le commettait la Voisard du
« Soleil » de Québec,
c’était plutôt plate. Avec des moments carrément
soporifiques. Comment rendre ça dynamique,
de la télé avec des gens, pour la majorité, inconnus du
public. Mission impossible ? Hélas, je le crains.
Et je me la ferme n’ayant pas de
bonnes idées — faudrait être génial—
pour transformer une réalité incontournable.
On a pas à se demander pourquoi
aucune télé au monde ne tente un tel gala télévisé. Le bon
sens. Mais on habite « un pays sans bon sens » et ça
fait longtemps. C’est une évidence : un gala du monde du
livre —industrie non-photogénique par essence— est une idée
de con. Mais ici, avec cette industrie toute entière aux crochets
des subventions (du peuple) alors, on a songé à alourdir, à
rallonger un peu plus la facture. Invention donc d’une fausse-fête
télévisée. L’effort fait —avec, par exemple, ces
dramatisations d’extraits de romans, fut d’un nul sidéral.
La trépidante et efficace Sophie
(ailleurs) et le suave et capable
Fugère (ailleurs), une Danièle Laurin, compétente, tous,
n’y sont pour rien. Odyssée ratée. Échouerie ! À
oublier. L’an prochain, que « l’argent public consacré
à l’imprimé » soit versé pour… des imprimés. Ce sera
plus utile.
6-
Mon fils,
dimanche dernier, racontait : « On
était enragés samedi, hier, Lynn surtout et moi aussi. La police
qui surgit rue André-Grasset, nous menaçant d’une lourde
contravention. La raison ? Avec ma moto, nous somme allés au
marché Métro. Quoi ? C’est à trois
coins de rue ! Lynn portait
des sacs, moi aussi. La police qui nous apparaît, montée sur ses
grands chevaux, calepin sorti, pourquoi pas les menottes ?
« Imprudence grave. C’est interdit. Il y a une grosse
amende à payer. »
Ils sont encore comme sous le choc, ma parole. Aile sourit.
J’écoute cette jeunesse (tout est relatif ) et j’ai envie de
rire. Ainsi, encore et toujours, cette rage anti-flics, même q
uand on et dans son tort. A la fin, comme rassuré
d’avoir échappé à la prison, Daniel poursuit : «
Les flics sont dans leur patrouilleuse et je tentais surtout de
calmer ma Lynn qui avait sorti bec et ongles. Je suis allÉ
parlementer doucement. Le flic a lâché prise mais m’a tonne :
«Bon, je ferme le yeux pour cette fois, mais rentrez seul avec
votre moto et que madame vous attende ici avec tous les sacs.
» Sur notre galerie, Lynn fulmine de nouveau, cherchant
accord chez Aile et moi. « Non mais…deux coins de rue ! »
C’était « deux » maintenant !Vraiment, oui, je me
retenais pour rire car ma belle bru faisait sortir de la boucane
de ses oreilles. « Non mais,
papi ? Quel con non , quel zèle, quel acharnement, pas
vrai, non ? » Moi,
prudent : « Euh..oui, oui, bin oui, c’est effrayant. »
7-
Lisa Frulla ?
Une sacrée menteuse ! Je l’écoute au « Grand blond’
avant-hier, hier ? La conteuse de menteries effrayante ! À la SRC
où je suis
invité, elle est train de se faire « arranger le portrait »
—comme moi— dans sa salle de maquillage, en mars dernier. Je
la félicite d’avoir été, sous Boubou-le-mou, une efficace
« ministre des artistes » (ref. le statut de artistes
enfin organisé). Rendons à César… J’ajoute : « Alors,
on va se présenter dans le Saint-Léonard du Gagliano parti, non ? » Elle : « Ah non ! Claude, non. Pas
question, jamais. Je reste libéral mais jamais je n’irai
m’asseoir avec lui, le Jean Chrétien. Ou derrière lui. Jamais
! Jamais ! Il y a des limites dans la souplesse. »
Je suis édifié. Fier du courage de celle qui perdra bientôt
sa série à Radio-Canada. Mais…face à face avec Labrèche, au
« …show sournois », la voilà déguisée en député
de Verdun, la face très sincère, je l’écoute sidéré :la
Lisa est parée à aller s’installer chez… Chrétien et Cie !
Et toute heureuse encore d’y aller, très enthousiaste !
Hypocrisie rare ? C’est pour vous dire hein ? Ne croyez plus
jamais cette race de monde. Ils disent noir un midi, sur un
tabouret à se grimer, et blanc le lendemain au « bar à Mégot ».
Ah la vilaine menteuse , la vire-capot !
8-
Obligation de
« ploguer » mon pauvre Grand blond ? Eh oui ! Labrèche
gentil-gentil pour un show à venir, avec la belle grande efflanquée
compagne du gentil René Simard, icône populaire de jadis: « Planète
Animal ». La future animatrice, rit, se trémousse, frétille.
La loi d’airain partout, à TQS ou à la sérieuse T.Q. voyez la
fortillante Sophie-culturelle !
Chez Marc La Brêche (sic !), pas
moins trépignant lui-même, la
Miss Taillefer — si
pleine de dents, que cela est apeurant—,
parle zoothérapie et on sait que c’est vrai, mais, on
dirait qu’elle porte un masque tant elle est offerte à la caméra,
cette dentition effarante me fascine littéralement. Aile aussi.
Le message de la plogue en est brouillé ! Est-ce qu’on verra du
simple stock shot, elle l’avoue franchement et il y aura aussi
du « contenu d’icitte »—pas par vertu, la loi du
CRTC l’exige.
Message de déception d’un fidèle
lecteur de mon journal, il y a deux jours, un ex-camarade de la
SRC, J. B. Il me dit qu’il a « le coeur levé » (pas
les côtes, le cœur)découvrant ma foi patriotique très
agressive et capable de se souvenir et de… haïr (ce mot
l’effraie) carrément les sinistres « anglos »
francophobes qui contribuent à nous écraser, à nous diluer, à
nous minoriser (tel ce Brent Tyler) —davantage encore. Cela quand on est une très menaçant
petit 2 % sur ce continent couvert de 300 000 « goddamned
blokes ».
Je rétorquai à J.B. assez raidement.
Lui aussi. Aujourd’hui, il ouvre un drapeau blanc sur courriel.
La paix. Je lui dis, ce midi, que j’aime aussi, que j’aime
beaucoup —aussi les
gens sans passions. Il en faut. Si nous étions innombrables les
enragés comme moi, ce serait invivable. Je suppose.
9-
Ému :
P.J. C. , ex-camarade de ma chère Aile, lisant du journal, pige
qu’elle lutte (oh oui, oh oui !) contre la cigarette que lui, il
a connu aussi ! Coup de fil alors pour la conforter, la consoler
de ce deuil terrible (c’en est un ) , la soutenir. Oui, je
trouve ça beau ! Oui, ému.
Je rapaille sans cesse tous ces jours
du diariste pour janvier et j’y arrive mal. Je fais des fautes
de clic —de cliquetis ? J’efface, je recommence, je cherche
dans « dossiers récents » les tapages perdus. Faut
pas cliquer « oui » quand l’icône t’y invite par
« Voulez-vois revenir au texte original… » Faut
cliquer « non » quand tu penses « oui ».
Bon, bon ! « La saudite folle de machine,
me dit Daniel, c’est comme ça. Tu vas t’habituer, cher
pops ! » . M’habituer à penser tout croche, c’est ça ?
Bon. Allons alors dans « Sherlock » ! Zéro !
« On a rien sur ce sujet,
monsieur Ducon ! » Bien aima ble ! Ouf !
On se comprend hein ? Maudite machine
niaise ces P.C. modernes. Non, pas vrai. C’est une merveille. Je
finirai par l’apprivoiser. Suis pas à l‘aise avec l’ordi,
je ne le dirai plus. Là-bas, au bord de la mer, il y a une
Katleen qui attend « janvier-journal » et
doit se dire : « Non mais, il est bien
lent…ce bon vieux Jasmin ! »
Katleen, aux Trois-Rivières, au Salon, Julie Beaulieu
m’a fait goûter à tes petits cakes aux… dates, aux…quoi
donc ? C’était délicieux, savoureux. Merci !
10-
l’animateur
Gravel, en grève de son cher « Enjeux » s’est déniché
un job —plus ou moins clandestin— de recherchiste. Tout le
monde doit manger et payer son loyer. Il me parle d’un projet de
documentaire sur Richard Blass. Souhaite que j’y participe, me
demande si je peux jaser de ce ghetto irlandais dans Villeray, là
où est né l’ennemi « numéro 1 » du Canada
longtemps. Cette paroisse Holy Family,quoi. Terrible Blass, dit
« le chat », que la police « assassinait »
—comme le bandit Mesrine fut assassiné à Paris—
dans un chalet
des Laurentides, écœurée de se faire berner et ridiculiser par
ce bandit… si effroyable qu’il fit brûler tout le monde, rue
Beaubien, dans le bar Gargantua. Fou, l’impression soudaine
d’avoir raconté cela !
En tous cas, j’en avais fait un roman bien noir intitulé : « L’armoire
du Pantagruel », publié
chez Leméac vers1980. Mon héros se nomme Richard « Dick »
Glass ! J’ai accepté avec plaisir. Je lui ai parlé des gangs
de furieux qui nous terrorisaient : Gordon, Collin. Par
courriel Gravel m’indiquera les chemins à suivre pour me
retrouver devant les kodaks, telle heure, tel jour. Et avec
« cachet union », a-t-l dit ! Va pour ce petit
cachet-union. « Un minimum tien vaut mieux que deux maximum
tu l’auras ! » Lafontaine, l’éternel.
11-
J’ai perdu
un de mes deux canards. La glace qui fond. Ils servaient à
baliser un tas de pierres et quatre barres de fer qui, il y a
longtemps, soutenait une sorte de « radeau-quai-causoir »
au large de la rive. Avec moustiquaire, s’il faut en croire des
photos. Bon, je retournerai à un Canadian Tire, « deux ou
trois piastres » je crois.
Hier, je plante un peu partout comme
j’ai fait si souvent des branches coupées en deux, en quatre.
Technique apprise de mon défunt père. Ça fonctionne…disons
une fois sur six, sur huit…Pas grave. Des fois, ça marche quoi.
Faut faire un trou avec un bâton d’abord et là glisser dans ce
trou la branche coupée. Et puis lui couper, au sécateur et de
biais, la tête encore. Oui, souvent, ça re-tige ! J’aime. Aile
se moque. « Tout pour éviter des achats chez Botanix, pas
si loin, c’est ça, mon Séraphin ? » Vilaine Aile
parfois ! Oui, je le sais, je suis « séraphin ».
Souvent. Et puis, je ferai de dépenses folles. Oui, je balance.
Je passe d’un excès l’autre. Je compense sans cesse…je
suppose.
12-
Maurice, mon
voisin immédiat, traverse nos haies, lui, le dévoué « écolo »
dans la place. Il me laisse entendre que je devrai piquer, encore
une fois, une jase à la fête de la Saint-Jean et, encore, avec
le filleul de Grignon. Je lui propose de raconter aux jeunes (et
aux vieux) ce Saint-Adèle raconté dans « Sainte-Adèle la
vaisselle », publié en 1973 et qui illustrait le Sainte-Adèle
de 1950 quand j’y ai vécu en potier « frais émoulu »
de l’École du Meuble.
Un bébé, Gabrielle, va et vient
chez Maurice. Des parents veillent sur cette petite marcheuse
maladroite. Comique petit personnage qui découvre la nature. Aile
avec rateau : « Bon, tu vas l’attirer, le fou
des enfants ? » Oui. Ce que je fais. La fillette
m’entend bien lui parler de branche, de feu, de venir
l’attiser mais…hésite, va à ses parents dans une large balançoire.
Ramasse deux morceaux de bois. Revient, approche, recule. La jeune
maman la soulève et me l’amène. Elle jette son bout de bois,
les yeux vifs. S’en retournera fière, moins titubante il me
semble, plus vaillante, plus solide sur ses petits pieds. Elle a
mis du bois au feu, non ?
La vie commence pour elle. Le temps
se déroule, tout lentement, il a tout son temps le sacré temps,
l’hypocrite. Gabrielle sera vieille, ce sera pas si long, elle
viendra revoir le rivage, le foyer du vieux bonhomme blanc…qui
sera mort depuis longtemps. Qui l’observera de son observatoire
d’éther. Qui s’ennuiera moins de la terre que des enfants qui
l’habitent.
Je suis, moi,
un vrai pédophile. Racines latines, grecques ? Pédos et philos.
Il faudrait nommer « pédomaniaque », ou « pédosexuel »,
le pervers malade. Pédophile, c’est pour moi, pour tant
d’autres dont le cœur fond quand il voit le commencement
d’une existence…
13-
Chez la jolie
noiraude Charrette, au complet, la bande de « La vie,la vie. ».
La cérémonie
des adieux, Simone de Beauvoir ? Oui. Larmes chez Aile soudain, à
flots, quand on revoit la splendide scène où un de la bande va
demander à sa blonde de laisser le job et d’aller prendre une
marche tout simplement…parce qu’il a peur de la perdre, de la
négliger, de toujours trop penser à seulement bosser. Une séquence
étonnante en effet. Faite avec une sobriété rare. Ce jeune Sauvé,
réalisateur, est surdoué, et les acteurs
eux aussi. Inutile, —Aile songe à « L’héritage »
ou à « Montréal P.Q. »— en cas de bons succès, de
séparer, de vouloir partager les mérites, perte de temps, il y a
eu magie singulière, imprévisible osmose, entente totale entre
l’auteur Bourguignon et ce Sauvé et ce gang de comédiens
(filles et garçons) merveilleux. La vie.
Étonnant entretien à TVA, hier
soir, entre mon Paul Arcand et l’ex-vedette, si mignonne jadis,
chanteuse de tounes pop à la télé, comme Donald Lautrec qui fut
son compagnon jadis, son nom : Céline Lomez. Une beauté que
la chère Aile a bien connue, jeune elle aussi, quand les deux
vaquaient en « variétés »
—les trois puisque, dans une autre vie, Aile réalisait
les séries « souignantes » de Lautrec au Centre
Paul-Sauvé.
Une diction bizarre, un peu
« à la française », l’anglicisation menaçante.
Elle ne vit plus avec l’affairiste De Brabant, est amoureuse
depuis quelques années d’ex-policier (GRC, CIA, etc.) qui
viendrait de publier un livre controversé. Encore jolie, Lomez
semble réticente à parler librement. Elle cherche donc davantage
ses mots en français. Elle se livre et puis recule. Prudence. Le
compagnon qui a , forcément, trompé beaucoup de maffieux
( ceux du
Triangle de Chine, chez les Italiens, les motards, les Russes)
doit se protéger constamment. Encore une fois, on en dit pas
assez et trop. On ne saura pas grand chose en fin d’émission et
cela est frustrant,
toujours déplaisant. Lire le livre des l’ex-agent secret, C.L.
a parlé d’un e traduction possible, bientôt. Encore de la
« plug » ? N’empêche, bizarre ce métier d’infiltreur
!
14-
Je lis sur
Clarence Gagnon. Un récit de René Boissay, ex-camarade de la SRC.
C’est une histoire curieuse. Il n’y en avait pas des
milliers…de ces bohémiens-bourgeois qui défient les pères
graves et sérieux…Qui s’acharneront à devenir peintres.
Gagnon, vieux, deviendra un réactionnaire
complètement borné. Il va mépriser avec rage le cubisme ou le
surréalisme. Des modes neuves de peindre qui l’effrayèrent.
Danger. Pour lui. Pour son école. Son « modus » à
lui sombrait lentement dans l’ancien, en un monde passéiste, dépassé,
que les jeunes vouaient aux hégémonies.
Cela l’énervait énormément. Lui
et tant d’autres. Mais, entre temps, en son temps, il fut
« notre »impressionniste merveilleux. C’est lui qui
délaissant Paris et ses bons contacts en milieux artistiques,
deviendra l’abonné (!) passionné de la Baie Saint-Paul, de
Charlevoix. Il adore la chasse, la pèche surtout, il adore les
vielles maisons, le granges typiques. Comme dit Boissay dans son
volume, des tas de peintres, hélas, marcheront dans ses traces et
feront des pochades d’imitation.
Lui, Gagnon, au tournant du siècle,
quand la mode à Montréal n’en finissait plus que de
n’admirer les sous-Hollandais des années 1800. Gagnon, lui,
avant et après 1900, inventera toute une imagerie nouvelle.
Avant les Pellan. Borduas —et
Riopelle—, il y a eu donc de ces pionniers captivants. La série
d’illustrations de Clarence Gagnon pour le roman de Louis Hémond,
célèbre « Maria Chapdelaine », offre des images
parfois renversantes. De nos jours, Gagnon
est dans tous nos musées. Il est comme un classique
intouchable. Évidemment.
N’empêche, il y a donc eu,
chez nous, de ces êtres curieux, vraiment « fous de
peinture », d’art, de lumières rares,
et j’aime le savoir. Faux que nous n’étions tous que
des porteurs d’eau et des coupeurs de bois. Faux ! Sous mes
yeux, j’examine les images de sites, le long du Saint-Laurent, où
les lumières se battent et se débattent et cela est aussi fort
que les Corot, ou les Courbet, les Braque, Modigliani, Matisse,
Chagall, Monet, Renoir, nommez qui vous voulez. Ce n’est pas
rien ! Vive Clarence Gagnon !
Ce week-end, à Québec, entre deux séances
de signatures au kiosque du Salon, faudra que je trouve un moyen,
samedi ou dimanche d’aller voir du Gagnon au Musée de Québec
sur les Plaines. Il le faut !
15-
Aile m’a
fait peur hier. Elle avoue avoir fait du ménage (« un peu »
dit-elle) dans la cave. Dans mon
atelier de peinturlureux quoi. Oh la la ! Qu’a-t-elle mis
aux poubelles ? Je la connais. Elle rit, me dit de rester calme,
ajoute qu’il faudra t que je m’y mette et pour un vrai ménage.
« Je n’ai fait que déblayer un peu. » Oh mon Dieu,
mon Dieu, trouver le temps d’aller vérifier son carnage
d’iconoclaste anti-traîneries, son vandalisme car nous
n’avons pas la même notion, elle et moi, de ce qu’il faut
jeter et de ce qu’il faut conserver. Oui, la peur m’étreint.
Combien de fois j’ai pu
constater…un manteau disparaissait, un chandail aimé, un
pantalon de velours bien aimé, une paire de bottines très, très
appréciée…C’est un sort terrible que de devoir vivre avec
une femme aimée mais qui a la manie de jeter du lest. « C’était
fini Cloclo, c’était pourri, c’était usé. À la corde !
C’était plus mettable, t’avais l’air d’un fou avec cette
tuque, ce chapeau fourré, avec ce foulard, avec cette crémone… »
Toute cette litanie odieuse ! Je souffre. Et je guette. Ce m’est
pas facile. Elle a des tours dans son sac de ...vidangeuse !
Qui, soudain, me susurre :
« Ça va être prêt dans dix minutes, ferme ton clavier,
Cloclo ! » Bon. Je ne l’ouvrirai plus que lundi, au retour
du Salon québécois !