« J’ÉTAIS
PERMANENT
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
C’est pari :
avec la nouvelle saison, chaque jour de beau soleil est une joie
et…pourtant, quand, comme ce lundi matin, le couvert est mis,
Aile semble contente et dira : « bon, un peu de ménage
fera pas de tort ». Et moi ? Pareil. Je me dis : »bon,
en profiter pour aller à mes paperasses diverses. Au clavier !
Fou non ? En effet ,e beau temps nous fait nous jeter dehors ! Si
bien qu’avant-hier, j’ai envoyé un avertissement à l’éditeur
du journal : « N’attendez pas trop de copie du
bonhomme, il fait beau maintenant et il est pris par ses travaux
de jardinier. »
Hier, dimanche éclatant de lumière et belle visite de mon
fils avec Lynn. Sans les deux garçons : Simon bosse à son Métro
d’Ahuntsic et le cadet, Thomas,
avait trop de devoirs (hum !). Je me suis dis : sa très chère
planche à roulettes ?
Le « char neu » est à
l’affiche. On en fait le tour de ce « tracker» aluminisé,
sorte de jeep, pas tout à fait jeep : solide engin, belle
machine franche. Daniel, nerveux, guette la moindre saleté. Ça
va durer un mois ? Pour
nous le faire étrenner (!) départ à quatre pour la fougueuse
rivière Doncaster dans l’ouest de Mont-Roland, pas bien loin.
Il y avait longtemps que nous y étions venus.
Marchement dans son joli sentier longeant la rivière aux
enflures d’eau rares. Gonflement au maximum. Spectacle toujours
saisissant de voir ses cascades. Ce tumulte chantant, comme revigorant, est
toujours fascinant pour les yeux et les oreilles. On est bien, on
est content, on est tout heureux, nous descendons un coteau, ici
et là, pour voir de
plus près la furie. Au
bord d’un rocher, bruine sur les lunettes d’Aile. Le soleil
fait luire ces rapides rageurs aux crinières d’un
blanc tacheté d’ocre, et qui
déferlent, galops intrépides de chevaux fluides,
vers la Rivière du Nord plus à l’ouest.
Ondinisme, messire Ellis ?
2-
« La
maudite, a m’a confisqué ma planche parce que je suis
Secondaire-2, pas de danger, la froussarde, qu’elle oserait le
faire pour un Secondaire-4 ou 5 ! »
C’est mon beau Thomas qui râlait, dit Lynn, quand une maîtresse
du Mont Saint-Louis, l’apercevant rouler dans un escalier du
collège, vendredi…eh oui, lui a confisqué sa planche chérie
pour le week-end. Le drame, me dit Daniel. La rage noire. À la
maison, Thomas va à sa vieille planche et lui répare deux vis et
finit par dire : « Ouais, pas grave, je m’aperçois
que j’aimais bien, ma vieille ! » Comme je suis amusé par
ces incidents d’écoliers surveillés. Ainsi, en 2002, la
« discipline », toujours exécrée par les enfants,
est encore au menu ?
Samedi soir, souper « gastro »,
rue Simcoe Circle, à Town of Mount-Royal chez les D. Michèle D.
toujours experte cuisinière. Miam ! Elle va retraiter
bientôt, fin juin ?, de son job de « cadre » au collège Marie-Victorin. Elle n’a pas peur. « Je veux faire
tant de choses », dit-elle. « Mais on ne cesse pas de
me prévenir :
« Attention
Mimi ! Tu vas t’ennuyer ». C’est impossible, tant elle
veut rattraper ses beaux songes, dont l’aquarelle. À un mur,
une sorte de para-Chagall illustrant son besoin d’un monde coloré
très chaudement. Marie-Josée, la scripte émérite,
jacasse sur « grève à la SRC », sur son
devoir de piqueteuse, quatre
heures obligatoires par jour, sinon pas de ce mince « salaire »
de gréviste, 200 $ par semaine.
Rumeur samedi soir : « Radio-Canada à vendre ! »
Bientôt même plus diffuseur ? La boîte de « chiffon-J »
vendue à « La Presse » qui doit rivaliser avec
« Le Journal de Montréal » associé, lui, avec TVA.
Je me suis souvenu des rumeurs folles en 1959 lors de la grève célèbre
à Radio-Canada. Aussi du loyer pas payé, aussi de devoir aller
cherche le 15$ de soutien au local syndical. Mon humiliation
totale alors et, de là sans doute, ce désir de me trouver vite
un autre créneau de travail créatif. Faire des romans ! Départ
d’une vocation face à la pauvreté ? Oui, il me semble.
3-
Vendredi soir,
vidéocassette d’un fort bon film. Par les fameux frères Cohen.
« The man who was not there ». Bien doublé en français.
En noir et blanc. Le conte étrange d’un simple barbier d’une
petit ville du Middle-West américain qui, mutique, taciturne, est
cocu. Sa femme, plus dynamique (car ce mari est vraiment sinistre
), comptable dans un magasin à rayons, a une liaison avec son
patron. Le déroulement, au début, d’une existence —ce coiffeur
est si ennuyant !— très plate mais qui va tourner au cauchemar
subitement.
Aile et moi mieux que satisfaits. On
veut donc le recommander à Daniel et Lynn, buvant des bières au
soleil, sur la galerie, dimanche. Et mon fils lâche :
« Toi et tes fameux films ! On a pas tellement aimé ce film
avec ce petit garçon de monoparentale qui s’attache au
pensionnaire, un truand-médiumnique, joué par ton cher Anthony
Hopkins. Plutôt plate ! Et ton fameux film, « Kandahar »,
tourné aux frontières
Afgho-pakistanaises, pas bien fort. »
Je
me rends compote de nouveau qu’un film plaira à X et
laissera de glace Y. Qu’Il est délicat de trop vanter tel film.
Que chacun a ses préférences.
Aussi, je finis par dire en rigolant : « En
té cas, nous aut’ , cet « Homme qui n’était pas là »,
on a aimé ça, bin bin gros, okay ? »
4-
Réception
dans « la malle » de Montréal du « Liaison »,
dirigé par l’ex-camarade Lagüe, un modeste bulletin des
retraités de la SRC avec, imprimé, mon petit requiem à « Chardola-mort ».
Lecture d’une invitation en croisière en Espagne. Pas trop
cher. En juin. Je dis : « Si on s’y inscrivait ? »
Aile : « Non, oh non, danger, on sait pas trop qui
en sera. On pourrait s’y retrouver avec des…collants, des
achalants. » « Hum, elle a raison ?
Parfois, depuis quelques années, on songe à essayer ça,
une croisière. Vaudrait mieux, sans doute, se faire « enfermer
en bateau » avec des inconnus. Sinon…une promiscuité
—inévitable en croisière— pourrait engendrer une sorte
de…malheur sur mer !
Samedi soir aux digestifs —mon bon
vieux « floater » à cognac— André D. nous
annonce: « On a vendu, —« Vendôme », sa
compagnie— le cottage à Snowdon et on est allé
s’installer au bord du canal à Lachine. » Un autre ?
Cadre enchanteur depuis quelques années, quartier régénéré
avec ses lofts modernes taillés dans du rouge-brique vieillot…
celui de manufacture
et d’usines
abandonnées. L’ex-Cynique me raconte que le chic
Scully a accepté volontiers de « figurer » dans un épisode
de son sit-com, « KLM », à TVA. Que le chroniqueur
« seurieux », voisin de studio à La Salle, sembla tout content de participer à une intrigue de ce
feuilleton foilchon et « vulgaire » et tenant le
haut du pavé au palmarès des « Émissions les plus regardées. »
Sacré Scully va ! Vocation contrariée ?
Les D. revenaient de
vacances post-pascales dans une île —« chic et cher »—
des Antilles. André raconte sa fascination pour la plongée
sous-marine : les coraux multicolores, les poissons tropicaux
si beaux… Ravie, Aile l’écoute avec grande attention et
semble avoir le goût de…goûter à ça : le masque, le
snorkel et la bouteille d’air comprimé sur le dos, surtout voir
ces bancs de nageurs ailés exotiques. Bon, j’y verrai un de ces
jours, comme un cadeau-surprise !
5-
Téléphone dimanche après-midi.
Les Faucher. Déception atroce avec ce LePen seul, Jospin K.O.,
face à Chirac aux deuxièmes tours des élections. Un vent
de panique dans la voix de Françoise. Ils quittaient en vitesse
le Lac Marois (où ils n’ont pas le câble-télé) pour aller
zieuter la catastrophe à Montréal. Surprenante victoire de la
droite extrême en effet.
Surprenant aussi, le soir,
d’entendre tous les commentateurs de France
(à Tv-5 etc.) ne jacasser
—fustigations énervés —
que sur le démago-mégalo Le Pen. Pas un mot, silence
compact sur tout ce monde qui a voté en sa faveur. Comme si ces
gens ne comptaient pas, étaient des invisibles, des
extra-terrestres. Je reconnais bien là, une fois de plus,
l’attitude niaise des commentateurs renfermés en tours
d’ivoire.
Étant au Salon du livre de Québec
tout ce week-end —sans Aile hélas— Françoise me dit jouer
dans la Vieille Capitale dimanche après-midi. Vais tenter
d’aller l’applaudir. Elle demande mon adhésion à une pétition
« pro-Radiio-Canada », initiée par la critique
Solange Lévesque du Devoir. J ‘ai dit « oui »,
évidemment.
On verra à Artv, vendredi prochain,
ce fameux Adams, acteur rigolo le plus souvent, qui fut si
brillant dans « La société des poètes disparus » ou
dans ce « Good morning, Vietnam », etc. La veille,
Aile et moi, avons hâte de voir la deuxième partie de
l’entretien de Noiret, même canal.
La Diable et la Rouge en crues
effrayantes au nord d’ici, à une petite heure de route. J’ai
un peu fréquenté ces rivières du nord. Avec Daniel. Il y a
quelques années. Le canot, la passion de mon fils. J’ai aimé
naviguer sur ces longs rubans d’eau calme… en été. Mais là,
ravages ! L’eau de ces « rus » gonflés sont en
train de noyer les parages du Mont-Tremblant, tel Saint-Jovite.
Panique chez plusieurs ! Ici ? La Nord reste dans ses
coteaux. Ouf !
6-
Le francophobe
en chef, Brent Tyler, terroriste à sa façon dans sa guerre à
l’essentielle Loi 101 —dite la charcutée— est terrorisé
par un certain ex-felquiste, Raymond Villeneuve et lui fait procès.
Les extrêmes pataugent dans leur soue. S’attirent. Se font
face. Chien et chat enragés.
En cour, le Tyler du « Crarr », va jusqu’à
dire qu’il a peur, chaque jour, de démarrer son auto ! Dans,
—organe du « Mnlq »— un petit « canard »
qui l’épouvante « La tempête », journal au tirage
d’ordre confidentiel comme l’on pense, Tyler a lu un « appel
aux armes » et de « la haine ».
Quoi ? De la haine ? Moi aussi je
hais. Et beaucoup de gens, beaucoup de choses. Je hais, par
exemple, les pédophiles,
surtout en soutanes, surtout protégés par les évèques,
complices dégueulasses, ici comme à Boston, Maine, ou à Palm
Beach, Fla. Pis ? La
haine ? —malgré la chartre-des-droits-jamais-des-devoirs qui
interdit la propagation de… la haine—
elle a sa place à l’occasion, non ?
Ah ces damnées chartres qui
individualisent, qui égocentrisent, qui émiettent, qui
dissolvent les peuples, qui diluent les communautés, qui
fracturent pernicieusement les sociétés, qui n’ont jamais de
place pour les droits normaux des collectivités, les droits précieux
des communautés, des nations.
Les maudites « chartres de droits »égotistes
qui invitent à la maladie de la victimisation, qui déresponsabilisent
les populations.
Ces diaboliques machines à tuer les patriotismes normaux,
essentiels à la cohésion des collectivités furent installés
(par les Trudeau et Cie), exactement installés pour cela : défaire
les nations, l’obsession des déracinés, des racistes invertis,
à la Trudeau et Cie. Pour aplatir, pour niveler, pour assassiner
le sentiment normal d’appartenance nationale.
Ces grands malades de « l’équarissage
pour tous (Marceau) , du déracimement pour tous, n’aiment que
les mosaïques, les folklores, les ghettos —qu’Ottawa
sur-subventionne— où l’on annonce aux nouveaux-venus qu’ils
n’ont pas —pas du tout— à étudier une histoire, à
apprendre us et coutumes, à se familiariser à une culture
nouvelle, Bref, que les émigrants n’ont pas le devoir de
s’intégrer au pays choisi, élu.
Pauvres cloches tous ces Tyler, misérables
« québécois francophobe ». Alors ils ne sont pas des
Québécois. Un Québécois est naturellement, forcément,
francophile. Ou bien qu’ils prennent la 401 et pour ne plus en
revenir, Seigneur ! La 401, au plus sacrant !
On trouvera des zigotos —au coco fêlé—
pour dire que je prends la défense des Villeneuve, des
nostalgiques du FLQ, cette démagogie « ne me fait pas un
pli sur la différence ».
7-
Je hais les
anglos ? Moi ? C’est certain. Comment ne pas détester ce
qu’ils nous ont fait. Je fais partie de ceux qui se souviennent,
moi. Je connais l’histoire, moi. Je n’oublie pas.
1- Ne pas
oublier le sordide génocide des Acadiens, 1755.
2- qu’ils
ont voulu nous atrophier, nous réduire à rien, dès la Défaite
(ne dites plus jamais la Conquête !). Interdiction aux affaires,
au commerce, Accaparement de tous les postes. Malheur aux vaincus,
vae victis! Écoles
anglaises « only ». Presque cent ans sans instruction
publique (malgré nos taxes, etc). Nos grands-parents signant avec
des X.
3- Émigration
anglo encouragée de mille façons, dès 1763, de toutes les manières,
tenter notre noyade. Noyer ces Frenchies encombrants !
4- Viendra
l’installation des « harkis », des minables
loyalistes. Prise des terres des nôtres (Cantons de l’Est) pour
favoriser ces cons de monarchistes, contents de rester des pieux
colons colonisés, et taxés, par le Roi d’Angleterre.
Protection de ces niais rongeurs de Couronne britannique se
sauvant de quoi ? De la neuve liberté des courageux jeunes Américains
dès 1775. Des couards.
5- Écrasement
impérialiste de nos premiers républicains, ceux (rares) de l’Ontario
comme ceux (plus nombreux) du Québec.
6- Nouvelle
tentative de nous diluer, de nous diminuer en fondant bas et haut
Canada. Notre nom volé. Les dettes des anglos, bien supérieures
aux nôtres, mises ensemble de force. 1840 odieux !
7- Devoir de
dilution obsessionnel chez les anglos ? Oui : 1867, ça n’a
pas fonctionné ces Deux-Canada ? Bien : division de leur
Canada en provinces multiples. Nous dissoudre, toujours ce projet.
Ils ne seront plus si importants ces —hélas fertiles— cathos
de « langue étrangère ».
8- Sans
cesse, émigration anglophone massive : expédition de stocks
d’Irlandais que l’on a contribué à affamer en Irlande.
Ramassage d’émigrants divers, d’Ukraine ou de Pologne, peu
importe, mais parlez
anglais et venez de n’importe où !
Maintenant ? Aujourd’hui ?
Il y a , par exemple, les millions en
argent pour la diffusion des emblèmes d’Ottawa. Il y a les
astuces variées pour réduire la force de ce Québec depuis 1960
et notre réveil. Quel est le résultat —prévisible— de notre
infériorisation organisée et de nos retards sur tant de plans ?
Plein des nôtres —au lieu de se révolter— qui s’inclinent,
se renient, nous bavent dessus, collaborent
—comme dans « collabos »— sont des racistes
invertis. Légions d’assimilés, fiers et contents de l’être.
Je sais notre histoire.
Je n’oublie pas.
Je me souviens.
Je n’aime pas les anglos.
7-
Dimanche
matin, je lis « La Presse » à l’envers (je fais
cela souvent et ne sais pourquoi) et trouve Pierre Vennat citant
un long passage me concernant quand le critique Clément Lockwell
vantait mon urbanité, concluant
que « la ville », c’était ma marque de fabrication.
Des mots forts, des expressions louangeuses et me voilà bien
content de ce déterrement de vieux papiers chez Vennat.
Je tourne les pages, ouops ! Martel : « La
complainte de Claude Jasmin ». Une critique de mon
« Écrire » récent.
Papier plutôt aimable avec plein de
bémols réginaldiens, comme à son habitude. Martel roule sur les
« breaks », expression pop, c’est fréquent. Il
souffre d’une sorte de constipation. Affaire de
tempérament. De nature. Je n’ai pas à me plaindre de
lui car il fut, le plus souvent, fort constructif face à mes
bouquins depuis 1967, à son entrée à « La Presse »
Avec ce très fidèle observateur des proses québécoises
jamais trop de compliments, pas de dithyrambe aucun. À moins
d‘exceptions. J’ai même connu de son encensement total, pour
mon « Rimbaud… » par exemple, en 1969. Il a vite lu
mon manifeste édité aux Trois-Pistoles. J’explique souvent ce
qu’il feint (son mot préféré à mon sujet)ne pas saisir. La nécessité
de la visibilité minimum, par exemple., La lassitude de se faire
cataloguer sur un seul thème pas si souvent (qu’il le dit)
utilisé.
Prudent, Martel refuse d’embarquer
dans mon vaisseau aux griefs. Il sait bien de quoi je parle quand
je jase sur le « racisme inverti » actuel, très répandu
dans les médias. Il sait de quoi je jase quand je jacasse contre
les « doktors » en lettres !
Bon.
Son droit. Tant pis.
À la fin de sa recension somme toute
gentille, Martel dit avoir apprécié mes envolées poétiques,
« en italique », et cela m’a fait plaisir. Il semble
espérer une orientation nouvelle chez le vieil auteur ! Oh ! Il y
aura le journal intime, rien d’autre à se mettre sous la dent
si d’ici là Martel est toujours à son poste car on m’a dit
qu’il était demi-retraité déjà !
Il souhaite que je cesse de parler de
moi et de ma famille, malheur à moi, s’il lit ce journal ! En
frontispice du cahier Livres, une photo de moi qui me surprend !
Rigolard et Frisé pas mal, qui sort de je ne sais où ?
J’ai voulu aller fureter un brin,
samedi matin, à cette « Rencontre québécoise inter… ».
Prendre un pot avec les Royer, Martel, Péan, Des Roches, etc.
J’avais lu « à Sainte-Adèle ». Je roule
donc jusqu’à l’hôtel Chantecler pas loin. Rien ! Personne !
Pas d’écrevisses en salles froides ! Lundi, ce matin, je découvre que le savant caucus sur le thème
de « la nuitte » se tenait au Mont-Gabriel et ce
qu’en dit mon noiraud préféré, Stanley Péan, laisse entendre
—involontairement hein— que
ce fut… plate à mort ! Je suis content d’avoir fait chou
blanc, samedi matin.
À la télé, chez des Jamaicaïns,
l’horreur totale. Couple infernal. Enfant battu. À mort. Ac
cadaver. On frissonne dans son salon. On refuse d’y croire.
Mon côté juif, sémite ? Œil pour œil, pas de simple cellule
d’une prison, non, qu’ils soient martyrisés eux aussi, torturés,
oui, mais oui, torturées et lentement…
Bon, on finit par se calmer. Et l’écrivain,
du fond de son être, se dresse lentement et dira encore : « mais
d’où sort cette femme, cet homme, de quel enfer émergent-ils
ces misérables ? L’écrivain, toujours, veut comprendre, faire
comprendre l’inadmissible, expliquer l’innommable. Et si… si
il n’y avait aucune raison, aucun motif face à ces êtres
inhumains ? Si le mal, eh ben oui, nommons cela le mal, existait.
À l’état pur. Sans excuse aucune ?Le diable, papa ? Le démon,
maman ? ? Silence là-dessus. Et « Soyons absolument
modernes » Rimbaud !
8-
Oh, vendredi,
le bon bain de soleil ! On l’a
promis :on bronze un peu et stop ! La peur du cancer
de la peau, n’est-ce pas ? Je nous fais rire. Je descend arroser
encore plantes, arbustes, lilas, bouleaux, sapins anciens et
nouveaux. Ondinisme, sire Ellis ? Bin oui !
Le soir, pages de nouvelles, la
neige, Kaboul, un tunnel creusé par les soviétiques, camions
enlisés, vieux tacots, pauvreté, avalanches, détresse, un monde
entre eux et nous, oui, nous au soleil dans les Laurentides
luisantes de lumière de fin d’avril. Malaise ! Lecture autre :
À Calais et à Pas-de-Calais. Misère. Chômeurs. Camp de réfugiés.
Atrocités. Pègre profiteuse. Seigneur ! Nous…au soleil, plus tôt…Moi
arrosant ma petite vallée de moins d’un arpent ! Dans un coin
de canard : Yves Boisvert, oh ! parle comme moi : sa méfiance
des chartres, profit des individus et
à bas les collectivités… ! Ça fait du bien, on est au
moins deux ? Ailleurs encore : l’acteur Dumont et Foglia,
chroniqueur, même amour des chats. Le grand amour ! Fou hein ?
mais je me dis qu’un chat ferait bien mon affaire. Aile « pas
contre », pas du tout. Ça viendra un jour ? Papa en avait
toujours un dans son restau-cave. Et je l’aimait bien sa vieille
minoune aux couleurs de faux tigre pour rire, vieux matou de
ruelle minable et attachent; même lui !
N’en rien dire ? Par crainte de
vide, de manque, je ramasse des tas de coupures des journaux et
magazines. Qui ne servent pas. Qui grossissent sur ma table de
coin. Folie ! Refuser de transformer mon journal en livre de
commentaires des actualités. Trop facile. Non, m’obliger à y
mettre le réel des petits riens, c’est cela, avant tout un vrai
journal intime. Sinon ce serait un essai déguisé en journal
comme il y en a plein, comme il y en a trop.
Aile fut folle de la série télé : « La
vie, la vie ». Moi ? Moins. En somme, 3 gars et deux filles
qui vivotent autour d’un bar-café d’homos discrets et gentils
sur le Plateau. La grosse femme de Michel Tremblay (1950) est
morte et enterrée. Les
enfants de Notre-Dame de Grâce, d’Ahuntsic et des banlieues
calmes de la ceinture (nord comme sud), remplissent (1990)son
logis délabré que l’on a rénové pas mal, la brique à nu, le
parquet huilé, à la poubelle les beaux papiers-peints des
Belles-sœurs mortes, les prélarts cirés.
« Les temps changent » dit« La vie,
la vie » du jeune Bourguignon, bien mis « en images »
par le jeune réalisateur Sauvé, (atout d’importance dans un
tel récit flou, mou ). C’était un portait des trentenaires
2002 ? Comment savoir. Tous tournent autour de « médias, électronique,
communications », etc. Cela me fatigue. On voit cette
poutine « ouvrable », partout, dès qu’on veut
montrer des jeunes au boulot : romans, cinéma, télé.
Narcissisme des jeunes auteurs ? J’en ai peur.
Un soupçon de tragique avec cette
bande de zigues sympas, sans la volonté, ce serait dérisoire ?,
se forger un destin solide. Désabusement léger ? La précarité
des emplois fait cela ? Un zest d’angoisse. Pas trop. Pudeur
obligatoire ? Refus du lourd drame ? Peur de faire face ? En
somme, une fresque gentille, microcosme de jeunes sans grande
personnalité. Aucun tranchant,
un réalisme doux-amer, la banalité salée-sucrée, , douce-amère :
on veut le bonheur. Qui ne le souhaite pas ? On voudrait l’amour
aussi mais on craint de trop s’engager. Égoïsme répandu comme
lierre désormais.
Bref, j’aimais écornifler chez ces
éternels ados.
8-
Cracher 180
tomates avant-hier :déneigement de l’entrée de voiture,
trois coups de pelle mécanique et hop ! Écrivain ? Niaiseux ! Déneigeur,
c’est payant ! Commence pas ça,
tit-quelaude !Gros ou petit hiver c’est le même prix
chez les messieurs Bertrand. Je lui montre de nouveau les hauts cèdres
à couper. « Hum, ouaille…En mai, pas avant, la sève…On
pourrait amincir surtout, couper les têtes, non. Euh…on
verra… » Bon, attendre en mai pour du soleil au petit-déjeuner
sur l’étroite terrasse de l’ouest. Puis je dis à Aile : « Si
je grimpais là-dedans, avec mon égoïne, une corde… » Oh
non, non ! Que je te vois mon chou, tu pourrais tomber et te tuer
! » Elle m’aime hen ?
J’entends, je lis : France
D’amour. Non mais… Pourquoi pas Canada DeHaine ? Les
baptiseuses d’ici, des fois…Il y a eu des Martial (DaSylva) et
des Royal (Marcoux). Des Jeanne D’Arc ! Eh oui, j’en ai connu.
Il y a, au vidéoboutique, une… Victoire-Amélie ! Qui est forte
en rébus-ciné car elle a expliqué devant moi
à Aile, dimanche midi,
le nerf-moteur de ce film de Lynch (avec un Y) « Mulholland
drive »! Et je lis, aïe, aïe : Marie-Pierre Jacques,
dans mon courrier électro. Ah oui, folie de ces
baptêmes aux prénoms insensés !
Coup de fil tantôt, l’animateur-reporter
à « Enjeux », en grève, collabore avec à un projet
d’une compagnie privée. Il me parle de Richard Blass, ennemi
no.1, tueur féroce, recherché partout un temps. C’était, oui,
un « p’tit
gars de Villeray ». Sa tragique histoire —la police l’a
assassiné à l’aube dans un chalet laurentien comme la police
de Paris a assassiné son caïd—Mesrine. Le « chat »
de la rue de Castelnau m’avait inspiré ce noir roman : « L’armoire
du Pantagruel ». Au bar « Gargantua », rue
Beaubien, Blass, encore évadé récent de taule, avait fourré
tout le monde dans l’armoire réfrigéré et avait mis le feu au
bar-joint-beer. Édifiant personnage, légendaire ! L’homme d’Enjeux
( son m’échappe) me veut pour une entrevue filmé. J’ai dit
oui, je souhaite parler des gangs terrifiants d’Irlandais de mon
enfance.
Je reviens tout juste de l’École-Bouffe.
Nos étions six. Pas grand chose. Aile déçue et non. Potage.
Agneau en côtes. Fêves au lard. Et, tant mieux, aucune pâtisserie;
je n’aurais pu résister cette fois. Ne pas fumer m’excite
pour du sucré !
Tremblay de retour au théâtre.
L’homme de Key West en entrevue fesse sur la critique d’ici.
Oh que c’est dangereux ! Certes, il s’en fiche bien. Sa réputation
est assise solidement mais… Rancunes tenaces connues…Pas méfiant
? Ou au-dessus ?
La Moreau,
l’actrice de Paris, parle de la Duras et dit : « L’écriture
c’est la solitude absolue ! » Mon Dieu, je sais pas…Pas
vraiment et pas
toujours. Au temps de la rédaction, peut-être.
À moins d’être plongé dans une sorte de totalitarisme
littéraire et de ne plus vivre normalement. Le film sur
Marguerite Duras et son jeune homo (qu’il faut cacher, taire,
selon ses ordres) Yann Steiner (de son vrai nom : Lemée,
Breton d’origine) ne fait pas dans le superlatif. Oh non
!Critiques molles. Genre : « Pas mauvais mais… »
Aile : « Ouengne, on
ira pas voir ça ! » Quand deux ou trois, parfois
quatre (La Presse, Le Devoir, Voir, Ici ) articles n’apprécient
pas, on biffe la… marchandise ! Et ça vient de finir.
Dimanche soir, retour « Aux Délices
de Provence », restau habituel et pas trop cher. Ses bons
potages (aux légumes, dimanche) dans un grand bol avec louche ! Pâtes
avec moules, sa tarte au sucre, recette de sa mère la provençale.
Claude, le chef (il fut « Aux Trois Tilleuls » avant
d’ouvrir sa boutique de la rue Chantecler), tout heureux de
rouvrir. En hiver, il ferme, le saligaud. Client voisin, un
certain Bessette avec épouse. Il est de Villeray. Oh non ? Pas
encore ! L’impression que nous avons vécu, tous….Il me parle
du grand garage des Jarry rue Saint-Hubert…
Vu à la télé un effrayant
documentaire, vite fait hélas, à Artv, ou à Historia, à moins
que…TV-5 ? non, RDI, ah ! ces canaux désormais…En té cas, on
y a vu des génocides et en grand nombre. Surprenant. Le film
portait là-dessus. On a oublié trop vite Pol Pot, l’Arménie,
les Kurdes, la Somalie, le Rwanda, et tant d’autres génocides
moindres, c’est une découverte fort désagréable : On a
honte d’appartenir à l’humanité. C’est simple !
À PBS, dimanche soir, splendides
images avec « Nature ». Des chevaux sauvages en Ohio.
Campagnes vastes. Que des plainers, des collines. Quelle belle bête,
le cheval ! Quel repos de visionner ce genre de télé ! Aile aux
anges comme moi !On devrait dénicher où se trouve ce canal
naturaliste exclusif. Il me semble qu’ il existe, non ? L’écran
devenant une image mouvante en pleine nature, quoi demander de
mieux ? Quoi voir de plus beau ?
Il y en avait des bruns, des roux, des gris et des blancs,
des noirs, vraiment la faune à longues crinières, à longues
queues soyeuses au vent, la beauté parfaite.
Soudain, carcasse : un ours glouton s’arrache cette
viande de cheval crue. Ailleurs, deux renards qui guettent. La
nature comme un risque : orages,
éclairs violents, électrocution d’une bête, tuée
raide, les jambes en l’air ! Nature parfois cruelle !
En fin de soirée, tard,
(élections en France !) « Campus » de
Guillaume Durand. On cause polars.
Auteurs réunis. Jacasserie à toute vitesse. Le demi-sourd
en perd de grands bouts. Et…Il y a cet accent 17 ième ! Et
l’accent septième arrondissement :quartier des « écrevisses »
rondouillards !Ouen ! Respect solennel pour les pionniers des USA,
évidemment. Hommages rendus. L’amie Barcelo n’y était pas.
Eh ! Un livre, « Rue du petit ange » fut décrété
« chef d’œuvre » !C’est rare chez Durand. J’ai
noté.
J’ai entendu, bout de document de télé
genre socio-psycho, « la
faute à la société » ! Oh non,
chu pu capabl’ ! La faute au gouvernement ! La faute au
système ! Merde ! C’est l’accusation fourre-tout. Facile. Si
pratique. Pour se déresponsabiliser, les chefs syndicaux, les
agences caritatives, les leaders d’opinion, tous, ils y vont à
bride rabattue, tête basse, enfonçons dans ce bon vieux tas :
la faute au système, au gouvar’ n’ment, à la société…Cette
télé parlait d’une famille d’accueil remplie de
manipulateurs face à face avec des manipulateurs du système
« providentiel » … Le beau duel : exploiteurs
versus exploiteurs ! Belle famille ! À nos frais de cochons de
payeurs de taxes !
Suffit ! Nommons un (ou des) vrai
coupable. Ciblons clairement. On
ne cesse d’entendre cette scie :le système »
! Les ministères ont un nom, des ministres ont un nom.
Un soir dernier, Levant le nez de mon
live, je pige des bouts de la série « Emma »,
on dirait que ma chère Aile —livre à la main pourtant comme
moi— les guette, ces feuillerons surannés ? Et j’y entend un
bien sombre mélodrame. Un mélo mélo mélo ! Je me crois replongé
au siècle des séances pleurnichardes des sous-bassements d’église
avec cette série « Emma ».
Je n’en reviens pas. Aile rigole quand je sors mes
moqueries, mes grimaces, mes râles et mes sniff, sniff.
L’acteur Michel Forget, sérieux et grave, ridicule quoi,
, au lit, mourant, entubé, la larme coulante… Un ex-batteur de
môman, dit un fils révolté au chevet de l’ogre, femme,
maganeur de famille, ronge le frein debout, ravageur de conscience
antique…Le voilà en grand chaviré qui va tourner du regard
fixe…Mais qui sont les sripteurs de ces fadaises ? C’est le
retour à « La piastre varte », au « Sarpant de
l’ alcoolisme » ! Incroyable ! Il y en aurait d’autres
et pires ! Diable, qui regarde cela sans rire ?
Suffit pour un petit lundi frette et
sans solaire lumière, non ?