« J’ÉTAIS
« PERMANENT »
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Encore ce
matin, au lit, store levé, effet sur le lac Rond de blanchiment
(pas de fric) mais par la fumée subtile ! Brume partout. C’est
la glace sur le lac, bien entendu, en contact avec l’air chaud
qui s’installe. Beauté toujours d’un paysage « chinois ».
Et puis la lumière va gagner. Voici maintenant, il va être
midi bientôt, le lac tout noirci. Bleui. C’est la fin. Il va
« caler » comme on dit par ici. La piste piétonne aménagée tout autour forme un anneau
gigantesque d’un bleu…waterman ! Je vois le voisin Maurice, en
chemise, au bout de
son quai, j’ai vu ma
dépanneuse des « Variétés »
boyau d’arrosage en mains, laver son entrée
d’asphalte. Faire de même. J’aime tant arroser ! En finir
alors avec ce journal. Le suspendre. Profiter du beau temps enfin
de retour. Y revenir en septembre ou même en noVembre. Ce beau
temps m’appelle. Sortir. Plus de ce cul sur chaise ! Nettoyer le
terrain, ramasser les branches cassées, déterrer et enterrer,
planter encore un peu de tout, quoi encore ? Ah oui, envie, besoin
vif de me grouiller, le beau temps revenu.
2-
Le camarade
Jean O’Neil prépare un nouvel album illustré et me demande
(via courriel) s’il peut m’emprunter des mots (dans mon
« Vivre à Outremont, aujourd’hui »), permission de
me citer quoi. Je dis « oui » bien entendu. Autre
courriel : Marco, mon fondateur-sur-web, me questionne :
si je faisais, pour le site,
une sorte de bulletin de notes (autobiographiques) à
propos de chacune de mes pontes publiées. Ouen ! Ce serait long.
Je suis paresseux. Et je lui dis carrément que je n’aime pas
trop bosser gratuitement. J’ai donné souvent, jeune ! Ce
journal ? Oui, car il m’a obligé à rédiger en vue d’un
bouquin. Un de plus.
Jacques Keable (autre courriel)
m’expédie le texte de sa pétition pour empêcher le déménagement
de la sculpture de Riopelle. J’ai adhéré. Mais…cette
sculpture (1976-78 ?) m’a toujours parue bien faible, confuse,
mal bâtie, chargée, « botchée » même. Vieux, le père
Riopelle inventait cette chimère bronzé et pas l’yable
regardable.
Mais bon…il y a la signature
n’est-ce pas. Ça m’a toujours fait suer qu’avec le prestige
venu on ne puisse plus critiquer, discuter un ouvrage mineur et même
—ce « Jeu de drapeau » raboudiné, son premier
titre— minable.
Oui, oui, minable. Cette « Joute » place du stade
olympique, je l’enverrais se cacher dans un champ vacant à
l’abri des regards. Hon ! Pas honte d’oser juger un ouvrage
d’un génie reconnu ? Bin non ! Non, j’ai pas honte pantoute.
3-
Jasmin-fils,
Daniel, me livre (courriel du jour) ses premières réflexions
sur…ses études et lectures —trois bouquins à la fois— à
propos de la spiritualité asiatique. Zen et Cie. Il m’avoue
avoir du mal à y voir clair. Il semble que cette pensée Zen soit
aux antipodes de nos manières occidentales de réfléchir. Faire
le vide. Arriver à penser le non-pensé ? Daniel me livre ses
« flashes ». Il
note: être là, entièrement, en ayant fait le vide dans sa tête.
Il me semble assez secoué. Si bien
qu’il rigole. « On se trompait, tous ! »Tente la
distanciation par une ironie bizarre. Nous aurions vécu ans
l’erreur, lui, moi, tous, en civilisation occidentale,
la cartésienne, la rationnelle. ! Penser à rien, oublier
tout, chasser tout, faire le vide, pour pouvoir penser plus
sagement ?, plus correctement
? Fiou ! Je
vais attendre la suite et, déjà,
je ne suis pas certain de bien comprendre. Oui, à
suivre….
4-
Après-midi
d’hier, après-journal et après-lunch, dehors sur la galerie.
Le lac alors en gravier, en mâche-fer, cendres fumantes,
je l’ai dit. Aile toujours démontée, furieuse même,
claquant des deux mains face à l’invasion de ces « quiscalls »
(?) noirs. Aile les hait ! Je rigole.
Moi ? Pas raciste du tout. Noirs,
bleus ou rouges, les oiseaux sont tous les bienvenus.
Grande âme hein ? S’il vient des corneilles, alors là,
voir la voir. C’est Le Fléau dressé ! Je n’aime pas trop, c’est vrai, ces
mouettes chieuses —et chiantes— qui arrosent, maculent,
le radeau, ça ! Je l’ai souligné dans mon « Écrire ».
J’y repense : dimanche matin, avec Victor-Lévy, petit déjeuner
au « Gouverneur » de Trois-Rivières. Le père de
« Bouscotte » me raconte de savoureuses anecdotes de
son patelin. Il me « portraiture » comiquement des
olibrius rares qui le hantent encore. Le voilà emmêlant des
silhouettes de son enfance avec celles encore bien vivantes dans
les rues actuelles de son cher Trois-Pistoles retrouvé où il gîte
en sa banlieue dans une grande vieille maison à pignons.
Impression de le voir griffonner,
« de visu » !, du « bien » à venir. De la
graine à faire pousser. Du terreau à faire germer. De le voir préparer,
défricher, débroussailler —essayer
sur moi — ses « personnae », ceux de sa vaste comédie
humaine « basfluvienne » !
Stimulé, bientôt, je l’écoute
d’une oreille et, peu à peu,
—entre œuf, saucisses et patates— je finis par faire défiler
sur mon propre écran mental de ces hurluberlus du Villeray de
l’après-guerre, me demandant si j’ai bien mis ce puits à sec
! On est donc ainsi ? Oh les écriveux ! Le patenteux de
silhouettes impressionnantes. Les marqueurs ! Les candides
« pointeurs ».
Miller répétait, dans « Paris est une fête »,
« La mission de l’homme sur terre est de se souvenir ».
Je souscris. Et Vic
souscrit aussi. « Bin sûr ».
5-
Je regarde
volontiers les reprises, à la SRC, de « Catherine ».
Comme j’aimais, jadis, « Cré
Basile », j’aime ces sketches folichons qui marquent de
farces chaque jeu de deux répliques. Divertissant. Reposant au
fond. Je rigole beaucoup. Or, je revois, hier soir, cette désopilante
et talentueuse Sylvie Moreau chez le « Francs-Tireurs ».
Débat avec Martineau : le rôle des critiques. Vaste sujet.
Et, hélas, la sotte, la gnochonne, l’étourdie, la « nonoune »quoi,
y est et toute entière.
Ai-je la berlue ?
Oui, je croyais à une « Catherine » inventée,
jeu d’une actrice, et je découvre, Sylvie Moreau,
lamentablement, platement, confusément, bafouilleuse,
s’expliquer sur ses griefs pas clairs au sujet des rédacteurs
d’analyses sur le monde du spectacle. D’abord, jouant la
cuistre, elle nous sort —abri— Marcel Proust face à Sainte-Beuve ! Et puis s’enlise vite
dans des gargouillis
voulant tenir lieu de raisonnement. À T.Q., Martineau, poli, ne
la tourmente pas trop et la laisse s’enfoncer.
Quelle imprudence, quelle prétention.
Quelle présomption surtout. Essayer de dire que « la
critique ne devrait pas critiquer. » Ce vieux débat est
d’une vacuité totale. Il y a des critiques brillants, cultivés,
intelligents et indispensables pour nous alerter sur les fadaises
publicisés amplement. Et il y a des cons. Et, oh oui, beaucoup de
« relationnistes » prudents, complaisants, abusés et
mal déguisés. De simples « courroies dociles ». La pétillante
et douée Moreau devrait s’obliger au silence sur ce vaste et
vieux et vain débat. Qui grimpe sur des tétreaux doit apprendre
à se faire juger, jauger. Point final.