« J’ÉTAIS
« PERMANENT »
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
On va s’en
souvenir de ces jours caniculaires en plein milieu du mois
d’avril en 2002. « Records battus » disent le
gazettes. Ce matin, comme hier, cette fumée blanche partout dans
le décor extérieur. Effet d’agrandissement. Toit semble plus
vaste, plus flou aussi, plus grand.
En peinture scénique on nous
apprenait à jouer ainsi de fumée blanche avec bombe aérosol. Pour , justement, faire paraître éloigné nos éléments de
décors à la télé. Un sfumato
italien spécial.
De ma
couchette, store levé, j’admirais le paysage, le lac blanc
comme le ciel, la brume dans les collines. Tableau à
l’ancienne, oui, italianiste.
Beau comme ces vieilles images de Chine (ou du Japon ?) qui
traînaient partout chez moi dans les années 30.
Ma mère disait : « Mon
mari est importateur ». Elle faisait sa fraîche quand j’était
tout petit. Je m’en souviens. C’était avant l’échec de
papa comme vendeur de « chinoiseries » rue
Saint-Hubert; une mode qui ne dura pas ces bibelots asiatiques. La
métamorphose en petit restaurateur de quartier devait
l’humilier, ma pauvre maman ! Elle était une jeune bourgeoise ?
La benjamine du bonhomme Zotique Lefebvre. Un ex-boucher de la rue
Centre, à Pointe-St-Charles, converti après la guerre de
1914-1918, lui, en agent immobilier, rue Hutcheson.
Matin de mai, au bout de la rue
Berri, on voit des quais. Un
paquebot va
lever l’ancre, « all aboard ? all aboard ? » Sirène
mugissante, dernières malles au bout d’une grue, les robes de
maman, l’habit de bal de papa… Énervement, sourires excités.
Elle est « chic and souelle » la Germaine de la rue
Hutcheson, oh oui ! Et lui, l’habitant —vingt ans— de
Laval-des-Rapides, porte un chapeau neuf, des gants de kid, des guêtres
de feutrine grise…Foulard au vent sur le bastingage du navire de
croisière.
Le jeune couple regarde la statue
haut juchée sur le toit de l’église Notre-Dame de Bonsecours.
Le bateau s’éloigne du rivage. Adieu Montréal !Un jeune couple
parmi tant d’autres. Le traditionnel « voyage de noces ».
Le grand fleuve jusqu’à Tadoussac. La remontée du Saguenay. Ma
mère en épousée candide, rêvant d’une belle vie avec ce
jeune « importateur » soutenu par sa riche maman
veuve, Albina.
Avec son joli bibi, son manteau beige
en poil de chameau, à col de velours noir, Germaine ne sait
pas…Dans cinq ans, avec quatre enfants déjà, les sueurs
l’aveugleront et son mari
l’ « importateur »
s’installera pour longtemps dans le sous-sol creusé du logis.
Fin des jolies gravures aux beaux effets de brume. Vendre
hot dog et hamburgers aux zazous de la paroisse qui sortent des
cinés du coin de la rue Bélanger.
Pauvre maman ! Pleure pas Germaine !
Bon.
Assez, posez une cloison. Roman ou journal ? Chaque chose
en son temps. En son lieu. Ici, c’est le journal.
2-
Non mais
quelle chaleur hier ! Quel beau coucher de soleil aussi. Nuages émiettés.
Rayons difractés. Images de mon petit manuel d’Histoire Sainte
quand les cieux s’ouvrent pour désigner Dieu apparaissant à Moïse
!
Plus tard, le souper avalé,
symphonie en rose au dessus du Chantecler. Moi, la bouche ouverte.
Déjà !, des merles crient et courent sur la pelouse ressuscitée.
Quand on se prépare à regarder un film loué, fenêtre du salon
grande ouverte, dans les sapins proches, un concert étonnant,
vraiment étonnant, d’oiseaux fêtards. La pénombre qui
s’installe, une brise d’été, oui, d’été, et on va voir
un… navet !
Vanté par de complaisants
observateurs d’un cinéma dit difficile. Du David Lynch.
C’est, ce misérable « Mulholland Drive », sans
queue ni tête. Pourquoi donc tant d’éloges ? Le snobisme décadent
de ceux qui s’imaginent : plus c’est ambiguë plus
c’est fort ! Quelle bêtise. Une Sonia Sarfati (La Presse)
ira jusqu’à écrire : « Il faut le regarder ce
film plusieurs fois ». La folle !
Je ne sais
plus comment qualifier cette prétentieuse bluette du signataire
du folichon « Twin Peak » à la télé.
Vous avez le choix :une
imposture de fumiste, ou
bien une fumisterie d’imposteur.
« Mulholland Drive », un récit avec un zest de
lesbianisme (chic hein !), un zest de masturbation (à la Marie
Chouinard !), un zest de maffia alambiquée, un zestde music-hall
à mexiquétaineries, un brin de western avec un cow-boy futile,
un zest d’horror, et
pleins de… coïncidences stupides, de « cheveux sur une
soupe »… imbuvable.
J’enrage car on trompe le public.
À Cannes, ce film gagnait des laurier,
ex-aequo avec les frères Cohen ! Mystère ou bien des jurés tout
frétillants de visionner un film sur « leur » cher
petit monde : les productions cinématographiques.
Narcissisme ! Serpent se mordant la queue avec joie ! En somme, un
opaque conte sur une banale querelle de gouines. Pouah !
3-
Je peine à réunir
et à envoyer —merci ordi !—
à la Katleen des Trois-Pistoles les vieilles pages de
journal. Tout-janvier partira quand ? Maudites corrections. À
l’École-Bouffe :grand choix hier ! Le caissier :
« On a fait laminer votre page d’appréciation aux feutres
de couleurs, savez-vous ? » Et : « Vous
devriez prendre aussi du poulet, touchez, il est chaud, il sort du
four. » J’accepte. Retour at home les bras très chargés…
Biscuits et cakes. Et Aile ? Contente ? Pas trop. « Écoute,
tout ça ? Regarde, j’ai mon gros rôti de porc prêt à être
enfourné. » Je dis rien. Penaud. Je retourne à ma chaise
longue, je continue de lire mon « Obs ». Ça va très mal autour de Jérusalem.
Bien pire qu’autour de notre cuisine.
Le lac s’ouvre un peu. Bord de
l’eau libre ! Le quai libéré. Le radeau…vert de…ozite ! On
voit bien les bourgeons qui grandissent aux lilas comme… à vue
d’œil. Le printemps, Bourgault le criait dans sa chronique
mardi matin, est chaque année, le grand événement des Québécois.
Six mois presque à l’attendre !
Hier, le micro-ondes de TVA dans
notre rue encore. Claude s’amène et ajuste son gros kodak noir
dans un coin du salon. Prêt ? Oreillette dans un trou d’oreille
et c’est parti. Go ! Engueulez-vous…Le Pierre Bruneau a un préjugé
favorable pour la belle Maréchal. Il me donne moins de temps
d’antenne, le crapaud. Et elle, l’Isabelle, bien « Isa-laide »,
jase ad lib, noyant le poisson, bavardant sans dire rien de trop
précis. Les précieuses minutes passent et, moi, débater irrépressible,
je grogne quand l’arbitre partial déclare : « On a
plus de temps. Merci vous deux et à la prochaine chicane. »
Commercial ! Je rage. Enfant ? Aile rigole, se moque, doit me
jiuger puéril. Je songe à refuser désormais ces mini-débats
quasi-obsolètes. Le lendemain, ma poucheuse de gazettes et de
ciga…—non, je ne fume plus—
me dit : « Je vois ai vu, hier ! Pauvre vous !
Ah ! Cette Maréchale, j’suis p’us capable. Elle a le
don de me mettre les nerfs en boule.. » La divine voisine.
Elle me préfère.
4-
Vendredi après
le lunch, limousine sombre à la porte de l’appartement du
Chemin Bates. Chauffeur aimable, Serge P. Un bavard captivant.
Ex-représentant de commerce. Burn-out grave. Cœur opéré. Trop
ambitieux. Le calme à jamais. Sa limo. Un horaire plus humain. A
connu le « M’sieur
Pointu » de Bécaud. Intimement.
Balade donc vers le studio de Robert-Guy Scully, à Ville La
Salle. Beau soleil. Ouaille ! Agréable d’avoir un chauffeur. Me
voilà ministre pour quelques minutes ! Ouen, c’est reposant !
Rendu là, recherchiste chaude, café
chaud, ambiance agréable, décor austère de bureau de « chef
de cabinet » de ministre fédéral —espoir du Scully? Ma découverte
d’un autre Scully, comme vieilli précocement, presque courbé,
rapetissé il me semble. Trop d’embarras avec ses déboires récents,
face aux vifs protestants de son rôle de « propagandiste déguisé ».
Je l’ai mieux connu dans les années
’60 du temps du Devoir. Je le caricaturais, par exemple, en
« petit protégé, neveu de Ryan ». Il en rit
maintenant, se souvient de mes facéties encombrantes parfois. Je
me souviens de ses confidences de jeune Irlandais d’Hochelaga,
justement dans le voisinage du Ryan d’antan. Son étonnant
Claude Ryan, en jeune délinquant qui découchait dans les
portiques des maisons, me revient en mémoire. Cet ex-voyou sauvé
par l’Action catholique. Qu’il finira par diriger un temps.
Vingt minutes, avec deux caméras,
pour une agréable jasette libre sur ma chère Gabrielle Roy. Et
cela tombait bien, Scully —gardé souvent par sa mémé dans le
Villeray de la paroisse « Holy family »— ayant
produit jadis une série documentaire sur l’exilée de
Saint-Boniface. Ma relecture de « La petite poule d’eau »
alimente les souvenirs du reporter Scully. Entente totale par conséquent.
À la fin de l’entretien, je l’entends, surpris, me dire :
« On a pas eu assez de temps pour bien parler d’elle, il
faudra, bientôt, vous réinviter Claude Jasmin. » Ça fait un petit velours, non ?
5-
Mon fils,
Daniel, hier, au téléphone, car j’avais encore un problème
d’ordi. « Tu
vas pas me croire, p’pa, j’ai mis une chaise sur le perron et
je regarde ma bagnole toute neuve, stationnée
au bord du trottoir ! » On rit. Fou, cette admiration
des chars chez nous, non ?
J’ai lu (de « je me souviens
plus qui ») : « Jeune, la lecture des « Grands
initiés », par Édouard Shuré, m’a marqué. » Ah !
Un camarade belge m’avais donné (du temps de mon écurie-atelier)
un exemplaire de ce livre sur les grands prophètes universels
(dont Jésus de Nazareth) et,
en effet, cela m’avait ouvert les yeux, à vingt et un ans. Il y
avait d’autres « fabuleux Jésus » à travers
l’histoire et le monde !
J’ai lu, jeune aussi, « Le zéro
et l’infini » par Arthur Koestler et son livre m’avait
ouvert les yeux, pour toujours, sur le totalitarisme, sur les
dangers des idéologues devenus fascistes. J’étais inoculé, et
à jamais, contre les utopies qui tournent mal, de Marx à Trotsky,
de Lénine à Staline. Des jeunes d’aujourd’hui trouvent-ils
des lectures aussi essentielle ? Je l’imagine. Je le veux tant.
Je le souhaite.
J’écoute Richard Desjardins à la
radio de la SRC. Grève oblige, on fait sans cesse tourner
—parfois— de fameuses chansons d’ici et aussi, hélas, des
niaiseries sonores à la mode. Cet abitibien,
Desjardins, fait très amateur. Sa voix de « non-professionnel »
captive pourtant. Sa diction est molle. Ses articulations exagérées
en font un ti-coune chanteur !
Bref, il fait « habitant » à souhait. Efféminé
aussi comme on l’entendait jadis avec « le fou du village »
(ou du quartier) pas bien viril, aux manières (on disait) « affectées ». Et
puis, on dirait la voix d’un vieillard soudain ! Ah oui, c’est
un personnage…sonore rare. Intéressant. Je fredonne avec lui :
« …aux pattes de velours… » et « …la
peau de ton tambour… » C’est bien, c’est
simple, c’est vrai. C’est beau, Desjardins, souvent.
5-
Au Salon à
Trois-Rivières, je fais connaissance avec la sœur de Luc
Lacoursière (un Trifluvien !) que l’on peut voir souvent à
Canal Historia devisant avec Charron. Cette Louise publie une
biographie (j’oublie son sujet, sur une femme hors du commun).
Elle est dynamique et défend bien son bouquin sur cette scène
d’un recoin du Salon. Après notre petit « show »,
rencontre de trois autres sœurs (des aînées)
de Lacoursière. Il semble tout fier, avec raison, de sa
famille. Ses yeux brillent. J’ ai vu des femmes réveillées,
humoristes et très en forme.
Quel plaisir ces rencontres
familiales ici et là. Ce cher Québec comme une vaste nation
tricotée serré et farouche, contenant des êtres formidablement
énergiques. Il y en a plein. J’en croise partout. On ne le sait
pas assez. Au Salon, sur cette scène, quand j’ai dit : « Tout
le monde est un roman »,
il se fit un grand
silence soudain. « Chacun
de vous, ici, a son roman. Il y a une histoire fabuleuse à
raconter avec chacun d’entre vous. » Silence encore plus
fort. « Vous
n’êtes pas n’importe qui. Vous valez beaucoup. Vous devriez
écrire votre vie, au moins pour vous d’abord, ce récit de
votre vie vous aiderait à faire le point. » Il y eut un
silence fracassant dans la petite salle du Salon.
Je le pense. Franchement.
6-
Je rêvais ?
Summun de la folie scénographique !Incroyable ! Ce que je vois…à
TV-5, un décor en forme de trou ! Deux femmes en face à face
avec les jambes dans ce trou ! Allez-y voir c’est à 21h 30 tous
les lundis.
Non mais…Folie
rare ! Quel con ce designer ! Quel con le réalisateur qu a dit
« oui » à ce trou rond. Vraiment, Aile et moi, on en
revenait pas. Émission belge, je pense bien. Une questionneuse,
les jambes dans le trou, face à sa questionnée, les jambes dans
le trou. Soudain, tenez-vous bien, top shot, vu en plongée, et au
fond du trou, des photos ! Non mais..
Faut-y être assez tata ou toto ! Ah,
la télé, parfois, on y fait des trouvailles d’une bêtise
visuelle achevée.
Donc,
dans ce trou de beigne, une certaine Ingrid Bétancourt.
Une femme venue du jet set en Colombie, un papa
ambassadeur, ministre aussi et le reste. L’Ingrid, aujourd’hui
enlevée et gardée dans un camp de terroristes colombiens, a
connu une jeunesse dorée dans un beau quartier de Paris. Puis, sa
mère, un ex-Reine de beauté, deviendra député colombienne ! Eh
! Elle risquera la mort un mauvais jour d’attentat.
La maman ex-Miss, sous le choc,
racontera les affres à sa fille gâtée et voilà poindre l’égérie
du peuple, autoproclamée je crois, en campagne électorale. Pour
symboliser la pourriture des gouvernants, Ingrid B.
distribuait partout des… capotes. Sida et favoritisme :même
combat ! Son papa, dit-elle, fut bien scandalisé. Hon ! Pauvre
papa, pauvre « tite » fille à papa !Ça sent drôle e
son aventure, ça sonne bizarre.
Dans le trou, elle raconte tout cela.
Avec photos dans ce trou… Oui, on peut zieuter ce trou folichon
tous les lundis soirs à TV-5. Et vive les scénographes belges !
J’ai un peu lu (« Le Courrier
international ») sur cette Bétancourt qui veut devenir,
excusez du peu, prochain Président de la Colombie ensanglantée,
dominé par des cartels-à-drogues infâmes. C’est un
personnage. Elle dit être « fière d’avoir abandonné sa
famille…pour la lutte politique
! » Oh la la ! moi, ces valeureux batailleurs pour la
justice universelle qui, irresponsables, se fichent de leurs
enfants et de leurs proches…Hum
! Suspects, je vous dis !
Bon, c’est à suivre —loin du
trou belge— cette captivité de la Bétancourt, fille surprotégée
changée subitement en militante de gauche. C’est curieux,
j’arrive mal à la prendre au sérieux, elle a dit —les pieds
dans ce trou— des choses solides, a pu dénoncer intelligemment
la situation horrible dans sa patrie aux prises avec « mafia-à-drogues
et gouvernement réunis ». Pourquoi ? je ne sais trop. Ma défiance
des « gosses de riches » devenus aspirants-au-pouvoir
? Devenus de braves
prolétaires trop soudainement ? Je sais pas.
Mais reste ce trou ! Le ridicule tue,
dit-on ? Quand ça ?
6-
Samedi midi,
vu grand’maman Lescop, à Trois-Rivières. Je l’aime. Cours
toujours l’embrasser. Elle m’est un modèle. De quoi ? De
tout. Son acharnement à trouver le bonheur simple, à dénicher
du bon sens partout. À ne pas craindre de vieillir. Vu aussi,
samedi soir, le mitraillé encore vivant, Michel Auger. Chaque
fois, à ces Salons, je le touche. Et encore. Il rigole. Se
bidonne. Quoi ? Comme on nous faisait toucher le tombeau, ou le
coeur, du Frère André, le thaumaturge décédé de l’Oratoire,
enfant. Un miraculé comme Michel doit porter chance, non ?
Fétichisé par moi, Auger se laisse
toucher volontiers, goguenard, avec ses six balles restées dans
sa peau ! Il me revient dimanche, au kiosque de « Trois-Pistoles
éditeur », me dit : « J’ai des amis qui ont
des projets, mon Claude. Ça t’intéresserait de lire la
documentation sur le fameux caïd Lemay ? En vue d’un bouquin ? »
J’ai dit « oui ». Je dis toujours oui, moi, ma foi ! On
jasait sur l’évasion rocambolesque —survenu jadis tout près
de chez moi— du « capo » mafieux, un certain Lucien,
arroseur de patinoire de prison, organisateur des Libéraux du
temps. Sauvé par ses copains de l’Organisation libérale, je le
jurerais.
7-
« Toutes
les religions sont obscurantistes ».
Vous publiez cela. Dans La presse,
par exemple. Samedi le 13 avril, par exemple. Vous signez Pierre
Foglia. Et vous vous croyez ben smart, gros malin, si liucides !
Comme c’est niais. Une telle
affirnmation fait voir un puérilisme rare. Ce chroniqueur surdoué,
ainsi, parfois, fait le faraud. Pour faire le faraud ? Je le
crains. Avec lui, c’est pourtant rarement manichéen ! Ni tout
noir, toit blanc, Dieu ,merci ! Un jour il se méfie justement du
compartimentage, le lendemain, il y tombe délibérément. Misère
!
« Toutes
les religions sont obscurantistes ».
Comment oser dire une telle ineptie ?
Il n’est plus un ado
révolté. Il y a des religions utiles ? Et lumineuses. Oh mon
Dieu oui ! Et comment. Qui a vécu les yeux ouverts le sait bien.
Certes, c’est aussi (en dehors des
grands mystiques) un instrument de consolation universel et
indispensable. Tous les mal pris de cette terre de misère le
savent bien.
Consoler. Il faudrait être quoi ?,
snob, mondain (ce que n’est pas Foglia quand il oublie ses goûts
pour les fromages exotiques rares et les vins fins) ) pour cracher
sur ce rôle. Oui, consoler.
Un jour, celui-là qui pisse sur tout
ce qui est religieux, spirituel, se retrouve sur le cul; tombé
bas, très bas, aux prises avec la terrible Camargue qui le
nargue. Ça peut être vous, ou moi, ou lui, Foglia-le-superbe.
Alors , on voit le faraud qui prie,
qui cherche une Providence, un Être suprême, un…Dieu. Il
a besoin d’une ultime dernière raison pour s’accrocher
à son petit reste de vie. Et je ne ris pas, vois ne riez pas,
Foglia non plus ne rira plus. Cette vieille…ce vieux…cette
jeunesse surprise, face à l’Achéron.
Je ne cracherai jamais sur les
religions. Est-ce utile de rappeler à ce Foglia qui jouait samedi
le « fridolin », le ti-coune mécréant d’un samedi,
que la religion de Jésus fut une révolution, Qu’elle a sauvé
de la mort sans but, de la mort animale, de la mort anonyme,
humiliante —et
aussi de la crève spirituelle totale— des centaines de milliers
d’abord, puis des millions d’êtres humains. C’était quand
la vie ici-bas, pour les majorités, n’était qu’épreuves de
force. Que la haine était le moteur de toutes les nations.
« Toutes
les religions sont obscurantistes? »
Propos de
gnochon. Je ne suis plus « pratiquant » si je ne suis
pas athée mais je sais que la —ou « les », peu
importe au fond— religion des hommes n’est pas venue par un
tour de sorcier ni de baguette de magicien.
Il y a un besoin. Il y a une nécessité
et je fuis celui-là, candidement hautain, naïvement fier,
puissant de son athéisme militant, qui bafoue, moque, ridiculise,
réduit le sort religieux, abri des abris, de ces multitudes
humaines —avec les Yavew, Allah, Bouddha ou Dieu— sur cette
terre tiraillée.
Facile de cracher, de pisser, de
chier sur le fait religieux. Prendre garde, un bon jour, un
mauvais jour, le sort frappe le crâneur tombé à genoux. Maladie ou perte très chère.
Flétri, miséreux, perdu, on le verra soudainement lever les yeux
vers le ciel.
N’importe quel ciel. Celui choisi
par les siens, hérité de son enfance, le plus souvent et Don
Juan-le-gaillard remue les lèvres. Il prie. Il implore. Qui a
envie de rire alors ? Personne.
Les chanceux du sort, Foglia, vous,
moi, nous avons devoir d’humilité, de compassion au moins, de
solidarité minimum, le devoir de bien savoir que le funeste
Brancardier, la sordide Faucheuse, peut bien un matin, un soir,
s’approcher… Et alors, qui sait, le sentiment religieux
pourrait bien être le seul refuge.
Ne pas dire, jamais, « toutes
les religions sont obscurantistes », c’est si court, si
faux. Si facile et injuste. Je n’oublie pas, pas du tout, les
gourous, abuseurs, démagos, profiteurs et leurs sectes, paresseux
parasites, vautours des innocents. Je voulais parler des vieilles
religions sur cette planète.
Il faut avoir la modestie de nous taire parfois.
Foglia passait son tour hélas,
samedi dernier. Il ne mérite pas ça, ça quoi ?, de s’aveugler
si bêtement. Une simple échappée niaise à cause d’un
mini-sabre, kirpa sikh —ou d’une calotte, d’ une burqa—naïvement
symbolique.
Il y a eu et
il y a des religions, non pas obscurantistes, mais éclairantes,
lumineuses, éblouissantes pour les humains blessés, désespérés,
tombés.
Je vis sans…
mais si, un jour, un certain noir
destin frappe chez moi, j’y aurai recours sans doute.