1-
Remontée vers les Laurentides
sous un ciel plus clair qu’en ville tantôt. Plus clair qu’au
dessus du vaste cimetière sur le mont Royal. Sommes allés offrir
nos condoléances à l’animatrice Lise Payette qui vient de
perdre l’imprimeur Bourguignon, son compagnon de vie.
Visage défait, voix fragile. Autour du cercueil, sur deux
babillards de liège, plein de joyeuses photos en couleurs du
temps que son « chum », Laurent, était bel et bien
vivant. Elle habite au très chic « Les Verrières »,
et nous la croisions parfois (tout comme Guy Fournier) allant
visiter mon cher —maintenant disparu—, Ubaldo Fasano, dans son
île des Nonnes.
Aile-Rayon fut sa réalisatrice
du temps de son talk-show « Liz lib ». De plus, elle réalisa
quelques épisodes de ses feuilletons jadis.
J’ai passé assez souvent sous ses
fourches et piques moqueuses…une fois accompagnant mes père et
mère, vers 1975. Pauvre papa, je m’en souviendrai toujours, il
avait énergiquement dansé face à une Lise amusée, un peu de
rigodon, de gigue, dans le couloir des caves du Vatican-SRC.
Lise pas vraiment étonnée, venant
de Saint-Henri, ayant eu une maman femme de ménage connaissait
bien le populo : « Ouen!
M’sieur Jasmin, vous restez en forme, c’est beau ça, c’est
bien. » Et mon Édouard de se calmer, fier une fois de plus
de démontrer sa bonne forme à 70 ans. Le drôle de cabot à
cette époque où il prenait confiance en lui comme jamais sachant
que ses céramiques « primitives » s’envolaient à
Toronto, à la Galerie Prime, rue Queen.
2-
Nerveuse, tendue, Rayon
revient d’une promenade dans les alentours. La grosse affaire ?
L’énervante affaire ? Fini la cigarette depuis lundi matin !
Elle en bave. Davantage que moi. C’est dur mais…je parviens à
rester calme. Pour Rayon, c’est la punition des
punitions. Elle souffre. Elle se sert de la béquille dite des
« patches ». Je souhaite que, cette fois, ce soit la
bonne, la définitive. Mon grand amour est toujours à court de
souffle. Il fallait agir. Il était temps ! Quelle folie :
simplement pour nous être décidés à lâcher la cigarette, nos
vies en sont comme bouleversées ! Seigneur : qu’est-ce que
ce serait si nous devions vivre en Palestine… ou chez les
Afghans ? Pauvres petits bourgeois énervés de devoir abandonner
bien simplement une sale manie bien niaise : le maudit
bonhomme Nicot !
Hier soir, la télé de TV-5 pour un
gala. Un autre ! Celui des comédiens de France…de Paris
surtout, bien entendu. Si joli théâtre comme décor de ce gala
des « Prix Molière », une de ces « bonbonnières » parisiennes, celui dit de
Mogador. L’acteur Philippe Noiret, hôte d’honneur, raconte
une anecdote : « On demandait à un acteur ancien
ce qu’il faisait pour aider les plus jeunes et il répondit :
je vieillis, monsieur, je vieillis. » Un humoriste s’amena
pour imiter, non sans cruauté,
le « mondain sympa » Jean-Claude Brialy. Effets
garantis sur sa salle. Certaines allusions « politiques »
de l’heure amenèrent de vifs éclats de rire. Élections présidentielles
bientôt obligeaient, quoi !
C’est le défilé des « remercieurs »
comme partout bien entendu mais j’aime ce gala, comme celui pour
le cinéma de France, c’est à Paris, ma chère mecque à moi,
pas à Hollywood, c’est en français, ma précieuse langue
maternelle, pas en américain.
Cela me fait toujours chaud au cœur et, chaque année, je me
surprends à m’émerveiller pour un simple mot d’esprit, un
coin de décor bonnement bien imaginé, une phrase bien tournée,
une apostrophe bien frappée. Un des numéros a montré deux
candidats politiques à une table des médias en vue d‘un débat.
C’était fort bien fait, mené avec énergie, rempli
d’effets sonores extravagants, mimiques de robots-humains bien mécanisés,
gesticulations caricaturales mécaniques, le tout d’un comique
renversant. Si loin
des « chiards » dansés routiniers à Hollywood. À
ces « Molière, un autre numéro avait fait voir l’acteur
Dussolier, lyrique, déchaîné,
moquant les vers ciselés des Corneille et Racine. Une
parodie d’un désopilant renversant. J’ai ri et ma Rayon
encore davantage. Le numéro du champion-cycliste fut, lui aussi,
d’une formidable venue dans la parade, toujours lassante,
des lauréats. Trois heures de télé presque qui parurent
une seule. 3-
Samedi dernier, nous avons loué
le très divertissant : « Le vol » avec l’acteur
Gene Hackman, toujours épatant. Il y a longtemps que nous
admirons ce grand dégingandé, ce gros bonhomme carré. Hackman
joue si vrai, il offre à chacun de ses films un caractère
d’un rare naturel. Dont on se lasse jamais, qui est pourtant basé,
axé, sur une série de petits gestes, regards, expressions
faciales…toujours les mêmes ! Une fois vu, on
ne retiendra rien de l’histoire, comme toujours avec ces
films de bandits. Début : préparation d’un gros vol et sa
réussite. Une importante bijouterie de Boston. Le riche « commanditaire »
mafieux de Hackman et ses lurons (joué par le nabot De Vito) veut
tout de suite la réussite d’un
deuxième vol. Un coup délicat dans un avion suisse à
l’aéroport bostonnais. Déboulent donc une série de cascades.
Un cinéma bien fait juste pour passer le temps…que j’aime
bien.
Voilà que Rayon me parle déjà avec
enthousiasme de Denis Thériault pour son « Iguane »
Elle est toute prise. C’est merveilleux. Elle a hâte de
poursuivre, au lit, la
lecture de ce nouveau roman québécois, tant vanté par Martel. Hâte,
moi aussi… qu’elle achève sa lecture.
J’ai terminé hier soir, au lit, l’ancien livre de
reportages de Joseph
Kessel. Le dernier lot d’articles (pour « Le matin »
du temps) raconte pas bien un début de guerre civile en Espagne,
précisément à Bacelone. Mais je retiens, et à jamais les
excellents « papiers » du reporter Kessel sur
1-) Le marchandage des
esclaves en Afrique de l’est, chez les marchands (éthiopiens)
en faveur des Arabes de l’autre côté de la mer Rouge. Des écrits
terribles, accablants, terrifiants. Ils font voir que
l’esclavagisme si dégradant se continuait encore longtemps (années
’30 !) après les lois l’interdisant non seulement en Amérique
mais partout dans le monde civilisé.
2-) Fantastiques descriptions
de Kessel (1929) des Allemands au bord de sombrer collectivement
dans le fascisme du nazisme. Kessel, qui écrit si bien, donne un
portrait saisissant des bouges et des bordels, des caves bizarres
du Berlin ruiné (par Versailles en 1918), aussi du Berlin tragique
quand communistes et nazis tentent de rallier les démunis,
les ruinés, les misérables berlinois de cette époque. Un
reportage parfait. On y est.
3-)
J’ai aussi aimé énormément
Kessel s’installant à New-York pour raconter à ses lecteurs
les terribles effets de la fatale grande Crise économique de
1929.
Bizarre ce New-York de 1929, énervé,
terrifié, alors que le 11 septembre…
C’est écrit avec « un art
consommé », comme on dit comiquement. Les vivantes
observations de Kessel font qu’on y est, qu’on voit les
vitrines vides partout, Central Park
couvert de vagabonds en loques, des mendiants rôdant
hagards la nuit, dans la 5 ième Avenue comme à Broadway, les
« soupes populaires » où, humiliés mais restant
dignes, bien vêtus encore, d’ex-spéculateurs, millionnaires
ruinés, vont manger.
J’avais souvent entendu vanter la
valeur de cet auteur. Il était temps que je puisse vérifier
cela. C’est fait. Vraiment un talent hors du commun.
4-
Dimanche soir, bonne bouffe
populaire —pas trop chérant—
au « Chalet grec » dans la rue Principale de
Saint-Sauveur. Retrouvailles heureuses des enfants et des enfants
de mes enfants (Lynn et Daniel) avec la tribu de ma bru, des La
Pan. Grand restau au classique décor fait d’étalages
d’objets « nordiques », métissage de « gecqueries ».
Mes calmars étaient bien parfaits. Il fallait y « apporter
son vin » ce qui réduit toujours le prix des factures, Dieu
merci ! Nous avons terminé la soirée au chalet du
frère de ma jolie bru, Murray—un prof— pas loin du Lac
Millette. Dessert de sa Paula —encore une prof !—
pas piqué des vers :fraises chocolatées ! Yum ! Bons
cafés. Le chum de la sœur de ma bru…quoi ?, oui bon, le Paul
Paltakis soudain fier des arts et cultures des ancêtres du
temps…de… proche de Noé. Je le taquine. Il a entrepris de
traduire —et d’adapter— mon vieux roman,
de la « fantasy », « Le loup de Brunswick
city ». J’ai confiance, il est fou de la nature !
Je m’anime et anime nos convives.
Trop ? Gros yeux de Rayon quand je tente d’aller trop loin en
caricatures familiales !Bruits qui montent. Les demi-sourds comme
moi grimpent sans cesse dans l’échelle des décibels hélas. On
rit. Jaune ? Bleu ? On rit. Nous rentrerons légers, contents,
bien heureux de cette rencontre qu’une Carole —La Pan— ne
cesse pas de susciter alors qu’elle a tant de chats à fouetter.
Il faudra qu’un jour je lui accroche un gros ruban doré marqué
« merci Carole ».
Comment y arriver : aller
cherche un classeur de métal chez ma sœur, Marielle, à Rosemont,
lui rapporter une berçante
d’érable, ramener une table à dessin qui gît —chez ma
fille, Éliane— sur une terrasse ouverte aux pluies… Bon,
j’y verrai. Dénicher un « panel », un camion
ou une « van », celle de Marco ? Oui, j’y arriverai.
Gros problème métaphysique hein le bonhomme !