1-
Ce matin, Rayon —la femme de
ma vie refuse que je la nomme— est à sa toilette et je regarde,
le grand store levé, le lac. Des vagues de lumière sur le lac
gelé roulent vers moi à tour de rôle. Elles se forment sur la
rive de l’ouest, au Chantecler, et filent rapidement pour s’éteindre
sur notre rivage. Fascinant ! On dirait, en gigantesque, la lumière
Xérox des machines à polycopier ! Étonnante lutte reflétant,
au ciel, nuages et soleil.
Hier soir, la bonne pizza au four
—visible— de « Grand’pâ » à Val David, la patronne
s’en va tout un mois chez elle, en France.
Bavardages divers de quatre adélois retraités de la vie active. On en arrive
Jean-Paul et moi à certifier que la vie n’a été pour nous que
circonstances, hasards (des rencontres) , chances souvent. Pauline
J. et Rayon tombent plutôt d’accord. Effrayant constat. Le mérite,
les études, les recherches, le travail, l’acharnement, la
volonté, oui, oui, tout ça compte mais sont dans les sillons du
hasard d’abord. Mauvais exemple, mauvaise morale, pour les écoliers
à qui on n n’ose jamais parlé de cette existence à base de
circonstances incontrôlables, involontaires.
Quelques éloges en courriels pour
mon conte à
CKAC, hier, intitulé « Chemin de croix dans Villeray ».
C’était le quinzième chapitre, « Le martyr », de
mon livre paru en novembre 2000, titré « Enfant de Villeray,
que j’ai adapté (sans même le relire puisqu’il s’agit
d’un vrai événement) à un Vendredi saint. Cependant, au Forum
de mon site web, deux blâmes. On refuse d’admettre que
l’auteur aimable (?) puisse
avoir été un tel voyou, jeune. Eh ! Hélas, oui.
Au moment de l’œuf, rôtis et
jambon (je délaisse parfois les céréales) , Rayon me signale : «
Comme c’est curieux, je lis sur Kaboul où les éclopés de la
guerre Taliban-USA, se débattent pour trouver des membres neufs
—bras, jambes— et je songe au film « Kandahar »,
qui va passer bientôt à la télé, où l’on montrait ces
handicapés claudiquant vers les jambes artificielles parachutés
et je repense à « I.A. » de Spielberg quand une
effroyable séquence fait voir des robots humanoïdes, la nuit,
ramassant dans un dépotoir des membres encore utilisables.» Oui,
séquence forte, j’en ai parlé. Prémonitoire ?
En revenant de journaux et
cigarettes, chanceux, j’ai trouvé, à notre biblio de la rue
Morin, un exemplaire de « La petite poule d’eau » de
Roy. Je dois relire ce roman qui m’avait fait éclater en larmes
il y a si longtemps pour en jaser à « Bibliotheca »
du canal TV-5, vendredi matin prochain. Hâte de vérifier si j’éprouverai
une telle émotion encore ! À la télé de T.Q. (sans pubs !)
Rayon a revu —j’était au Salon de l’Outaouais— le film
« L’été meurtrier » que nous avions peu apprécié
en salle jadis et m’a dit l’avoir jugé sensationnel, parfait
! Un jour, dans un avion pour la France, on revoit un film de
Lelouch, « La belle histoire » —ou « Les uns,
les autres », je me souviens plus—, qu’on n’avait pas
beaucoup aimé. Voilà que nous estimions énormément ce même
film sur l’écran de l’avion ! Avertissement : nos goûts
changent. Ou bien nous changeons tant que nous n’avons plus les
mêmes sentiments, les mêmes critères. Mystère !
2-
Hier, quittant CKAC, j’ai
filé chez mon fils à Ahuntsic. Pas un chat.
J’avais oublié que Daniel
m’avait dit être invité chez son beau’f Murrray à
Saint-Sauveur. Nous nous retrouverons pour le souper de Pâques
dans un restau grec, le clan Jasmin, le clan LaPan et aussi le
clan grec des Paltakis, maritalement associé aux La Pan. Alors,
je suis allé, un peu plus au nord, chez ma fille, Éliane.
Gabriel, mon trompettiste favori, me conduit à sa chambre où trône
un immense aquarium, puis veut me faire visiter un immense magasin
de poissons tropicaux —il est dans une passion-poissons
rouges—, rue Jean-Talon proche de DeLorimier. Diable, il y a là
une centaines de bocaux à poissons en formats divers et une variétés
de « nageurs ailés » étonnante. La beauté.
Je l’autorise à se choisir
quelques spécimens. Le grand géant, son frère Laurent qui nous
a accompagnés, est aussi curieux que son grand-père de ces
bestioles aux coloris enchanteurs.
J’ai invité la famille au complet
au « Wok » chinois de la rue Fleury. Bouffe chinoise
que j’aime que ma chère Rayon déteste. Infidélité totale !
Compensation :deux assiettées ! Hon ! Gabriel, goguenard,
m’a offert une épinglette écrite en calligrammes chinois. On
questionne un gentil serveur du « Wok » qui déchiffre :
« Québec libre ! » Contentement du vieux patriote.
Répondeur : téléphone des
Faucher. « On a beaucoup aimé ton conte de CKAC ». Je
dis à Jean : « Merci. Tu es bien intégré, tu as
tout compris ! » Françoise sera à Québec, dans trois
semaines, tout comme moi (pour le Salon du livre), elle joue au théâtre
là-bas. Je tenterai d’aller la voir sur scène.
Quittant le « château Chambord »
—rue du même nom— d’Ahuntsic, David me demande si je veux
aller reconduire chez lui, à Bois-des-Filion, son ami François
qui séjournait là. Un adolescent étonnant, merveilleux,
intelligent. François me narre un séjour récent de quinze jours
en Haïti avec les gens de son école religieuse protestante (de
Sherbrooke) où il étudie en pensionnaire. Merveilleuse expérience,
me dit-il, il a vu « une drôle de misère » sous un
si beau climat où les gens ne sont pas si malheureux qu’on
l’imagine. Il m’explique y avoir rencontré du monde
relativement heureux, pas « matérialistes et pressés »
(c’est impossible en cette contrée pauvre) des jeunes démunis
mais capables de rire, de chanter et de danser, pas enclins du
tout au stress ambiant de
l’Amérique du nord. À l’écouter j’ai compris comment il
peut être profitable de faire de telles expéditions pour des
jeunes. Il a réfléchi à des tas de choses et il se pose des
questions fondamentales maintenant.
3-
L’hydro-Québec d’Israël
a coupé le jus au Président Arafat ! On lui a bombardé tous ses
alentours. Le voilà au bord du martyr. Une bavure finale de
l’armée israélienne et c’est l’ explosion totale à
l’ONU. Nous vivons des heures graves. Une jolie jeune
palestienne se explosée. Horreur ! Une autre victime de la crise
actuelle. L’horreur de ces jeunes désespérés ! Sadam Hussein
enverrait des chèques aux familles des ados kamikazes. On imagine
un papa misérable dévoyé : « Pis, mon p’tit
gars, tu te décides à te dynamiter oui ? On a grand besoin
d’argent ! » Oui, l’horreur !
Ce n’est pas l’écrivain Jacques
Ferron mais son frère, Paul, médecin aussi, qui tout discrètement
initiait le « Parti Rhinocéros » et s’activait à
le maintenir, si mes souvenirs sont bons. J’en fus en 1967.
Comme agent officiel d’un candidat totalement mutique dans
Outremont. Nous fument invités
aux micros du Téléjournal de Radio-Canada,
un soir. En publiciste folichon
j’y allai de promesses électorales farfelues. À la fin
de mon laïus, c’était prévu, on demanda à mon candidat : « Qu’allez-vous
faire à Ottawa si vous êtes élu ? » Il avait droit
de parler pour cette question, il répondit : « 60,000
piastres par année, comme les autres ! » Lundi soir, au
« Lion d’or », il va y avoir une fête de commémoration
sur ce rhinocérocisme. On m’a pas invité.
Le nouveau maire Tremblay marine dans
une sauce malodorante ces temps-ci. Deux accusations de
favoritisme grave déjà et la question —patate brûlante—de
ses bons copains qui achetèrent, les filous, des « biens
collectifs » pour une bouchée de pain. Dont son échevin
Yomans de l’Ile-Dorval que le Gérald Tremblay blanchit
volontiers ! ! Oh la la !Le grave pétrin. J’avais, évidemment
voté pro-Bourque. Tremblay a dans
sa barque neuf (9) conseillers de l’ancien Montréal et 32 élus des
banlieues…
anglophones pour la plupart
et/ou pro-défusion. Mal pris plutôt.
Plein d’innocents qui
l’ont appuyé aveuglément. Cocus !
4-
Il y a quelques mois, ma sœur
Marielle, découvrant mon nouveau dada, l’opéra italien,
m’avait offert une cassette-radio avec des « extraits »
d’opéra chantés par le célèbre Andrea Bocelli. Durant des
soirs et des soirs, Rayon à ses toilettes vespérales, je mettais
le Bocelli, plein son dans la chambre à coucher. Le bonheur ! Je
connaissais ses tounes par cœur à la longue. Un soir, stoppant
la machine d’un coup de pouce énervé, Rayon, fit : «
Non mais…Ça suffit, non ? Ça frôle l’intoxication »
Elle avait raison. Ce matin, retour à mon vice- Bocellie durant
l’exposition lumineuse à la « Xérox » sur le lac.
Rayon rigole : « Ça t’a repris ? » J’ai
dit : « Viva l’Italia! »
Hier après-midi, rentrant de CKAC et du Wok chinois, une
note de Rayon, elle est chez des voisins, rue Morin,
à quatre portes de chez nous, « Viens ! »
J’y vais. Une scripte de la SRC, Nicole S., épouse d’un
chirurgien de l’hôpital Fleury, vit maintenant dans ce qui fut
l’auberge « La chaumière » de réputation
excellente. Étonnement de revoir ce restau de classe, transformée
en logis. Vrai petit manoir champêtre au bord du lac.
Des gourmets réservaient régulièrement
au restau du chef français qui fut longtemps aussi le chef du
« Chantecler ». C’était son « side-line »,
cette Chaumière. Je me suis souvenu, j’étais laveur de
vaisselle et aussi potier à l’ex-écurie de l’hôtel, et un
saucier du Chantecler, venu de Marseilles, m’invitait pour mon
anniversaire à une bouffe, moi le « tout-nu ». Rare
et divin repas.
Nicole nous parle d’une
bestiole effrayante qu’elle a vu nager, cet été, pendant
qu’elle se faisait bronzer sur un matelas pneumatique. Sa peur !
Une sorte d’énorme tortue inconnue avec dit-elle, une affreuse
tête de E.T. On a rigolé. Monstre marin ? Le petit lac Rond, un
nouveau Loch Ness ? J’ai hâte à l’été. Mon caméscope sera
prêt. Ah oui, pouvoir admirer son monstre !
Manie ? Je découpe des tas
d‘articles dans les gazettes chaque matin et puis…non, je
refuse de trop farcir mon « journal intime » avec les
nouvelles pourtant si extravagantes parfois. Ce fou suicidaire qui
tire à vue à Nanterre, La biographie de Dieu (!) en personne
selon Alexander Waugh, Boisvert jasant sur les « détectives
privés », le pape Pie numéro 12 et ses silences sur les
fours crématoires, Foglia et sa notion de « vulgarité »…Je
n’en finirais pas. Alors, je préfère descendre, la soupe de
Rayon est servie !