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À
CŒUR OUVERT
1-
Merveilleux
moment chez Rioux-Cuillierier hier soir, rue Hutcheson, quand le
couple a déployé devant nous une longue reproduction du « Rosa
Luxembourg » de Riopelle qui vient de trépasser ! Je
voulais démonter que ce n’est pas du tout une murale mais une
juxtaposition de tableaux sur un même thème.
Grande beauté tout de même,
suspendue aux quatre mains de os hôtes dans la salle à manger.
Ces oies blanches aux contours soufflés, évanescents, par
bombes… aérosols nous disaient : il est mort maintenant !
Un « in memoriam » de circonstance dans
l’appartement chaud de Pierre-Jean. Chaud car encombré, bohémien,
pas « design » du tout, Dieu merci, avec souvenirs aux
murs sur des tables, caravansérail, foutoir visuel qui me
convient tout comme chez les Sabourin, rue Clark, —présents
hier soir, Diane et Jean-Guy S. furent entraînés dans un débat
fou. Aile présidait notre débat. Thème survenu je ne sais plus
comment : l’homosexualité, inné ou acquis ? Gène ou
effet de culture ? Carole R., une psy, thérapeute émérite, se
mit en frais de démolir, à Aile et moi, notre conviction que
l’inversion sexuelle viendrait du bagage génétique, (pas une
orientation due à la mère « qui voulait une fille »,
ou au père désirant aussi « une fille »
et, encore moins, un choix), mais une fatalité de
naissance.
Les arguments volaient dans l’odeur
du bon café… après les bons
jarrets de veau —recette de « calcination modéré »
exotique— et rizoto avalés, arrosage de gorgotons avec bons
vins rouges.
La présidente autoproclamée, Aile, plongeait volontiers
dans le débat. Mon bonheur, on sait comme j’aime la polémique
! On s’enflamme. Trois pour l’ « inné »
(Diane, Aile et moi ), trois pour « l’acquis »
(P.Jean, Jean-Guy et le « docteur-Carole ») ! P.-J.,
volontiers « basique » court cherche un dico. Le ton
monte. Injures en bordure. Frontière d’intolérance verbale.
Des cris ! Piques et horions! Moi et le « Spooner » on
finit par dire : « peut-être ». Voilà la bonne
position. Si les chercheurs (CALIFORNIENS) en chromosomes déclarent bientôt:
eureka !, c’est un gène l’homosexualité, on s’inclinera
tous les deux. Si l’on conclut :c’est de l’acquis,
c’est culturel, on s’inclinera aussi. Chercheurs cherchez !
En fin de soirée, les trois couples
racontent la crainte des visites des voleurs : à l’Île
Dorval (Oh !), les Sabourin, dans un rang au sud de Sutton, les
Cuièllerier, à Sainte-Adèle, Aile et moi. Des petits bourgeois
« à résidence secondaire » quoi, et qui craignent
les vandales.
2-
Jeudi soir,
bouffe à « La sirène » avec Josée, revenue de Salt
Lake City sans compagnon… mormon et qui s’inquiète beaucoup
d’une grève menaçante à la SRC (vote samedi, aujourd’hui).
« J’ai besoin de tout mon salaire ! »
C’est un vaste restau aux lumières à pleines salles
(comme en Italie, ce qui nous surprenait, Aile et moi, en ’80) !
Proprios ? Des Grecs.
Fruits de mer variés ! Pas trop chérant, rue Jean-Talon, à
l’ouest de Rockland, —tout proche de notre pied à terre du
Chemin Bates— ce « La sirène » offre de la pieuvre.
Miam ! Un régal !
Mieux que les calmars, moins caoutchouté ! Clientèle de Ville
Mont-Royal, beaucoup d’Israélites, Syriens, Grecs, Libanais,
etc. Beaucoup de vieillards, femmes et hommes, silhouettes de
richards calculateurs…Des enfants en masse. Un lieu animé, je
vous jure. La fédéraste Lysiane Gagnon de La Presse
s’amène. Raideur. Josée et Aile : « vous
vous saluez pas, rien ? » Non. Ça pourrait mal tourner.
Un voisin de table fume, comme moi,
des More au menthol, paquet vert, clin d’œil de connivence.
Puis, debout, le fumeur : « Content de vous voir.
J’admire votre franc parler. Bravo ! » Autre voisin :
le riche Pédégé de Sogides, Pierre Lespérance. Nous causons un
brin près du péristyle en rotonde à la décoraton « flashy »
greco-moderniste. Souvenir :sa soeur , S., béguin fou,
baisers volés —La jolie S. va à l’école de cet hurluberlu
de « monsieur Tudon » (voir « Je vous dis merci »)—
caresses derrière la gargote de papa. Nouvelle flamme
quoi…—me voyez-vous beau-frère du Pédégé-Crésus
aujourd’hui, éditeur important— et l’idée de changer de
« blonde » mais la « fiancée » du moment
surviendra : « Je suis enceinte, je sors de la
pharmacie. » Oh ! Enterrement rapide du béguin en
gestation, éloignement de cette …sirène… et réservation
d’une date de mariage et vite !
3-
Avant
« La sirène », suis allé dans le nouveau-Rosemont
visiter ma quasi-jumelle, Marielle. Un plein sac de livres lus.
Son contentement. Son Albert —sors-moé donc Albert— en forme.
On croque des rouleaux de chou chinois, un Pernod, mon ancien
« drink » familier, on regarde des photos du « Picola »
où l’on fêtait Marielle en janvier. Offre d’un classeur à
quatre tiroirs. Deux heures de jasette ad lib. Aile est à ses
courses ave sa vieille Jetta.
Quand je
quitte leur rue Ephrem-Longpré,
l’horreur : miroir dans l’escalier, sur le
trottoir, dans la rue, glace sur les autos, verglas partout.
Gratte, gratte, gratte, et
je finis par repartir vers « La sirène ».
Jeudi midi, courriel du Cardin qui
veut raconter « son » Ahuntsic, il a découvert les
J.N., l’« à coeur de jour » :
« Des
parcelle de vie charmantes, l’impression d’être votre voisin,
votre ami, quelqu’un qui partage votre vie » Justement ce
que je voulais, ce que je souhaite. Content. Cardin me remercie
encore de l’avoir secoué, encouragé, fouetté ( pas méchamment)
et lui qui s’était dit « en panne », voilà qu’il
m’imagine maintenant présent à son lancement. Parlez-moi de ça
! Une dame Tremblay, journaliste et mère de famille, voudrait mon
aide en vue d’un bouquin où elle va défendre le beau rôle des
femmes qui décident de « rester à la maison », d’élever
des enfants. Je lui explique que je déteste jouer ce rôle de
tuteur des écrits d’un autre, que je n’y crois pas du tout.
On a le « virus » d’écrire ou on l’a pas. Il faut
se jeter à l’eau. Riopelle, le fou de lumières (de couleurs,
c’est la même chose )déclarait : « Un virus, la
peinture, une maladie, on attrape ça et on n’y peut plus rien »
. Vérité.
4-
J’ai débuté,
excité, la lecture du « Journal » de Françoise
Giroud, l’année 1995. Déception. La célèbre journaliste
parisienne ne s’y révèle nullement. De jour en jour, elle ne
fait que commenter les actualités lus dans les gazettes. Et rien
d’autre. B’en ! Cela devient un livre de réflexions,
d’essais brefs. Ce n’est pas cela un vrai journal. Il doit y avoir aussi
des « entrées » où le diariste doit nous faire voir
sa vie ordinaire, les éphémérides de son existence sinon
c’est autre chose. Pas un « journal ».
Vu un autre épisode de « Tabou ».
Portal et Houde y jouent fort bien. Mais…il n’y a qu’une
seule intrigue, cette mètre qui est obsédée par sa fille portée
disparue il y a sept ans. Alors ça piétine, c’est redondant ,
c’est répétitif. Excellent sujet pour « une » émission,
un film. Pas pour un machin à épisodes !
Vu aussi un épisode nouveau de
« Fortier », série à enquêtes policières où un
limier féminin est aussi psy. Cette femme, apparemment un peu bêta,
gourde, trouve toujours, seule, les tenants et les aboutissants
des crimes en cours. Elle est
la seule brillante de la station de police. Les camarades
du détective Fortier
—l’intuitive géniale—sont tous des hommes plutôt bornés.
Farouche Fabienne, ainsi, sublime son
féminisme ?
Et aussi la psychologie !
Son compagnon de vie, c’est très
publicisé —par exemple,
elle l’a amené, chez Arcand— est un psy ! Ça me fait
rigoler, savez-vous !
Sa dernière histoire, celle d’une
fausse timide, infirmière ou laborantine, frêle d’allure,
grande maigre quoi, névrosée, psychosée même, qui tue
plusieurs femmes enceintes, —quelle vigueur !— qui arrachent
les fœtus des ventres, est tarabiscotée en diable ! Du Stephen
King dévoyé ! « Monsieur Larouche », le psy, la
conseille-t-il bien ?
5-
Un certain
« ex-gambler » repenti, Raynald Beaupré, se soignant
de son « vice du jeu », écrit partout qu’il est
inquiet de ce nouveau patron de Loto-Québec. L’ex-pédégé de
la Régie des alcools, passé de la « dive bouteille »
au vice du jeu étatisé, annonce qu’il veut diminuer les offres
au « gambling », qu’il va réduire le nombre de
machines maudites, qu’il va donner plus de secours aux
compulsifs… et autres vœux pieux face à cette organisation maléfique,
scandaleuse, qui rapporte plus d’un milliard de belles piastres
aux coffres de l’État. Hypocrisie rare !Il n’y a qu’une vérité :
l’État profite de cette « maladie ». 30% des
profits venus de 2% des « gambleurs » maladifs.
Point final. C’est un État-mafieu. Point re-final.
C’est l’État maquereau. Une maquerelle publique qui veut se
travestit avec des allures de bonne dame « patronesse »
digne ! Allons !
Conte bref, intitulé : « Donnez-moi
de l’Oxygène ! » Claude Roquet (de
Investissement Quebec) avertissait
la ministre Marois : « méfiez-vous des démarcheurs
chez « Oxygène 9 ». Là où régnait un ex-petit-copain
du pouvoir, un ami intime du ministre « pleureuse »,
le Gilles Baril démissionnaire en larmes ! Questionnée à
l’assemblée nationale, Marois ne confirme ni n’infirme ! Oh
la la ! Un conte noir. Les amateurs de subventionnite aiguë
—avec % aux démarcheurs— doivent rire sous cape.
Et voilà le maire Gérald Tremblay,
ex-défusionneur— élu par les blokes effrayés, pris encore (déjà
!) dans un deuxième tipatouillage-à-favoritisme ! Ensuite on
entendra : « Danger pour la précieuse démocratie !
Les gens n’ont plus aucun respect, aucune estime pour les élus
! » Ben !
Comme on entendra : « Faut
pas attaquer le monde religieux. C’est important dans une société
la spiritualité, vous savez ! »
Ensuite ? On lit qu’un juge californien (Sans Francisco),
David Garcia, remet en liberté un prêtre catho accusé de 224
accusations de pédophilie. « Ça fait si longtemps de ça
(1965-1980) », dit mossieu le juge Garcia. Le révérend abbé
Patrick O’Shea, 69 ans, sortira donc de sa prison où il
attendait la « clémence » depuis deux ans. C’est
aussi un escroc : vol de 150,000 $ à l’Église catho. La
procureure, écoeurée, Linda Klee, déclare que cette libération
pourra autoriser l’abandon de 13 autres causes de pédophilie.
Elle veut aller « en appel ». On suivra ça !
6-
Un samedi
ensoleillé : installation sur nos transat signés « Lafuma »,
dehors. Je lis le dernier numéro de « l’Actualité ». Un
long reportage de Micheline Lafrance. Interviews avec quatre ou
cinq auteurs d’origine diverses. Toutes, absolument toutes,
ne parlent que de leur pays d’origine, ont publié des
histoires de leurs anciennes patries abandonnées, écriront de
nouveau sur leurs contrées d’origine, ont des projets pour
faire revivre leurs souvenirs de leurs pays d’origine. Une face
grotesque. Micheline L. de « l’Actualité »
n’y voit rien d’anormal, de bizarre. Pas un seul petit
commentaire à ses questionnées, ou questionnement du genre :
« Mais ici, maintenant, avez-vous envie d’écrire sur ce
que nous sommes, nous, vos nouveaux concitoyens, rien sur le pays
québécois où vous allez devoir vous intégrer, veut veut pas,,
les chocs, les accords, les découvertes, les harmonies, les différences,
les difficultés, les hostilités
ou les accommodements, les rencontres fertiles.
Sinistre, lamentable, très
attristant paquet
d’entrevues. Instructifs aussi : on ne vient pas
s’installer parmi nous pour échanger, nous mieux connaître.
Mais non, on vient pour mieux vivifier le choc des ruptures.
Examiner les blessures de l’exil. Point final. Nous
n’existons pas (83% de la population !) pour les
Aki, Tecia, Elena, Sonia et Abla ! On se fait subventionner
(via les éditeurs aussi) pour raconter par les détails, le
territoire fui, abandonné, quitté
!
Quelle pénible farce ! Bulgare, Chinoise, Japonaise,
Georgienne…toutes, elles pourrait s’interroger dans leurs
ouvrages sur « qu’est ce que c’est Québec » ? Non
! Rien ! Pas une seule n’a envie d’écrire sur leur patrie
d’adoption, le Québec. Lamentables et « racistes »
comportements nostalgiques. Moi, écrivain m’installant disons
en Espagne, je tenterais d’écrire surtout, d’abord et au plus
tôt sur mon nouveau pays, l’Espagne. Ma patrie d’adoption.
Mais non, les subventionneurs
encouragent ces écrivaines émigrées à gratter les vieilles
plaies, à ne rien oublier de leurs anciennes racines,
et à refuser de s’intégrer. Je dénonce ce
cosmopolitanisme vicieux à la mode, oui, je parle de cette
sinistre fascination —en médias— à sauce internationaliste.
De cette émerveillement de « colonisé. » dans le
« Écrire » qui va paraître sous peu. Je craignais
que « la chose » soit en train de se corriger et
que je serais « hors propos. Non, le long article
complaisant et sucré de Micheline Lafrance de « l’Actualité »,
me prouve que je frapperai dans le mille. Personne pour dire aux
Aki Shimazaki, Tecia Werbowski,
Sonia Kaleva, Abla Farhoud que nous serions normalement
curieux de lire sur
leur adaptation québécoise, leurs « arrangements »
depuis leurs « dérangements » obligés.
Voilà à quoi on a fini par aboutir
avec cette politique —initié par Trudeau le centralisateur qui
voulait nous diluer, manigances poursuivies
par les fédérats— la propagande du « lécheculisme »
multiculturel.
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