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1-
L’arraché
du lit, ce matin, tard, très tard ! Bon Dieu que l’on
hiberne ces temps-ci ! Il y a le rhume épuisant d’Aile.
Il y a aussi que j’ai bouffé trop, beaucoup trop, de la belle
morue fraîche avec riz tomaté aux olives noires
hier soir. Un bon régal à la Aile ! Tant que je suis allé
marché dans le soir. Que de rots sonores en chemin ! Pas grave,
pas un chat dans la place. Deux
silhouettes seulement en cours de promenade : une dame avec
un « énorme » chien, un homme avec un « tout
petit » chien. Les chiens font sortir ? J’avais quitté ce
« Music-Hall » de Larouche. Au retour, c’est fini.
« Pis ? », je questionne. Aile hésite…puis :
« Ce bon gros Claude Blanchard, qu’il est fascinant !
Surtout quand il ne dit rien ! »
Bizarre cette assertion ! Ce cabaret à danseuses et à
musiciens, je n’en imaginais aucun de nos jours. Il n’y a en a
plus, aucun. Cela faisait que la crédibilité du lieu élu me
semblait factice. Assez, ne l’ai pas vu et Aile semble si réticente.
Vu le « Asbestos », merci vidéo ! C’est fort bien
parti. Les décors de la mine : oh ! Parfait. A-t-on tourné
à Asbestos même ? De la rétro bien faite en tous cas et je
suivrai ça.
J’ai quitté « Journées nettes » hier en prédisant
la mort encore au Proche-Orient. Ensuite, je parle pas au diable ,
non, mais aux actualités, oui, de nouveaux tués. Facile à prédire
l’ouvrage cruel de ces « enragés » des deux bords,
évidemment.
Soleil et temps plus chaud qu’hier. Chez ma « poucheure »
de drogue (nicotine) l’alerte veuve Constantineau : «
Je vous ai vu aux téléjournal de TVA, hier. C’était bon. Vos
petits débats amènent une amusante récréation dans les
nouvelles, c’est bien. Et j’e préfère cette Dominique
Bertrand à Isabelle Marchal qui fait une peu…quoi ? trop fardée
? » Je rigole, je la remercie. Elle n’en revient pas que
pour un cinq minutes, le camion TVA se rende à Sainte-Adèle. Je
dis : « Il leur faut battre Mongrain de TQS à tout
prix ! » On rit.
Compliments bizarres car Aile m’avait jugé : « Pas
trop fort. On aurait dit que tu y mettais aucun cœur. Tu
m’avais dit, Claude : « Je vais traiter la
question « homme fainéant » (selon un sondage-Léger)
au foyer avec « humour »,
tu n’en as pas trop mis ! » Moi aussi, je m’étais
évalué pas bien présent !Bof, la vie en méfias, des hauts et
des bas ! « Je ferai mieux la prochaine fois », se
dit-on. Il y a aussi que je préférerais polémiquer avec un
homme. J’ai été élevé (mal ?) à une sorte de respect, de
galanterie avec les dames. Aussi, je suis mal à l’aise quand il
faut foncer sur une demoiselle mignonne !
Courriel : un certain Cardin me crie SOS, ce midi. Il
m’avait voulu comme « conseiller littéraire » pour
son projet, il y a un an. Refusé. Je ne fais jamais ça. On ne
l’a jamais fait pour moi. Ce
serait si vain. Or, le voilà en panne et il panique,
me dit-il. Il me demande « des trucs » pour
pouvoir continuer à rédiger « sa petite patrie »,
Ahuntsic. Il y a aucun truc. Je l’ai secoué, vilipendé, semoncé,
fouetté…Mais il n’y a que lui pour pouvoir rallumer sa
flamme. Ah « le dur désir de durer »!
Lanctôt me chicane ce midi sur l’Internet :
« Quoi, publier ton journal sans que je le lise d’abord,
tu veux jouer les prima donna ? » Je lui répondrai :
« C’est que je publie depuis 50 ans, cinq ou six livres
chez toi, tu sais pas mal de quel encre je me…chauffe. Non ?
Lanctôt m’avait dit un jour : « Claude, je
veux publier tout ce que tu me pondras. » Il termine son
courriel : « Tu choisiras entre Lévy (Beaulieu) et moi »
En vérité il y a que j’apprécie peu qu’il retienne
mes versements de royalties, écrivant il y a un mois ou deux :
« En attendant ma subvention du Conseil des arts ».
Mais ce sera donc toujours la même histoire, merde ! Lanctôt le
désargenté sort un livre par semaine ( comme feu Yves Dubé) et
« ne crache pas » aux auteurs. Dubé mort et Leméac
en faillite, ses auteurs (Maillet, Desrochers, Tremblay et moi)
furent « remboursés » par des chèques de
l’ex-ministre « mulronéen », Marcel Masse
d’Ottawa. Ce fut humiliant et je ne souhaite pas revivre cette
situation.
Dans son « Les livres des autres » Beaulieu
: « Les éditeurs sont subventionnés, hélas,
selon le nombre de leurs publications, c’est mal. »
2-
Encore ?
Laurent et Gabriel, fils de Marco et de ma fille, refusent notre
invitation à séjourner ici (vacances de neige). Eh ! Je les
comprends. Ado, moi aussi, pas question d’aller en vacance chez
des vieux. Ils ont des amis. Oh l’importance des amis à cet âge
! Normal. Et, ici, pas de jeux d’ordinateur, ni « play-game-machin ».
Daniel mon
fils grisonnant (déjà ?) est souvent
intéressé par la philo, la psycho, ce qui me réjouis évidemment.
Voilà qu’il m’annonce (enfin ?) ne certaine quête
de…spiritualité. Ou bien de quoi ? De sérénité ? Il
m’annonce qu’il tripatouille des bouquins
du côté Zen des choses, du côté de l’hindouisme, du
Bouddha. Bravo ! J’ai souvent voulu quêter de la sagesse de ce
côté :
«
religion, philo asiatique ». Mais le temps…Daniel
m’informera je suppose.
Quand David est venu ici ce fut loin de la philo, il nous
entretenait, avec pédagogie, et il a 20 ans, sur l’économisme
(matières qu’il étudie à Concordia), sur le fameux Keynes,
sur Adam Smith, sur un monde que nous ignorons. L’aîné de mes
petits-fils était une sorte de « jeune Jésus au milieu des
docteurs » (en communications Aile et moi).
3-
J’ai mis
beaucoup de temps, plusieurs livres, avant d’oser mettre
« écrivain » sous mon nom. Je lis souvent « écrivain
» sous des noms inconnus. Auto-proclamation ? Ce matin, un
certain Tassinari, « écrivain », vante des migrants
de notoriété publique québécois à titre de « métis. »
Il cite le fameux graphiste et affichiste Vittorio ! Stop ! Jamais
Vittorio n’a joué de cette « carre de visite »
parmi nous. Jamais au grand jamais !, J’ai toujours considéré
Vittorio comme un Québécois à par entière.
Ce qu’il est, ce qu’il proclame sans aucun doute. Je déteste
cette manière de distinguer, via l’origine ethnique, nos créateurs.
Ni un Curzi, ni un Aubert Palascio ne le font. Cette engeance du
« multiculs trudeauesque » me fait littéralement…chier
! Pourtant l’auteur (in : Le Devoir) semble dédaigner
« le ghetto et ses folklores ». Il parle de deux
bouches à la fois ? Ionesco est un dramaturge de France, non ?
Picasso est un peintre de France (ou il a vécu toute sa vie).
L’Espagne a bien le droit de lui faire une fêtes « post
mortem », de lui ouvrir un musée, c’est une sorte de
« récupération » intéressée. Pour le tourisme ?
Vittorio, cet artiste de génie,
est un Québécois et allez au bonhomme « collègue »
Tassinari !
4-
Maudite
zapette indispensable désormais !
Après souper, avant ce Music-Hall bidon, voyagement
cathodique : A- La mafia de jeunes Noirs aux USA. Les
« Crips », bandes en réseau. De Los Angeles à
New-York. Violence
extrême parfois. Commerciaux :je
zappe donc et vite —l’horreur indicible de ces vendeurs-à-domicile
m’insupporte totalement. B- Émission mensuelle de « Double
Je », à TVA-5, avec Pivot. Le lécheculisme aux émigrations
réussies, « mon doux Dieu que vous parlez bien notre si
belle langue », alors que c’est normal, naturel et nécessaire.
L’émigrant en Espagne parlera l’espagnol, et en Allemagne, l’allemand, il n’y a aucune félicitation
à faire, c’ est indispensable pour une intégration
ordinaire, non? Pouah ! Zappons ! C-Les vendeurs de « flacatoune », les contrebandiers de l’alcool
à travers les temps. Ouen ! Zap ! D- Les massacres
(Milosevic aux commandes de cet enfer) au Kosovo, les cadavres
transportés nuitamment en Serbie ! L’horreur ! Commerciaux
encore ! Ouash, fuyons encore !
Bref, pas une vie ! Lassante navigation, comment revenir à
temps, et où au juste ! J’ouvre un livre. Ou une revue. Je dis
à mon Aile : « Je crois que, bientôt, je ne
regarderai plus la télé. Que, parfois, TQ pour ses films sans
pauses publicitaires, ou Historia, même raison, ou ARTV pour le
dramatiques de jadis. » Elle dit : « Pour demain
soir, je loue un film. »
5-
J’ai
honte. Un peu. Aile s’en va marcher au soleil sur le lac devenu
une immense patinoire bellement ensoleillé. Moi non. Terminer mon
journal. Oui, la honte. J’aime tant écrire, une vraie passion.
Et je sais qu’au moins un éditeur (à Trois-Pistoles) veut le
publier cet automne. Ma santé ? Je m’en repentirai un jour. Je
le sais.
L’« affaire-Cornellier » —faire étudier,
au collège, d’abord les « jeunes » classiques québécois
au lieu des « vieux » classiques de France—
s’agrandit. Trois textes ce matin. Un pour le prof
Cornellier —qui a publié qu’une meilleure identification
« littéraire » viendra des classiques Québécois—
et deux contre. Une retraitée prof lance : « Les
jeunes trouvent pus facile Balzac que Anne Hébert. » Oh, oh
! Facile, belle pédagogie ! Paule Saint-Hilaire compare Grignon
avec Molière sur l’avarice, Camus et André Langevin sur
l’absurde ! Je ne voudrais pas être comparer avec Pagnol, ni
avec Saint-Exupérit, eille ! Ouow ! Intimidation complète :comment
comparer des « gloires françaises » avec les auteurs
de notre jeune histoire littéraire ? Raciste invertie, mépris
pathétique, cette Paule affirme que l’identité n’a pas
« à être « paroissiale » ! Ses termes !
Pierre-Paul Roy se range avec Cornellier mais jargonne. Se
dit d’accord avec ce Maurice Dantec qui dit que la France littéraire
c’est fini ! Connerie d’une sottise rare ! Ineptie d’un
autre exilé français fasciné par New-York. Roy parle d’un
« américanisme mental », d’une république mondiale
des Lettres », un baratin baroque !
6-
Téléfilm
Canada (agitez l’unifolié ici ) va changer : il faut faire
des films populaires, il faut que les Canadians aillent les voir,
il faut que l’industrie « canadian » se revitalise.
Son nouveau président, (jeu de la chaise musicale, cooptation) M.
Stursberg, va y voir. Neuf Québécois sur 100 soutiennent leur cinéma, pourquoi donc
seulement deux Canadians sur cent ? Je le sais moi :
il n’y a pas vraiment une « nation Canadian », à
part quelques intellos « nationalistes » des universités,
le Canadian est américanisé.
Et
…jusqu’à l’os ! Good luck Richard Stursberg !
Jadis, lisant sur l’histoire de l’Angleterre du temps où
le français était la langue officielle outre-manche, je me
questionnais sur la chère jeune sainte Jeanne D’Arc boutant les
« anglois » de France. N’a-t-elle pas empêché —séparant
ainsi les deux nationalités, les antagonisant pour de bon— la
langue française de devenir une langue internationale autrement hégémonique
alors que l’espagnol monte sans cesse. Avec le temps, l’établissement
en fière Albion aurait fini sans doute par imposer, par répandre
le français dans les îles.
Pas sûr mais fort plausible !
Eh bien, d’autres y ont songé comme Henriette Walker,
par exemple, qui publie « Honni soit qui mal y pense »
(Lafont, éditeur). Cette grande nation parlant français, de
Londres à Berlin (ou quasiment), unie, aurait colonisé l’Amériques
du nord de fond en comble.
Imaginons cela : seulement de ce côté–ci de l’Atlantique,
près de 300 millions de francophones ! Ajoutez à ce 300
millions, Angleterre, Écosse, Galles, Irlande probablement !, et,
qui sait, tant d’autres pays d’Europe entraînés à cette époque
par la force du français. Rêvons, ça ne coûte rien.
7-
Je reviens
tout juste, pause obligée, du magasin de 17 h., de l’École hôtelière
voisine. J’ai toujours un livre de poche installé dans la
file. Ces temps-ci, le polar : « Pars vite,
et reviens tard ». Surprise
ce mardi, il n’y a que deux dames en attente de bonne bouffe
ou… de déceptions disons car, parfois, leur menu est maigre !
Deux bavardes amènes et nous voilà trio jacassant. L’une vient
du Plateau, milieu modeste, l’autre vient d’Outremont. Quoi ?
Non, non pas de ce « Outremont-ma-chère », cette
scie, car il y deux Outremont : le bas, au nord, et le haut
au sud, plein de
manoirs sur les coteaux du mont Royal. Les portes s’ouvrent et
c’est rempli de belles offrandes. Ma nervosité ! Comme
toujours, je remplis mon petit panier au grand complet et puis, je
distingue, je calcule et je rejette pour les retardataires. Il y a
Aile qui me gronde souvent : « Ah non, pas ça, pas ci
! »
Cette fois canard, cailles, potages frais…elle est
contente.
Faudrait bien que j’en ponde une de mes dix histoires érotiques
promises à l’éditeur Jacques Simard pour le marché français.
Mais quand ? Le matin ?
Vers 10 h., petit-déj, journaux, courrier postale, parfois
travaux de maisonnée. Ensuite, lunch léger vers 14 h. Le soir ?
Télé aux côtés de ma tendre Aile (« tendr’aile »,
mm !) avec les infos et/ou divertissement, surtout des
documentaires, et lectures si c’est « plate ».
L’après-midi ? De15 h. à 18 h. : Les courriels et
mon journal.
Bon, c’est décidé, je couperai la poire en deux :
le journal mais seulement après ces dix nouvelles « amoureuses ».
Le romancier a des droits, non ? Ouen, me semble que je voulais
peindre et ne plus écrire moi ? Un éditeur vous veut et voilà
comment on est :on dit « oui ». Écrire, maudite
passion !
Carmen M. du J. de M. me ré-expédie, enfin, quelques
vieilles photos remises offertes de son interview sur « Je
vous dis merci ». Note : « Je prends ma retraite. »
Ma vadrouilleuse « mondaine » à l’ancre, comme tant
d’autres vétérans, il me restera plus rien de ces fidèles
supporteurs de ma prose annuelle. Me semblait que j’écrirais
plus… la ferme Jasminovitch ! |