Le vendredi 1er mars 2002


1-

Nous quittons Montréal sous un soleil velléitaire ce vendredi matin et aboutissons dans nos Laurentides sous un ciel tout gris. Zut !

Achat de bons beignets, rue Laurier, comme avant « petit-déj » (allô Paris !) pour patienter en voiture. Miam ! Hier soir, bouffe à La Diva, en  face de la SRC avec la « revenante » des J.O. EN Utah et je lui demande : « Vrai Marie-Josée, tel qu’entendu hier à la radio par un commentateur d’ici, que Salt Lake était comme un affreux Camp de concentration ? » Elle dénie : «  Non, mais non. À Nagano comme à Atlanta, où j’ai bossé, il y avait aussi plein de fusils et de mitrailleuses. C’est la règle pour la sécurité maximum, c’est tout. On s’y fait vite. On les voit plus. » Cadeaux à Aile et à moi de briquets-bricoles marqués du sigle des J.O. mormoniques.

Pennine « alarabiata », trop épicés, et vin rouge. Puis des nouvelles et potins sur notre ex-boîte : une SRC aux abois, aux trop bas « indices d’écoute », panique amenant de la nervosité dans les murs avec brassage de camarades.

     Lors du débat « homoparentalité » chez Liza, il y a peu, rencontre de couloir du Pierre Nadeau. Salutations et Nadeau me dit : « Drôle de te croiser, je sors  d’une réunion de production à l’instant et on vient de mettre ton nom sur une liste. Nous préparons une série d’interviews avec le réalisateur Pierre Castonguay.  Des causeries sur les années de la Révo tranquille, etc. Tu accepterais de venir à nos caméras et micros, Claude ? » Je dis oui. Ça va de soi, j’aime bien nostalgiser un brin.

      Au restau  « La Diva » je sortais de TVA, du studio-placard (!)  où —quand je suis en ville— on me duplexise avec l’Isabelle Maréchal pour un autre topo-débat —aux nouvelles de Bruneau. Curieux : au dixième étage de TVA, on me maquille vitement  puis on m’enferme dans un petit garde-robe (!). Il  y a une petite table, un fauteuil et une caméra-robot. Porte refermée, je suis tout seul. Je vois Bruneau en action sur un moniteur. Soudain, oreillette, on  me dicte : « Attention, ce sera à vous dans une minute. Ne regardez que la caméra.  Stand-by. »

     Sensation étrange. Solitude totale pourtant peuplée : voix d’un régisseur, d’un technicien (« vous entendez bien, oui ? »), d’un réalisateur, puis voix de l’animateur Bruneau, voix de Isabelle.

       Seul et pas seul vraiment! Hier je réussis à dire deux choses qui m’importent : un, « le racisme inverti »  (ma nouvelle marotte et je ne cesserai plus de bien enfoncer ce bon clou) et l’américanisation publicisée sans cesse —nos médias en courroies dociles des produits USA— qui n’a rien à voir avec culture  « universellle » ni « internationaliste ». J’ai crié presque : « pourquoi ne jamais rien savoir de ce qui se fait de mieux à Berlin, Tokyo ou Madrid ? ». La Maréchal rétorque : «  Ah, en Europe, Claude, oui, vous pourriez obtenir tous les canaux, ici, on est sur le continent nord-américain. » Mon œil ! Il y a des satellites. Et des rubans magnéto, non ? Un feu, un déluge, un accident à Moscou ou à Kaboul et on voit toit, dans l’heure, non ?    

         Et puis, parlons en « américains » tiens : on sait quoi sur les « meilleurs » talents de Mexico, de Buenos Aires, de Rio de Janeiros ? Rien ! De La Havane ? Rien. Faut pas compter sur les USA pour voir ce qui se fait à Cuba, je crois !

       Aile en bonne conseillère me confie : « Danger cette série de topos. Ça surgit dans le bulletin de nouvelles, on ne sait quand, on ne sait trop pourquoi. Il n’y a pas « chronique ». Vos machins-débats, cela peut faire « forcé », « fabriqué », « obligation de polémiques ». Mon chou, méfie-toi. »

       Aie, Aile ! Aïoylle ! Elle a raison. Je vais communiquer vite avec le chef-Fortin. Le prévenir. Fonder une chronique et qu’elle soit titrée (« La belle et le bête » ?) et régulière, tel jour, telle heure. Que cesse la manière « cheveu sur la soupe. »

       Maints témoignages d’appréciations pour le débat à « Dans la mire »,chez Cazin quand on a discuté couteau « sirpan » à l’école et « intégration des émigrants. Un certain Pascal Beausoleil, jeune animateur de radio (à CIBL je crois)  me téléphone hier midi. Des éloges sur la « grande gueule », puis : « J’ai tant aimé, chez Cazin, votre ton direct et  votre bon sens. Je vous contacterai à Sainte-Adèle lundi matin, on va parler « rectitude politique » à mon micro. »  J’ai accepté, flatté comme le corbeau au fromage face au renard du Fabuliste.

2-

Aile salive ces temps-ci. Tas de neuves séries démarrent à l’horaire de nos télés.  Je suis fou du monde des livres, Aile, elle est folle du monde des dramatiques. Normal.  20 ans à travailler là-dedans. Elle examine tout en experte, castings, découpages, montages, éclairages, décors, costumes. Première de « Fortier » hier soir. Appréciation totale. Première de « Tabou », même contentement. Aile est pas peu fière d u « savoir faire » québécois désormais. Je lui donne raison,  « Le Collectionneur », film de Beaudin, prouve ce savoir-faire, à la télé, en effet, ces deux émissions nouvelles illustraient hier soir le « bon ouvrage » dans le genre.

       Des caméscope, hier, dans des séquences de « Tabou » et je songeais à ce montage de mon Gabriel, cadeau d’anniversaire au papi,  où on revoit les petits-fils, gamins, en action chez eux, il y a dix ans et davantage encore. Qu’est-ce que je donnerais pour voir Aile à cinq ans, à douze ans ! Et moi à quatre ans, à quinze ans ! Eh ! Pas de caméscope encore. Ah, voir maman à 40 ans, papa à 30 ans !

3-

Je n’achèterai plus jamais  « Le Monde diplomatique  ». Le patron, Ramonet, au « salon du livre » de La Havane, en invité d’honneur, ose chanter les vertus du « despotisme heureux ». Oh que ça fait « despote éclairé » de jadis ! Saloperie, dit Mario Roy avec raison, quand le Castro-despote-heureux fait jeter en prison tous les penseurs dissidents. Ménard de « Reporters sans frontière » a eu raison hier de parler de « honte et infamie ». Castro aurait ordonné une édition cubaine augmentée du livre de son louangeur, « Les Propagandes silencieuses ». Roy publie que l’hebdo de Ramonet se titre désormais à Paris  :« Le monde diplodocus ». Bin  bon !

        Aile a reçu ses nouveaux verres hier. Même choix, exactement. Un vrai couple en osmose, non ?. Emblématique en diable. Danger maintenant de nous mélanger de lunettes, au réveil, le matin, en chaussant les bésicles de l’autre ! Vraiment, on en rit. Ce choix fut fait à notre insu. On a donc les mêmes goûts, à 100 %

       J’ai craché un peu de fric hier : pour Les Anciens du collège Grasset, pour les Amputés de guerre, pour La cinémathèque et…pour quoi encore ! D’anciennes émissions (de variétés de la SRC) sont à l’affiche de notre télé-cinémathèque pour mars et avril, et Aile y a son nom. Me me semble  pas très fière du fait. Quelle modestie chez elle ! Côté donations diverses, Aile est encore bien plus généreuse que moi. Cela doit se savoir car les demandes d’argent se multiplient et parfois elle en vient à rechigner. Est-ce que l’on échange les listes des donateurs en un haut-lieu mystérieux d’entreprises caritatives ? Ça se pourrait-y ? Non ? Hum…

      Lecture du « Collectionneur » de Brouillet, en livre de poche,  et Aile me dit, honteuse : « C’est bon mais j’ai mieux aimé le film de Beaudin, c’est fou non ? » Non. Ça arrive. Rarement.

 4-

 Oh la belle et bonne nouvelle, mon ciné du coin « Le Château » est classé patrimoine historique.  Ça me fait drôle, je viens d’en chanter la beauté, le mystère, son pouvoir d’attraction sur nous, jeunes de Villeray, dans ce « Écrire» qui est à l’imprimerie en ce moment pour « Trois-Pistoles éditeur ». Curieux ! Le voisin, le Rivoli, devenait, hélas, une pharmacie Coutu, c’était une très belle salle pourtant  ! Le beau  « Château de mon enfance » ( bonjour Marcel Pagnol !)  est donc sauvé d’une semblable hideuse métamorphose commerciale, hourrah ! 

       On a regardé (magnéto béni !) « Lulu sur le pont » film écrit et réalisé par Paul Auster. Du bon et du moins bon. Du « jean-luc-godardisme » bien  confus trop souvent. Des moments étonnants.

Ainsi, bien joué par Keitel, le héros du « Lulu… », un jazzman enlevé par des « méchants » anonymes, gardé dans une cave mystérieuse par un docteur-anthopologue, sadique questionneur, évoque Gene Kelly. Voilà son bourreau en complet-veston qui, ravi, déclare : « J’aime les Américains à cause de ce film, il vaut votre déclaration d’indépendance ». On est secoué ! Ce type fermé, se lève et danse ! À la Gene Kelly et chante « I am singing in the rain ». Ah oui, ici et là, des séquences merveilleuses. Hélas, fin obscure et « plate ».

   5-

Nous y étions, Aile et moi, chez Victor Hugo en 1980, au numéro 9, Place des Vosges. Il y a vécu 14 ans. La jolie place ! Demeure sombre, bourgeoise. Sa menuiserie (mais oui, bricoleur en plus) bancale, lourde. Quelques belles illustration d’Hugo sur les murs. On revoit soudain ce logis historique à la télé. Le présentateur de TV-5 y offre un film « Le condamné à mort » de Toto à Juliette. Film plutôt plat. Monologue pompeux en voix hors-champ… Zappette chérie par ici !

       Avant-hier, Aile part pour l’école des chefs. Rien que des soupes et des sauces, les leçons du jour ! Elle repart, mécontente,  pour le marché Métro aussitôt. Le lendemain, même pénurie de plats préparés quand j’y vais. J’achète des viandes crues. Aile est fâchée : « Je t’ai dit, pas de ça, jamais ! » J’ai offert le steak et le foie de veau frais à ma belle bru Lynn qui travaille de l’autre côté de la rue, en face de notre « pied à terre » à Outremont. Voilà que son patron,. Jacques Simard, m’accroche et m’offre une commande.  « Maintenant, dit-il, on a un réseau, de bons contacts à Paris. Ça t’intéresse ? On vend beaucoup de nos livres pratiques. Une manne pour Publicor ! » Je lui dis : « Non,  moi, les bouquins « pratiques », pas ma tasse de thé ! ». Il rigole et me dit : «  On a un marché aussi pour les écrits érotiques. En nouvelles. Ça marche très bien, là-bas.  Tu veux t’y essayer ? Tu pourrais utiliser un pseudo si tu veux ! »

       Diable…quand on vous veut…Et puis, oui, il me semble que je pourrais pondre du nouveau dans cette veine du « péché de la chair ». Et je m’y connais pas mal. Je lui dis « Oui, ça me tente, ça me changerais de mes écritures habituelles. » Simard semble content : «  Je te signe un contrat quand tu veux.  »

      J’en parle à mon amour. « Ça me tente l’érotisme ! » Voilà une Aile comme inquiète du projet ! Pourquoi donc ? Crainte de voir son Cloclo devenu auteur salace ? Allons, elle devrait bien savoir que je ferai pas le cochon, que la porno m’embête, m’ennuie  profondément. Alors ? Oh, j’y  pense, peur que je révèle des manières…, des façons… C’est cela, oui, je me comprends. Eh bien qu’elle frisonne ma belle Aile, je le ferai sans doute ce receuil de sensualité débridée. Ça ne traînera pas. « Une dizaine de brèves nouvelles », a dit le Simard. Bon. Ça va revoler, seins, cuisses, fesses, chair rose, chair opale, translucide, ah oui, ma belle Aile, tremble…

     Un peu de ce vieux Renoir, (fils du peintre auguste) à la télé et zapping ! « Éléna et les hommes » avec Ingrig Bergman, Marais, etc, scènes cuculs la praline, plein de cocotiers, imaginaire visuel à clichés, musiquettes  éculées, princesse polonaise à accent, stéréotypes des années 1900, la soupane antiquisante que je déteste. Oui, vite, on vogue ailleurs. J’espère toujours dénicher du « bon stock, man » chez Historia ou au Canal D. Parfois, oui, ça arrive !

      Ma chère Clémence souhaite aller davantage vers le dessin. Tiens !  Comme je la comprends. J’ai vu ces dessins colorés  partir de vieille photos de sa jeunesse ou de la jeunesse de sa mère. C’est naïf sans toujours la maladresse (authentique) des vrais peintres du dimanche, hélas. Pas facile l’art dit primitif. Il ne s’agit pas seulement de « mal dessiner », ce serait trop facile.  Tout le monde embarquerait. Il y faut une sorte de …vision ! Cela ne se commande pas. Je suis hors-concours là-dessus, j’ai appris (hélas ?) le dessin.

6-

Oh le renversant documentaire à RDI l’autre soir. « Grands reportages » (dumping souvent mais de qualité) illustrait l’ouvrage des espions des USA. Paquet de bavadrs, ex-employés, experts en la matière. Bien rémunérés, on l’imagine, pour témoigner sur les douteux procéés des NSA, CIA…  aussi sur CSE, G.C.H.Q et même GRC…

         Il y a un immense réseau nommé ECHELON. Très puissante machine américaine.  Vaste « soucoupe » parabolique mondiale. On écoute. On vous écoute. On écoute tout le monde. On apprend que ces « oreilles satellisées » indiscrètes se tiennent parfois loin des méchants ennemis virtuels. Ainsi l’espionnage payé par le public, un temps, fouine en France et découvre —clandestinement— que la « Thompson-France » graissait des fonctionnaires brésiliens pour un contrat plantureux (en Amazonie). Les « grandes oreilles » font couler la nouvelle. Scandale partout dans les médias. Recul au Brésil. Prudence. Gêne.  Et c’est une compagnie des USA (Sivam), bien informée, utilement alertée par ECHELON qui obtiendra le vaste contrat amazonien (17 milliards de dollars US !). Alliance Pentagone et Département Commerce ! Édifiant, non ? 

        Les dirigeants de Sivam, eux aussi, graissèrent à leur tour et, connaissant les chiffres des « backshishs », (merci ECHELON)  payèrent davantage ! Ainsi on a vu  les agences affiliées à ECHELON,  NSA, CIA, etc., dans le commerce jusqu’ au cou. Et on a vu le « Clinton-aux-cigares-vulviens » faire sa visite chez ces gens et les féliciter : « Merci pour les emplois obtenus, les boy, good job ! »

       Mais ce ECHELON le 11 septembre, kamikazes saoudiens à l’aéroport de Boston ? Non. Pas prévu ? Pas vu venir ? Rien, personne, pas du tout ? Rien, rien, rien ? Trop pris par le monde du business ? Des finances. Trop occuper à filtrer les informations aux oreilles des gros entrepreneurs ? Aux « bums-corporates-bums » ? Volet no. 2 et dernier la semaine prochaine, même canal RDI. Hâte !

7-

Fabienne Larouche, accompagné de l’époux, un jeune psy tranquille, à «  Arcand en direct ». Patate ! Chou blanc ! Des fois, un sujet ne lève pas. Que du baratin mou ! Arcand devait s’en mordre les doigts. La même Fabienne rétorque ce matin à un jeune auteur de film qui la malmenait. Philippe Falardeau lui cherchait des poux. Raison ? Larouche retire ses émissions en vue du gala des Gémeaux. Falardeau osait dire que « le niveau de qualité de prix s’en trouverait plus élevé ». C’est pas fin ! Réplique : « son film « Le côté gauche du frigo » ne fut qu’un succès d’estime ! »  Et  bang ! Les couteaux volent bas !Elle ajoute qu’il joue le complaisant, les tapes dans le dos aux producteurs restés sur le Gala. « Il envie ma renommée », dit-elle et « il méprise mon talent » . Bien. En effet il y avait une attaque « ad hominem » dans la diatribe du jeune cinéaste.

       Stimulantes  les querelles des créateurs ? Oh oui, mais sans ces attaques personnelles. Il est encore jeune, ce Falardeau. Il se corrigera là-dessus ? Il faut l’espérer.

 

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