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1-
Nous
quittons Montréal sous un soleil velléitaire ce vendredi matin
et aboutissons dans nos Laurentides sous un ciel tout gris. Zut !
Achat de
bons beignets, rue Laurier, comme avant « petit-déj »
(allô Paris !) pour patienter en voiture. Miam ! Hier soir,
bouffe à La Diva, en face
de la SRC avec la « revenante » des J.O. EN Utah et je
lui demande : « Vrai Marie-Josée, tel qu’entendu
hier à la radio par un commentateur d’ici, que Salt Lake était
comme un affreux Camp de concentration ? » Elle dénie : «
Non, mais non. À Nagano comme à Atlanta, où j’ai bossé, il y
avait aussi plein de fusils et de mitrailleuses. C’est la règle
pour la sécurité maximum, c’est tout. On s’y fait vite. On
les voit plus. » Cadeaux à Aile et à moi de
briquets-bricoles marqués du sigle des J.O. mormoniques.
Pennine
« alarabiata », trop épicés, et vin rouge. Puis des
nouvelles et potins sur notre ex-boîte : une SRC aux abois,
aux trop bas « indices d’écoute », panique amenant
de la nervosité dans les murs avec brassage de camarades.
Lors du débat « homoparentalité »
chez Liza, il y a peu, rencontre de couloir du Pierre Nadeau.
Salutations et Nadeau me dit : « Drôle de te
croiser, je sors d’une réunion de production à l’instant et on vient de
mettre ton nom sur une liste. Nous préparons une série
d’interviews avec le réalisateur Pierre Castonguay.
Des causeries sur les années de la Révo tranquille, etc.
Tu accepterais de venir à nos caméras et micros, Claude ? »
Je dis oui. Ça va de soi, j’aime bien nostalgiser un brin.
Au restau
« La Diva » je sortais de TVA, du
studio-placard (!) où
—quand je suis en ville— on me duplexise avec l’Isabelle Maréchal
pour un autre topo-débat —aux nouvelles de Bruneau. Curieux :
au dixième étage de TVA, on me maquille vitement
puis on m’enferme dans un petit garde-robe (!). Il
y a une petite table, un fauteuil et une caméra-robot.
Porte refermée, je suis tout seul. Je vois Bruneau en action sur
un moniteur. Soudain, oreillette, on
me dicte : « Attention, ce sera à vous dans une
minute. Ne regardez que la caméra.
Stand-by. »
Sensation étrange. Solitude totale pourtant peuplée :
voix d’un régisseur, d’un technicien (« vous entendez
bien, oui ? »), d’un réalisateur, puis voix de
l’animateur Bruneau, voix de Isabelle.
Seul et pas seul vraiment! Hier je réussis
à dire deux choses qui m’importent : un, « le
racisme inverti » (ma
nouvelle marotte et je ne cesserai plus de bien enfoncer ce bon
clou) et l’américanisation publicisée sans cesse —nos médias
en courroies dociles des produits USA— qui n’a rien à voir
avec culture « universellle »
ni « internationaliste ». J’ai crié presque :
« pourquoi ne jamais rien savoir de ce qui se fait de mieux
à Berlin, Tokyo ou Madrid ? ». La Maréchal rétorque :
« Ah, en Europe, Claude, oui, vous pourriez obtenir tous
les canaux, ici, on est sur le continent nord-américain. »
Mon œil ! Il y a des satellites. Et des rubans magnéto, non ? Un
feu, un déluge, un accident à Moscou ou à Kaboul et on voit
toit, dans l’heure, non ?
Et puis, parlons en « américains » tiens :
on sait quoi sur les « meilleurs » talents de Mexico,
de Buenos Aires, de Rio de Janeiros ? Rien ! De La Havane ? Rien.
Faut pas compter sur les USA pour voir ce qui se fait à Cuba, je
crois !
Aile en bonne conseillère me
confie : « Danger cette série de topos. Ça
surgit dans le bulletin de nouvelles, on ne sait quand, on ne sait
trop pourquoi. Il n’y a pas « chronique ». Vos
machins-débats, cela peut faire « forcé », « fabriqué »,
« obligation de polémiques ». Mon chou, méfie-toi. »
Aie, Aile ! Aïoylle ! Elle a raison. Je vais communiquer
vite avec le chef-Fortin. Le prévenir. Fonder une chronique et
qu’elle soit titrée (« La belle et le bête » ?) et
régulière, tel jour, telle heure. Que cesse la manière « cheveu
sur la soupe. »
Maints témoignages d’appréciations pour le débat à
« Dans la mire »,chez Cazin quand on a discuté
couteau « sirpan » à l’école et « intégration
des émigrants. Un certain Pascal Beausoleil, jeune animateur de
radio (à CIBL je crois) me
téléphone hier midi. Des éloges sur la « grande gueule »,
puis : « J’ai tant aimé, chez Cazin, votre ton
direct et votre bon
sens. Je vous contacterai à Sainte-Adèle lundi matin, on va
parler « rectitude politique » à mon micro. »
J’ai accepté, flatté comme le corbeau au fromage face au
renard du Fabuliste.
2-
Aile salive
ces temps-ci. Tas de neuves séries démarrent à l’horaire de
nos télés. Je suis
fou du monde des livres, Aile, elle est folle du monde des
dramatiques. Normal. 20
ans à travailler là-dedans. Elle examine tout en experte,
castings, découpages, montages, éclairages, décors, costumes.
Première de « Fortier » hier soir. Appréciation
totale. Première de « Tabou », même contentement.
Aile est pas peu fière d u « savoir faire » québécois
désormais. Je lui donne raison,
« Le Collectionneur », film de Beaudin, prouve
ce savoir-faire, à la télé, en effet, ces deux émissions
nouvelles illustraient hier soir le « bon ouvrage »
dans le genre.
Des caméscope, hier, dans des séquences
de « Tabou » et je songeais à ce montage de mon
Gabriel, cadeau d’anniversaire au papi,
où on revoit les petits-fils, gamins, en action chez eux,
il y a dix ans et davantage encore. Qu’est-ce que je donnerais
pour voir Aile à cinq ans, à douze ans ! Et moi à quatre ans,
à quinze ans ! Eh ! Pas de caméscope encore. Ah, voir maman à
40 ans, papa à 30 ans !
3-
Je n’achèterai
plus jamais « Le
Monde diplomatique ». Le patron, Ramonet, au « salon
du livre » de La Havane, en invité d’honneur, ose chanter
les vertus du « despotisme heureux ». Oh que ça fait
« despote éclairé » de jadis ! Saloperie, dit Mario
Roy avec raison, quand le Castro-despote-heureux fait jeter en
prison tous les penseurs dissidents. Ménard de « Reporters
sans frontière » a eu raison hier de parler de « honte
et infamie ». Castro aurait ordonné une édition cubaine
augmentée du livre de son louangeur, « Les Propagandes
silencieuses ». Roy publie que l’hebdo de Ramonet se titre
désormais à Paris :« Le monde diplodocus ».
Bin bon !
Aile a reçu ses nouveaux verres
hier. Même choix, exactement. Un vrai couple en osmose, non ?.
Emblématique en diable. Danger maintenant de nous mélanger de
lunettes, au réveil, le matin, en chaussant les bésicles de
l’autre ! Vraiment, on en rit. Ce choix fut fait à notre insu.
On a donc les mêmes goûts, à 100 %
J’ai craché un peu de fric hier :
pour Les Anciens du collège Grasset, pour les Amputés de guerre,
pour La cinémathèque et…pour quoi encore ! D’anciennes émissions
(de variétés de la SRC) sont à l’affiche de notre télé-cinémathèque
pour mars et avril, et Aile y a son nom. Me me semble
pas très fière du fait. Quelle modestie chez elle ! Côté
donations diverses, Aile est encore bien plus généreuse que moi.
Cela doit se savoir car les demandes d’argent se multiplient et
parfois elle en vient à rechigner. Est-ce que l’on échange les
listes des donateurs en un haut-lieu mystérieux d’entreprises
caritatives ? Ça se pourrait-y ? Non ? Hum…
Lecture du « Collectionneur »
de Brouillet, en livre de poche,
et Aile me dit, honteuse : « C’est bon mais
j’ai mieux aimé le film de Beaudin, c’est fou non ? »
Non. Ça arrive. Rarement.
4-
Oh
la belle et bonne nouvelle, mon ciné du coin « Le Château »
est classé patrimoine historique.
Ça me fait drôle, je viens d’en chanter la beauté, le
mystère, son pouvoir d’attraction sur nous, jeunes de Villeray,
dans ce « Écrire» qui est à l’imprimerie en ce moment
pour « Trois-Pistoles éditeur ». Curieux ! Le voisin,
le Rivoli, devenait, hélas, une pharmacie Coutu, c’était une
très belle salle pourtant !
Le beau « Château
de mon enfance » ( bonjour Marcel Pagnol !)
est donc sauvé d’une semblable hideuse métamorphose
commerciale, hourrah !
On a regardé (magnéto béni !) « Lulu sur le pont »
film écrit et réalisé par Paul Auster. Du bon et du moins bon.
Du « jean-luc-godardisme » bien
confus trop souvent. Des moments étonnants.
Ainsi, bien
joué par Keitel, le héros du « Lulu… », un jazzman
enlevé par des « méchants » anonymes, gardé dans
une cave mystérieuse par un docteur-anthopologue, sadique
questionneur, évoque Gene Kelly. Voilà son bourreau en
complet-veston qui, ravi, déclare : « J’aime
les Américains à cause de ce film, il vaut votre déclaration
d’indépendance ». On est secoué ! Ce type fermé, se lève
et danse ! À la Gene Kelly et chante « I am singing in the
rain ». Ah oui, ici et là, des séquences merveilleuses. Hélas,
fin obscure et « plate ».
5-
Nous y étions,
Aile et moi, chez Victor Hugo en 1980, au numéro 9, Place des
Vosges. Il y a vécu 14 ans. La jolie place ! Demeure sombre,
bourgeoise. Sa menuiserie (mais oui, bricoleur en plus) bancale,
lourde. Quelques belles illustration d’Hugo sur les murs. On
revoit soudain ce logis historique à la télé. Le présentateur
de TV-5 y offre un film « Le condamné à mort » de
Toto à Juliette. Film plutôt plat. Monologue pompeux en voix
hors-champ… Zappette chérie par ici !
Avant-hier, Aile part pour l’école
des chefs. Rien que des soupes et des sauces, les leçons du jour
! Elle repart, mécontente, pour le marché Métro aussitôt. Le lendemain, même pénurie
de plats préparés quand j’y vais. J’achète des viandes
crues. Aile est fâchée : « Je t’ai dit, pas de ça,
jamais ! » J’ai offert le steak et le foie de veau frais
à ma belle bru Lynn qui travaille de l’autre côté de la rue,
en face de notre « pied à terre » à Outremont. Voilà
que son patron,. Jacques Simard, m’accroche et m’offre une
commande. « Maintenant,
dit-il, on a un réseau, de bons contacts à Paris. Ça t’intéresse
? On vend beaucoup de nos livres pratiques. Une manne pour
Publicor ! » Je lui dis : « Non,
moi, les bouquins « pratiques », pas ma tasse
de thé ! ». Il rigole et me dit : « On a
un marché aussi pour les écrits érotiques. En nouvelles. Ça
marche très bien, là-bas. Tu veux t’y essayer ? Tu
pourrais utiliser un pseudo si tu veux ! »
Diable…quand on vous veut…Et puis, oui, il me semble
que je pourrais pondre du nouveau dans cette veine du « péché
de la chair ». Et je m’y connais pas mal. Je lui dis
« Oui, ça me tente, ça me changerais de mes écritures
habituelles. » Simard semble content : « Je
te signe un contrat quand tu veux. »
J’en parle à mon amour. « Ça me tente l’érotisme
! » Voilà une Aile comme inquiète du projet ! Pourquoi
donc ? Crainte de voir son Cloclo devenu auteur salace ? Allons,
elle devrait bien savoir que je ferai pas le cochon, que la porno
m’embête, m’ennuie profondément.
Alors ? Oh, j’y pense,
peur que je révèle des manières…, des façons… C’est
cela, oui, je me comprends. Eh bien qu’elle frisonne ma belle
Aile, je le ferai sans doute ce receuil de sensualité débridée.
Ça ne traînera pas. « Une dizaine de brèves nouvelles »,
a dit le Simard. Bon. Ça va revoler, seins, cuisses, fesses,
chair rose, chair opale, translucide, ah oui, ma belle Aile,
tremble…
Un peu de ce vieux Renoir, (fils du
peintre auguste) à la télé et zapping ! « Éléna et les
hommes » avec Ingrig Bergman, Marais, etc, scènes cuculs la
praline, plein de cocotiers, imaginaire visuel à clichés,
musiquettes éculées,
princesse polonaise à accent, stéréotypes des années 1900, la
soupane antiquisante que je déteste. Oui, vite, on vogue
ailleurs. J’espère toujours dénicher du « bon stock, man »
chez Historia ou au Canal D. Parfois, oui, ça arrive !
Ma chère Clémence souhaite aller
davantage vers le dessin. Tiens !
Comme je la comprends. J’ai vu ces dessins colorés
partir de vieille photos de sa jeunesse ou de la jeunesse
de sa mère. C’est naïf sans toujours la maladresse
(authentique) des vrais peintres du dimanche, hélas. Pas facile
l’art dit primitif. Il ne s’agit pas seulement de « mal
dessiner », ce serait trop facile.
Tout le monde embarquerait. Il y faut une sorte de
…vision ! Cela ne se commande pas. Je suis hors-concours là-dessus,
j’ai appris (hélas ?) le dessin.
6-
Oh le
renversant documentaire à RDI l’autre soir. « Grands
reportages » (dumping souvent mais de qualité) illustrait
l’ouvrage des espions des USA. Paquet de bavadrs, ex-employés,
experts en la matière. Bien rémunérés, on l’imagine, pour témoigner
sur les douteux procéés des NSA, CIA…
aussi sur CSE, G.C.H.Q et même GRC…
Il y a un immense réseau nommé
ECHELON. Très puissante machine américaine.
Vaste « soucoupe » parabolique mondiale. On écoute.
On vous écoute. On écoute tout le monde. On apprend que ces
« oreilles satellisées » indiscrètes se tiennent
parfois loin des méchants ennemis virtuels. Ainsi l’espionnage
payé par le public, un temps, fouine en France et découvre
—clandestinement— que la « Thompson-France »
graissait des fonctionnaires brésiliens pour un contrat
plantureux (en Amazonie). Les « grandes oreilles »
font couler la nouvelle. Scandale partout dans les médias. Recul
au Brésil. Prudence. Gêne.
Et c’est une compagnie des USA (Sivam), bien informée,
utilement alertée par ECHELON qui obtiendra le vaste contrat
amazonien (17 milliards de dollars US !). Alliance Pentagone et Département
Commerce ! Édifiant, non ?
Les dirigeants de Sivam, eux aussi, graissèrent à leur
tour et, connaissant les chiffres des « backshishs »,
(merci ECHELON) payèrent
davantage ! Ainsi on a vu les
agences affiliées à ECHELON,
NSA, CIA, etc., dans le commerce jusqu’ au cou. Et on a
vu le « Clinton-aux-cigares-vulviens » faire sa visite
chez ces gens et les féliciter : « Merci pour les
emplois obtenus, les boy, good job ! »
Mais ce ECHELON le 11 septembre, kamikazes saoudiens à
l’aéroport de Boston ? Non. Pas prévu ? Pas vu venir ? Rien,
personne, pas du tout ? Rien, rien, rien ? Trop pris par le monde
du business ? Des finances. Trop occuper à filtrer les
informations aux oreilles des gros entrepreneurs ? Aux « bums-corporates-bums »
? Volet no. 2 et dernier la semaine prochaine, même canal RDI. Hâte
!
7-
Fabienne
Larouche, accompagné de l’époux, un jeune psy tranquille, à
« Arcand en direct ». Patate ! Chou blanc ! Des fois,
un sujet ne lève pas. Que du baratin mou ! Arcand devait s’en
mordre les doigts. La même Fabienne rétorque ce matin à un
jeune auteur de film qui la malmenait. Philippe Falardeau lui
cherchait des poux. Raison ? Larouche retire ses émissions
en vue du gala des Gémeaux. Falardeau osait dire que « le
niveau de qualité de prix s’en trouverait plus élevé ».
C’est pas fin ! Réplique : « son film « Le côté
gauche du frigo » ne fut qu’un succès d’estime ! »
Et bang ! Les
couteaux volent bas !Elle ajoute qu’il joue le complaisant, les
tapes dans le dos aux producteurs restés sur le Gala. « Il
envie ma renommée », dit-elle et « il méprise mon
talent » . Bien. En effet il y avait une attaque « ad
hominem » dans la diatribe du jeune cinéaste.
Stimulantes
les querelles des créateurs ? Oh oui, mais sans ces
attaques personnelles. Il est encore jeune, ce Falardeau. Il se
corrigera là-dessus ? Il faut l’espérer.
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