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1-
Comme hier,
dimanche, du soleil
partout. Un ciel d’un bleu poudre uni. Nous partons demain pour
du théâtre. Je ne sais jamais trop où car c’est ma belle Aile
(belle Aile !) qui y voit. Elle est folle de ce médium. Pas moi.
Aussi quand, voyant l’unanimité des critiques pour une pièce,
je dis « on devrait y aller » elle saute toute
joyeuse sur le téléphone et réserve des billets ! Mercredi
midi, nous remontons, avec David l’aîné des petits-fils en
congé, je l’ai dit. David et moi c’est quelque chose. Il fut,
né le premier, mon premier « chevalier » du groupe
des 5 ! Cela a tissé des liens à part. J’y faisais mes premières
tentatives en récréation enfantine du papi. Il m’a donc appris
beaucoup. J’y allais pas le coup classique des « essais et
erreurs ». Un jeu le lassait, j’en changeais. J’adaptais
tel ou tel processus ludique.
Un jour, je découvrais qu’il
adorait mon jeu des « jours qui passent ».
C’était une sarabande folle : chant d’un coq,
l’aube, réveil au fond d’un grand placard du sous-sol de la
rue Chambord, soupirs, gesticulation, d’une gymastique folle, céréales
englouties —par pantomime toujours— sortie du placard, départ
en automobile, David avait une petite machine à volant opératoire,
vroum, vroum, debout, marche, boulot à travail mécanique,
clingne, clangne, bing bang,
là aussi, que quelques secondes, puis retour « at
home », vroum, vroum encore, et souper, flic-flac,
gloup-gloup glouton,
un peu de télé, à faux, rires mécaniques, tapes sur les
cuisses, faux rires, et puis re-dodo au placard, fermons bien les
portes-pliantes, bâillements
sonores, ronflements très sonores, quelques secondes toujours,
mon chant du coq (cela, il aimait !)
de nouveau. Même manège, exactement.
En quelques minutes, nous refaisions le parcours des douze
heures d’un jour. Ça revolait, de plus en plus vite.
David riait. Était aux anges.
Un jeu fou. Enfiler sans cesse des jours et des jours.
Je cherchais un sens à sa grande
satisfaction ! Je comprenais qu’il aimait cette accélération
du temps. Il devait croire qu’il se jouait du temps réel.
2-
Henriette
Major, romancière-jeunesse, m’écrit et m’envoie des photos.
. Je voulais voir où elle se réfugiait l’hiver. C’est du côté
de Saint-Raphaël, dans le Midi. Un appartement en plein milieu de
cette petite ville. Pas très loin de la mer. Je n’irai pas. Je
songe à « plus au sud », à un lieu où l’on
pourrait faire de la plage avec lectures, soleil garanti… Or, on
vient de m’expliquer (une Française amie) qu’en hiver, en
France, il n’y a pas de ces endroits assez chaud pour le prélassement
continu comme en Floride ou dans les Antilles. Surtout pas du côté
de Nice ou Menton. Ma grande déception en apprenant cela. Quand
je questionne: « À Carcassonne, à Perpignan ? » On
me dit : « Non, en hiver, c’est frais, il faut
souvent une petite laine ! »
Henriette, dans sa missive, me vante les lieux et me dit de
garder ça pour moi. « Il faudrait pas voir grossir, ici,
une colonie québécoise. » Pourquoi pas
? La grand’peur du « Hollywood floridien ? »
Comment suis-je fait ? Moi, j’avais bien aimé ce
Hollywood maudit par certaines élites (!) lors de nos séjours en
Floride dans les années ’80. J’y trouvais une sorte
de…familiarité (?) « b’en
de che nous », bonhomme, cavalière un peu mais si
chaleureuse. Un « petit Québec » ? Mais oui.
Pis quoi ? J’en ai fait le portrait pittoresque dans « Pâques
à Miami » et Louis Cornellier du « Devoir »
l’avait grandement apprécié, Martel de « La Presse »
aussi. Il y a chez nos grands bourgeois instruits une sorte de dédain
du petit peuple, des gens des classes laborieuses, populaires,
qui, retraités, aiment ces retrouvailles « ethniques »
« hollywoodiennes ». Il en alla longtemps
de ce même mépris hautain pour Old Orchard, remplies des
nôtres. Comme du
Pointe-Calumet de mon enfance. Oui, comment suis-je fait, car
je me sens de bien bonne humeur entouré de cette…
« populace », terme méprisant utilisé par ceux qui
fuient en vitesse ce « là où nous nous regroupons ».
3-
Hier,
dimanche, un gala encore à la télé. Pour notre cinéma. Moi
j’aime bien les galas. Certains les abhorrent ! Avec
l’humoriste doué Patrick Huard, la Sylvie Moreau (que j’aime
tant en fofolle « Catherine » le vendredi soir) présentait
des sketches désopilants : en ado vaseuse dans un hall de
multiplex, en intello à bicycles, trouvant des symboles freudiens
aux Boys-3, etc. Un bon spectacle. Notre honte à Aile et moi d’avoir négligé
de descendre en bas de la côte Morin, au ciné Pine, pour
« Un crabe dans la tête » du jeune Turpin. Ce film a
remporté la grande palme
! Le formidable film de Falardeau sur la mort de ce malheureux de
Lorimier recevait une bonne part des Jutra. Quatre sur sept !
Bref, du drôle, de l’émouvant car c’est toujours stimulant
et agréable de voir des talents récompensés. J’aime la
jeunesse créative. J’aime constater qu’il y a relève sans
cesse.
Un correspondant : « Quoi
ça au juste votre « racisme inverti » ? C’est, face
au raciste ordinaire, donc ceux qui craignent et détestent
« les étrangers », c’est —inversé— l’auto-
racisme, Celui de
ceux qui ne nous lisent pas, qui ne vont jamais voir un film québécois,
tiens, tiens ! Pour ces cons, les « étrangers » ou
nos nouveaux venus, sont, tous, parfaits, surdoués, excellents.
Et nous ? Nous ne valons rien. Nous sommes, collectivement, de la
schnoutte, de la merde, des attardés mentaux, des insignifiants.
Voilà le racisme inverti, exactement l’envers du raciste
courant.
C’est une plaie grave dans une communauté peu nombreuse.
Du colonialisme quoi. Une aliénation qui fait… chier tous ces
« racistes invertis » sur ce que nous sommes, ce que
nous inventons. Une maladie fort répandue, hélas, parmi l’élite
(hum !) chez les minoritaires, ils sont
éblouis par les majorités régnantes : Hollywood,
Paris, New-York, un peu Rome, un petit peu Berlin, Londres. Le
reste du monde ? Tous des minables ! Clair comme ça ?
4-
Avoir un
caméscope ou pas ? J’en ai
un. Caché dans un placard. Ennuyeux de devoir rassembler la
visite et dire : « Bougez pas, parlez pas, j’ai une
cassette à vous faire voir ! » Des photos, échangées de
main à main, c’est mieux, c’est léger, ça n’empêche pas
la convivialité. Et on peut vite déceler si cela ennuie.
Circulation plus rapide alors, pas vrai ? Mais le ruban dans le téléviseur…,
hum, c’est long ? c’ est plate ?…silence, la politesse,
malgré l’ennuie impose un silence de convenance !
Pourtant, quelle joie si
nous (les anciens) pouvions nous voir revivre, gigotants,
vivants, à cinq ans, à dix ans ! Oh oui ! Mais non, on a que de
vieilles photos en noir et blanc. J’en ai mis une cinquantaine
dans mon récent « Je vous dis merci » J’avais eu
l’idée, un jour, de publier tout
un livre fait de photos avec de longues légendes en
dessous de chaque vieux cliché. Longs « bas de vignette »
détaillant les sentiments, les émotions, se rapportant à ce
gros album. Projet abandonné vite, je n’ai pas de photos,
aucune, de « nous »
le gang de Villeray », au naturel, à nos jeux, dans nos
ruelles. On a toujours que des photos quand, lavés, peignés, sur
notre « 36 » quoi, sourire obligé, posant e
artificiellement pour le beau Kodak de môman. Ou de pôpa ! Hélas
!
Le caméscope donc ? Oui. Pour la mémoire
visuelle, pour ceux (le jeunes enfants) qui s’en fichent bien
aujourd’hui !
Le vieux MacLuhan affirmait :
« Le message est le message ». Bien. Mais je dirais,
moi : « Le message est …le messager. »
La subjectivité inévitable fait que le messager importe
avant tout. Ainsi —disait qui ?— un ouvrage de génie regardé
par un crétin devient un ouvrage de crétin. Oh!
Aïe ! Terrible vérité. Examinons donc mieux qui émet
une opinion, qui critique, qui parle, qui est, en somme, le
messager. Je blague souvent : « À l’inverse un
ouvrage de crétin regardé par un génie …s’améliore-t-elle
? » Je blague et pourtant. Un Malraux discutait
ad nauséam sur la richesse symbolique d’un simple tableau
naïf. C’était lumineux à entendre. Un génie fait cela. Ce génie
(des liens, des raccourcis, des ellipses) enrichissait un
ouvrage…de bonhomme parfois assez pauvre créateur.
Je conseille souvent des jeunes:
rencontrez des gens brillants. Supérieurs à vous. Cela va vous
aider. Soyez vus, écoutés, visités, observés par de gens
intelligents. Ils vont vous stimuler, vous grandir probablement.
Vous enrichir. Fuyez, abandonnez, éviter les cons sympas, les crétins
colleux, les imbéciles divertissants, les flagorneurs joyeux, ils
ne vous apporteront rien. Rien. Certes, jeunes gens, c’est plus
facile de fréquenter plus minables que soi, c’est reposant,
mais c’est aller vers le rapetissement. Ayez la modestie de fréquenter
les plus lucides, les puis forts. C’est, au début, un certain
silence, une certaine domination, l’acceptation d’apprendre
seulement, mais, à court terme, « à la longue »
comme on dit, c’est une existence bien plus riche et plus d’épanouissement.
Idem pour lectures, films, etc. C’est plus amusant, moins forçant
pour nos méninges
de visionner « Les Boy », ça donne rien, aller voir
un film solide de propos, à
l’Ex-Centris par exemple, enrichit
profondément souvent.
Voilà un peu —vous saurez tout
ici— de quoi je cause comme
invité à rencontrer des jeunesses étudiantes dans écoles
ou collèges. Beaucoup de jeunes grognent sourdement à mes
appels… « On veut du fonne, juste du fonne ». Je
vois chaque fois ceux qui vont stagner, qui vont régresser même
peu à peu. Ces paresseux, ces « réfractaires à la culture
importante », s’en iront tout doucement vers une vie anémié.
Et ça me fait de la peine chaque fois. J’aime les jeunes.
Vu encore ce « Campus »,
à TV-5, dimanche soir, hier. À la fin de ce match à idées, à
déclarations vives, à confessions calculées, Aile :
« Mautadit que ça parle vite ces intellos et auteurs et
critiques français. »
Et c’est vrai. Pas reposant. Je monte me coucher chaque
fois comme…étourdi. Enrichi aussi. Et stimulé surtout. Ici,
rien de ces vigoureuses bagarres verbales, hélas ! Ni au ralenti
ni à vitesse moyenne. Rien. À la fin de l’émission à TVA,
chez la Cazin, une zélote du « multicul-à-ghetto »,
dame McCalister, me tance d’un : « Vous nous
laissez pas parler Jasmin, vous êtes speedy ». Moi vantard,
excédé de ses protestations : Excusez, j’ai un
processus mental rapide. Désolé que vous ne puissiez pas suivre. »
Hon !
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