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1-
Hier soir,
je dis à Aile, Pierre Gauvreau a, lui, sa Janine C. », une
« Aile » toute dévouée, vraie relationniste compétente.
Pierre Perreault, lui aussi,
avait sa Yolande S., consacrée à sa dévotion, se démenant
pour son œuvre sans cesse, mais toi…hum ! Elle rigole. À Canal
Historia on invitait le public à faire des suggestions. Deux
auteurs de France (racisme inverti toujours ?) venaient d’y
« plogguer » leurs écrits. Et moi ? « Aile, au
secours, le Claude Charron , si tu me signalais (chez Pixcom),
m’inviterait pour causer de mon cher Villeray, non ? » Oh
la la ! Aile (je lui donne raison) refuse de se transformer en
complaisante servante des ouvrages littéraires de son chum ! Son
côté « low profil » fait d’aile une discrète. Et
j’en souffre, savez-vous ?
Hier, le beau soleil et notre
rituelle balade autour du lac. Ce midi, le gris bien connu de février.
Nous repartons encore pour la ville, ce soir,
vouloir re-visionner une dramatique de moi à la cinémathèque
à 19h. : « Tuez le veau gras ! » réalisé par
Carrier.
J’espère
un meilleur ruban-vidéo que pour mon « Blues pour un homme
averti », un son meilleur. On verra bien.
J’ai lu avec plaisir le court
« conte » de Barrico (si louangé) « Soie »,
l’auteur du « Novecento » narre les voyages d’un
bonhomme de Provence, marchand soumis, timide, délégué par son
patron en soieries pour acheter… des vers à soie. Il va vers
l’Égypte d’abord puis, à plusieurs reprises, au Japon où il
rencontre un riche pacha et sa femme mystérieuse, voilée,
silencieuse, dont il
s’éprend fort placidement. L’ idée est excellente. Le
suspense délicieux au début et au milieu du bref livre, mystérieux
comme à outrance, on attend un choc renversant. Cela devient
redondant et, à la fin, carrément décevant. Pas pour Aile qui a
adoré ce « Soie ».
Ce « Novecento » du même
Barrico fut mis en film (même titre), un pianiste né sur un
paquebot, la mère tabou meurt, il est adopté, élevé par l’équipage
et y restera toute sa
vie, devenant « l’entertainer » du dancing mondain
sur le pont principal. Une forte histoire si vous l’avez
vu…aller louer vite la cassette sinon…C’est une merveille du
cinéma actuel.
2-
Dimanche,
avant d’aller « Aux filles du Roy, fêter Hughette Oligny,
un peu de lèche-comptoir chez le Renaud-Bray de l’Avenue
du Parc. Je ne vois pas « Je vous dis merci »,
mon petit dernier. Cache-t-on le livre d’ici ? Il y a, au
fond du vaste magasin, « Enfant de Villeray »
(nov.2000) et mon
« Duplessis, patriarche bleu » (nov. 1999).
Louise Colette, à l’anniversaire d’Oligny —producteure de ma « biographie » du Canal D— m’accoste et me
répète (j’avais d’abord reçu son courriel loudateur—
qu’elle avait éprouvé du grand plaisir, de la
stimulation, à lire ce J.V.D.M. « Aux Fêtes, j’étais
aux Caraïbes, je sortais du dernier Gilles Archambault si triste,
si déprimant. Votre bouquin de gratitude m’a soulagé de son
spleen fatidique. » Je tente d’expliquer le tempérament
de mon camarde Archamnbault et elle : « Oui, oui,
je sais bien, c’est tout lui, mais c’est une lecture
accablante, attristante. »
J’ai tenté de lire le dernier tome de journal de
Jean-Pierre Guay acheté Avenue du Parc, dimanche. « Le
coeur tremblant » c’est un mois et des grenailles
seulement dans sa vie. C’est janvier 1993. C’est ce Guay de
Beauport, maintenant de Château-Richer, qui me donnait l’envie,
le goût, bref qui me fit débuter dans ce genre de littérature :
le journal. Je n’aimais pas du tout sa manière. Je voulais
faire différent, plus clair, plus simple, plus franc. Le voilà
encore râleur perpétuel comme en 1986, à ses débuts de
diariste quand cinq tomes furent publiés, sans bon succès, chez
Pierre Tisseyre. Sept ou huit ans plus tard c’est donc encore et
toujours sa pénible quête d’argent. Ses délires vaseux. Ses
obsessions vagues. Ses détestations irrationnelles. Nouveauté,
voilà mon Guay converti ! Catholique et pas à gros grain. Il prie sans cesse. Il ne
s’adresse plus qu’à Jésus, le tutoyant volontiers, à Dieu,
au Saint-Esprit, voire à Sainte-Anne (de Beaurpré). Pourquoi pas
? Or, Guay. Comme au départ de son journal intime parsème ses
chapitres de prénoms sans nous fournir jamais les liens pour que
nous puissions, lecteurs, les situer par rapport à lui, à
sa vie. C’est ennuyeux. Impression d’un piétinement
pitoyable. Aucune évolution. Son existence de fainéant, de…
quoi au juste? Il n’arrive pas à faire le deuil de son « pitou »
un berger allemand, je crois, perdu il y a trois ans ! Il le prie
lui aussi, l’imagine au ciel (!) qui l’attend. Il refuse de
« gagner sa vie », méprise l’Institution littéraire,
crache et bave sur tous les autres créateurs, en général, sans
nommer personne. Toujours sa certitude d’être bien au dessus du
commun des…littérateurs. Franchement, j’ai cessé vite de
tourner les pages
vinaigrées et répétitives, encombrantes de regrets insipides.
Excédé, ennuyé, j’ai garroché son mince journal sur le divan
d’en face. Achat futile !
3-
Hier soir,
Aile y tenait : « Regardons un peu de ces J.O. en Utah ».
Surf des neiges : spectacle vivifiant. Surprenant. Acrobaties
renversantes. Trois jeunes amerloques gagnent !
Luge :
pas un sport cela ! Niaiserie! Couloirs étroits et on glisse à
toute vitesse. Fumisterie ! Ce matin, Pierre Desjardins, un prof,
dans « Le Devoir » dit comme moi, qu’il faudrait débarrasser
le sport de ces fausses joutes , telle la luge en corridors, et
qui ne laissent rien en héritage aux taxés du site, les
appareils seront démontés. Biathlon (!), pas fameux et ces
ridicules carabines sur le dos des fondeurs : franchement !
Viennent les patineurs en couples. De
la beauté parfois. Des figures répétitives aussi. Il y a un
code sans doute. Scandale soudain et Aile grimpe dans les rideaux
! Les deux québécois perdent (la médaille dorée) malgré un
« zéro faute » face au couple russe qui, lui, n’est
pas sans faute. Je me tais, amusé de ses cris de protestations. En réalité les deux jeunes russes offraient une meilleure
énergie, faisaient montre de plus de fantaisie (et leurs costumes
de soie au vent !). Je me tais. La paix des ménages… et c’est
si excitant de voir sa « douce » montée sur ses
grands chevaux. Chauvinisme…Non, non, je me tais !
Ce matin : projet de mettre en téléfilm
de 90 minutes ces vieilles « Enquêtes Jobidon » sur
lesquelles Raymonde faisait ses débuts de scripte, à Québec. On
a fait de même, téléfilm de 90- m.,
pour « Les Plouffes » de Lemelin,
et aussi pour « Sous le signe du lion » de
Loranger. Le fera-t-on un jour pour ma « Petite patrie »
? En 90 minutes, un téléfilm
montrant mon cher Villeray tout de suite après la guerre. Je
songe souvent à une sorte de comédie musicale avec tous ces
crieurs, ces marchands ambulants, avec une musique de mon voisin
de la rue Drolet, Claude Léveillée. Rêvons à un producteur
qui… !
4-
De Berlin,
Nat Pétro de La Presse, ce matin,
raconte l’histoire effrayante d’une québécoise exilée
là. Cette Lysiane Thibodeau : père mort jeune, mère
assassinée par son frère, suicide de ce dernier…Elle quitte
donc l’enfer. Fuite à Berlin.
Choix curieux. Ville déchirée comme elle ? Meurtrie par
ce passé nazi accablant ? Elle se fiche des anneaux. Partout.
« Piercing » pour percées de toute part ? Par
le mauvais sort ? Cheveux bleus et fréquentation de « l’underground »
marginal. Flirt avec des paumés ! Cas classiques. Cachette
allemande utile ? Voilà qu’elle avoue : elle demeure une
non-intégrée, elle ne sera jamais acceptée des Allemands, même
si elle parle couramment la langue. Elle songe à un retour…Le
saumon revient à son lieu d’origine. À la télé, hier soir,
Manet, écrivain cubain exilé, lui aussi, avoue ne pas savoir, ne
plus trop saisir, à quel pays il appartient, Cuba ou la France où
il publie depuis longtemps. Les déracinés ne s’enracinent pas
? Les enfants de ces émigrants, oui.
J’ai relu un album (édité en
1972) retrouvé dans la cave (aux essais graphiques abandonnés un
moment). » L’histoire des Patriotes de Saint-Eustache. Les
curés « collabos » des soldats envoyés pour tuer les
démocrates anti-monarchistes dans tout Deux-Montagnes. Incendies
criminelles. Le pénible Colborne qui laisse faire ses colonels
nazis, qui se tait. Le curé aussi. Les Globensky —seigneurs à
manoir— en charqe des répressions. Femmes et enfants assassinés.
Infamie épouvantable. Des nôtres profiteurs, vandalismes,
tueries, vols. Des délateurs bien catholiques, collabos, eux
aussi. « Lécheculisme » dépravant tout autour. Pas
loin, à Oka, les Iroquois « protestantisés », rangés
du bon bord : « English only ». Dénonciations cléricalistes
de nos républicanistes,
infamie accablante de Saint-Eustache à Saint-Benoit ! Chénier
mis en terre des apostats comme un gredin
!
On lit tout cela dans cet album
illustré et on constate la lâcheté ambiante. Le pire ?
L’ignorance de cette partie de notre histoire. L’oubli.
« Pardonnons, pardonnons ». Bin oui. Sans, jamais,
oublier. Jamais ! Il faudrait des commémorations solides de ce
massacre inouï de 1838, en décembre. Comme on en fait, en
novembre, à Saint-Denis, ou à Saint-Ours, ou à Saint-Antoine au
bord de la Richelieu.
Au bord de la Mille-Iles, il y eut l’étouffement féroce des démocrates
abandonnés. Par tous ! Cela mériterait une fameuse fête. Une
grande. Une courageuse. Quand…
5-
On va fêter
Gilles Groulx, cinéaste devenu impotent jeune à la suite d’un
funeste accident de la circulation. J’ai connu Gilles à vingt
ans. Beau grand blond très sage, aux yeux pâles. Timide. Il étudia
la céramique. Un an. Il assistait, muet, impassible,
à nos engueulades, il en était
comme interdit. Surpris de nous voir tirailler, argumenter,
chicaner, le prof Archambault, Patricia
Ling, Gilles Derome, moi, et qui encore ? Il se sentait
comme hors jeu. Il disparut. Il va nous réapparaître, plus tard,
vieilli, cinéaste à
l’ONF ! Il semblait
si étranger à tout et à tous, à vingt ans, en 1950, si calme,
si serein et si
discret.
Il sera un cinéaste
engagé, un « gueuleur autorisé » plus tard. L’ONF,
qui a aidé tant de talents québécois, a été aussi un lieu de
censure terrible, de répression subtile, comme au réseau français
de Radio-Canada. On le dit ouvertement maintenant que l’on prépare
ce documentaire sur Groulx. C’est la vérité. Elle sera
embarrassante à mesure des ans pour tous ces « petits
patrons » trouillards, fédéralistes zélés, terrorisés
par Ottawa. Des noms vont se prononcer et à haute voix. Tremblez
les « chieux » qui « contrôlaient la liberté »
de ce temps. Il faut l’espérer, cette franchise. Les « empêchés »
de jadis, aux cheveux blancs aujouird’hui, vont parler
franchement désormais, dévoiler les turpitudes de cette époque,
les films mis « sur tablette » par une prudence
politicarde qui sent mauvais.
6-
Robert Lévesque,
critique chez Homier-Roy, publie une mise à mort d’une saveur
assez âcre. Gabriel Arcand (un comédien à part et qui a le
droit de se situer à part des autres ) serait une inutilité. Lévesque,
dans sa page du « ICI »,
résume sa carrière et pour l’ensemble de sa pratique,
de son art, lui accorde un gros zéro. C’est un sauvage
nuisible, un isolé nocif, un égotiste vicieux, une nuisance
publique pour tous ses camarades.
Et bang !
On lit cela, cette charge totale, on
reste incrédule. Une folie ? Michel Temblay, rétorquant À une
de ses foucades, craignait qu’il se donne la mort. En attendant
ce précieux analyste de théâtre
(jadis), ce cultivé observateur de nos scènes, du théâtre
qui se fait, signe un ravage si total sur l’acteur Arcand
qu’on serait en droit de craindre pour la santé mentale de ce
comédien au talent si singulier. Dépression, fuite en exil ?
Mais, calmons-nous, Arcand doit, lui aussi, savoir que le Lévesque
de « ICI » est pris dans une impasse. Qu’il traverse
une horrible crise…d’identité (?). À lire ce brumeux
chapitre anti-acteur-Arcand, on devient jongleur. Se peut-il
qu’un esprit vif , qu’un homme si renseigné trouve du plaisir
à démolir, à tuer ? Ma foi, cela se peut. Tuer pour ne pas être
tué ou se tuer ? Freud
ou un des siens devrait venir examiner le cas et publiquement.
Signalons 911 pour ce Lévesque matraqueur.
C’est urgent docteur ! |