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1-
Souvent,
mon J.N. rédigé, c’est l’heure de la soupe. Ce sera aussi
le temps de nous parler, Aile et moi, achevant le demi-litre de
rouge rituel. Hier, samedi, la conversation bifurque sur les
grands parents paternels d’Aile. Ah oui, nous avions jasé sur
Centre d’accueil et la man malmenée dans ces mouroirs où les
soins à fournir sont négligés, amoindris, réduits pour cause
de budget, les moyens offerts étant ce qu’ils sont :
minimes. Dure et longue épreuve pour Aile que ce long séjour
(1980-1990)de notre Yvonne…Belle-maman (!) fut longtemps ma
copiste dévouée (1970 à 1980)
et j’ai souffert autant qu’Aile en assistant à sa fin
si triste.
Jadis, les vieux restaient souvent
chez leurs enfants. Jusqu’à la mort. Embarras divers certes
pour ces enfants en parents déjà vieillis eux-mêmes…devoir
veiller ainsi sur les parents diminués et en fin d’existence.
Longtemps, du vivant de ma première
femme, nous avons gardé sa mère vieillissante. Pas vraiment un
embarras, elle avait ses quartiers dans un entresol confortable,
au Vieux-Bordeaux. Ensuite, malade plus sérieusement, il avait
fallu la faire
hospitaliser rue Bois-de-Blologne chez des religieuses hospitalières.
Désormais, les « vieux »
finissent loin des êtres chers. Fatalité, loi inévitable en ces
temps des « deux » qui travaillent à l’extérieur.
Solitude affreuse. Alors… ? ah oui, Aile me parlait de ses
« vieux » à Lotbinière d’où venait son père. Son
grand père, mort chez sa fille, la tante Marthe, à Québec, était
un être mutique. Et analphabète comme tant d’hommes de sa génération.
« Un pensionnaire encombrant et triste au fond ». Elle
poursuit :« Ma grand mère écrivait si bien. J’ai
encore de ses lettres. Comme elle devait être frustrée de vivre
auprès de cet homme muet et sans instruction. » Vérité
fréquente. Des filles bien mieux instruites que les gars de ce
temps (années 1900) qui
contractaient mariage…Comme obligatoirement. Lui, ce grand-papa
Calixte, était pilote sur le Saint-Laurent. Souvent absent donc .
Nous étions allés en pèlerinage à Lotbinière. Nous rôdions
au pays des B. La maison à colonnes de bois, la longue galerie,
y était toujours dans ce joli village des bords du
Saint-Laurent. Une vieille femme passe et je la questionne : «
Auriez-vous connu, par hasard, Calixte B. ? » Et l’aïeule
ausitôt : « Comment donc,
et comment si je l’ai connu, le Câlisse ! Il était si
bel homme. Oh la la ! Les filles en rêvaient, toutes. » Je
dis alors à Aile : « Tu vois, ta grand mère qui
écrivait si bien…eh bien, elle a sombré dans les affres de la
séduction du beau marin, le Calixte ! » Ah, la beauté…
Deux mots nos amusent :
d’abord la « jarnigoine ».
La grand-mère en avait. Cela voulait dire « du bon jugement ».
Aussi, la « margoulette ».
Les femmes de cette époque se faisaient aller davantage la
margoulette que les homes. Probable !
Deux mots : je les aime tant.
Notre jasette s’allongeait avec «des
«Mon Dieu, que la vie devait être rofffe « Aile me parle
alors de son papa mort jeune, à 64 ans, seul à l’Hôpital de
la Merci, boulevard Gouin. Cancer
de la gorge. « Je l’ai négligé, je ne pensais qu’à
moi. Je le regette tant, Claude ! »Voilà que ma tendre
compagne pleure. Mon malaise chaque fois.
Et puis, j’ ai mal aussi. Avoir négligé
d’amener ici, au lac, ma vieille mère et mon vieux papa. Négligence
sotte. Égocentrisme. J’en ai mal au cœur. À mon tour, je me
fais des reproches…de ma dureté. Aile aussi a mal…pour ce père
si vite en allé, si seul. Pour sa mère aussi, disparue à
jamais, qui aimait tant venir séjourner ici. Séance
d’attendrissement et de culpabilité. Les jeunes ignorent, pris comme nous par
seulement leur vie à eux, ce qu’ils vont ressentir un jour sur
ce chapitre, les atroces regrets qu’ils éprouveront…trop tard
!. Quand Aile pleure, je ne sais plus où me mettre.
Soudain, encore ce : « T’es
pas obligé, t’as pas besoin de mettre ça dans ton journal, tu
sais. » Encore ma surprise !
2-
Un dimanche
sombre. Ce matin en allant à J et C un petit soleil de pacotille,
un petit disque d’argent mat ridicule qui me fait un signal : «
Je suis là, je suis là, mais j’arrive pas à défoncer cet
amas de blancheur opaque. » Pauvre lui ! Petit disque
loufoque empêtré dans le froid hivernal. Que février se sauve
vite, que mars, plus clément vienne au plus tôt. Chaque fois
qu’on marcher, c’est un effort…Mais oui ! J’entends Aile :
« on sort pas. Il fait trop froid. On reste en dedans »
J’approuve. La santé ? Danger ! On le sait.
Enfin vu à Historia hier soir :
« Le dernier empereur » du cinéaste Bertolucci.
Grosse réputations jadis. En effet, nous découvrons un fameux de
bon film. L’histoire (1905) de ce petit enfant sacré, à trois
ans (!), « Empereur de Chine ». Qui devra vivre enfermé,
interné avec serviteurs, miliciens dressés par le Grand
Chambellan fourbe, avec domestiques empanachés, dans la superbe
« Cité interdite » de Pékin. Empereur « ado »
révolté, empêtré, écœuré et qui devra fuir en exil. Qui
finira en s’alliant aux méchants Japonais (1930) envahisseurs
de toute l’Asie pour avoir tant voulu redevenir Empereur en
Mandchourie.
Ce sera 1945, la bombe atomique.
Tchang Kai hek allié à Mao pour un temps. Les
Russes alliés aux « marcheurs » de Mao qui
s’empare de lui. Fin de son rêve. Long séjour en camp de ré-éducation
communiste. À la fin, libéré après vingt ans (1967, la Révolution
culturelle ignoble) il ira visiter, pauvre gueux, hère démuni,
son ancien palais, sa magnifique « prison » doré, le
palais de sa jeunesse quoi. …La foule des touristes qui s’amènera
avec « guide à suivre »… Ah oui, un
excellent récit filmique.
À T.Q. on offrait à la même heure,
sans les marchands criards des pubs assommantes,
les deux longs films de Berri adaptant des écrits de mon
cher Marcel Pagnol avec feu Yves Montand. Films vus il y a pas très
longtemps.
« Le dernier empereur »
m’a fait me souvenir de mon oncle missionnaire en Mandchourie
justement. Je découvre, tard, que ces curés catholiques étaient
sans doute tolérés et même encouragés.
Des « collabos » des sales Nippons fascistes ?
Après tout avec leurs cliniques, écoles, etc., ils faisaient un
boulot qui aidait —objectivement— l’occupant japonais. Ça
de moins au budget des envahisseurs ! Mais, à la fin, mon oncle
Ernest se retrouva dans un affreux camp de concentration de Davao
aux Philippines. Il deviendra un maigre « sac d’os »,
se privant pour aider les à survivre les autres prisonniers du
camp. Découverte une fois de plus que pendant que mon oncle nous
écrivait de longues lettres sur les malheurs terribles de ses
ouailles chinoises, il y avait cette classe de protégés. Élite
des nantis, vus dans le film de Bercolucci, cette cour dérisoire,
tout ce luxe pour une infime partie du peuple chinois. Je me suis
surpris à dire, durant le visionnement, à Aile : « Mao
a bien fait d’écraser à jamais cette race de monde, cette
infime frange de profiteurs. Bravo ! » Je voulais
oublier les malheurs nouveaux, ce Mao dictateur, ploutocrate
divinisé, ses folies de mégalo pédophile,
ses vices, sa bureaucratie infâme qui, elle aussi,
gens d’un nouveau palais à hiérarchie immonde pendant
que les foules trimaient dans la misère noire… Oui, mais oui,
avant comme après Mao le « timonier » de mes deux…
c’était « le peuple on s’en sacre ! »
3-
Après le
faste autour de ce jeune du « denier empereur », on va
aux actualités françaises, TV-5, qu’est-ce qu’on voit
? Ce même damné cirque de la jet set. Ce carnaval écœurant en
2002 ! Mariage royal, hier, en
Hollande avec pleins de foutus porte-médailles enrubannés. Ouash
! Quand finira-t-on en Europe de nettoyer ces vestiges
monarchistes d’une vacuité ignoble ?
Cette lie de la terre, ce gaspillage d’argent public qui
se continue dans des pays européens pourtant démocratiues !
J’enrage de voir se perpétuer ces fainéants de « sang
bleu ». Au plus tôt, le feu…le feu là-dedans !
Une fois de plus,
je lis ce matin un Stanley Péan piquer vicieusement Denise
Bombardier. De l’acharnement ma foi du bon yeu ! Il lui reproche
maintenant sa série
de télé aux confidences portant, souvent mesurés, à
propos des amours, des anciennes
liaisons amoureuses des célébrités d’ici. D’où peut
venir cette haine chez tant de chroniqueurs face à Denise B. Mystère
! On engraisse ainsi une mode niaise : cette femme délurée
au verbe tranchant, il faut lui rabattre le caquet ! Pourquoi ? Il
y a pire comme questionneuse de télé, non ? Oui, un mystère !
Mais quand mon Péan s’attaque à ce Fisher et ses livres de
« cours de rédaction », ses bons conseils aux
aspirants-auteurs, alors là, j’applaudis à fond. Arnaque vaine
!
Mes cahiers « livres »
au Devoir comme à la Presse sont encore ornés d’hommages
aux… autres ! Juif, Espagnol, Grec…Mode du cosmopolitisme et
de l’internationalisme, ces dirigeants en médias-livres
sont victimes du « racisme inverti »; le
racisme inverti fait mépriser les littérateurs québécois. Oui
l’envers du racisme ordinaire : on ne dit plus « les étrangers
sont méchants et pas bons » , on dit « les nôtres
aucun intérêt, pas de talent au Québec » ! Inversion néfaste
!Une misère de samedi en samedi, de dimanche en dimanche.
J’ ai acheté Le Figaro ce matin.
Tout le numéro en hommage à
(200 ans) Victor Hugo. Anniversaire, ici, montré en images
nombreuses et où je vois les beaux dessins, les aquarelles, les
lavis d’encres (jaune, noire, violette) de Victor Hugo qui avait
un talent fort pour peindre des images mystérieuses. Tachistes.
Modernes. Et, pour mieux savoir qui fut ce Bourdieu, le sociologue
décédé récemment, j’ai aussi acheté Le nouvel
observateur. Aile s’en est emparé et je lui dit : « Oh,
la gauchiste lit cela et moi,
droitiste, je garde Le Figaro. » Elle rit .
Je veux m’acheter des encres de
couleurs après avoir revu (nous avions vu, en 1980,
un peu de son talent au Musée Hugo de la belle Place des
Vosges à Paris) les belles illustrations de Totor Hugo. Aile me
dit : « Essaie donc maintenant au lieu de faire tes
taches et de former tes dessins par la suite, de faire le
contraire : tu dessines d’abord et puis tu colores après ! »
Ma foi, bonne idée, je vais m’y mettre car mes
barbouillages sur de vieux journaux…ben, j’en suis moins
certain que jamais ! Cela a donné des « papiers »
peinturlurés assez…moches, je crois.
Un mot pigé dans Le figaro du temps
de Hugo : le « lécheculisme » ! Oh ! Je m’en
servirai, promis. |