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1-
Je rentre
avec Aille au chalet de St. Ad. Faisons un arrêt à l’école
des chefs…Que du pain et des gâteaux aujourd’hui ! E ! Aile,
pas folle pourtant des sucreries et des desserts s’empare d’un
beau gâteau, « oh, un « Brest » me dit-elle,
c’est délicieux ! » Hâte d’y goûter tantôt après
souper. Ce matin, mardi, Foglia épingle une maîtresse d’école
qui ignore l’orthographe. Deux F ? Bon, bon. En auto, tantôt,
je dis à Aile, une forte en français : « Orthographe,
un f ou deux f? » elle sait plus trop, me dit je vais ouvrir
le dico en arrivant. Moi aussi, je ne sais plus et n’ai pas
encore paginer (avant de J.N.) mon « tit » Robert.
C’ est pour dire.
Des parents offusqués bavassent donc à Foglia : «
Notre pauvre trésor… sa maîtresse est une ignare en orthograhe,
hon ! » Et lui y va de sa descente en flammes. Je me suis
dis : j’ai connu des maîtres d ‘école, très fort
en ortho et nuls comme profs. Pas de pédagogie, pas de
psychologie, ennuyeux, si ternes, incapasble de tenir la classe,
de la rendre vivante, etc. etc.
On me voit venmr : si cette maîtresse
« nulle » face au petit bolé élevé par des bolés
est peut-être..peut-être une formidable animatrice, une
fantastique pédagogue, une simple institutrice qui est bourrée
de talent pur enseigner le programme. Hélas, elle n’ouvre pas
son dico quand elle note l’élève, commet d’effarantes
fautes, à juste titre, les
parents savants s’en indignent.
Je pense bien qu’on a pu constater
mes faiblesses en ce domaine. Cela date d’il y a très
longtemps. On ne se
refait pas. Je connais des auteurs très solides en la matière
mais qui n’ont aucun don sérieux pour savoir bien raconter une
histoire écrite. Rendu en livre, ça ne se verra pas trop, Dieu
merci, il y a des correcteurs et des réviseurs pour nettoyer le
scorie du manuscrit.
On voit le rapport ?
Moi et la « tite » maîtresse
de première année on se ressemble :trop paresseux pour
ouvrir le dico et ça n’est pas bien.
2-
Aujourd’hui
comme hier, ciel gris. Temps pas trop froid mais…endormant.
Cette grisaille m’assomme… mais je suis un héliotrope malade,
moi. En ville hier en fin d’après-midi, pour les frisettes
d’Aile. Jolie avec sa coupe…moutonnière. J’aime. Cet après-midi,
devoir rencontrer des gens, chez ADP-Sogides, dans
Pointe-Saint-Charles, au bord du canal Lachine, pour leur vanter
mon prochain livre (!) partant pour l’imprimerie. Ce monde de
distributeurs est en
contact avec les libraires et peuvent collaborer aux « commandes »
de strocks. Ils
veulent voir « la « bête », s’informer du
contenu du prochain livre. J’ai donc jouer volontiers
l’homme-sandwich, le commis-voyageur. Mon livre est bon, il est
fort , c’est un vrai manifeste, c’est un terrible pamphlet et.
Etc. Ils m’écoutent en souriant. Le poète Desroches y est
aussi car il voit à la maquette, la typo, etc. des éditons
Trois-Pistoles. Il m’a dit qu’il rédigerait en deux tomes de
400 pages la mouture romanesque du téléroman populaire de TVA : « Le
retour ».
Il faut bien manger. Il a pas l’air
ennuyé mais plutôt amusé de ce travail de commande, « alimentaire » comme
on dit. Environnement industriel un peu effrayant sur cette rue
Saint-Patrick. Certes des usines se changent en blocs à condos
mais…Hum…Il faudra planter beaucoup d ‘arbres. ADP est
installé dans l’ex-« Northern
Electric Company ». Briques rouges habituelles
partout. En croisant
la rue Ropery, j’ai salué en pensée la maison natale (je la
voyais bien) de ma chère Germaine qui y est née en 1899.
Aile m’accompagnait, ainsi (un
rendez-vous à trois) elle a pu déjeuner ave une amie, ex-réalisatrice
à la SRC comme elle, Lis.C.
Ai commandé des côtes de bœuf levées. Mium ! Mon régal.
Lise, des moules, Aile, elle, un rossbiff. Bonne vieille
taverne-brasserie « chez Magnan ». Rencontre du Président
des Médecins : le doc Lamontagne, connu aux micros de CJMS
quand il y jouait le conseiller populaire. Un voisin de table, la
cinquantaine, me demande une « dédicace sur nappe ».
Je m’exécute. Son compagnon, dans la trentaine, répond
« Non ! » quand le premier le questionne : « tu
reconnais ce monsieur écrivain, oui ? »
Un vieux serveur me jase un brin. Il aimait tant « La
petite parie », me confie-t-il. Quand je lui dis l’avoir déjà
vu chez Magnan, il me dit : « Ca fait 35 ans que je
mange ici ! » Je le regarde fonctionner, c’est un jeu de
mains (et de pieds aussi) impeccable. Virevolte bien faite !
L’expérience d’un métier fait cela.
Quand je reviens chez Magnan après
mon numéro de « vendeur » chez ADP, les deux femmes
sont plongées dans des cofidences et sur les réalisatrices
retraitées et sur les plus jeunes aux prises avec l’effrayante
chute du réseau français de la CBC. Tout se fait, là comme
ailleurs, par les compagnie privées désormais. Monsieur Gourd,
patron là, vient de laisser entendre (Las presse) qu’il est
rare que ces producteurs privés mettent l’argent public reçu
en aide aux écrans. J’ai sursauté de cette rare franchise chez
un « boss » du réseau public ! Qui entérinait ainsi
les graves accusations d’une Fabienne Larouche il y a deux ou
trois ans. Ce matin, Louise Cousineau publie : « On a
bondi. On a téléphoné. M. Gourd ne veut pas commenter. Refuse
de nous parler. » Gaston la gaffe ou franc un moment et le
regrettant ?
Et il joint le vaste, très vaste, club des « mal cités ».
Hum !
3-
Dimanche
soir : revoir Claude Gauthier chez Suzanne Lévesque à T.Q.
Bon spectacle. Revoir des « revenants », chansonniers
« décotés », merveilleux pleins d’allant et d’un
entrain sincère.
À « Campus », qui succède
à « Bouillon de culture » de Pivot, moins d’énervement,
plus de calme enfin. Deux romanciers, face à des logues et des
philosophes (dont Gluckmann) affirment clairement : « Il
n’y a, au fond, que le roman pour bien raconter le réel.
Le Gkuckmann est d’accord et il
vient de publier un livre en rapport
—« Dostoievsky- Manhattan »— avec la
brutalité. kamikazienne du 11 septembre en se reférant à des
romanciers : Flaubert, Tchékov et surtout Dostoievsky.
Merveilleux d’entendre cela. Stéphane Denis avec son « Sisters »
compose un roman de deux soeurs
ambitieuses, sosies des deux sœurs connues qui tournèrent
autour de la célébrité dont l’épouse de j.-F. Kennedy.
Il
dira : « C’est une tragédie grecque parfaite ! »
que ces histoires politiques.
J’avais pensé cela en lisant sur l’armateur grec célèbre
qui fut « l’autre mari » de cette Jacqueline Bouvet.
Absolument une tragédie grecque… que je voulais rédiger…et
puis un projet chasse l’autre.
Gluckmann, soudain, dit que la CIA a
juste le grand tort d’être inculte, de ne pas lire Dostoievsky,
d’ainsi ne jamais pouvoir détecter, imaginer, deviner
un 11 septembre, de prévoir un Manhattan bombardé. OH !
J’ai songé à ce film « Trois jours du Condor »,
excellent thriller, où l’on voyait des agents de cette CIA payés
pour lire. Oui. Des polars ! Tenter ainsi de découvrir des idées
de complots sophistiqués (avec Robert Redford), l’auteur
du roman et du scénario accordait ainsi trop de crédit à
cette CIA si moqué depuis l’échec effroyable du 11.
On a vu à ce Campus, Philippe Djian,
avec son « Ardoise » sous le bras; lui aussi, y alla
de sa conviction que tout reste mieux dit, mieux illustré, mieux
dénoncé aussi, dans un roman. Eh b’en, mes amis, le romancier,
ici, s’en gonfle le
torse, on me comprendra.
À propos de ce Djian, impossible
pour moi d’oublier une journée d’août 1986 à mon talk show
de TQS, « Claude, Albert et les autres » —je débutais
vraiment— le Djian
m’avait tenue la dragée haute, refusant de dialoguer, boudeur
rentré, bougon fermé, distant, froid comme banquise …altier
comme un coq de race. Il venait de voir son succès pour « 37
et demi le matin » confirmé par un film à succès fait à
partir de son roman. Mauvais souvenir.
À
ce « Campus » de dimanche soir, Djian
avait gardé son air de pontife sauvage, de grognon embarré
comme une huître. On aurait dit le poète et dramaturge Claude
Gauvreau quand il boudait la presse, un sosie.
Enfin on parla d’une morte, Duras.
L’actrice Moreau la joue dans un film qui sdort à Paris , film
fait à partir du livre-confession de son élève-jeunot-soupirant
Yann Andréa, celui qui passa de l’admirateur confit en
co-locataire à cette belle plage Trouville (visitée avec Aile en
1981)où se terrait la drôle de dame, aussi cinéaste à ses
heures, voguant d’échec en échec. Soudain Guillaume Durand,
l’animateur sympasthique et habile de « Campus », à
bon droit, ose : «
Mais pour la sexualité…, le film n’en dit rien, là, il y
avait une bizarrerie, non ? » Oh boy ! Malaise en studio ,
la caméra sait plus où se mettre, le preneur de son doit aller
se cacher…Silence compact du questionné, un expert en la dame
pourtant.
Pudeur niaise, non ? J’avais lu ce
Andréa et en effet, il y avait un verbiage, une baratin para-littéraire
qui tentait de cacher la vérité. Jeanne Moreau, elle aussi, se
drapa dans un silence louche sur la question légitime, normale.
Mon Dieu, pourquoi ce tabou ?
Ah oui, de la télé parfaite pour
ceux qui se passionnent de littérature. Exemple : Dominique
Noguez qui déclare qu’i y a un silence louche sur l’origine
du mal, de la folie génocidaire, l’horrible bombardement sur le
Japon, commis par Truman aux USA.
Ces bombes atomiques sur des centaines de milliers de
civils en 1945. Le Gluckmann répond aussitôt : « Non,
faux, Hiroshima n’est la
source du mal. Il y avait eu Guernica, vous semblez l’oublier ! »
Plouc ! Silence embarrassé du Noguez. Je veux juste dire que ces
combats d’intelligences déployées sont excitants et qu’ici
on en a jamais, maudite marde ! Cela m’enrage tant !
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