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1-
Hier la beauté solaire
nordique, ce matin, à « bloody sunday » tout bêtement
blanc, pas un seul trou dans le couvercle céleste. Tant pis !
Ayant revu la jeune beauté de Daniel Gadouas dans « Un
dimanche… » à ARTV, j’ai eu souvenance amère d’un
projet. D’abord dire que j’avais souhaité le jeune Gadouas
pour incarner mon « alter ego » de La petite patrie.
En suggérant l’acteur au réalisateur, ce dernier refusait net :
« On a eu du mal avec lui, récemment, il a fallu le
refroidir dans une toilette de studio tant il était barbouillé
de drogue ». Ma déception. C’était en 1974. Certes
Vincent Bilodeau, choisi par Florent Forget, me fit une réincarnation
adolescente bien parfaite.
Plus tard, vers 1979, avec la promesse fallacieuse des
dirigeants de la SRC du temps
(J.-M. Dugas et J.-C. Rinfret), je songeais à une
dramatique que je voulais rédiger et réaliser moi-même sur
Rimbaud et Verlaine. Le « boss » Rinfret
me disant « Oui, mon Claude, on va te laisser faire
une réalisation », je voyais un duo singulier : Jean-Louis
Millette en Paul Verlaine envoûté, comme on sait, par son jeune
et génial compagnon de rimes et, lui, oui, lui, Daniel Gadouas,
en Arthur Rimbaud impétueux, iconoclaste et… fou.
Je préparais avec enthousiasme le scénario et…vint la
remise « aux calendes grecques » bien connue. Hélas,
oui, mon projet « tomba en quenouille » , sombra dans
« l’abîme du rêve » (Nelligan) vu le manque de
parole du boss. Ma déception encore !
C’est dire comment ce jeune Gadouas, qui avait ce côté,
cet aspect, fiévreux et romantique de Daniel Gadouas, son papa, hélas
suicidé par défenestration, m’inspirait fort !
2-
On imagine pas comment écrire
ainsi un journal sur Internet change un tas de choses. La certitude d’être lu à mesure qu’un ouvrage se fait…
effet bizarre, je vous jure ! Rien à voir avec le fait de rédiger
un livre dans la solitude, pour un lectorat inconnu, encore à
venir. Ça change tout. Je suis excité certes par cette neuve réalité.
Une première ! La centaine (ou 200 ?) de lecteurs fidèles fait
que je les sens comme au-dessus de mon épaule. J’ai des envies
de dialoguer. Je me retiens de ne pas interpeller ces gens qui
voient le livre sec faire à mesure. J’en
suis comme… gêné. Je dois oublier que l’on pourrait
intervenir, m’expédier un courriel pour commenter, à chaud,
l’itinéraire « in progress » de ces « Journées
nettes ». Je me sens comme en danger. C’est fou.
Quand sera publié en
livre ce journal « spécial » est-ce j’aurai biffé,
changé, censuré des choses ? Je ne le sais pas encore.
Devrais-je couper des éphémérides ayant perdu du sens ? Le
manuscrit sera-t-il trop lourd, trop épais ? L’éditeur
voudra-t-il tout prendre dans six mois, en fin de juin, pour un
bouquin à paraÎtre
en septembre (ou octobre) de 2002 ? On verra « dans le temps
comme dans le temps » disait Ovila Légaré du « Survenant ».
J’ai très hâte de voir dans les librairies, en avril,
ce « Écrire » que je viens de terminer. Avant-hier,
Beaulieu l’exige pour sa série, j’ai envoyé à
Trois-Pistoles un dessin (Don Quichotte et le Sancho) et une page
manuscrite. J’ai
mis six ou sept textes lyriques au beau milieu de ce bilan sur le
métier (!) d’écrire…qui n’en est pas un, bien entendu
comme je le répète dans « Écrire ». C’est aussi
une manifeste, un pamphlet par bien des côtés. Il y a que, en
dehors du portrait de l’écrivain « raté »,
j’ai voulu y semer un peu de « littérature »
en cours de cette confession très prosaïque, très « factuelle »,
aux aveux francs. J’en suis si fier, si content.
J’ai mis du temps à répondre à
l’invitation de Beaulieu et soudain, bang, ça m’a pris, ça
m’ a emporté, je me suis vidé le cœur et je vais encore,
me faire un tas d’adversaires !
3-
Aile et moi avons regardé,
à la télé, le
troisième et dernier tome sur l’écrivain new-yorkais, Norman
Mailer, intitulé « le désenchanté ». Mailer en
ouverture : « C’est pas comme écrire un livre.
Vous voyez, je parle ici pour la télé, ça ne donnera rien
d’important. On va regarder, tout de suite après, une autre émission,
on va oublier aussitôt tout ce que je dis maintenant »
Lucidité valable ! Mailer : « Aimer, c’est quoi
? Suis-je prêt à donner ma vie pour cet autre ? C’est la seule
vraie question. Suis-je disposé à mourir pour lui ? » Aile
et moi, nous nous regardons, gênés. Mailer qui dit parfois de
niaiseries, qui est contradictoire a de ces moments forts ! Revenu
de l’action politique, vieilli, Mailer cherche des veines, comme
il dit : »L’écrivain est une sorte de mineur et si
un filon s’épuise, il cherche ailleurs. » Il crache des
sentences définitives sur Johnson, Nixon, sur Reagan, des
« crachats » vraiment. Et il n’a pas tort. Il donne
un verdict terrible sur la popularité de Ronald Reagan : «
Les gens l’aimaient, il était nul mais si gentil, aucune idée
solide, du charme (je songeais au charmant
Brian Mulroney copain comme cochon avec ce Ronald-duck). La
nation ne voulait que cela, « être charmée ». Il a
parlé de l’immense bavure des Américains en Somalie, un
Vietnam bref, et ce sera, deux jours plus tard pour gommer cela
—et aussi le scandale « l’argent sale du trafic des
armes » versé aux « Contras » du Nicaragua—
l’invasion niaise de la Grenade (1983), une farce, dira
Mailer. « Uncle Sam » enfin
vengé de ce maudit Vietnam. Les réjouissances candides
partout pour avoir pu chasser déménager un millier de pauvres
ouvriers cubains « communistes » ! « On a
gagné une guerre ! » Une « joke » ricane Norman
Mailer. La guerre au
Koweït, elle, lavera vraiment dans l’imaginaire américain la
honteuse défaite du Vietnam. Un besoin urgent !
Plus tard, Mailer va creuser le filon « condamnés à
mort ». Il va publier sur Gilmore…qui sera gracié et qui
en sera révolté, qui insistera pour être exécuté comme… on
le lui avait promis ! Mailer, interloqué, ira le confesser.
Gilmore l’insistant sera exécuté le 17 janvier 1977. Et puis
ce sera un autre livre, sur Abbott, autre condamné à mort (Random
House, éditeur) sur qui Mailer va écrire combattant sans cesse
la barbarie de la peine de mort. Ce dernier, lui aussi, sera gracié.
Sortie de son pénitencier. Et puis, l’horreur : Abbott va
tuer un homme (poignard) quelques semaine après sa libération !
Mon Mailer sur le cul ! La culpabilité alors. Cela fit couler
beaucoup d’encre à l’époque et Mailer dit : « Arès
cela, les exécutions capitales montèrent en flèche aux USA ».
Ah oui, le « désenchanté ». Surprise d’Aile et moi
en l’entendant proclamer : « Il n’y a qu’une
vraie mort dans la vie et c’est la mort de l’âme. Des gens
meurent avant de mourir. Quand votre âme est morte, c’est déjà
la fin ! La mort qui viendra ensuite, ce n’est plus rien.
» Chapeau ! C’est tellement vrai ! Il a affirmé que les
USA qu’il aime, dit-il, comme on aime sa femme dans un mariage
en crise (!), c’est « place à l’exportation de nos
produits », point
final. Un monde de spéculateurs. Dit aussi qu’il y a trois
problèmes graves : les drogues, les Noirs et la pauvreté.
Il craint une récession car, dit-il, le sort des Noirs et des
pauvres sera effroyable si on revivait les années de la grande
Crise de 1929-1939.
Il a dit que, jeune, il a lu Marx, dès 1949, et que cela l’a aidé à comprendre que toute société
repose sur une structure et qu’il faut bien la connaître (« le
Capital ») si on veut changer les choses. Il est allé en
URSS en 1984 et a saisi que, partout, la misère est le lot des
petites gens…
Mailer fit une parenthèse sur l’assassin de Kennedy (il
a écrit sur lui comme sur Marylin Monroe)
qui s’était déjà volontairement exilé au « paradis
promis » des travailleurs,
l’URSS, y avait travaillé,
avait compris que « l’ouvrier non-spécialisé » est
un perdu, un diffamé, un exploité, un no-body, en URSS comme aux
USA et que cela avait armé son bras meurtrier. Cer tueur de
Dallas voulait se signaler, il refusait d’être un « rien ».
Mailer à Moscou découvre le mensonge USA. MOSCOU n’avait rien
d’un danger grave, n’était pas un monstre dut tout. L’URSS,
déjà, était ruiné, à cause de la guerre aux armements aux
USA. « Cette fédération n’ avait pas du tout les moyens de
rivaliser avec l’industrie capitaliste de l’armement. C’était
un « tiers-monde », pas du tout le Satan que
Washington voulait faire accroire aux candides citoyens. De là
l’écroulement, l’essoufflement, l’écrasement final en
janvier 1990.
En fin d’émission, Mailer répète que l’écrivain
cherche à comprendre. Puis à faire comprendre. Ce qu’il croit
qu’il a compris, Ne veut que cela : la compréhension,
seulement et toujours cela. Bien d’accord. À la toute fin,
Mailer crachera sur « l’étiquette » que l’on
s’empresse de coller à un auteur. Débat terrifiant ensuite
pour la décoller ! Oh oui ! Voir ce « vieil homme et la mer »,
sur sa plage de Provincetown, au bout du Cap Cod, revenu de tout,
amer et serein à la fois, donnait un choc. Je lirai son
« Harlot’s gost », démoli férocement par « Time »
et Cie, un « nauvrage navrant » a-t-on dit.
Curieux de voir ça, un nauvrage littéraire !
Mon ami et voisin, l’anarcho Jodoin, qui refuse de
regarder la télé, manque ainsi des émissions captivantes, (signé
Richard Copans, ces trois émissions sur Mailer et l’Amérique)le
pôvre ami et voisin ! C’est con, je le lui ai dit mais il
s’obstine dans sa bouderie.
4-
En
ais-je parlé ? Avoir relu l’été de 1994 dans ce « Un été
trop court » (Publicor, éditeur ), ce journal intime de
quatre mois d’été. Quel plaisir de revivre un temps enfui,
recherche de ce temps perdu ! On devrait, tous, rédiger du
journal. Aile fort stimulée quand je lui remémorais des faits de
cette année lointaine …lointaine ! Il y a quoi, sept ans ?,
pourtant que d’oublis.
Sa maman qui sombrait dans
la démence d’un âge avancé, les larmes d’aile désespérée
en cet été, les pluies diluviennes, incessantes, l’inondation
du terrain, la plantation des pins nains. Notre motel, le 218 du
Norseman, à Ogunquit, avec de la porte-fenêtre de la chambre,
ses crépuscules mirifiques sur la rivière Ogunquit, ses aurores rouges comme sang sur l’océan à nos pieds.
Le beau voyage alors ! L’oublie d’une maman, Yvonne,
qui coulait dans les pertes de mémoire atroces.
Avons pris trois livres à la biblio du village. Un sur un
chef de guerre (anti-soviétique) décédé, Massoud d’Afghanistan,
un sur Bernard Landry par Vastel et un tome du journal (Ah ! du
journal, me délices !) de ce frère mariste « devenu un réactionnaire
fini » publie Martel dans le cahier « Livres »
de La Presse ce matin.
Je l’avais lu et l’ai donc pris en vain. Vrai que ce
Jean-Paul Desbiens est devenu un frileux, conservateur éhonté,
mais il a de la jasette et de l’esprit. Et de la culture. Et
j’avais aimé glaner de ses facéties où il s’enrage contre
le progrès et la culture actuelle, les us et coutumes d’un
monde qu’il craint, qu’il fustige aussi. J’aime bien lire
des gens qui sont aux antipodes de mes sentiments et opinions, je
trouve cela stimulant. Et puis le célèbre Frère Untel a de
vraies bonnes raisons, ici et là, de s’enrager.
Le fameux petit frère mariste, amateur de bon gin,
un temps exilé en Suisse par son église très énervée
de ses « insolences », fut nommé Grand Pacha, chef édito
à La Presse, à la fin des années ’60 et ce sera une aventure
curieuse. Durant la Crise d’octobre, il est devenu comme cinglé.
Il avait publié : « Il faut fermer le monde ».
Aussi : « On est pas des « beus » pour
chier en marchant ! » Il fut censuré par les proprios de la
« Power Corp. » Vers
la fin, il semblait hésiter à condamner les terroristes… il
fit rapidement ses valises dans une sorte d’hébétude bizarre.
Il fait allusion, ici et là, dans son journal, pétillant par
longs passages, à ces vieilles chicanes…. avec tant de monde.
Martel est cruel : « un réac fini ? »
M ais non, Desbiens est plutôt un nostalgique des années
du bon vieux temps catholique québécois, en cela, qui n’est
pas nostalgique de sa jeunesse perdue ? Martel ? J’en douterais.
Beaucoup.
5-
Hier, samedi, à Télé Québec,
encore deux bons films et sans les putains de chiennes de maudites
de décervelantes de dégueulasses d’infantilisantes de
gnochonnes de criardes de mécréantes d’insupportables
de…publicités ! Ouf ! Ça fait du bien.
Deux films de Claude Miller. D’abord « La classe de
neige » de Carrère. Un récit haletant, terrifiant, bien
mené. Celui d’un garçon dominé par son père incestueux, un
malade pathétique, pédophile. Ce père inquiétant a rendu son
enfant paranoïaque. Quel bon récit filmique de Miller.
Ensuite, T.Q. offrait, toujours de Miller : « La
chambre des sorcières », vu au cinéma, que j’ai pris
grand plaisir à revoir. Une histoire en apparence banale :une
étudiante (30 ans) —amante d’un homme marié— en
anthropologie qui doit se faire hospitaliser pour les nerfs, ses
migraines et ses coliques monstrueuses.
Anne Brochet ( la jeune fille dans « Cyrano »
avec un Depardieu inoubliable) joue fort bien cette chercheuses de
signification chez les Africains primitifs et, à l’hôpital, la
voilà avec des soignants exilés
d’Afrique. C’est subtil et très brillant. Sa science la rejoint en
effet. Sorcellerie en chambrée (à trois) ? On voit une poule
noire, des singes, des bébés criards, tout vire en un cauchemar
qui l’accable. Qui la trend encore plus névrosée. On y voit,
voisine de lit, une
vieille dame inquiétante comme ce gourou dans le « Juliette
des esprits » de Fellini.
Cette vieille Éléonore,
sorcière de nuit dans la pouponnière, renverse ! Une sorte de
folle avec plein de sous-entendus, d’allusions. Vraiment un film
bien fait. Cette « Chambre… », je le reverrais
encore C’est tout dire. Le neurologue impuissant est brillamment
interprété par le québécois doué Yves Jacques.
6-
Hier au souper —agneau
d’Australie, d’Aile aussi, rouge et rose, yum!— ma compagne
s’épanche : « à Hull, fillette, j’avais deux
bonnes amies fidèles, les petites Rochon, il y a eu déménagement
et aucun adieu, rien, pas un geste, pas un mot, pas « d’au
revoir». Longtemps
après j’y repensais parfois et je ne comprenais pas comment on
peut en arriver à se séparer de telles camarades sans un signe,
sans rien. Ça me fait quelque chose ces façons de faire de ce
temps-là. »
Et c’est si vrai. Les enfants suivaient docilement les
parents et il n’y avait, hélas, pas d’espace pour
l’expression des sentiments. « Ensuite, il y a comme une
petite blessure », dit Aile. « Que sont-elles devenues
? Je ne sais pas. Je n’ai plus rien su d’elles. »
J’ai raconté à CKAC, pour la Saint Valentin de l’an
2001, une coupure de cette sorte. La petite Carrière que
j’aimais tant et un matin… les rideaux partis aux fenêtres,
leur porte d’entrée entrebâillée, plus personne. Le proprio
qui me dit : « Cherche-la plus, attends-la pas,
ce matin les Carrière sont déménagés en vitesse et je
sais pas où ! »
Soudain, Aile : « Bon,
assez jasé et je veux pas voir ça dans ton journal, hein ? »
Je n’ai rien promis. Je ne comprends pas, je ne comprendrai
jamais pourquoi, si souvent, les gens veulent garder pour eux des
choses aussi simples, aussi belles, aussi attendrissantes surtout
et qui ne sont pas des secrets personnels. Il va de soi qu’il y
a des intimités qui ne se répètent pas mais…là, ce souvenir
de petites amies perdues…
À ce propos —coupures d’amitiés et Saint Valentin—
si Guy Lachance, réalisateur à CKAC chez Arcand, m’invite
encore pour un conte, j’ai le choix : il y a la boiteuse
sur son balcon, la jeune juive au bras marqué d’un numéro
nazi, ou la jeune beauté sourde et muette en visite au musée
naturaliste des Sourds, rue Saint-Laurent. J’avais aussi songé
à ce jeune oncle,
Fernand P. qui voulait me « matcher » à une petite
guidoune du Faubourg à mélasse. Je verrai.
7-
Ça jase partout du procès
qui va se faire en grandes pompes pour John Linch, cet étonnant
jeune américain caché parmi les terribles talibans « fous
de Dieu », d’Allah, pardon ! Divorce, le père, un avocat
bourgeois de la Californie, décidant d’assumer son homosexualité
! Et bang ! conversion de John à l’islamisme radical. Exil. La
mère, une photographe, venait de se convertir au bouddhisme, elle
!
Oubliant la magouille des dirigeants et souteneurs de W.
Bush, dans l’empire « Enron », qui se
sauvaient avec la caisse avant de déclarer faillite, de ruiner
les milliers
d’actionnaires ordinaires, ce sera le « show Linch ».
Une pertinente diversion, genre « foire O.J. Simpson »
et ça arrangera le Président Bush, cette cohue, cette ruée aux
écrans de télé.
Ce matin, « La presse » du dimanche, entrevue
de ma collègue romancière, Monique Larue. On lit qu’enseigner
la littérature française (à Edouard Montpetit ou ailleurs )
quand la jeunesse n’en a que pour les images et le rock
anglophone n’a rien d’une sinécure. On l’imagine en effet.
On lit aussi à propos de la mort récente du célèbre sociologue
Pierre Bourdieu que ce dernier était « un chef de secte »
et « dominateur » avec ça ! Eh b’en ! Le captivant
Robitaille de Paris en profite pour parler de Jean-Paul Sartre
« stalinien pendant 25 ans », de Sollers « maoïste
zélé », de Foucault « pro-Komeiny-intégriste »,
ajoutant en citant Gluckmann, qu’il y a des Socrate :ceux
qui questionnent sans enrégimenter et des Platon, se voulant
conseiller du prince au pouvoir. Bravo ! Il oppose à un Althusser
du genre Platon zélé à
un Edgar Morin plutôt, lui, sage socratiste (sic).
La vérité.
J’ai croisé le fameux sociologue en studio dans le
temps. En effet, un homme sage, rieur, ne se prenant pas pour un
autre, curieux des détails techniques de cette télé d’ici,
bavardant volontiers avec le décorateur que j’étais. Edgar
Morin rentrait d’un séjour prestigieux, californien, où il
avait été bien reçu et avait hâte de revoir Paris après le
Mai’68. Robitaille fait aussi des liens perspicaces entre un
Bourdieu, en 1995, à 65 ans, jouant l’ouvriérisme vindicatif
chez les grévistes du transport et Sartre, vieillard à demi
aveugle, en 1969, chez Renault en grève, grimpé sur un tonneau
pour ses prédications maoïstes.
Fini ces intellos dominateurs, les guides autoproclamés du
populo ? On dit que
c’est le temps du scepticisme, du doute. Les nouveaux
philosophes (Sartre, énervé d’une relève qu’il n’avait
pas couvé, disait d’eux :des agents de la CIA !) sont plus
prudents. Bernard-Henri Lévy reste celui qui est tenté par un rôle
de gourou du peuple. Le seul peut-être. Norman Mailer, j’y
reviens, a fini par dire ayant compris la vanité des « combatifs
par l’écriture » : « J’ai compris tard
qu’un intello, un écrivain, ne peut guère influencer la vie
courante ». C’est le rôle des politiques quand ils osent
avoir des politiques et pas seulement des opinions faciles pour
joindre la faveur des sondages. Bourdieu a tout de même publié : »Les
chiens de garde », une charge anti-médias percutante, un brûlot
qu’on dit terrible, que
je cherche à me procurer.
8-
Pierre Vennat, ce
dimanche, parle de Lemelin qu a fait connaître « sa pente
douce », de Beaulieu et son « Trois Pistoles »
illustré, de moi et mon cher Villeray-Petite patrie. Il oublie
Tremblay qui a su raconter son Plateau des années ’50 et ’60.
En effet, un des rôles de la littérature est d’illustrer ses
lieux d’origines. Plusieurs le font mais tant d’autres sont
comme déracinés, on ne sait trop d’où coulent leurs sources,
ils sont même fiers d’être comme sans origines précises
—ils viennent de nulle part ! Un choix certes. À mes yeux une
bizarrerie et fréquente !
Un jour,
quelqu’un m’avait soufflé : si tu avais été, jeune,
abandonné, malheureux comme les pierres, enfant triste, délaissé,
jamais stimulé, perdu même, tu ne raconterais pas tant ton
enfance, ta jeunesse. Je m’étais dit :ouais, vrai sans
doute ! Il faut avoir obtenu au moins un peu de bonheur, jeune,
pour vouloir tant se souvenir.
Le téléphone sonne : un certain Chapdelaine. Il a étudié
à L’École du Meuble lui aussi, devenant ébéniste. Il
habitait mon coin, jeune, il vit maintenant à Grande Vallée en
Gaspésie et il m’invite à y aller le visiter. Il compose des
poèmes, il a « composé » sa maison avec beaucoup de
bois d’épave. Un logis en… »drift wood !Il ne lit pas
J.N. car il n’a pas encore l’ordinateur, m’explique-t-il.
Jasette ad lib. Il a bien connu mon jeune camarade Roland Devault.
Un de mes héros impétueux dans
« Enfant de Villeray », livre
qu’il vient de lire avec, évidemment, beaucoup d’émotion,
affirme-t-il, étant
du quartier.
Un livre fait cela parfois : une sorte d’union de
pensée formidable. Nous raccrochons après vingt minutes. Cela va
lui coûter cher…de tant se souvenir !
Un certain Jacques Gélinas avance que la globalisation mènera
au totalitarisme. Bigre ! Ça se peut. Tiens : ce chercheur
dit aussi que l’argent à blanchir
jouit de la complicité de tout le système en place.
Jacques Gélinas, haut-fonctionnaire retraité mais resté actif,
fonde trois choses : L’État, les grandes compagnies
(transnationales) —les deux sont de mèche ces temps-ci face à
la globalisation— et enfin, les consommateurs (nous).
Il n’y a plus de… « citoyens » déplore-t-il,
pour les États et les entreteneurs géants. Il n’y a que des
consommateurs ! Gélinas déclare que les élites sont sans aucune
morale, qu’il y a défaitisme, abandon. Les gouvernements se
taisent aussi, la peur de l’économie contrôlée par les
gigantesques machines commerciales. Il n’a plus confiance
qu’en ce mouvement naissant, qui débutait à Seattle, qui a
fait son grabuge au Sommet de Québec…et qui continue. Il veut
que cela grandisse, il compte sur ce réveil des citoyens, la
seule vaste planche de salut.
Enfin, « La presse » parle de « Le liseur »
un livre qui obtenait une audience fantastique…Son auteur, un
Allemand, assure que jamais l’Allemand ne pourra arracher la
page noire du nazisme. Que les jeunes tentent pourtant d’effacer
ce souvenir odieux, atroce, dont ils ne sont pas responsables mais
qu’il n’y aura jamais, jamais, rien à faire. J’y pense très souvent. En effet, comment
charger des Allemands nés… disons en 1980 ou 1990, des méfaits
intolérables commis par les grands parents, complices ou témoins
muets ?
Quelle chance nous avons, au fond, de n’avoir été que
des enfants, les descendants de modestes colons —abusés par les
envoyés de la monarchie versaillaise souvent— s’installant en
cultivateurs pour la plupart dans les parages du fleuve
Saint-Laurent sans déloger ou chasser les indigènes puisqu’ils
étaient, pour le plus grand nombre, des nomades, chasseurs et
cueilleurs. Nous n’avons jamais participé activement à aucune
guerre grave. C’est une chance. Je me demande ce que je serais
si j’étais un Allemand. Je les plains. Le nazisme a imposé une
tache noire indélébile, pour des siècles à venir, sur ce pays.
Les grands musiciens et les philosophes de cette nation, eux-mêmes,
en sont éclaboussés. Il faudrait que je lise… « Le
liseur ». L’étudiant allemand
tombant amoureux d’une employé de tramway plus vieille
que lui, analphabète et qui, il va le découvrir, trempa dans le
nazisme…Faut que je déniche ce livre. Voilà ce que fait de
bons « papiers » du cahier Livres.
Je tiens à terminer cette Journée…nettoyée avec ceci
qui est grave : « Le langage pédagogique est
l’opposé absolu du littéraire… il ne peut engendrer aucune
compétence langagière. » C’est le héros du dernier
roman de Monique Larue, je l’ai dit plus haut, prof de littérature
dans un cégep qui parle par sa bouche. Ça donne à réfléchir
sur tous ces cours de création littéraire, ces ateliers spécialisés,
ces séances offertes par des auteurs connus. Dans mon « Écrire »
qui va vers un imprimeur bientôt, je fulmine contre ces
arnaqueurs, je fustige ces attrapeurs de nigauds. Pour écrire,
c’est tout simple, il faut prendre un crayon ou un stylo,
et du papier. Ou un clavier. Oubliez les Marc Fisher,
Arlette Cousture ou Réjean Tremblay ou Dominique Demers…oubliez
ça. Ne gaspillez pas vos sous.
suivant
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