|
1-
C’était
hier soir, vendredi et no aujourd’hui que nous avions des
billets pour aller voir « Antarktikos » au théâtre
de « la Licorne » un « trou », rue
Papineau en face de l’ex-théâtre de Latulippe.
Je
me suis senti comme, étant jeune, une sorte d’initié au théâtre
marginal. Nous sommes en 2002. Un local de misère. Une centaine
de chaises. Atmosphère « bohème » du temps de notre
jeunesse (1950). Ces lieux d’un ordre…bancal… Six acteurs
tentent de nous faire accroire à six échoués sur une banquise
du Pôle Sud. Six gaillards condamnés
à mort dans le froid et la nuit. Quelques vagues plates-formes,
quelques accessoires, un rideau blanc
que l’on éclaire…jour,
nuit, aurores boréales, étoiles… pour ciel. Statisme obligé,
c’est la nudité des éclopés, des perdus dans le glacial lieu,
désespérés, l’arctique et ses dangers de mort.
Un spectacle étonnant.
Ils rampent, ils se tortillent, ils s’emmitouflent dans leurs
fourrures et guenilles et bottes de misère…ils gèlent, ils crèvent
de faim, de soif, ils
agonisent…Tableaux
bref, black out fréquent, on rallume, ça ne va jamais mieux. Un
texte de David Young —Cuillierier me dit que cela durait quatre
heures à la rédaction— qui veut raconter six cro-magnons, six
homo sapiens sapiens…de 1912, bataillant pour la survie. Une
soirée de théâtre peu commune ! Ce n’était pas plate du
tout, D’amour et Bossé se dépensent avec brio. Monty, le
metteur en scène, y a mis tout ce qu’on peut mettre pour faire
voir la déchéance, le degré zéro d’une existence qui ne
tient pis qu’à quelques fils ténus.
Avec nos amis,
somme allés d’abord bouffer au « Stromboli » de la
rue Mont-Royal, pas loin. Restau pas cher où je me régalai de
pasta « fruitti della mare ». Vin rouge. Au bar, je
remarquais un jeune homme plein de verve, tendu, éclatant de vie.
J’ai songé à nous, jeunes artistes, espérant mer et monde de
l’avenir encore très incertain. Je suis toujours ému quand je
croise de ces jeunes, filles ou garçons, qui me semblent
fiévreux, ouverts. Je me dis chaque fois : « Oh
providence des jeunes âmes d’artistes, veillez à ce qu’ ils
ne soient pas déçus. Accordez à ces jeunes enthousiastes un peu
de succès et le pus tôt possible. Amen ! »
Le matin, vendredi, visite au Stanley Cosgrove d’une
petite murale (assez conservatrice) au cégep Saint-Laurent. Verre
de punch. Discours d’inauguration. Vidéo amateur où l’on a
pu voir Cosgrove, vieux, venu signer sa fresque où l’on voit
cinq personnages en toges romaines (!) , symboles de la philo et
des sciences, l’ouvrage signé prenait de la plus-value !
Dehors, manifestation agressive des collégiens qui protestent
contre les subventions des industriels, proclamant que leur
institution, de cette manière, s’inféodait bassement aux
capitalistes méchants.
En sortant, des
crieurs s’entassent
au portique pour faire échouer la cérémonie. Un jeune meneur,
17 ans, beau, écumant, allure d’un Robespierre démonté, crie
à tue-tête. Des gardiens s’énervent, se préparent à
l’empoigner, à le « vider ». Il
s’agite, frénétique, semble au bord de la commotion.
L’hystérique s’époumone, ses camarades l’ entourent,
on craint la crise fatale. Silence et prudence autour de lui.
Il me regarde,
insistant, sortir. Je vais vers lui, lui prend un avant-bras, il
ouvre la bouche comme pour me
condamner Je lui dis très calmement, le dévisageant avec
sérénité : « Jeune homme, on a souvent
raison de protester, jeune. Gardez votre faculté de
l’indignation. Bon courage. »
Il semble calmé net . Ne dit plus rien. Et on s’en va
dans le silence nouveau.
Ce matin,
dehors, Chemin Bates,
l’eau coule dans le caniveau ! Incroyable ! Un 26 janvier
! 45 minutes plus tard, deux œufs au « Petit chaudron »
et le Journal de Montréal. Qui ne s’améliore pas. Un visuel de
délabrement. Petit torchon imprimé à la va vite, contenant plein de nouvelles fraîches racontées brièvement
selon la formule qui a fait le grand succès de ce canard
populiste. En après-midi, sous un soleil formidable, notre marche
rituelle.
Vendredi matin,
devant descendre en ville pour cet « Antarkticos » et
m’ennuyant de mon fils et des siens, j’offre de luncher
ensemble à Ahuntsic mais : « Ah, impossible, les deux gars sont en congé, papi, et nous
montons skier justement dans les Laurentides », me dit Lynn,
ma belle bru. Ma déception.
Jeudi soir, à
ARTV, vu « Un mois à la campagne », téléthéâtre
de Richard Martin. Dyne Mousseau fantastique, hallucinante,
comédienne, on l’a oubliée. Ce drame d’Yvan
Touirgueniev est moderne par son thème : « Une femme mûre
amoureuse d’un jeune de 20 ans, bien joué par Gadouas junior.
Je me suis souvenu : à Rosemont, mon lunetier débordé me
recommande de revenir plus tard et je traverse la rue pour entrer
dans un gargote infâme pour manger un brin. Elle est là, mal vêtue,
le teint pâle, les traits défaits, prostrée, marmonnant pour
elle-même, dans un
coin du restaurant, elle, Dyne Mousseau qui a abandonné son métier
pour cause d’éthylisme. Ma gêne, je n’ose aller la saluer,
la crainte de l’humilier, de faire voir sa déchéance. J’en
avais mal au cœur.
2-
Rima
Elkouri, de « La Presse », signe un étrange papier.
Elle parle d’un certain Leduc…dont la mère est émigrante et
dit : « Il n’est donc pas de souche ! »
Pourquoi spécifier cela ? C’est idiot. Une lectrice
(Odette Poitras) lu a fait des reproches car Elkouri
a publié que le boulevard L’Acadie n’est pas le bon
nom pour baptiser un chemin rempli d’usines et d’entrepôts.
Sa lectrice, remarquant son patronyme d’« étrangère »
(Elkouri), prenant la mouche, lui recommande de mieux étudier
notre histoire, que l’Acadie est un nom utile à signaler et
blablabla ! Une querelle insipide en somme ! Or, la Rima, née
ici, au lieu d’affirmer son intégration, se vante de manger du
« tahiné » du
« labné », du « shish taouk », initiée
par sa grand-mère paternelle syrienne. Son grand-père aurait
fui, dite-elle, la guerre des méchants Turcs. Bref, elle
entretient une vaine chicane en semblant recommander une
affirmation des anciennes racines, ici, les goûts du ghetto.
Comme c’est bizarre cette susceptibilité !
Éloges rares de
Robert Lévesque, dans « Ici », , pour « Au
coeur de la rose » de Perrault au Rideau Vert. Ce texte dont
je fis les décors fut monté par Paul Blouin à la télé
d’abord, 1958. Pierre-Jean Cuillierier, on en a jasé au
« Stromboli » vendredi soir, jouait à « La
Boulangerie » de Sabourin (1964 ?), le rôle du
marin-survenant au phare. Lévesque, dithyrambique, parle de cette
reprise comme de l’un des deux grands évènements théâtrales
de ce théâtre de RTUrgeon.
suivant

|