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1-
L’avais-je oublié,
c’est cela l’hiver ? Quelques rares et bénis jours radieux de
soleil brutal — propre aux pays nordiques ?—
et, bien plus souvent ce gris étalé tout partout ! Comme
ce vendredi matin d’aujourd’hui. Bof ! Bientôt mars
n’est-ce pas ? Je sais trop bien désormais la vitesse du temps,
des saisons. Patientia !
Le « vieux » se questionne quand il examine le
monde des nouveaux venus.
Un exemple : elle se nomme Lévy, Conception de son prénom.
Son boulot : « réserviste » (?) dans un
cabinet d’avocats par les soirs ! Au bord de la nuit, retour de
ce boulot, Conception dit aimer visionner des films en arabe, en hébreu
ou en japonais, peu lui importe. Quel canal ces films ? Où les
loue-t-elle ? Pas de réponse dans l’interview. « Je
savoure aussi un film ou sans les images ou bien sans le son. »
Eh b’en !
Pour elle « érotisme et ésotérisme », même
affaire. (!) Elle se dit intriguée par les « potions »
celtes (!) ou égyptiennes, par le Karma Sutra. Aussi par la métaphysique.
Seigneur ! Cette Conception cherche, sur Internet, des sites et
sur l’urologie (!) et la physique quantique. Femme singulière,
hein ? Elle fut barmaid un temps, stagiaire à l’école du
barreau… étudiante aux HEC…a quitté car elle déteste
« les bancs d’école » ! Bonne Vierge ! Plus jeune,
elle fut découragé d’aller étudier en théâtre par ses
parents.
Elle élève des escargots !
Les amoureux ? « J’en ai eu ma claque des hommes. »
Oh la la ! « Ils étaient comme « mes » enfants
! Elle termine par, tenez-vous bien : « Du jour où je
sais que je ne leur apprend plus rien, il n’y a plus d’échange
possible et je pars » ! La photo nous montre cette bizarre
« enseignante » aux hommes », jolie et sérieuse
jeune femme, cheveux sombres, lunettes de la studieuse.
Je vous le redis : un certain « nouveau monde »
m’intrigue au plus haut point. Pépère Jasmin, est-ce cela
vieillir ? Découvrir des cadets aux mœurs déroutantes ?
2-
Bande chanceux, va !
Je vais vous résumer ce très long entretien du Nouvel Obs
avec un brillant psy, auteur de trois volumes sur la question,
Boris Cyrulnik. Sujet qui nous tient tous à cœur, le bonheur.
Voici donc en une douzaine de brefs paragraphes, la
substantifique moelle de ses affirmations, parfois renversantes.
A-
Un enfant dont les parents
ne s’occupent pas sera inapte au bonheur ! Il faudra le « réparer ».
B- Tous nos progrès sociaux
mènent surtout, au
« bien-être », ce qui n’est du tout le bonheur.
C-
Issu d’un contexte
familial, ou social, qui n’a pas de sens, pas de projet à rêver,
à élaborer, on devient inapte au bonheur.
Une grave épreuve, comme
contracter un cancer, peut donner du
bonheur : enfin une lutte, un combat, un « sens
à la vie », qu’on peut raconter.
D-
Les médicaments, culture
techno-industrielle, tel le Prozac, sont sans effets secondaires
graves comme la cigarette ou l’alcool, mais ne sont qu’une
solution moléculaire. Ils ne règlent pas « le malheur ».
Les solutions affectives et culturelles sont plus importantes.
F- Il
y a l’utopie pour rendre heureux. Le vent bien des églises, des
sectes, des partis politiques et… les vendeurs de voiture !
G-
Jeune psychiatre, les
asiles étaient « merdiques ». C’était « notre
espoir » : corriger tout cela. J’étais heureux !
Utile, cette « représentation » de l’avenir, d’un
progrès. Jeune communiste après la guerre, j’avais une utopie :
améliorer l’avenir
du monde ouvrier. J’étais heureux.
H-
Nous sommes —ça n’a plus rien à voir avec le bonheur—
dans une culture du « bonheur immédiat ».
Un leurre cette quête de jouissance rapide, d’échappée du réel,
via drogues, sexolisme, « don juanisme ». La dépression
en est la conclusion fatale, maladie qui ira grandissante en ce
nouveau siècle.
I-
Les nazis étaient
heureux, les membres du parti « Front National » de Le
Pen, eux aussi. Les talibans aussi. Utopie nuisible ou non,
c’est un fait. Le sentiment « d’appartenance »
rend heureux.
Cette solidarité mène au mépris des autres. Cela opère
comme un mythe, souvent avec tout un rituel sonore et visuel :
musiques, slogans, posters. Il y a un chef, un leader :militaire,
prêtre, gourou, chef charismatique, tribun démago…ben Laden.
On se distingue des autres, c’est l’aristocratie des minables.
Le groupe amène du bonheur; le fanatisme, le racisme, l’intolérance
et c’est euphorisant. Surtout pour ceux qui « s’identifient »
mal, qui n’ont pas de famille, pas d’amis véritables. Même
un voyou de HLM, un délinquant peut savourer cela : «
J’ai enfin une identité, j’ai mon gang ! »
La haine rend heureux, c’est un constat.
J-
Les mystiques sont des
anxieux, l’extase est une défense. On abolit le doute qui
engendre malaise. La recherche d’une vérité définitive les
inspire, car l’ambivalence leur est source de conflits. Qui dit
vrai ? Israélites ou Palestiniens ?
Pourtant le relatif permet de chercher à comprendre
l’autre, les autres. Ceux-là rejettent donc l’angoisse de
chercher des nuances. Des angoissés se font souvent des « mythes
éphémères »; selon le niveau d’éducaton,
héros sportifs, vedettes de cinéma ou
« médecins sans frontière », intellectuels médiatisés.
K-
L’être humain déteste
deux chose fondamentalement : la liberté et le bonheur s’y
rattachant. La liberté est angoissante. Elle vous tend
responsable. Sous un dictateur (tel Salazar au Portugal), on était
heureux. C’était simple, le mal venait des socialistes pour les
militaristes. Pour le peuple, le mal venait des militaires et des
curés. Fin de cette dictature : c’est l’angoisse. Plus
de totalitarisme pour dénoncer le mal, plus d’ennemi.
La peur d’être maître de son destin.
L-
Pour le bonheur, vive la
une « double-vie ». Celle du gagne-pain obligé et
celle d’une passion, d’un projet personnel. Sinon, avec la
retraite, ce sera la dépression. Malheur à ceux qui investissent
tout dans le boulot.
Mais pas de rêverie irréalisable, pas de fantasme idiot,
On a vu la vraie histoire de Jean-Claude Romand (lire « L’adversaire »,
ou voir le film qui en sera tiré « L’emploi du temps »)
sombrant dans la crasse duperie des siens. Il finit en prison et
se réfugiera dans la religiosité.
M-
Les liens sociaux, une
force. Le bonheur existait dans les petites ville, les campagnes.
Cette solidarité peut être aussi une prison. Un carcan culturel
étouffant. La femme :une porteuse d’enfants et
l’homme, annexe des
machines, un pourvoyeur.
Désormais, il y a l’aventure de se construire une
personnalité. Un enfant longtemps isolé, je travaille là-dedans,
ne se souvient de rien. Les souvenirs ont besoin d’être reliés
aux souvenirs sociaux. Les enfants à qui personne ne s’attache
deviennent phobiques. Ils marchent, parlent, très tard. On a pu
mieux « réparer » des orphelins libanais qui avaient
des amis, un jeune chef, que des enfants avec des parents dépressifs,
une mère malheureuse. Puis c’est l’adolescence, la rupture nécessaire.
L’ado doit se faire son propre projet.
N-
Le bonheur se construit.
Il faut du partage. Pas de l’échange, terme commercial limité.
« Ensemble, on va faire ceci, cela… » Avec conflit
et c’est créateur. Seul, on ne peut rien développer, ni se développer.
C’est l’altérité qui fait vivre l’homme en harmonie.
L’enfant sans aucune aide va marcher à quatre pattes.
Donc, le bonheur n’est pas un état, c’est un objectif.
Faut y aller, partir, tenter l’aventure, mettre les voiles.
3-
Une voix amie :
« Tu devrais faire payer pour la lecture de ton journal. Les
gens n’apprécient pas ce qui est gratuit, Claude. »
Oh, oh ! J’hésite, savez-vous ? La voix : « Vas-y,
ils sont ferrés maintenant, ils vont accepter de payer, sois-en
assuré. » Non mais… S’i me plait à
moi de me faire lire à l’œil ! Mon droit, non ?
4-
Correction, il fallait
lire « Puerto Plata » et non « Porto Plata »,
récemment. Le rocker Éric Lapointe vient de « visiter »,
quatre jours, la
prison du lieu. Nous avions visité l’ancien fort prison, une
forteresse antique ruinée. C’était affreux. Sosua, où
Lapointe aurait dansé et…consommé…nous avait paru un village
bizarre. Tous ces marchands —de chair humaine féminine aussi—
étaient encombrants. Loin de la Floride florissante —c’était
un premier séjour aux Antilles— cette « république »
était embarrassante pour le voyageur qui a un peu de cœur. Tant
de pauvreté ! Au retour, nous n’étions pas du tout sûr
d’avoir envie de retourner jouer les « gras-durs
nord-américains » en de tels parages. Notre brève
visite à Puerto Plata nous avait montré très clairement la misère
ambiante. On se dit : notre argent de touriste peut les
secourir et puis on réfléchit et, enfermés dans notre club-med
luxueux, « Iberostar », est-il bien certain que les
profits collaborent au mieux-être des indigènes ?
Les naïfs, seuls, vont
croire que deux faits ne comptent pas pour la liberté si vite
retrouvée par le chanteur pop, Lapointe. Un : c’est une
vedette québécoise, danger de le garder en cellule. Deux:
l’emprisonnement peut nuire à la venue des touristes. Le
bla-bla d’un avocat, du gérant et autres commentateurs, est une
belle connerie. Le fabuliste : « Selon que vous serez
noir ou blanc… » Jos Bleau, lui, y aurait goûté.
Candeur aussi…vu le « parrain », sir
Gagliano, plutôt hilare, à l’aise, confortable, face au
Bureau-au-si-beau-bureau, hier soir. Il sait tant de choses. Il a
parlé de sa liste de députés de l’opposition, qui font des
pressions —aimables et gentilles— pour placer amis et
supporters. Il sait bien que de haut en bas de la chère « colline »
parlementaire, ça dégringole le favoritisme. Tout le monde fait
ce qu’on lui reproche.
Colonne voisine du sbire tout-puissant de Saint-Léonard,
journal de ce matin, on lisait : « Bernard Landry veut
amener « son ami » le docteur Levine à ses côtés. »
C’est de même ! Depuis toujours. Les « cymbalistes »
ès médias jouent une comédie d’hypocrite ! Pratte, éditorialiste,
a joué de cette innocence surfaite, ce matin. Honte à lui !
5-
J’entends ma chère Aile
en train de peinturer la petite toilette d’en bas. Broush,
brouch… ! Elle y va !Je lui ai préparé peintures, du blanc et
du ocre, baguettes à brasser, pinceaux, torchon… Moi ? Je tiens
journal. Je plaisante, elle est de ce genre de femmes qui aiment
bien faire de ces travaux virils de temps à autre.
6-
Hier soir, Norman Mailer
à T.Q., premier entretien de trois. Pas bien fort. Documents
archi-connus sur les actualités de son jeune temps. L’homme est
antipathique à mes yeux. Je ne regarderai pas le reste. Sa déclaration :
« Comme tout écrivain, parmi les morts aux Philippines, en
1945, je restais froid, emmagasinant pour un roman. »
Non, faux, des écrivains s’enflamment devant des atrocités et
ne jouent pas les témoins de glace. Très faux !
7-
Suis-je trop romantique ?
Ce Labrie qui s’évade d’un fourgon…et court…et
court…Fou, je suis comme de son côté Il est l’exemple de
l’Homme captif ( lui, un vulgaire braqueur de banque) qui doit
se libérer. À tout prix. Risques énormes. Audace terrible !Oui,
je me sens comme solidaire d’un tel audacieux. Et fus triste de
savoir qu’on la replongé dans la marmite carcérale douze
heures plus tard. Il y a chez moi, enfoui loin j’espère, de
l’ anarchiste, du Bonnot et sa bande ! J’ai bien
honte !
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