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1-
Ça part, ce matin, en un
décor absolument cinétique. Revenant de j. et c. (pour journaux
et cigarettes) au ciel, lutte, un combat. Un globe translucide, au
dessus du clocher de l’église, qui semble filer à toute
vitesse. Illusion bien entendu. De longues nuées grises filent
vers l’est à vive allure en cachant à intervalles irréguliers.
Beau spectacle donc : cette sphère si lumineuse, soleil hésitant
, entravé, au firmament. Cela me met en joie. L’hiver, le
soleil est bas et penche vers le sud. Il se couchera, si on le
voit, presque au sud. Sacrée mappemonde hivernale ! Pourquoi la
terre, ainsi, s’éloigne-t-elle chaque année, durant des mois,
de l’Astre bien aimé ?
Ça y est, sommes allés voir ce fameux film d’un
Pakistanais : « Kandahar ». Salle assez bondée
en ce samedi soir, surprenante pour un film pas du tout « hollywoodien ».
C’est un petit voyage, via un récit assez maigre. Un émigrante
d’Afghanistan, vivant au Canada, est revenue chercher sa sœur
suicidaire, prise à Kandahar, qui l’a appelée à son secours.
Elle ne la retrouvera pas. Fin. Le film fait voir une population démunie,
aux prises avec des embûches connues par la télé. Des mines qui
explosent, des pirates du désert, des femmes-esclaves, des
enfants enrégimentés par l’intégrisme. C’est pénible.
C’est effrayant. Et, oui, oui, c’est de toute beauté !
Défilent sur fond de sablonneux toutes les scènes.
Caravane de chameliers, fuyards vers l’Iran (ou le Pakistan), à
la fin une procession pour des noces. Les couleurs sont envoûtantes
et on se surprend à admirer (comme au musée !) le contraste
entre ces beiges, ces
grèges et ces bribes de populace appauvrie. Certaines séquences
cognent : par exemple, le parachutage de jambes
artificielles, la troupe des manchots, des unijambistes
boitillants, courant vers ces jambes tombées des hélicoptère de la Croix Rouge
! Les jeunes écoliers sous un « mollah » sévère les
abrutissant de sentences du Coran.
Étonnant morceau visuel : des visiteuses envoilées
chez un faux-médecin, un réfugié revenu des USA qui tente de
soulager leurs maux. Or, samedi, dans un recoin de « La
presse », voilà que l’on nous informe que cet « acteur »
est un terroriste, un assassin, qu’il est recherché par la CIA! Au cinéma, Aile et moi examinons la tronche de l’acteur-médecin :
une bouille des plus sympathiques ! Une histoire à suivre. Le cinéaste,
en somme , a « fabriqué » un docu-fiction. Comment être
certain qu’il n’ y a pas eu arrangement , mise en scène ? Ces
couleurs si jolies, etc. Quoi est authentique dans ce travail
visuel ? Cette horde pour un mariage, ces paniers tressés
surgissant au dessus des têtes, ces cruchons jaunes uniformes et
quoi encore ? Eh oui : nous allions pleurer…nous
sortons comme éblouis par le spectaculaire des formes colorées !
Maudit cinéma menteur peut-être ? Curieux amalgame de « beauté
et misère » !
2-
Ai-je écrit comme il faut
le nom de Frida ? C’est Khalo. Je poursuis la lecture de
« sa vie », livre prêté par l’ami Cuillerier (« Spooner »).
Ce Diego Rivera, séduit par cette jeune fille idéaliste et
romantique, Frida, il va la fréquenter et puis l’épouser, en
sort amoindri, que Le Clézio le veuille ou non. C’est un
furieux « communiste », admirateur des Bolivar, Zapata
et Cie, qui part volontiers (en Californie puis à New-York et à
Détroit) travailler aux États-Unis. Il y est
invité par des « big shots » qui admirent sa
fougue de fresquiste, illustrateur anti-capitaliste ! Ce coco,
rouge et blanc, bien Stalinien (il vilipenda les révoltés de
Budapest, le salaud !) est d’un égotisme écœurant. Je
poursuivrai tout de même, voulant mieux savoir de quel bête
humaine s’entichait l’héroïne, peintre surréaliste, Frida
Khalo.
Mon étonnement pour l’indigénisme du muraliste célèbre,
l’admiration inconditionnelle des Indiens d’avant
Colomb, une religion. Il prêchera à des artistes américains : « Soyez
vraiment modernes. Oubliez les antiquités de l’Europe, gréco-romaines,
nos sources d’inspiration doivent désormais se rattacher à
notre monde antique à nous, celui des Aztèques, Mayas et Incas ! »
Cette vénération bizarre fait
voir de l’accaparement. Une sorte d’usurpation. Diego R.
semble vouloir assimiler l’art « assassinés » par
les Espagnols comme s »il était lui-même un Indien précolombien.
Il semble ignorer qu’il y a eu à New-York, en 1913, la fameuse
exposition « Armory Show » qui
fit voir aux Américains du nord la révolution de la
peinture de l’autre côté de l’Atlantique, qui était réelle,
pas du tout gréco-romaine ou néo-folklorique.
Voilà que ce matin, « La presse », Marina
Picasso, une grande bourgeoise névrosée, publie un livre pour
accabler son riche papi mort , Pablo Picasso, de tous les maux. Je
ne doute pas de l’égocentrisme du « maître », il
n’en reste pas moins que de rendre Picasso responsable des
suicides et autres dérives familiales semble bien fort de café.
Comme pour Diego Rivera, le public apprend des atrocités sur les
« cœurs secs » de ces grands artistes, —pas tous,
pas le génial Renoir par exemple. Cela me laisse toujours
songeur, ces célèbres dégueulasses qui ont produit de grandes
œuvres mais qui furent des monstres d’égoïsme. Un mystère à
mes yeux, de si féconds esprits créateurs et des endurcis
notoires. Femmes séduites, engrossées, que l’on abandonne
totalement, progéniture négligée complètement. Oui, un mystère,
cette irresponsabilité d’adultes surdoués. Des êtres
inhumains, des êtres capables de continuer à vivre, à produire,
cela sans se soucier
aucunement des abandonnés en cour de route. Je les admire mais ne
les aime pas du tout. Amour et admiration : deux choses.
3-
Curieux : je vois et
revois, à la télé, le président du Pakistan, et, cela me
frappe chaque fois, c’est le sosie de Bernard Barrière, le papa
de Marco, mon gendre. Celui-là qui voit à installer mes J.N. sur
le site… qu’il a fondé. Ce Bernard est mort il y a peu de
temps. J’ai fini par mieux le connaître en allant le visiter,
avec Aile, à Saint-Peterbourg en Floride, il y passait ses
hivers. Je découvris les « mobil hommes » et cela me
servit pour mon roman « Pâques à Miami ». Il me
raconta des bribes de sa jeunesse… assez dorée en comparaison
de la mienne. Le père de Bernard —le grand-père de Marc—, un
fidèle duplessiste (il fut député) était un de ces industriels
—la chaîne de magasins de chaussures « Omer Barrière »—,
homme rare dans le temps. Bernard —nous marchions un rivage du
Golf du Mexique, jetant des pinottes aux goélands— me parlait
du temps de sa jeunesse quand il pilotait son avion, de nuit, ébloui
par les lumières des villes qu’il survolait ! Il était
gravement malade déjà et je sentais qu’il faisait le bilan,
plus ou moins secret, de son existence. La nostalgie comme
consolation au bout du rouleau de vivre ? Je le crois.
4-
Ce matin deux articles de
« La presse » (Péan et Apostolka) parlent d’un
romancier, Gilles Dupuis qui publie « La chambre morte ».
Il semble que l’auteur juge le manifeste des artistes
« automatistes », « Le Refus global »
comme une date importante dans le réveil national. C’est tout
à fait faux, le pamphlet ne sera lu que par une infime minorité,
tous marginaux. Hélas, il n’aura aucune influence sur la
population québécoise de ce temps. C’est maintenant, rétroactivement,
que l’on en a fait une sorte de date historique. Un
mensonge donc ! Les gens de 1949 n’ont pas bougé un
doigt quand Borduas fut congédié de son poste par le ministre
Paul Sauvé. Dupuis invente et brode là-dessus. L’ignorance des
nouvelles générations ?
Étonnant, ce matin, de lire (La presse) « le chemin
de Damas » d’un initiateur en cybernétique, M. Fisher.
Voilà que ce propagandiste allumé des ordinateurs revoit son
cheminement et avoue qu’il préfère le bon vieux « livre
en papier » au « power book ». Il admet que le
livre va vivre longtemps encore et qu’il est plus utile et bien
plus plaisant que l’écran. Il dit maintenant : « L’ordinateur,
c’est bon pour la documentation des chercheurs pressés, pour
les encyclopédies si lourdes et les dictionnaires,
l’ordinateur. »
Eh b’en ! Ce retour en arrière d’un savant en la matière
va faire plaisir à tous ceux qui enragent de la vogue actuelle,
celle du « tout-à-l’ordinateur ». Aile, par
exemple, est ravie de ce « Paul » converti,
tombé de cheval à Damas-Montréal.
Mon ex-camarade chez « Parti-Pris », André
Major tenait, —tient toujours ?— journal. Pigeant dans ses éphémérides
de diariste, il a publié « Le sourire d’Anton » où,
selon Martel, Major se soucie des « laisser-aller »
contemporains en écriture et ailleurs. Sorti du « trafic »,
comme moi, faut-il toujours s’apitoyer sur la culture qui se
forge désormais ? Pas mon genre.
Je suis un indécrottable optimiste, moi.
Aile, comme Major, est
plutôt craintive —parfois carrément désespérée—face aux débordements
divers.
5-
Merveilleux coup de fil,
ce midi, d’un éditeur satisfait d’un manuscrit. Des
Trois-Pistoles, Victor-Lévy Beaulieu, de bien bonne humeur,
m’annonce qu’il est si content de mon « ÉCRIRE »
qu’il veut le publier, dès avril, pour le « Salon du
livre de Québec. » Je lui ai demandé un délai de quelques
jours pour mieux peaufiner mon texte. Je dois aussi lui « courielliser »,
en plus du texte définitif, une page manuscrite et un dessin.
« En couleurs, si tu veux », dit-il. Euh… Il y a que
je sais pas comment faire ! Sinon, les J.N. seraient illustrées
de photos ou autres documents visuels, l’on pense bien !
Il faudra maintenant que
je fasse appel au fils, Daniel,
pour qu’il m’enseigne la procédure.
« Tes quelques envolées lyriques, ici et là, au
milieu de ton « Écrire » me plaisent énormément »,
m’a dit V.-L. B. Justement, je veux en ajouter une ou deux de
ces …envolées ! Je m’y jette drette là ! |