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1-
Hier, fin de
l’ensoleillement bien-aimé en après-midi. Ce matin,
tout est dans un camaïeu de blancs et gris, hélas ! Sans
le soleil, Aile et moi n’avons guère l ‘envie de sortir
à pied ou à skis (de fond). On devrait mieux
résister à cet héliotropisme maudit
car la santé exige du remuement. Ô physique à entretenir
sinon…Brr !
La fille comédienne de notre amie Françoise Faucher,
Sophie, depuis longtemps rêvait d’incarner une bizarre de bonne
femme, Frida Khalo. Or, au bout d’un long cheminement, Sophie
ose recourir au phénomène Robert Lepage pour qu’il lui fasse
une mise en scène de son texte sur cette Frida mexicaine.
Surprise, le gaillard de renommée internationale acceptait !Ce
fut fait à sa « caserne atelier » de Québec. Présenté
au « Quat’Sous », récemment, il y a eu, au domaine
de la critique, quelques bémols maudits. Son texte serait par
trop … lyrique, pas assez structuré dramatiquement. Bon. Elle
filera tout de même, avec son spectacle hors du commun, en tournée
dans des pays étrangers puisque cette peintre mexicaine surréaliste,
Khalo, jouit d’une grande réputation.
Je viens de débuter une biographie de Frida K. par de
J.M.G. Le Clézio sur ce personnage curieux. Frida K., ex-victime
de la polio, sauvage et têtue, étudiante à Mexico, amoureuse
d’un petit bourgeois mexicain, est victime d’un accident
horrible. Fractures partout ! Elle finira par se sortir encore de
cet accident affreux. C’est une jeune fille handicapée qui a la
volonté farouche de peindre. Un « retour de Madrid et de
Paris », le peintre DIego Rivera, muraliste connu du monde
entier aujourd’hui, est une sorte de « coqueluche »
à Mexico. La jeune Frida vas se jeter à sa tête même si
c’est un homme marié. Ce dernier, immense vedette de l’art
qui se fait du temps de la révolution (1910, avant celle de 1918
à Moscou) et de la post-révolution, acceptera cette « groupie »,
cette « fan », cette « chair fraîche »,
une jeunesse qui le séduit. Il a vingt ans de plus que sa jeune
égérie !
J’en reparlerai. J’en
suis donc au début de cette aventure d’une aveuglée et d’un
marlou, aux allures de gros crapaud aux yeux exorbités, talent de
forcené, jouisseur, menteur, inventeur d’un art propagandiste,
assez proche de l’horrible art « réaliste-socialiste »,
art officiel communiste qui s’installera en URSS bientôt. Comme
chez Hitler en 1933-39, Lénine, Staline et leurs sbires
condamneront l’art dit moderne, (« art dégénéré »
)qui, en pays russe révolté, avait déjà de solides représentants.
Le texte de Le Clézio est plutôt plat. Avec des obscurités et
une empathie qui sent un peu la complaisance. Je verrai bien en
poursuivant ma lecture.
2-
Souvent le samedi matin,
le dynamique bagou de Le Bigot et sa bande se terminant à la
radio, journaux et horaires répandus autour de nos quatre mains,
c’est la joie. De la stimulation opportune.
Tantôt, au lunch, —le midi, on bouffe un simple
sandwich— Aile me dit qu’elle éprouve une excitation peu
commune. Elle lit qu’à Télé Québec (cahier publié l’annonçant)
toute une ribambelle de films plaisants pour les mois qui
viennent.
Surtout pas de publicités,
à part au début et à la fin, comme des diffuseurs civilisés,
respectueux des œuvres comme des publics,
devraient faire.
Parmi ces quelques bons films à ne pas manquer, que
dis-je, à ne pas rater sous aucun prétexte (!) le dimanche soir,
10 février, l’adaptation de mon roman « La sablière »,
en « Mario » (prénom de mon
héros) par Jean Beaudin.
Potin : j’avais appris par le producteur de l’ONF,
Bobet, que l’un des commissaires de l’institution voulait,—y
tenait beaucoup— à
ce que l’on fasse cette adaptation de La sablière. Ce bonhomme venait-il des ïles de la Madeleine ? Sais pas.
La direction de l’ONF, bien soumise à ces commissaires,
s’inclinait aussitôt. Ainsi, grâce à ce type —McCormick ou
Mac Donald, je ne me souviens plus— on monta le projet en
vitesse ! Et Beaudin, à la réputation fort avantageuse, il
venait de se signaler à Nice avec un trophée envié pour un film
sur un photographe ambulant, joué par Marcel Sabourin, fut
approché. Signature d’un contrat…payant et organisation
d’un horaire à ces si belles Îles de la Madeleine pour le
tournage.
Soudain pépin ! Beaudin a une autre offre et veut retarder
d’un an son « Mario! » Ma déception quand on m’ en
parle. J’exige alors qu’on annule mon « permis
d’adaptation » et que l’on me dédommage de ces délais
imprévus ! Énervement, pressions
partout… le tournage se fait comme prévu !
J’ai toujours proclamé que c’est un beau, un très
beau film. Mais « bon »… c’est une autre histoire.
Dans mon roman « La sablière », cette sablière n’a
rien des étendus sablonneux magnifiques des Îles, c’est un
petit carré de sable de 500 pieds par 500 pieds, la carrière de
Monsieur Pomerleau à Pointe-Calumet où on a tant joué mon frère
Raynald et moi, enfants. Les deux héros transforment ce coin de
sable en vastes déserts arabes pour s’imaginer —suivant les récits
des tomes de leur encyclopédie à trente sous— d’intrépides
cavaliers conquérants d’espagnes, gueulant des « Allah ou
Akbar ! », interrompus brutalement dans leurs expéditions
chimériques par des appels aux corvées ou aux repas, cris des mères
dans les « camps » d’été,
pas loin ! Le film de Baudin n’en illustre pas moins la
beauté renversante des dunes et des falaises rouges là-bas au
milieu de l’Atlantique. Ah oui, un très beau film !
Des profs du secondaire me révélaient qu’ils
visionnaient « Mario » avec les élèves et
qu’ensuite ils les obligeaient à lire « La sablière ».
Résultat : les élèves préféraient le livre au film !
Profs de littérature très heureux de faire découvrir aux jeunes
générations, rébarbatives à la lecture comme on sait, qu’un
livre peut être plus captivant qu’un film. Mon roman fait
allusion à un garçon handicap, un autiste, le petit Mario. Dans
ma vraie vie, il s’agit d’une fille, la benjamine, dont ma mère
accouchait à plus de 40 ans. Hélas, en ce temps-là, il n’y
avait pas de ces examens du liquide amniotique pour prévenir les
mères enceintes.
Je reverrai ce bel ouvrage
de Beaudin avec plaisir ce dimanche de février tout comme j’ai
grande hâte de revoir mon « Blues pour un homme averti »
et mon « Tuez le veau gras à la cinémathèque en février
aussi.
3-
Autres motifs de joie :
à partir de jeudi prochain, à T.Q. encore, une série de trois
émissions —le rebelle, années 1961-1974, le désenchanté—
sur le célèbre romancier new-yorkais, Norman Mailer —dont je
me souviens encore de son « Les durs ne dansent pas »
qui se déroulait à Provincetown du Cap Cod.
Abonnée à la bibliothèque Grignon, ici, Aile en revenait
tantôt, toute contente, avec « Mystérieux Mozart »
de Sollers, fortement louangé par Marcotte ce matin dans « Le
Devoir », et, d’Amélie Nothomb, « L’hygiène
de l’assassin ». Ainsi, entre le « best seller »
plutôt cucul, et la saga méli-mélo, il arrive que l’on achète
quelques bons bouquins. On a raison néanmoins de pourvoir la
place de livres réclamés par les payeuses de taxes municipales.
Vox populo…
Ce matin : un article élaboré
sur «comment devenir écrivain ». « Pas un
métier » dit Suzanne Jacob. Bravo ! Gao- un
asiatique— recommande d’avoir un vrai métier « second »
avant de s’installer à ses grimoires. Bravo ! Un autre affirme
que ces cours de création littéraire peuvent —comment,
pourquoi donc ?— « faire gagner du temps ». J’en
doute. Homel, écrivain émigré des USA, avoue regretter
d’avoir fui, jeune, un tel cours, car, « donné par des
auteurs reconnus, j’aurais pu s’y faire des… contacts ».
Eh b’en ! Justement, dans « Écrire », le petit
livre que j’achève de peaufiner, je m’exprime abondamment sur
ce sujet. Non, pas un métier. Une vocation. Une passion. Il y
faut le don. C’est redit dans l’article: « Pour vivre,
faut se trouver un autre job avant tout ».
Hier soir, on hésite :aller voir en bas de la côte,
« Kandahar », récit afghan tourné au Pakistan, ou
« surveiller » la télé. On ne sortira pas au
« frette ». Télé donc. Paresse ? Oui. Après du Légaré,
voici du Clémence Desrochers. Son art de jouer ou la prude ou
l’ado initiée est d’un brillant ! Sa malice dans ses beaux
yeux ! Sa silhouette de « vieille fille », ou soumise
ou effrontée : des perles de fine observation. Ses
chansons…hum…pas toujours bien solides !
Vu aussi à la télé, canal « Musimax, un instructif
et brillant « portrait » de la pétulante « Marjo »,
alias Marjolaine Morin, ex-serveuse de Verdun. Fascinés, Aile et
moi. Marjo, jeune, se garroche d’abord avec des bruiteurs doués
et vulgaires : « Corbeau ».
Après le « show », drogues en coulisses tous
les soirs. Vie de chien, bambocheuse nuitamment, une gueularde
barouettée sans répit dans bars et clubs.
Tout est dit comme implicitement. Telle la Dufresne, autre
« chat sauvage » doué, les interviews affichaient la
carence de ce milieu « rocker »
à pouvoir s’exprimer. Ils n’ont pas de vocabulaire.
Ils cherchent à bien dire mais…c’est, alors, péniblement,
des grimaces compulsives, des gestes convulsifs, l’impuissance
fréquente des nôtres à savoir dire un peu clairement ce
qu’ils ont vécu.
Le tempérament est vrai, la fougue étonnante, l’énergie
dépensée généreusement, la quête de sons neufs bien réelle
mais au delà de leurs frénétiques exercices sonores c’est le
vide sidéral de la pensée articulée chez ces créateurs
n’ayant ou jouir d’une bonne instruction. Des paralysés !
Tristesse ! Comme on est éloignés des Ferré, Brel, Brassens et
Cie qui, eux, pouvaient marquer leurs témoignages de mille et une
interrogations d’une vive intelligence. J’ai pu écouter
parler des jeunes, ceux du rap, enfants d’émigrants
nord-africains, nés dans des banlieues pauvres de Paris : idées
bien structurées. Même en argot de « zonard ». Nous
avons un réel problème langagier au Québec !
4-
Mon cul de certains films
culte ! Ah oui ! Revoyant le célèbre « Harold et Maud »
hier soir, Aile et moi, sommes très déçus. Ce jeune homme
riche, joué par Burth Cort, est un « caractériel »
abruti, couvé par une mère, veuve parvenue, arriviste et snob.
On veut bien. La vieille émigrée juive, si remplie de bonne santé,
séductrice —mais suicidaire à la fin— bien jouée par Ruth
Gordon, est une invention tordue. L’idylle bien peu plausible
entre l’ado et la bohémienne nonagénaire est abracadabrante en
diable. L’histoire est tissé d’un…tissu convenu en fait.
C’est une légende imbuvable. L’attirance du petit psychosé
—ratées les scènes chez son psy—par cette vieillarde est
cousue de gros fil blanc. L’anarchiste, voleuse de bagnoles, rte
un cliché, une invention grotesque. L’ensemble est bien lent,
ce qui n’arrange rien. Film-culte ? Mon cul, oui ?
5-
J’ai fait, il y a des
mois, une sorte de songe… encore un peu éveillé, mal endormi
en tous cas, il me semble. Je suis, rue Saint-Denis, sur le balcon
du logis familial et il pleut, très fort. J’en suis absolument
ravi. J’observe les grosses et puissantes larmes du ciel qui
arrosent la rue, le trottoir. Me voilà envahi d’un sentiment de
bien-être incommensurable. Je ne sais trop pourquoi. L’air sent
bon toute cette eau qui se déverse. Ondinisme curieux ! La lumière
est assombrie, tamisée, d’un gris rassurant (!), partout. Me
voilà comme dans un bocal, heureux comme une…carpe ! Le parfait
bonheur, oui, parfait et pour bien peu, pour presque rien au fond.
Il pleut à verses, c’est tout.
D’où m’est venu ce rêve si aimable ? Ce grand,
profond bien- être ? Pas de réponse. Depuis, dans mon lit, je
tente parfois de faire revenir cette impression d’une sérénité
rarement éprouvée. Je revois la pluie battante, le
balcon-refuge… Je veux respirer cette odeur d’eau rassérénante
à pleines narines. Mais ça ne revient plus ! Bizarre cela.
Ainsi longtemps, pour m’endormir vite, je partais
m’installer en pensée, sous un soleil radieux, dans le mou du
sable, sur un coin de plage précis à Ogunquit. Un endroit fixe,
contre une clôture de lattes de bois pour endiguer l’érosion
des joncs, lieu que
je connais intimement… le sommeil venait me chercher chaque
fois. Comment bien conduire ses sens, installer un décor
douillet, au moment de s’en remettre aux bons bras de Morphée ?
Je sais plus.
6-
Étrange « séance »
d’amateurs, hier soir à la SRC, avec le sosie de Chantal Joly,
cette Monique Giroux, animatrice du « Cabaret de refrains ».
Une curiosité. Show un peu « freak » en somme. Des
inconnus du grand public, quelques « connus »,
viennent s’adonner à la chanson devant un public bien
conditionné pour cet exercice bizarre. Hier, ils fêtaient Bécaud,
récemment « disparu », ce mot qui fait sourire ! Un
gras bien bedonnant, une à frange fournie, un Tisseyre-fils
dynamisé, une blondinette « seurieuse », faune qui décide
donc qu’ils l’auront ce « 15 minutes de gloriole »
promis par Andy Warhol, pape du pop art ! Votre canal local, oui,
accepterait volontiers ce genre d’aimable démonstration mais la
SRC ? Dame Giroux, voix de gorge, mimiques de « M.C. »
de clubs de « nuitte » des années ’40,
auto-emballée, y allait de sifflements à la garçonne, de
louanges dithyrambiques (pour son patron !), d’une ferveur
commandée et, à la fois, visiblement sincère. Bref, elle en
fait beaucoup… jusqu’ à potiner « bas » avec son
Bécaud marié, hon, amant de la jeune Bardot qui l’oubliais un
jour dans une loge de l’Olympia où il se produisait. Seigneur !
7-Projet :
aller voir deux films aux
salle de Saint-Jérôme, à vingt minutes d’ici : « Ali »
et « Un homme d’exception » avec l’acteur Crowe,
oui, un « e » à Crow.
Aux huit salles du « Pine »
de l’ami Tom, en
bas de la côte, on enrage, Aile et moi, de trop rares films en
français ou doublés. Le proprio m’a déjà raconté une
histoire embrouillante pour s’excuser de trop de films « in
english ». Pas de copies disponibles, rares copies réservées
aux gros réseaux, etc. On se rend donc à Saint-Jérôme.
Ce film, « Un
homme d’exception», serait basé sur un livre de Sylvia Nasar,
la bio de Forbes Nash. La vie d’un savant mathématicien de
l’université coté, Princeton. Ce « Prix Nobel », s
serait pourtant affligé de schizophrénie. Des reproches volent
dans l’air malgré l’unanimité des critiques de cinéma. On
dit que le film de Ron Howard aurait retranché des vérités
encombrantes dont une part d’homosexualité du dit Nash. Négation
du fait chez les Nash, monsieur et madame !
D’autre part, des psys doutent qu’un tel malade eut pu
se livrer à ses savants calculs (sur les chiffres et les jeux !)
du temps de sa maladie. Bref, un article résume le débat :
« disons qu’on a comprimé et synthétiser sa vie »
! Aïe, voulez-vous d’une vie maganée de même ? Le producteur,
lui, rajoute : « Il est bien, non,
de donner ainsi de l’espoir aux malades mentaux ? »
Anecdote : j’ai appris que mon dessinateur de bd
favori, enfant, Edgar Rice-Burrough, souffrait, lui aussi, de
schizophrénie. Notre
merveilleux, formidable, « Tarzan » ne s’en
ressentais nullement dans nos chers « comics » de
« La Patrie du Dimanche », pas vrai les vieux ?
L’auteur du livre sur
Foi4rbes Nash admet qu’on a retiré la photo du savant
sur sa biographie et mis celle de l’acteur qui le personnifie !
Pratique courante. Quand le « Mario » de Beaudin
sortait, se méritant trois prix au Festival de Montréal, mon éditeur
—Leméac— fit mettre, vite, vite, une photo du film sur la
couverture « La Sablière », réédition en « poche ».
Il fit mettre aussi au bout du titre : »Mario ».
De bonne guerre, bien entendu.
Finale de ce samedi : Pressé un peu par Aile qui
n’apprécie pas trop les bébelles, j’ai défait mon « sapin
de Noël en cèdre » et enlever les guirlandes. Vas-y mon
amour, passe le balai maintenant ! La petite vie, hein ?
suivant
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