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1-
Oh le beau lundi matin! Que de
clarté, que de beauté! Hier soir, bonne bouffe aux moules, rien
de lourd, pourtant la nuit dernière, un cauchemar curieux!
Ce rêve noir :
La compagne de mon fils, Lynn,
semble avoir la garde d’un poupon. Elle l’a confié à un
voisin. Je vais examiner la pièce voisine où se trouve ce
gardien du bébé, un voisin de Lynn ? C’ est un type louche. Il
ressemble à l’éditeur Brûlé, crane rasé. C’est fou Je
rencontre en vain, il ne parle pas, sourit par en dessous,
bonhomme aux manières suaves et au regard oblique
Je préviens alors Lynn que ce
bébé devrait lui être retiré rapidement. Elle a des doutes sur
mes frayeurs. Et résiste.
Des voisins, punks, sont enragés
de mes suspicions et me font des menaces voilées. L’un
ressemble à l’acteur Guildor Roy, l’autre au chanteur Paul
Piché. Moqueries et gestes triviaux à mon endroit.
Je continue, alarmé, de prévenir
Lynn au sujet du bébé en danger. Un poupon aux allures misérables,
je l’avais noté! Résistance de Lynn encore. Me juge
catastrophiste!
Nous voilà en voiture.
On roule, je ne sais vers
quoi, vers où ? La discussion se poursuit au sujet du bébé en péril.
Inutile.
Les types louches me réapparaissent
et sont encore plus menaçants! Ils nous croisent à une station
d’essence. On poursuit notre voyage Bizarre impression d’ une
excursion codée, dont la signification, la destinée, m’échappe.
Soudain, une voiture de
policiers nous fait signe de stopper. Un agent à la portière prévient
Lynn : " Il y a eu un accident. Ils sont tous morts, ma
pauvre petite madame! Vous venez de perdre votre famille. "
Stupeur de tous. Raymonde pleure à chaudes larmes.
Lynn sort de l’auto comme
assommée, et tombe au sol, comme inanimée. Je sors en larmes, je
veux la prendre, la ramasser mais elle est devenue une poupée de
chiffon. Inerte. Toute molle. Semble être transformée en une
naine! Irréelle quoi. Ma stupeur! Je me réveille en sursaut.
Fin.
Eh b’en! Pourquoi donc ne
pouvais-je l’étreindre contre moi pour la consoler ?
Je vais noter ce cauchemar
dans mon bureau car je sais qu’on oublie souvent un rêve au réveil.
Je retourne au lit. Crainte d’un signe prémonitoire, merde!
Je téléphone à Lynn ce
matin pour lui parler de ce songe bizarre et de lui recommander de
monter ici, demain, Jour de l’An, en conduisant avec prudence.
Elle rit et promet. Daniel aussi.
2-
Hier soir, dimanche, embarras
à la télé : un vieux film d’Hollywood de Mankievitz (ortho ?)
avec Gielgud, James Masson ‹jouant Brutus, intime et poignardeur
de César qui dira avant de crever : " Tu quoque filii ?
"‹ et un Marlon Brando tout jeune. Shakespeare à
l’affiche, rien de moins!
" Julius César ",
rien de moins.
On y va mais c’est, comment
dire " hollywoodien ". Et il y a après une demi heure,
une émission spéciale sur André Malraux à TV-5.
Pauvre Bill, pauvre William,
il s’est fait battre chez nous par le Malraux. Surprise!
C’est Bernard Pivot,
pourtant retraité, qui mène ce spécial-Malraux. Le biographe de
Malraux, Lacouture, est à une des fauteuils. Seul, il sera
critique pour le Grand homme, rappelant le congédiement brutal
par Malraux, ministre de la culture gaullien, de J.-L. Barrault
qui s’était rangé avec ferveur avec les jeunes révoltés en
mai 1968. Indiquant aussi que Malraux au pouvoir, bien-aimé du Général,
avait été sage, et trop timide, n’exigeant pas grand chose en
fin de compte pour oser intégrer la culture aux domaines
importants, dont celui de l’éducation. Certes, il a loué ces
Maisons de la culture instaurés par lui.
Tous les autres sont tombé
dans l’hagiographie unanime : " Malraux. Quel personnage étonnant,
parfait. Foglia exagère en publiant, samedi matin : "
Malraux un monstrueux sale con "!
Ouow, les moteurs!
On a pu voir quelques extraits
des discours frénétiques de ce personnage hors du commun.
Fascinants.
Pris par " La maladie de
Tourette ", Malraux avait des tics, un débit saccadé. Cela
le conduisait à ce style " inspiré ", quasi-névrotique.
Voilà donc un jeune
autodidacte ‹il avait pas même son diplôme de secondaire 5‹,
et jeune romancier respecté des transformer en un étonnant
" missionnaire de l’art universel ". Sa mémoire phénoménale,
jointe à sa capacité de faire des liens étonnants entre l’art
de tous les siècles, fit de Malraux un expert mondial en
symboliques iconographiques, absolument déroutant et bien souvent
merveilleux.
Souvenir : vers 1965, grande réunion,
dans l’auditorium, profs et élèves. Sur la tribune, le
ministre Malraux est à mes côtés à cet Institut des arts
appliqués où, contractuel, j’enseigne l’histoire de l’art
moderne.
Le voilà, généreux, qui dit
:
" Mes amis, j’annonce,
très officiellement, que, désormais, toutes nos collections
nationales de tapisserie seront mises à votre entière
disposition, ici, à Montréal. " Me voilà offusqué car
nous appelions sans cesse nos jeunes à la création originale, au
design contemporain. Quoi ? Ce vieux schnock offrait des antiques
modèles à copier pour l’inspiration de nos élèves. Je veux
donc rétorquer et je le dis à mon directeur, J.-M. Gauvreau,
mais ce denier me fait comprendre, et raidement, que je devais me
taire face à l’auguste visiteur.
Je me tais et je ronge mon
frein.
J’étais trop jeune pour
admettre, comme le disait si justement Malraux, que rien ne se
pense de rien, que rien ne se crée de rien, que ces images
patrimoniales pouvaient allumer des idées novatrices.
Oui, de la télé qui nous
captive. Si rare, si rare hélas!
3-
Ce n’est pas aux USA, ni
ici, nulle part, qu’on pourrait entendre ‹comme à cette émission
sur Malraux ‹ un vieux routier " emeritus " en
culture, un courtier en art, un certain M. Renaud, proclamer que
l’utopie, oui, l’utopie, doit être mise au dessus de tout
dans une vie, montrée comme une valeur primordiale!
Le voir se faire applaudir très
fort par un auditoire enthousiasmé de ces propos, c’est réconfortant
pour l’avenir de ce pays.
C’est aussi cela, la France.
Ce matin, dans Le
Devoir, le sociologue-toujours-prêtre, Grand’maison de Saint-Jérôme,
rejoignait les propos du Malraux cherchant dans les créations
antiques comme modernes, des mains imprimées des grottes jusqu’à
Picasso, l’immuable, le transcendant, la mort comme signe
obsessif. Ce chanoine théologien " se méfie " des
religions, dit-il. Oh!
Il constate aussi la confusion
actuelle, l’absence de valeurs, de repères, il a étudié la
perte de sens de nos existences de consuméristes, ici, le manque
de discernement, l’absence du sacré, des notions de " bien
et de mal ". De là, dit-il, tant de suicides de jeunes. Il a
raison.
Quoi faire ?
Dernier jour de cette année,
aujourd’hui.
Quoi faire ?
Ah, ce sentiment
d’impuissance chez les inquiets comme moi! Changer dès 2002,
oui, oui, mais comment? Agir, collaborer à un renouvellement des
mentalités. Au moins autour de soi. De quelle façon ? Ne pas
vraiment vouloir jouer un rôle de chef, de " pasteur ",
d’entraîneur, voilà le hic.
Manquer de générosité ? Le
lot commun, non ? Trop aimer ses conforts. Trop préserver son
petit bonheur. Eh oui, ce fut si difficile d’avoir gagné un peu
de sérénité, alors, pas grande envie de plonger dans le désarroi
généralisé et tenter de se transformer en réformiste actif,
militant.
Voire politique.
Ainsi, sur la place publique,
plein de politiciens rapetissés volontairement et qui ne font que
gérer une sorte de stabilité économique. Peuple, vous nous
donnez tant en taxes, nos vous rendrons cela en services
essentielles : machines administratives en éducation, machines
bureaucratiques en santé. Le restant pour soutenir les jobs en
subventionnant les entrepreneurs audacieux.
C’est comme cela partout
dans les pays industrialisés.
4-
Étrange : je viens de
terminer ce " Écrire ", pour la collection de V.-L. B.,
et je condamne le Salon du livre de Montréal où nous sommes
" les pauvres " de cette place publique (à part Sogides
et Seuil-Boréal). Ce matin, dans une lettre ouverte audacieuse à
" La Presse ", le riche éditeur ‹surtout de manuels
scolaires‹ Marc-Aimé Guérin (aux librairies du même nom)
explique à la directrice u Salon de Montréal, Francine Bois,
avec une franchise rare chez ces industriels du commerce du livre,
qu’il a fait de l’argent cette année mais qu’il en ferait
bien davantage en novembre prochain si le Salon de Montréal
imitait le Salon de Paris : c’est à dire, espace minime aux éditeurs
étrangers. Il demande aux médias de ne parler alors que des
" produits-livres québécois. Comme fait Paris. Il achève
par : " en 2002, une première dans l’histoire du Québec,
un Salon du livre limité aux Québécois!
Hum!
Comment réussir à renverser
ce colonialisme enraciné à Montréal depuis si longtemps ?
5-
Promenade rituelle
aujourd’hui, malgré le soleil enfui ? " Non, dit Aile,
trop de préparatifs pour fêter le nouvel an, demain! "
Bon, bon, j’irai seul. Aile
refuse mon aide. " Tu pourrais me nuire plus qu’autre
chose! " Je me souviens alors de ma Germaine de mère :
" Allez-vous en de dedans mes jambes! Tenez-vous loin de la
cuisine, attendez au salon, je vous ferai signe " Toujours
donc ce " domaine " réservé ? Pourtant, samedi soir,
rue Clark, c’est l’homme, le mâle incapable, Jean-Guy
Sabourin, qui régnait aux fourneaux, sa compagne Diane, bien
contente de converser librement avec nous. Un sentiment curieux
m’habite : je suis, je reste, de la vielle engeance encombrante
aux femmes, celle qui est impotente en cuisinerie des fêtes!
Bébé ? Soudain, plus tôt,
je sors de la cave un boîte de guirlandes dorées et, avec ma
brocheuse, je les épingle aux quatre coins de la maison. Cela
pour ajouter à l’ambiance de mon sapin de Noël fait de trois
branches de cèdre avec lumières et oiseaux blancs aux ailes de
coton.
Bébé ?
Aile alors : " Bon, on
profite que j’étais au supermarché pour répandre partout des
miettes de dorure ? Va falloir re-sortir mon aspirateur ? "
Maudit, les femmes
Avant d’éteindre le
clavier, je regarde sur mon babillard de liège cette photo "
courriellisée " par un correspondant, celle d’un taudis de
Ville Jacques-Cartier du temps de mon conte de Noël à CKAC. La
misère ? L’envoyeur m’écrivait : " Nous étions heureux
dans cette bicoque tout de même " Pas de lumières de Noël,
pas de guirlandes dorées, pas de cadeaux rien pourtant, sans
doute.
Le bonheur c’ est quoi, ce
sera quoi pour 2002 ? De l’amour. Rien que cela, la chaleur de
l’amour. Ne jamais l’oublier.
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