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1- Ce matin, même éclairage
solaire, exactement, qu’hier
samedi. Le soleil est quelque
part enfoui sous ce firmament blanchâtre. Mais où ? Sortira-t-il
à un moment donné c’est toujours, gens des " nords
", ce que nos espérons. En fouillant le ciel, on peut
apercevoir quelques traces de bleu, fugitives, intimidées par
tout ce lait répandu là-haut.
Hier soir, nous rendant chez
les Sabourin de la rue Clark, je montre bien à Aile l’édifice
vieillot de briques rouges, le 41 Avenue des Pins, où l’on étudiait
‹fin des années
’40 ‹la poterie
de fond en comble si j’ose dire, avec cours de chimie élaborés
sous madame Normandeau, une Française, diplômée de la célèbre
école de céramique de Sèvres, toujours vêtue de son sarrau
blanc immaculé. Je revois la porte de garage par où nous "
palentions " nos poches d’argile. Tant d’années passées
là, de 17 à 20 ans, un temps merveilleux. Nous avions, pas loin,
rue Saint-Laurent, des charcuteries européennes, voisins, des cafés
d’étudiant, l’Échouerie, la Petite Europe. Grands efflanqués,
ados, ce fut la découverte de mets exotiques, de cafés rares, de
vin rouge en carafon ‹une
nouveauté ‹ bien meilleur que celui que mon père achetait pour
le temps des Fêtes à " la commission des liqueurs ",
venu de l’Ontario en grosse fioles à bouchon vissé.
Nos finissons par trouver du stationnement libre face au
dôme ‹éclairé
joliment ‹ de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, rue Sainte-Famille.
Rue où habitait " le peintre à bicyclette ", Marc-Aurèle
Fortin, nouveau marié à 50 ans, avant lui, Laliberté, Morrice,
Mulshtock qui vient de mourir, le modeleur célèbre,
Laliberté d’autres. C’était
proche de l’école des beaux-arts quoi. Plus tard, Borduas,
divorcé, ‹et sa
bande ‹ habita aussi ce quartier. Nous marchons dans un soir féerique
vers le vieux logis rénové. de Sabourin.
Ce J.-P. S.
est devenu un fameux " mitonneur " de bons plats. Potage
savoureux, canard et boeuf s’emmêlèrent, vin rouge.
Deux desserts six bavards en
ont bavardé un coup. Quatre heures à table. Le Cuiéllerier (!)
et sa Carole sont d’intéressantes belettes. Je sais jamais
comment écrire son nom, disons " Spooner " pour les
intimes, son surnom du temps de la télé. C’était de lui dont
parlait le romancier Raymond Plante dans " La Presse ".
Plante avouait son bonheur, son goût pour les jeux de société
avec feu Robert Gravel. " Spooner " nous a donné des détails
là-dessus. On a fait la connaissance d’un prof de droit "
emeritus ", sympa, et de sa compagne, Anne ‹Anne-que-vois-tu-venir
? " ‹ fille de député. À Rimouski, exilée à Ottawa
donc, pensionnaire des bonnes nonnes et heureuse du fait (il y en
a!) qui est diplômée sorbonnarde de Paris. Et qui, cher
Plamondon-Dubois, aurait voulu être une artiste! Mais lui, le
Poupart, compagnon placide qui n’a rien d’un Barbe Bleue.
Discussion sur théâtre,
sur l’éducation de nos jours, sur cinéma, sur nos jeunesses en
vieux cours classiques. Des critiques féroces et de l ‘humour féroce.
On a ri beaucoup. Aux cafés, notre hôte m’a fait plaisir en
proposant que, toute la bande, nous produisions cet été, un
ruban vidéo dramatique. En effet, on s’amuserait. Une
dramatique pour nos voir jouer ensemble. Sa compagne , Diane, une
enseignante de Saint-Jérôme, a fait du théâtre, Spooner aussi,
Anne aussi, moi itou (La Roulotte) et Raymonde ‹pardon
‹ Aile a étudié chez Dame Sita Ridez un temps. On utiliserait
l’avocat Poupart comme producteur et " consilior "
(comme pour la mafia quoi! ), utile quand notre film exotique et
" unique " serait acclamé et réclamé par tous les réseaux
de télé du territoire! Ce qui ne fait aucun doute. Bref, oui, déjà,
je me prépare à rédiger, pour Jean-Guy, une petite série de
synopsis. Il sera notre répétiteur-metteur en scène ‹Aile
sera à la mise en images. Sabourin lui a juré qu’il pouvait
emprunter une caméra moderne à l’UQAM où il enseigna
longtemps. Pas fou, l’auteur hum se réserve le rôle le plus
sympa!
2-
D’abord une correction, non,
deux : A- Le titre du divertissant " chiard " USA, ‹cambriolage
de casinos de Las Vegas ‹
est " L’inconnu de L. V. " et non " L’étranger
" comme je l’ai écrit.
B- Et c’est Marie Brassard,
non Brossard, qui fit avec un talent époustouflant, à l’usine
C, sa curieuse démonstration d’un transsexuel tordu. Le titre
de ce monologue intrigant : " Jimmy, créature de rêve.
" De cauchemar, oui!
Bon.
Avez-vous remarqué ? À RDI,
aux nouvelles, la belle Miss Bourgie, compétente, a des yeux de
panique, un regard " tout à trac " pour nous faire la
lecture ‹sur
"prompteur " ‹
des nouvelles. Elle fait peur! On dirait sans cesse qu’elle nous
cache une catastrophe : l’annonce de la fin du monde ? En
week-end, à la SRC, on a droit à une jolie Haïtienne du Québec,
Michaële Jean, compétente aussi, qui parle avec un très fort
accent parisien! Plus pointu encore que celui des parisiens
actuels. Faut le faire! On se croirait sur un canal de
l’hexagone! C’est dépaysant quoi, bien exotique!
Ces nouvelles : Buffalo, de la
neige en folie! Sydney (Australie), des incendies en folie! Buenos
Aires, des meutes en folie! Pérou, des inondations en folie!
New-York, Toronto et al, beaucoup de (SDF) sans-abri, 13 personnes
sur cent! Des enfants là-dedans.
Ici ? Rien 1 Rien de grave,
touchons quoi, du bois vraiment ?
Pause : " On va marcher
Cloclo ? " C’est Aile qui m’appelle.
3-
Je rentre tout juste de notre
promenade de santé. Le tour du Lac Rond : via la rue Morin, le
Chemin du Paysan, le bas des cotes de ski, l’escalier vers l’hôtel,
la rue vers la " mitaine " protestante ‹qui
abrita les noces de Michèle Richard et René Simard jadis ‹ la
rive du lac, sentier du parc municipal en face des restaus, et
" at home ". À peine une heure.
Beaucoup de très jeunes
skieurs, " planchistes " donc, les canons à neige
vrombissent dans l’air, les télésièges sont pleins. Couleurs
saturées partout, les costumes d’aujourd’hui. Visuellement très
stimulant sur tout ce fond blanc!
Des Japonais en masse, des
Latinos, beaucoup de plaques de l’Ontario, pas mal de l’État
de New-York. Ça y est, c’est parti pur jusqu’à la fin de
mars. Pas nombreux les promeneurs, jamais. Tant pis pour les
casaniers devant la télé. Vont tous mourir avant nous!
4-
Abonnez-vous, patriotes québécois,
à " L’Action nationale ". Instructif en diable. Deux
articles de fond ce mois-ci : A)- l’un apostrophe vertement ‹par
un " retour de France ". Là-bas, c’est pire que pire,
le chic c’est d’adopter la langue de Bush! Une sorte de
colonialisme volontaire ridicule. Les Français toujours tiraillés
‹très
paradoxalement ‹ entre l’animosité envers les USA et une
niaise fascination bien conne! L’auteur les conspue, véhément,
il les ridiculisent avec raison.
B)- Un autre article, fort
bien documenté, raconte la francophobie des catholiques
absolument ‹de
langue anglaise ‹ dans Pontiac et alentours, en Ontario. Cela
dure encore débutait, 1841, dès l’Union imposée du Québec
avec l’Ontario. Une histoire vraiment écoeurante : des "
MonSeigneurs " (Bourne, Ryan et ce salaud de Smith) en
collusion avec les envoyés du Vatican (ces nonces!) pour sans
cesse diluer, assimiler carrément les francophones catholiques. Même
s’ils étaient majoritaires dans toutes ces paroisses. Dégoûtant.
Dégueulasse.
Au début, l’idée
de ce " Vatican impérial ) c’était qu’il fallait
renforcer de toute urgence le catholicisme en Canada, en Amérique
du nord, à n’importe quel prix. Même au prix de tuer la
langue, la culture des nôtres, pionniers ou émigrés, Tous tenus
pour des demeurés et des insignifiants aux yeux de ces zélotes
racistes. Un petit curé, Archambault, a lutté, protesté, même
chez un éminent cardinal, Léger. Il n’a pas bougé, bien
soumis à ces " nonces-du-diable ". " L’Action
nationale ", ainsi, très souvent, fait cet ouvrage de
renseignements " scandalisants ".
5-
Vendredi soir, sortant du joli
Café de la Gare, le long de la piste du " P’tit train du
nord ", à Mont-Roland, la douceur. Une neige délicate
tombait tout doucement sous la lumière des réverbères.
Silence, paix. Quelques
skieurs de nuit entrent et sortent de la gare-bistrot. Jean-Paul
J., mon aîné, nous parle de ses voyages en train, tout jeune,
partant de la gare Jean-Talon ou de Bordeaux à Montréal. Il
raconte " le plaisir " de voyager en " train de ski
" en 1939, la joie de ces expéditions. Soudain, deux flics
surgissent, ils vont vite à un cabanon-toilettes-publiques, en
face. Des jeunes s’y trouvaient. Lampe de poche. Altercation.
Petit remue-ménage. Nous nous questionnons. Pour fumer du hasch ?
Pour comploter ? Des filles ? Pour, simplement, se réfugier loin
des parents? On nous expliquera :de jeunes graffiteurs récidivistes!
Les policiers relèvent les adresses etc. Ils devront payer pour
la peinture, ces vandales de 14 ans!
6-
Pierre Foglia, samedi matin, méchant,
vainement, à propos du grand succès du dernier roman de Marie
Laberge. Ma totale surprise car d’habitude il ne fouine pas
mesquinement : " Marie Laberge un fossile, une tarte, manière
périmée, une dinosaure-à-plume! " L’assommoir en
l’air!
Envoyielle donc chose !
Or, rédiger de cette sorte de
" romance ", de saga, demande du talent solide. Que les
envieux s’y essaient! Je n’en ferai jamais, je n’aime pas le
format mais je respecte aussi l’immense public qui estime ce
genre. À la fin de sa descente carabinée de Laberge, "
Fol-glia ", ou " Fou-glia ", ce samedi matin,
avance que les " grands écrivains " sont tous des
" sales cons " et des monstres! Dans son sac, il jette
Tolstoï, Proust, Malraux, et Mordecaï Richler et Victor Hugo.
Des sales cons et des monstres ? Dans leur vie privée veut-il
dire ?
Tudieu, par-le-sang-bleu!
Pirouette ? Humble, il se décrit
: il aime ses enfants, sa blonde, porte du linge propre, mange aux
bonnes heures donc qu’il ne sera jamais un grand rédacteur! Il
déclare du même souffle qu’il n’est " qu’un
chroniqueur de journal " ‹je
le tiens pour un bon écrivain du populo ‹ parce qu’il "
est gentil et tout plein mignon! " Alors là
J’écoute, en "
nettoyant mes journées ", des " concertos célèbres
" de Mozart par la Philarmonic Orchestra. Musique vive, légère,
sautillante par endroits, qui ne nuit pas à ma concentration
quand je dois rapailler, ici, mes éphémérides. Quand Aile va
aux courses l’après-mdi, elle revient souvent avec un film en
cassette.
J’ai hâte toujours de voir
sa trouvaille. Souvent bonne. Comme un cadeau, une surprise, pour
le grands slaque qui, lui, tape au clavier. Parlant surprises :
j’ai enveloppé plus tôt, onze petits " riens " pour
un tirage de cadeaux quand les miens bien aimés ‹oh!
je ne serai donc jamais un grand! ‹
s’amèneront, ici, pour fêter le premier jour de l’an
nouveau. Ma hâte.
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