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La
lumière va s’éteindre. Soleil au ciel. Un samedi de franche
clarté.
Daniel me
recommande faire plus court. Je crois qu’i a raison. Ma tendance
à " diarer " trop longuement. Oui, me corriger là-dessus.
Aile m’étonnait
ce matin : " Claude, quand feras-tu ton traditionnel "
arbre de Noël " spécial avec tes branches de bouleau décorées
suspendues au plafond. " Ma foi, elle aime ça ! Je pars
aussitôt : au rivage pas de vielles branches intéressantes. Je
zieute les sapins. Non, trop cruel. Je monte vers la terrasse du côté,
tous ces cèdres qui font trop d’ombrage. L’échelle. La scie.
Je coupe. Ensuite, sortie des oiseaux décoratifs de la cave, et
des lumières, et ça n’est pas long que c’est suspendu.
Aile en est contente. Son beau sourire.
Marc, mon "
installateur " Internet, me signale : " Cher beau’p,
depuis hier et votre conte à CKAC, 600 visites sur votre site !
Et allez à votre forum, c’est rempli."
J’y vais. Mon Dieu, comment bien remercier tous ces
correspondants ? Le temps Qu’ils sachent ici, s’ils lisent
J.N., mon plaisir. Certains avouent des larmes ! Des souvenirs,
mal enterrés, de pauvreté en enfance. Je suis ému. L’un
m’expédie même une photo d’une pauvre demeure, là où se déroulait
mon " conte-vérité ", à Jacques-Cartier, "
pauvre maison construite, dit-il,
par mon grand-père ".
J’ai très
chaud au coeur : merci, merci !
J’ai terminé
le tome 2 de " Ma vie comme rivière ! (le joli titre !) de
l’épouse de Michel Chartrand , Simonne Monet, fille de juge
outremontaise embrigadée dès la noce dans les combats du temps.
À la fin : grève des mineurs d’amiante
à Asbestos. Police duplessiste qui matraque. Son homme mis
en cellule. Il y a cinq enfants dans la maison modeste. Elle
manque de tout. Des reproches sévères, durs parfois, sont adressés
à ce mari, père absent, lutteur syndicaliste. Rien à voir avec
les bluettes du film biographique du fils Chartrand.
Oh non ? Regrettable maquillage.
Vision pénible
à T.Q., chez Dussault hier soir. Invitation en studio, pour 50.$,
à des itinérants. Certains maganés gravement.
Comme
toujours trop de monde. Chacun ses deux minutes de visibilité.
Pas le " 15 minutes! Promis par Warhol ! On constate que
chacun est un cas, est " une histoire " particulière et
alors les " définisseurs de situations " semblent
stupides. Pas un de ces " perdus " n’a les mêmes
raisons pour raconter son ...itinéraire. Voilà la simple vérité.
Une dame millionnaire, madame Yvon Deschamps, par ailleurs
admirablement dévouée à son oeuvre " Le chaînon ", a
joué la rébarbative innocente : "
Pourquoi couchez dehors et ne pas plutôt rentrer pas dans
votre famille ? " On l’aurait battu cette Judy Richards.
Hier soir, à 21
h, à ARTV, l’actrice Susan Sarandon ‹inoubliable dans "
La dernière marche " avec Sean Penn‹
a montré beaucoup d’intelligence et aussi beaucoup de
modestie. Cette star a parlé de son métier sans théorisation.
De la télé qui comte. C’est bien rare.
Chez la Bazzo,
hier matin, Marie Laberge, comblée du bonheur d’avoir un vaste
lectorat, dit qu’elle ne pourrait jamais parler d’elle.
Pudeur, discrétion, orgueil ? Nous sommes aux antipodes, Marie et
moi. On sait que j’aime bien parler de moi en espérant,
‹toujours‹ que je ne suis pas si différent des autres et que
je sers d’éveilleur ( de quoi donc au juste ?) quand je livre des
pans de mon existence. Quand je lis des autobiographies ‹et
j’en lis beaucoup ‹ c’est ce qui se passe. Ah, il réagit
ainsi !, oh, il apprécie cela !, tiens, il déteste ceci ! On ne
cesse de comparer nos vies, non ?
Quand j’ai
publié ‹1987-1989- " Pour tout vous dire " et puis
" Pour ne rien vous cacher ", mon journal de ces années,
plein de chauds applaudissements dont le témoignage, emballé, du
journaliste et scénariste de télé, Réjean Tremblay.
Jean-Pierre Guay, de Québec, avec ses tomes de journal, m’avait
donné le goût, je n’avais jamais lu du journal alors. De
personne. Maintenant évidemment, oui. Beaucoup. Dont celui de Cocteau, vous le
savez.
Aveux de
regrets, de remords accablants, à la télé d’hier, le poids
effrayant d’un homme qui a tué un piéton ! Avertissements sans
cesse, partout, en cette époque " des dangers de conduire en
état d’ébriété ". Je me souviens d’une " cuite
", fête d’avant Noël à CJMS, 1993, de mon retour
imprudent chez moi.
J’aurais pu me
tuer. Tuer quelqu’un. Je buvais beaucoup trop de Pernod et de
Campari en ce temps-là. J’avais repris conscience le lendemain.
Ne plus voir du tout comment, par quel chemin,
j’étais rentré ! Connerie totale. Je ne bois plus
q’un peu de vin rouge à
l’heure du souper.
Dans Le Devoir
de ce matin :le mystère
Gaston Miron. Un texte de son ex-compagne, prof à Laval, qui fait
la publicité dune édition à venir. Cet animateur et poète,
sans écrire bien longtemps, ni très souvent, a réussi à se
construire un socle solide. Miron était louangé, fêté souvent,
vénéré par plusieurs, glorifié même, il était habitant,
chaleureux, bavard, grand voyageur, " branché " aussi,
grouillant, patriote, paysan, cultivé, désintéressé, gigueur Il
fut mis en prison en octobre 1970. Avec les " cinq cent
" soupçonnés des polices obéissants à la " liste
noire " des excités névrosés.
Oui, il y a un
mystère Miron, cet " homme rapaillé " écrivait
parcimonieusement !
Je tourne les
pages et hop! Surprise ! Voici une photo de mon petit dernier
bouquin, " Je vous dis merci ". Le Cornellier m’arrose
de louanges, glissent quelques bémols. Un papier fortifiant,
somme toute. J’éclate de rire ! Cornellier juge la couverture
" vulgaire " et déplore que moi, " l’artiste
" spécifie-t-il, j’aie laissé faire l’éditeur Stanké.
Alain a dû rigoler ce matin car c’est "
mon " idée ce bonhomme en salopette, au soleil, qui
barbouille un mur de briques d’ un
lettrage coulissant. Je voulais faire simple, modeste,
joyeux aussi. Pas " vulgaire ", monsieur Cornellier ! De
gustibus
Pierre Morency,
un poète de Québec : " Voir un cardinal, c’est voir du
feu sur la neige ! " Parfaitement. Dit excellemment. On a en
a vu un couple récemment sur la galerie. Bouches ouvertes derrière
notre porte-patio !
Étrange d’écrire
ici : c’est publié, édité, aussitôt écrit ! Ça change
tout, c’est différent du journal qui est publié un an plus
tard. J’approche autrement anecdotes et éphémérides forcément.,
Je
sais que c’est lu au
fur et à mesure quoi. Ça me fait drôle.
L’une chante :
" je voudrais voir la mer " moi,
je chanterais: " je voudrais voir ces régiments de soldats,
grandeur nature, en
terre cuite, déterrés à Xian dans le Nord de la Chine. Quelle
vision cela doit être, non ? J’en parle parce que le journal y fait allusion ce matin.
Je corrige mais
tard : c’est Marie
Brassard, et non Chouinard, comme je l’avais écrit erronément
ici, qui jouait, à l’Usine C, ce travesti androgyne mystifiant
(qui se masturbait en
scène). L’autre est une chorégraphe vantée qui se produit ces
jours-ci.
Je n’en
reviens toujours pas de ces 600 visiteurs et de tous ces aimables
correspondants sur mon site d’ordinateur. Décidément cette
invention est incroyable. Je ne pensais pas vivre une telle expérience
sur " mes vieux jours ".
Nous allons
aller bouffer tantôt, une fois de plus, " Chez Grand-pa
", à Val David. C’est un bistrot sympathique, patronne
accorte, émigrée de France. Un été, j’y rencontre Vigneault.
Nous revenions d’un séjour sur sa chère Côte Nord et je lui
dit mon grand étonnement d’avoir constaté l’eau si chaude de
" la mer Saint-Laurent " en face de chez lui. Gilles me
dit : " N’en parle pas trop, mon vieux, on veut pas trop de
touristes, pas de Mc Do et Cie. "
Par la fenêtre,
en face, par dessus le lac Rond, l’hôtel Chantecler
s’illumine. Mode d’éclairer les bâtiments. En clignant des
yeux on peut s’imaginer Chenonceau, " le château des dames
" sur la Loire. " La nuit tous les chats " La nuit on peut prendre une vessie pour une jolie
lanterne. La nuit, ici, aura maintenant de joyeuses lueurs
multicolores : guirlande de lampions
électriques devant ma porte. J’ai installé la panoplie,
habituelle, comme tout le monde.
" Je le
fais pour les enfants qui vont venir au Jour de l’an ",
dis-je à Aile. Elle sourit. Sacré menteur : chez nous, rue
Saint-Denis, il n’y avait rien, pas assez riches les Jasmin.
J’en rêvais de ces chandelles électriques dans les parterres
comme chez le voisin, notaire ou médecin.
Eh oui, on passe
sa vie à compenser, à composer, à réparer, à soigner "
cette blessure, l’enfance, qui ne cicatrise jamais ", les
mots de la grande Colette.
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