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1-
On remonte sur la 15, plein de gros mottons gris
envahisseurs du bleu du ciel. "Le bleu du ciel"
titre d'un livre du fameux
Georges Bataille. Un ardent illustrateur d'érotisme
parfois ...névrosé. obsédé. Paraît-il. Jamais lu. Titre, me dit Aile, du projet de série télévisée
de V.-L. Beaulieu. Il l'utilisait beaucoup par la bouche de
son "agonisant" déraillant, Sicotte-Quincaillier. dans
"Bouscotte". Ce bleu que l'on guette sans cesse tous les
matins d'une vie. Trop rare hélas.
Je sors de la station CKAC avec Arcand.
Je viens de lire mon conte de Noël. Le studio de l'émission
la plus écoutée du matin, et
son portique: pas de changement, un désordre total ans la pénombre,
porte-patères encombré, traîneries sur étagères débordantes,
, paperasses au sol, gobelets de plastique partout,
vraiment un "trou"! La bohème ?
L'an dernier avec mon oncle "Oscar-qui-buvait-le-bar-au-Montagnard
"...de Saint-Donat, nous avons eu des échos enthousiastes
durant tout un an. Mieux, il y a pas longtemps: une ex-serveuse de
l'hôtel d'Oscar m'apostrophe dans la rue:" Ah vous ! Je
viens de Saint-Donat. J'ai connu votre oncle, enfant. Votre
histoire m'a... comme assommée. Merci !" Le monde est
petit", vous dîtes ?
Arcand ce matin, quand je lui parle de mon existence
d'heureux retraité: "Chanceux, comme j'ai hâte d'arriver à
ce temps de ma vie !" Ma surprise face à ce boulimique du
boulot. Je dis: "Oui mais faut d'abord avoir bossé comme
moi, 30 ans de décors '" Le sourire sur sa face, voulant
dire: " Ferme-la. C'était une bonne planque,
la télé !" Bizarre comme on imagine reposant, une
sinécure, ces
boulots de créateur sur commande ! On se trompe.
En pub ou en faiseur de "clips", on fait pas ce
qu'on veut, on doit se confirmer aux clients, aux réalisateurs,
aux techniciens, et moi dans le temps, aux chanteurs. Je lui parle
de mes achats au magasin
de la cuisine-des-chefs à Sainte-Adèle, il ricane plus fort:
" Ah, les pays d'en haut ! Viande à chien! Séraphin Jasmin
en profite ?" Jaloux va !
2-
Hier, soulagement, en entrant, Chemin Bates, je retrouve mon
portefeuille oublié "en ville". J'ai donc vécu toute
une semaine "sans". On n'en meurt pas. Quand on est
deux. Aile fournissant le fric ! Quoi offrir au gentil concierge
du Phénix, Ghislain ? On sait jamais quoi. Ce fut une fiole de
rouge et un exemplaire de roman. Facile ? Eh oui !
Un dénommé Paradis m'envoie une carte de souhaits. Il achève
un livre sur "le métier" d'écrire". Auquel
j'avais d'abord refusé de collaborer puisque "écrire n'est
pas un métier". Me suis ravisé, lui si gentil, et lui ai
fourni des mots. Enfant, c'était un gros paquet de ces cartes.
Nous aimions les étaler puis les contempler. Comme nous aimions
admirer notre gros paquet d'images
pieuses" récoltées à l'école.
Aux fêtes, nous aimions répondre à tous ces envoyeurs de
bons voeux. Maintenant, c'est quoi... ? une dizaine, quinze au
maximum. Souvent de firmes commerciales ou... du Cardinal Turcotte
‹un ancien du collège Grasset‹ anonyme, sans signature.
3-
Lanctôt, mon éditeur depuis quelques années, me déclare
être "pauvre
comme job", il m'
affirme qu'en cette année 2001, aucun de ses "enfants"
n'a levé vraiment. Il me poste donc 50% ‹3,550 $‹ de ce qu'il
me doit en redevances. Pour "Enfant de Villeray", paru
à l'automne de 2000. Environ
3, 000 "acheteurs" aux comptoirs des libraires ! Il faut
multiplier, dit--on, par, 3
ou 4 "lecteurs" par exemplaire. Donc entre 10,000 ou 15,
000 lecteurs, je ne dis plus "acheteurs". Ajoutons les
emprunts dans toutes les biblios publiques et scolaires. Ouengne...!
Combien ? 30,000 ou 50,000 ? Impossible à vérifier !
Je veux dire ceci: un écrivain travaille ‹durant des
mois et des mois‹ un bouquin, il doit attendre son cachet toute
une un année. Il reçoit 3,000, $ ou 6,000 $...c'est pourquoi je
dis que faire de la littérature, c'est une vocation, une passion,
surtout pas un métier... comme, par exemple, pompier ou policier
syndiqué avec très bon salaire. Peut-on vivre un peu
confortablement avec 6,000 $ par année ? Bien sûr que non ! Et
plein d'inconnus, de débutants, qui vendront 200 ou, maximum, 600
exemplaires dans une année ! Une misère la littérature
? Oui. Pis ? On aime notre passion ! Écrire !
4-
Ai oublié d'en parler ici:
dans ce livre sur les lieux de pèlerinage, une photo me
reste collée en mémoire. C'est, dans un couvent-église en
Suisse, la bibliothèque publique dans un art
rococo somptueux, toute en rondeurs, boiseries et
marqueteries, rampes, escaliers, étagères dans un ensemble
extraordinairement époustouflant. J'étais hypnotisé. Ébahi !
Ah ! Je voudrais vivre, et mourir ma foi, dans une vaste coquille-à-livres
aussi magnifique. Une folie architecturale qu'on retrouve jamais,
nulle part, en nos temps modernes. Pourquoi donc ?
5-
J'ai lu deux livres "pratiques" ce
jours-ci. L'un:
"Mieux comprendre la psychothérapie"
(Jolicoeur et Sauvé) ‹où l'on donne aussi des conseils
aux praticiens ! Nous avons une amie (Carole) qui sera une
"pro" bientôt dans cet étrange métier de
"confesseur-guérisseur" laïc !
Fou hein, me semble que j'y ferais florès. Aile ricane
:" Toi ? Tu parle trop, Il faut se taire dans ce boulot et écouter.
Pourrais-tu ?"
La venimeuse!
Ce petit livre pris chez Stanké, mon éditeur actuel, explique le processus: pourquoi y aller, comment bien choisir
son psy, où ça mène, qu'est-ce qui se passe,
les sortes de techniques... Etc. Du gros bon sens. À la
fin, les auteurs répètent que c'est la méthode "longue durée"
la meilleure ! Au divan, un an, deux, trois ? Jeune, de rares
camarades y allant, je songeais à une analyse. Mais... pour les
impétueux dans mon genre...C'est si long et il faut cracher du
fric. Mon côté
radin, séraphin, craint les dépense vaines. ( Attention: J'ai
aussi un côté dépensier, gaspilleur à l'occasion.) Freud dit
que c'est, cet argent versé, un moyen efficace
de soigner sa névrose !
"Faut pas y aller", affirmait Louis Archambault
‹mon prof à l'École du Meuble, que je salue bas dans mon
"Je vous dis merci"‹
"nos bibittes sont nos moteurs de création".
Au fond, je me suis auto-psychanalyser avec mes livres. Je
crois cela. Fou ? Laissez-moi mes illusions ! Je proclame souvent,
en riant hein ? " Ouvrez-moi en deux, mes amis, et vous ne
trouverez pas une seule bibitte, pas un seul ver, là-dedans
!"
L'autre livre ? Sur les risques de fumer de la marijuana ?
Clair: selon les auteurs, aucun danger. Chaque chapitre, sur un
ton scientifique, avec des résumés d'études, des chiffres,
réfute tous les bobards sur l'herbe populaire chez
certains. Pas d'accoutumance, pas de cellules brûlées, aucun
risque grave, en somme, on devrait au plus tôt légaliser et vite
cette drogue bien douce. En somme, seuls les dinosaures peureux en
font un épouvantail. Un
petit livre pour me calmer si un des petits-fils s'abonne au
chanvre ! Bien que...j'ai décelé un ton "sauce
bizarre", "prozélistique" pas mal, pour le
permissif. Je ne sais plus qui a raison entre ces laxistes
"bon genre bon chic"
et les "bonshommes sept heures", policiers répressifs,
qui veulent que se poursuivent "prison et
amendes" pour les fumeurs de pot comme pour les vendeurs de
mari. Seigneur, comment s'y retrouver. Un matin, un scientifique
dit "blanc' le lendemain, un autre , pas moins scientifique,
qui vient dire "noir". En tant de domaines, le loustic,
moi, aimerait bien moins de contradictions, plus d'unanimité.
La terre tourne, oui ou
non ? Galilée enfin en paix: elle tourne. Mais tout le reste ?.
Un exemple: les manipulations
(OMG) agricoles. L'un: "on va faire manger tout le monde sur
la planète". L'autre: "danger, poisons, cul de
sac". Hum ! Et le clonage des souches: l'un:
"renouvellement d'organes condamnés", l'autre: "écoeuranterie,
monstruosités !" La religion: l'un: "manipulation des
cerveaux, abus infâmes, crédulité exploitée", , l'autre:
" consolation essentielle, vitale,
indispensable aux mal pris, aux désespérés ou aux
simples inquiets. Eh !
6-
Hâte de voir, à 20h, à ARTV ce soir, Suzan Sarandon se
faire interviewer. Inoubliable dans ce film sur les condamnés à
la chaise électrique. Il faudra que je supporte le fat, prétentieux,
ronronnant bonhomme aux questions, intelligent mais d'allure su
suffisante, hélas. S'en ficher, le défilé de ses brillants
invités fait des heures fascinantes. Hier, à ARTV aussi,
"Le grillon du foyer" un conte mélo de Dickens (sauce
"Oliver Twist") plutôt mal montré, si lent, si
maladroit, sans rythme efficace, lourdaud, par mon cher feu-
Florent Forget qui allait bientôt mourir subitement, hélas. Ce
"Grillon..." mélodramatique
ferait un fameux show sur Broadway ou sous la patte du parolier
Luc Plamondon. Les ingrédients ‹ style "Les misérables,
très années 1800‹ y sont. Caleb (joué avec feu par feu Guy
Hoffmann) artisan exploité par un méchant patron, sa fille
aveugle abusée (sniff ! sniff !), son fil perdu, exilé aux Amériques,
qui revient à la fin, beau, riche... Toit le reste, oh oui, en
modernisant l'affaire, ça ferait un grand succès populaire et
c'est la dernière fois que j'en avertis nos producteurs ! Sinon ?
Je l'adapte moi-même ce "Grillon...". Moquez-vous, j'ai
un projet à la minute, savez-vous ! Et puis, qui sait, il y a eu
un film noir et blanc sur ce "Grillon du foyer ",
deux peut-être même !
7-
L' audacieux jeune avocat providentiel des felquistes,
Robert Lemieux, exilé à Sept-Îles, surgit soudain, vrai
"Jumping Jack" ! Le voilà tout révulsé, chaviré,
bouleversé, par l'incarcération , "incommunicado",
d'un motard criminalisé, soupçonné de 13 meurtres "commandés",
plus ceux de deux conducteurs de fourgon de police, Maurice "Mom"
Boucher. Un cousin lointain d'Aile, je la taquine là-dessus !)
Une poursuite de 30 millions de $, eh b'en ! Contre qui ? Contre
Bouchard, Landry, Ménard et... le Gouvernement ‹nous tous,
notre argent public. Ces millions, en cas de victoire, seront versés aux "Droits de l'homme". Lemieux parle de
"conspiration". Ouow ! Aux caméras accourus il dit:
"Monsieur "Mom" B. est un Québécois, ça pourrait
arriver à un autre Québécois."
C'est la rhétorique démago de Trudeau en octobre '70:
"Un gérant de caisse pop, un enfant, vous. M. Boucher, alias
Mom, transformé en citoyen ordinaire, un bon yable comme vous et
moi, faut le dire, faut le faire. Maître Lemieux était-il
tanné de l'obscurité, de l'anonymat, nostalgique des
chiards médiatiques de 1970 ?
8-
Me suis acheté une radio portable pour ma petite
salle des machines. Plain de cassettes sur ma commode. Quelques
classiques, quelques opéras ‹le Verdi de nos Italiens de ma
ruelle ‹ beaucoup
de Leclerc, Léveillée, mon cher Brel, Ferré, Montand. Le ciel
toujours en lutte auguste, lente, entre le bleu et le gris noiraud
! Je vais tenter de comprendre
‹puis de vous en parler‹ "L'illusion économique"
de Emmanuel Todd (Folio). Je veux pas mourir idiot. Combattre mon
handicap, le monde économique toujours incompris. D'abord aller
marcher sous ce soleil embarrassé. Aile cherche un grand
chaudron...pour son "six
pâtes" du Jour de l'an. Elle doit quêter partout chez nos
voisines. Et ce soir, à 17h que trouverais-je chez les écoliers
de l'institut hôtelier des Laurentides ? Surprise !
J'écoute les chansons du "Nelligan" de
Tremblay-Gagnon. Renée Claude renversante : " J'ai cru
l'aimer et j'ai cru l'être..."
Sa voix claire. C'est beau !
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