On
a vu hier, dimanche un monde à l’envers : pas de neige là-haut et en
ville de la neige pas mal. La chanson de Ferland : il a neigé à Port au
Prince Ça nous fait drôle.
Sur l’autre rive du lac, neige artificielle, à gros canons.
Bizarre, en promenade, de voir le blanc et le vert. Langues de gazon d’été
et, juste à côté, cette neige pour les rares skieurs. Hiver sur
commande quoi ! Partout un ciel blanc mat. Et la neige en un va et vient
prudent.
Je viens de relire les J.N. d’hier. Que de
coquilles, mon doux Dieu ! J’étais pressé, trop. Et mon abonné
nouveau , M. Desjardins, a raison : "Est-ce qu’avec l’ordinateur
on se laisse aller un peu ? " Oui. Vrai. Faut plus ! Songer que,
l’an prochain, ce journal sera transformé en un livre "corrigé
", ne suffit pas, ceux qui, ici, le lisent " en primeur "
ont droit à tous les égards. Je me relirai mieux, promis. Le chroniqueur
" web " de La Presse, Gugleminetti, a fait l’annonce
officielle de mon entreprise dans sa page. Merci à lui. Ces " Journées
nettes " se doivent d’être " nettes " de fautes.
L’émission " Jamais sans mon livre
" cherche ‹courriel de chez Stanké‹ des écrivains qui détestent
Noël. J’ai répondu que j’aimais bien fêter. On ne me verra donc pas
là. Je connais plein de gens qui, en effet, ont en horreur ces jours de fête
organisées, vantées, stimulées par le commerce. Je résiste à cette
tendance car je pense aux enfants. Je sais aussi que ces occasions comme
forcées n’en restent pas moins que Noël est une occasion de rencontres
entre proches. On se verrait moins souvent sans " la patente "
des fêtes. Ces occasions de fêter en famille combattent la sauvagerie en
chacun de nous et même une certaine paresse. Ainsi, nous deux, nous irons
" à la dinde aux atocas ", aux tourtières et à la bûche, à
Duvernay, à Noël. Raymonde verra ses deux frères, les compagnes et les
enfants grandis. À moins que leur cadet, Claude, un jeune soldat,
ne soit encore expédié (comme l’an dernier) au Kosovo ou Dieu sait où
? En inquiétant Afghanistan ?
La tribu des Boucher n’est pas bien
populeuse, une dizaine de têtes. Celle des Jasmin, bientôt réunie pour
fêter ma quasi-jumelle Marielle, c’est une quinzaine de pies
bavardes. Au village, ici, au Jour de l’an, caucus jasminien, nous
serons une douzaine et Raymonde déjà s’énerve un tantinet, cherchant
une recette sans dinde ! J’imagine mon lectorat, lui aussi, embrigadé
dans le rituel annuel. Vivre en pays industrialisé et se plaindre est une
faute grave. Montrer une ingratitude inouïe. On n’a qu’à regarder
ces orphelins à Kaboul ‹à la télé, hier‹ ou ailleurs pour avoir
envie de se la " farner bin dur ", pas vrai ? J’ai pu voir les
sapins chez m,es deux enfants, ce matin, avant de remonter ici, que de
cadeaux sous l’arbre décoré ! Nous, moi, tant d’autres de ma génération,
avec une seule petite boîte sous le sapin. Pour certains voisins, plus
pauvres encore : rien !
Tous en suspects surveillés avec cette Loi
C-36. Atmosphère d’octobre 1970, sans les soldats dans nos rues.
Invitation aux délateurs. Régime inquiétant désormais. Depuis
l’horreur de New-York, pour prévenir toute action néfaste de
terrorisme, c’est le bouclage partout, les polices de tous les corps
munis de privilèges énormes. Ambiance de suspicion envers tout
dissident, toute critique, tout refus. Des comploteurs clandestins
sont forcément des gens rusés et la police n’y peut rien. Elle le
sait. Alors elle installe C-36, avec appel aux indicateurs du dimanche,
qui peuvent être des cons, des fous, des racistes surtout. Le terroriste
est " hors du monde ", hors-la-loi forcément, il vit caché,
terré, camouflé. Arafat n’y peut rien, Bush comme Chrétien non
plus.
Serge Losique, président " à
vie " du Festival du film d’ici, voyage sans cesse en avion à la
recherche de pellicules fameuses. Il est " bin tanné " des
transferts. Alors, samedi, (La presse en A-13) sur quatre colonnes il y va
d’un plaidoyer vibrant pour que nous installions au plus vite une
méga-place-aéroport de classe internationale, une " plaque
tournante " fabuleuse capable de rivaliser ave Toronto. Potion
magique quoi ! À partir d’un problème égoïste notre " président-à-vie
", Losique, arrive à inventer une urgence nationale. À vos taxes
citoyens, monsieur est fatigué des transferts !
J’ai terminé hier midi ce
PLATEFORME. Bon. C’est le récit, bien mené, il faut le dire, d’un
pauvre petit con. Un sexoliste (ou sexolique comme dans alcoolique ?) qui
s’attache (s’amourache ? non, pas vraiment) à Valérie, riche et
jeune experte en tourisme, qui est comme lui. Une autre sexoliste.
" Qui se ressemble " Pas d’amour mais une quête perpétuelle
d’occasions de forniquer. Pas de sentiments humains, allons, c’est
vieux jeu !
Or, coup de théâtre, deus ex
machina étonnant, alors qu’ils se sucent, s’empoignent et
s’enculent, à trois ou à quatre, mitraillage subit dans le joli
buffet-bar-sauna d’un hôtel-club en Thaïlande. Rafales meurtrières.
Bombe pulvérisant ce jet-set déboussolé. Un lac de sang ! Une fin
d’histoire mélodramatique subite ! Le héros de " Plateforme
" y perdra sa catin, sa poupée mécanique, sa gonflable au silicone.
Ouvrage de " nettoyage ethnique " radical par un commando.
Des islamistes, on le
devine. Le Coran a le dos large ces temps-ci.
Bizarre cette conclusion
apocalyptique, d’un morale toute judéo-chrétienne au fond, avec ce
narrateur pourtant anti-moraliste à tout crin. Le projet " clubs
bordels " est abandonné aussitôt. Michel va mourir, seul, désespéré
davantage, dans ce beau pays asiatique ou, pour quelques dollars ‹un
mois du salaire des indigènes‹ on trouvait une jolie fillette, pucelle
exilée du nord de la Birmanie, prête à la prostitution avec l’homme
blanc, riche, bedonnant, venu de l’ouest développé.
On lit, on lit, comme fasciné par la course
de ce dépravé. Le mal est un aimant, il attire immanquablement, on le
sait bien depuis la nuit des temps. Le gens heureux (sains, amoureux)
n’ont pas d’histoire ‹pas de roman‹ " les bons sentiments
font de la mauvaise littérature " ? C’est de Gide, je crois.
Nous sommes encore allés à
" La Moulerie ", rue Bernard. Chantons : " Des moules et
puis des frittes, des frittes et puis des moules ".
Là, rencontre inopinée de la comédienne qui incarnait, durant 80
sketches, ma maman dans mon feuilleton autobiographique "
Boogie woogie " et son chéri ex-caméraman de la SRC, Claude B.
Table à quatre aussitôt, commérages usuels.
En rentrant, télé : " Campus
", TV 5, où un certain Dantec surgit, tendu, remuant, tout un numéro.
On a pu lire, ici, de ses " attaques " ‹attaques car il dit
qu’il est un guerrier, un kamikaze‹ dans " Voir ", par
exemple. Cet ex-musicien pop, vit au Québec en bonne part puisque :
" oui, j’ai fui l’Europe qui est nulle, qui est finie (mon Dieu,
sans Dantec, que va devenir l’Europe ?). Il disait hier soir à
Guillaume Durand de ce " Campus ", que l’Europe est
complètement foutue. " Elle n’existe plus, est
" figée " condamnée, etc. " Il dit :
" L’Amérique, elle, (du nord, centrale, du sud ?) est neuve, pas dégénérée
" Hum ! Il publie "
Laboratoire de catastrophe naturelle ", une sorte de " journal
" (ah, ah !) où, semble-t-il, sa moulinette à tout broyer ne fait
pas de cadeaux.
Le Dantec révolté s’était
muni d’une caméscope à écran-couleurs de bon prix et s’enregistrait
en discutant ! Narcissisme ? Non, dit-il, c’est en cas de coupures, ou
de montage frauduleux.
Durand: " Qu’en
pensez-vous, Josiane ? " La longue figure triste tressaille : "
C’est un écrivain ". C’est définitif. Le ton irrévocable.
Opinion émise avec gravité par " la " critique du " Monde
", les allures d’une pythonisse décrétant " in et ex-orbi
".
On a envie de rire de ces jeux
pseudo-intellos parisiens. " Campus " virevolte, semble toujours
en retard dans son minutage, s’excite, énerve. Il y a chevauchement des
voix ce qui est affreux en télé.
Je m’ennuie de Pivot !
Raymonde et moi on va au dodo les
oreilles bourdonnantes, les yeux fatigués. Pas facile à bien décoder
cette foire libre pour les Québécois si calmes. Hum !
Ici, arrêt de J.N. .
Il va être 17h. L’heure de filer au
" magasin " secret.
Retour.
Oui, Je reviens de l’école-des-chefs.
Et euh Raymonde me prévient: " j’espère que tu mets pas sans
cesse mon nom dans ton journal. " Oh ! Oh ! Elle est aux antipodes de
ma personnalité : discrète, secrète, pudique. Antienne vieillotte :
" Les contraires s’attirent. " Aussi, je l’appellerai, au
lieu de R., elle. Je mettrai, tiens : " Aile ". C’est
mon ange après tout . On se comprendra?
Donc, Aile m’averti avant d’aller
renifler les devoirs-du-jour cuisinés : " attention, pas de côtelettes,
pas d’affaires du genre. Pas de sauce grasse et pas de gâteaux !
". Bon, bon.
Je suis revenu avec des rognons deux
steaks au poivre et un pot de bleuets. " Aile : " Ah, ces
steaks sont cuits, pas facile à réchauffer sans les sur-cuire. "
Moi ? Penaud.
J’y pense, motivation pour ce journal :
cela devenait de plus en plus difficile de faire imprimer mes "
lettres ouvertes " dans les quotidiens. Ici, j’y vais donc très
librement; chez les timides des journaux, il faut y aller mollo, calculer
le tir. Vive la liberté du journal. L’ex-réalisateur de Pierre
Nadeau, Castonguay, qui me disait : " Que fais-tu ? J’achète
le Devoir pour tes lettres. J’en vois plus souvent ! " A-t-il
" Internet " au moins ?
Thomas au téléphone : " Papi ?
Merci pour ton cadeau. " Mon benjamin de petit-fils enrage d’être
né un 20 décembre,
mélanges du cadeau d’anniversaire avec celui de Noël. Je lui au mis
sur la carte : " Jésus est né le 25, c’est pas mal, mais toi,
plus rapide, tu es né le 20,. Bravo ! C’est formidable ! " Il en
rigole.
Entre Noël et le Jour de l’an,
invitation, rue Esplanade, à " banqueter " chez un nouvel ami,
Jean-Guy Sabourin et sa compagne. Sabourin est le directeur et fondateur
de " La Boulangerie ", un dynamique ex-théâtre de poche situé
au nord-est du parc Laurier. Le camarade ‹ex-réalisateur‹ (que d’ex
dans mon monde) de Raymonde, l’ami Pierre-Jean Cuillèrier nous "
noué " ave ce Sabourin. Ce dernier joua, aux côtés du grand acteur
Cuny, un des missionnaires martyrisés dans un film de l’ONF, " Le
festin des morts ". Il y était parfait ayant des allures de jésuite
retors. Les Sabourin ont un chalet dans une île qui nous était inconnue,
au large de Dorval. L’été dernier, nous y sommes allés. Un site étonnant,
faut s’embarquer sur un bac, où a nature triomphe sans les oxydes de
carbone. C’est fermé l’hiver. Sabourin, retraité de l’UQUAM,
donne des cours à de jeunes filles émigrantes et mères célibataires
! J’aime entendre ses réflexions sur un monde insolite. C’est un
fameux cuisinier, on va se régaler.
En attendant, pour l’amuser, je lui ai "
courriellisé " un début de pièce ‹en ais-je parlé ?‹ où des
gens à court de revenus, acceptent des caméras chez eux,
installation d’une télé régionale modeste. Pas eu encore de
commentaires.
Oh ! J’allais oublier : le célèbre
physicien infirme Stephen Hawkins ‹Einstein de ce temps, dit-on‹ passa
en trombe (comme Woody Allen d’ailleurs !) à Campus. Il publie
:
" L’univers comme une coquille de noix ". J’avais tenté de
comprendre son " Histoire du temps ", incapable de tout saisir.
Avec lui, pas de tataouinage. Hawkins déclare : " Danger!
Clonage, manipulations génétiques, découvertes pour transformer l’ADN
des humains : nous devons surveiller les rapides progrès actuels des
ordinateurs, robots, implants, machines dotées d’intelligence. Nous
pourrions être dépassés, nous faire éliminer, nous succéder et
avantageusement pour les intéressés. "
Bon Dieu ! Il m’a fait peur. En studio, le
" caporal " Dantec ricane : " Moi, j’ai pas peur !
" Comme il est brave, hein, il ne lâchait pas sa caméscope d’un
doigt et j’ai songé à film étonnant, " 15 minutes
" ce film effrayant dont je vous ai parlé et où on voit deux
voyageurs fous venus de Prague, leur caméscope. Dantec fou ? B’en
Pas oublier : j’écoutais dans la file
pour le " manger pas cher " de l’école-des-chefs, que
de propos croisés bizarres. L’une jase recettes pour Noël, l’ autre
de sa fille exilée sur la Côte-Nord, un maigre chauve déplore les prix
en Europe puis raconte le golf à Fort Lauderdale, un petit gros jacasse
sur le badminton en hiver puis bifurque sur " les Jeux " à Salt
Lake city. Oui, que de discours humains variés, je fais mine de lire ma
revue mais j’ai pas assez de mes oreilles pour récolter ces échos
croisés du monde dans lequel je vis.
Ça sent bon en bas. Temps d’ aller y goûter.
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