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vendredi, 14 décembre 2001 |
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1- Pas
de brume dans le Nord en ce vendredi des " aveilles " de Noël.
Stries de bleu au ciel. Temps doux pour une mi-décembre. Ce qui
n’arrange pas les affairistes des centres de ski. La neige fabriquée
qui fond ! Ouash ! En ville, on craint les neiges, ici, dans les
Laurentides c’est la promesse d’une meilleur viecommerciale. Hier soir donc,
je file au " magasin " de nos écoliers-en-cuisine. Pâtes fraîches
? J’en prends toujours et Raymonde gronde : " Tu vas mourir
totalement empâté, mon pauvre gars ! " Je rigole. Pris aussi des
desserts frais du jour. " Hum, pas bon pour ton mauvais cholestérol
ça, mon gars ! " Pris, oui, du pâté chinois : " viande,
blé d’inde, patate ", disait " La p’tite vie ". Juste
pour voir s’il sera aussi parfait que celui de R. Qu’elle fait bien crémeux,
comme je l’aime. Pris aussi des côtelettes d’agneau. Le tout pour une
douzaine de piastres, viande à chien mon Séraphin que c’est pas cher. "
Au cas où ", dit Raymonde, car il y a des soirs où il y a peu, elle
avait fait cuire une langue de " beu ", une grosse, avec sa
recette d’oeufs à la mayonnaise. (Pas trop.) J’avais mon
dessert frais . Elle en fait rarement, n’aime pas les sucreries, ma
tendre Ray. Ni de soupe ou potage. Bon. Suffit de
parler du " manger ". 2- Ce
matin dans La Presse, je vois mon titre : JOURNÉES NETTES. En gros
caractères dans la chronique " web et cie ". Déception, on a
pris mon titre ! Mais non, on y annonçait l’existence de ma nouvelle
entreprise littéraire, ici. Ouf ! Je lis aussi qu’un punk, ex-drogué,
itinérant, a fait une vidéocassette sur son existence de marginal. Éric
dit " roach " Denis. Ouvrage qui l’aurait sauvé
! J’y
médite. Partout, bientôt, tout le monde avec caméscope qui enregistre
tout le monde. Nouvel évangile : " Filmez-vous les uns, les autres!
" Je te traque, tu me traques. Un monde non ? On filmera du présent
aussitôt transformé en passé! Mille milliards de documents dans les
demeures, dans les abris ! Une nouvelle conjugaison, le mode du " présent-passé
" ! Va-t-on
vivre juste pour mettre en boîte ce qu’on vient de vivre ? 3- Parlant
punk, vu hier soir le film " EDWIG ". Un machin curieux. Le récit,
syncopé et muni des bruits " rock " adéquats, d’un (
une ?) berlinois, côté " communiste ", un gras papa
incestueux, abuseur, une maman affolée de sentir la nature invertie
du garçon. Un mur très berlinois est installé entre eux. Ce Edwig,
c’est le titre du film, se devine, s’appréhende, se sent, se sait une
" fille ". Un G.I. rôde ! Un gros soldat Noir homo. Il désire
(aime-t-il ?) ce-cette Edwig blond-blonde. Flirt primaire Mariage
après une opération désastreuse, ratée, de castration à Berlin.
L’exil dans une ville perdue aux USA avec ce soldat qui le-la trompe
avec un plus jeune. Solitude. Edwig garde des enfants pour survivre.
Musique de garage. Rock
and roll, bien entendu. Groupe d’amateurs. Agente intéressée.
Voici une liaison bizarre : elle a 30 ans, il a dix sept ans et est bien
mignon. Il aime, comme sa-son Edwig, le rock and roll. Musique
à composer. Un " band " se forme où la-le Edwig, perruqué-e,
raconte en chansons, swing-punk-rock, sa vie allemande, ‹on verra le
" mur " qui trombe‹ ses déboires autobiographiques et misérabilistes,
vieille sauce allemande, en couplets bruyants. Bon
Raymonde,
télé éteinte, avoue un malaise. Moi aussi. Pourquoi ? Simplement parce
que ce récit d’hermaphrodisme est narré sur un mode caricatural avec
un aspect joyeux, ironique. Ce détachement est un mensonge. Il y a un
drame. Une vie ruinée. Et on file de " toune " en " toune
", de bars minables en " trous " de province, ignorant,
abandonnant le désastre d’un demi-trans-sexuel, travestie malheureux,
battu, bafoué. Tableaux d’un malheur effroyable mais avec images
léchées, à l’esthétisme punk. Le récit est accablant et le film,
lui, virevolte avec complaisance dans le visuel à la mode. "
Edwig " est donc un film raté avec de séquences menées sur un
train d’enfer. La
Presse : les seins de la punk enrichie, Madonna, valent une fortune chez
les assureurs ! Je
me souviens pas du nom d’un grand écrivain britannique affirmant :
" Deux choses me sont indispensables, la Bible et le journal du
jour. " Vrai que le quotidien est riche d’enseignements sur le
monde tel qu’il va. Qu’il tourne. 4- Vidéo
aux nouvelles ‹on n’en sort pas‹ du Bin Laden, dans son refuge, tout
content (Allah ou akbar) des morts de New-York. Au nom de leur Dieu, et du
prophète, leur Jésus, l’araboïde Mahomet. Un cynisme qui donne froid
dans le dos. Washington-Bush,
voudrait que l’univers se dise : " Ainsi en va-t-il pour tous ces
actuels Palestiniens en kamikazes. " " Qu’Israël
frappe, tue tous ces gens-là ". Raccourci utile. Amir Khadir,
ex-candidat péquiste battu dans Outremont, ose exprimer des vérités
embarrassantes ce matin, dans La Presse. Il dit que ce Bin Laden (ben ou
bin ?) est un allié " objectif " des intérêts américains au
Moyen-Orient. Oh ! Et il n’a pas tort. Sans ce fanatique fou " espéré
" pas moyen de défendre les affaires pétrolières qui, seules,
captivent la " famille Bush " avance Khadir. Il rappelle les
liens amicaux récents des Bush avec les Laden il y a pas si longtemps !
Ouille ! 5- J’avais
rencontré dans ses bureaux du Chemin Bates, en 1980, le vendeur de poids
et haltères, millionnaire, Ben Weider. Pour un projet de film vague, pour
son très cher Napoléon, son idole. Amusé d’y avoir vu partout des
tableaux du Corse, objets de culte, " son vrai blaireau ",
corridor, hall, dans tout l’environnement de Weider. Voilà que des
chercheurs lui donnent raison : " l’Empereur déchu, exilé, fut
empoisonné par du cyanure de potassium. Un meurtre lent ". On dit
(Cocteau) que des bustes du Bonaparte se trouvaient même dans des chaumières
en Angleterre ! Incroyable non ? Je dis, avec certains historiens,
que ce Bonaparte fut le Adolphe Hitler du début des années 1800, pas
autre chose. Un fou furieux. Millions de jeunes soldats morts à son
bilan. Millions ! 6- J’ai
déjà vu une reproduction d’affiche dans le Saint-Agathe des années
‘30 : " No dog, no jew ". En anglais hein ! L’horreur.
L’ex-montréalais, arrêté cette semaine en Californie, Irving Rubin,
affirme avoir été une cible des racistes, à Montréal. Antisémitisme
s’élaborant pourtant partout en Occident. Pas juste à Montréal.
Nous
avions nos chemises brunes, cet hitlérien Adrien Arcand, nazi avoué et
" subventionné par le pouvoir du temps à Ottawa ", publie
Norman Lester. Au Canada anglais il y avait aussi des chemises "
brunes ", et des " noires ", des "bleus "; gros
paquets de racistes anglos, très nombreux au-delà de l’Outaouais. Le
francophobe enragé, Galganov, jeune, fut de cette revancharde "
Ligue de défense juive ". Il l’admet ce matin, lire Louise Leduc.
Le sociologue Yves Claudé nous dit que ces " ligueurs juifs ",
organisateurs de " milices ", ne sont pas seulement anti-arabes,
qu’ils sont très actifs encore à Montréal, qu’ils sont
antifrancophones et antiquébécois. Enfin, qu’on les trouve à McGill,
à Concordia et dans des milieux d’affaires " Eh
b’en ! Instructif. 7- Arafat,
jugé incapable d’enrayer la terreur palestinienne, se trouve isolé,
rayé comme interlocuteur. Il devra donc retourner se terrer en Tunisie.
Retour donc à la case zéro. Retour à la guerre totale. La puissante armée
des Hébreux face de nouveau aux clandestins, comme du temps de l’après-victoire,
la fameuse " guerre de sept jours " en 1967. Encourageant. 8- J’ai
terminé ce " Journal " du Cocteau du temps de la France nazifiée.
Pis ? B’enoui, il était snob, souvent méprisant des masses, du peuple.
Il reste un créateur étincelant, un imagier fascinant. Dernier chapitre
: son film est prêt à être tourné , " La belle et la bête "
mais convocation du " maître " chez ses producteurs : "
Regrets, on refuse d’embarquer, trop risqué. Trop chers vos devis.
" Cocteau dégoûté, écrasé. Arrêt de son journal. Le film se
fera cent vingt jours plus tard. Une note de bas de page dit : "
Cocteau reprendra son journal, celui du film en cours. Le premier qu’il
signe seul. Viendra un autre film signé Cocteau, que, jeunes, nous
admirions tant, " Orphée ". Ici,
arrêt pour le lunch. Descendons réchauffer les " chinoiseries
" achetées hier soir. 9- Bon.
Retour au clavier. Musique : " Impressions " d’André
Gagnon avec la philharmonique de Londres. Je
tape : Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche et alter ego du cinéaste
surdoué François Truffault, annonce " Le pornocrate " qui
serait l’histoire d’un cinéaste de porno qui veut maintenant
tourner un film de ce genre mais en y mettant des sentiments.
Rebuffades des producteurs. L’Odile du Devoir a aimé mais entendu à la
radio bazzoienne : " Affreux, Léaud bredouille, on ne comprend
absolument rien. Inaudible ! ". Ne plus savoir à qui se fier désormais.
J’aime l’inunanimité, la critique divisée, mais on ne connaît pas
assez bien les personnalités de nos critiques. Les
critiques jouent les " objectifs ", se veulent des machines à
juger. Jadis, des critiques se livraient davantage et on finissait par
bien les connaître. Alors " un " qui détestait nous servait
d’encouragement à y aller (théâtre, livre, films). Un " autre
" qui aimait nous prévenait de ne pas y aller. Exemple : Jean Béraud
de La Presse, années’60, nous avions appris ‹il parlait de lui, de
ses goûts‹ qu’il haïssait les modernes, alors quand ll démolissait
furieusement un Beckett, un Adamov ou un Ionesco, nous savions qu’il
fallait voir ça. Même chose au domaine du livre pour un Éthier-Blais.
Sa chronique du samedi était pleine de ses humeurs, de ses sentiments, il
n’était pas la soi-disant machine " objective " qui décrète.
Connerie des critiques de ce temps se voulant des robots infaillibles. 10- Reçu
plus tôt un courriel des Trois-Pistoles. Mon Victor ne peut me répondre
pour ce brûlot À signer ensemble. Il est tout pris par ses textes télévisuels
pour un projet de futur téléroman. Sa secrétaire, Katleen ‹il en une,
lui ? ‹ m’annonce qu’il me reviendra ce week-end. Mais je ne sais
plus si c’est vraiment le bon moment ‹maudit 11 septembre‹ pour mon
appel en faveur de nos felquistes d’antan, pour qu’on leur reconnaisse
un rôle historique adéquat. Mmm Le
pâté chinois de " l’école de Sainte-Adèle " ? Très bon.
Raymonde
me montre toutes ses corrections faites hier pour mon petit livre "
Écrire " à paraître chez V.-L. Beaulieu. Toujours forte, cette chère
" première de classe ". Bon, corrigeons, corrigeons; que
l’aspirant écrivain le sache : ça ne finit pas. Travail plate et
indispensable néanmoins, cette prose pour JOURNÉES NETTES n’est
pas révisée par Raymonde et ça doit paraître. Vous avez aimé- vous n'avez pas aimé - dites-le, écrivez-le, partagez-le! |
(c) 2001, Claude Jasmin, David Barrière, Marc Barrière