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Jeudi, 13 décembre
2001 |
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Hier,
heure du souper, patatras !, André Dubois, producteur m’annonce au téléphone
: " C’est non ! " Fin d’un rêve. Le " pilote "
vidéo avec ma narration de la vie de Krieghoff est refusé au canal ARTV
par Jacinthe Brisebois (brise coeur va !). Déception grave ? Oui et non.
D’une part, regret de devoir abandonner ce projet captivant mais! Délivrance
aussi. Je n’aurai plus à fouiller les biblios, rassembler des images, rédiger
la synopsis de ma narration (un gros boulot !) , trouver d’autres
sujets. J’étais fin prêt cependant à raconter la vie de Marc-Aurèle
Fortin que j’aime tant. Donc libération ? Oui. Retraiter,
retraiter. Raymonde qui me glisse, voyant mon visage abattu : " Écoute,
lâche donc un peu. Laissons la place aux jeunes nouveaux venus. Tu pense
pas ? " Ma surprise ! Quoi ? je suis un vieux fini ? Au fond, elle a
sans doute raison. Et elle déteste ‹cela lui fait si mal‹ me voir en
déçu. Je sens que je vais finir en me jetant dans mes aquarelles
folichons, dans la cave. À la cave pépère, à la cave ! Hier,
mercredi, un peu de soleil, et puis le gris décembrien. Aujourd’hui
:gris compact partout au ciel. Brume totale, je ne vois plus rien sur le
lac. Que du gris laiteux. Plus d’horizon. Image un peu triste dans ma
fenêtre, un jeudi fantomatique. Courriel : Georges-Hébert Germain, mon
brillant questionneur pour Biographie, m’offre ses " retailles
" d’interviews pour mes archives. J’accepte évidemment. Du stock
pour mon " ramasseur d’épaves archivistiques " Jacques
Prince, le dévoué gardien de mes papiers intimes, rue Holt, à la B.N. Des
lecteurs se diront : jasmin ne cause pas des actualités du Proche-Orient.
Tour d’ivoire ? Non. Je ne rate pas les nouvelles, oh non. Étonnante
constatation le matin : depuis que je suis plongé dans ce " journal
" de Cocteau, je parcours nos deux quotidiens d’une main leste,
sans y prendre grand intérêt ! Je l’avoue volontiers : la lecture
" cocteauienne " des faits et gestes des intellos et des
artistes de Paris me fascinent totalement. Les actualités me semblent
fades. Je constate ma passion pour la vie littéraire (même de ces années
de guerre), je vois bien que c’est la seule grande attraction de mon
existence. Lire
sur Gide, Sartre, Claudel, Mauriac (que Cocteau fustige avec ardeur,
culpabilisé par ses activités alors que Paris est sous la botte
allemande) me captive mille fois plus que ce Ben Laden cerné, que cet
Israël aux prises avec les désespérés (terroristes donc forcément )
Palestiniens. Devrais-je en avoir honte. Sais pas. Je n’y peux rien.
J’achève la brique de 600 pages, c’est les alliés dans Paris, les émeutes,
les " collabos " pourchassés (ce qui l’énerve, lui fait
horreur, vu les précipitations ), c’est le Général De Gaule au balcon
de l’hôtel de ville (de Paris). Cocteau va passer au tribunal "
d’épuration ". On lui reproche sa grande amitié pour le sculpteur
berlinois, vivant à Paris, Breckner, un ami intime de Hitler. Ah
oui, un journal (été de 1944) épatant quand on observe cette chamaille
effarante, l’anarchie totale, dans la France enfin délivrée. Revoir
en pensé, avant-hier, au soleil notre marche sur l’ex-chemin de fer.
Les cascades grondantes. Les arbres nus. Les sommets mauves et gris. Vers
17 h., sommes allés, comme depuis deux semaines (découverte tardive !)
fureter à ce drôle de " magasin " de l’Institut hôtelière
(école publique, ici) où l’on offre, pour pas cher, les " travaux
" culinaires, frais " du jour ", des étudiants. Des journées
nulles. D’autres excitantes quand " le devoir " du jour est
une bonne cuisine, un peu grasse, à la française souvent. Canard,
poulet, poisson, boeuf, porc, pâtes fraîches, foie gras, creton, pâtisseries,
etc. Raymonde
inquiète de ce service, à deux rues pas de chez nous, presque gratuit,
parfois délicieux, et à bon marché. Une sorte de honte insolite. Bizarre.
Comme si on allait lui arracher son pouvoir, son devoir ?, de préparer
notre bouffe quotidienne. Je ne fais que les petits-déjeuners et les
sandwiches du midi. " LE " vieux rôle féminin. Je lui
dis : " Allons, sois tranquille, tu n’as pas fait assez de repas
depuis toutes ces années ? Non ? " Elle en convient et
pourtant, elle semble hésiter à se servir à ce comptoir à l’occasion
formidable, y va comme à contrecoeur. Je me moque de cette " perte
de contrôle " de la ménagère. Avons
visionné avant-hier soir, un film se déroulant de nos jours à Marseille
: " La vie facile ". Titre ironique. Une vie effrayante. Une mère,
marié à un paresseux, chômeur permanent, aux prises avec sa très
jeune fille, mère célibataire inconséquente, abonnée à la " coke
". Pour l’empêcher de continuer à se prostituer, cette jeune mère
qui travaille à la poissonnerie du port, lui achète sa drogue. Ira
jusqu’à lui faire les injections réclamées, la " maman " à
la dérive devenant une " accro " tremblante. C’est affreux.
Vision cauchemardesque. À la fin, finale troublante, la mère épuisée,
ruinée, endettée, lui administrera une overdose. Mort ! Débarras
!Terrible vie ! On ira au dodo l’âme assombrie. Mon
fils, Daniel, me dit souvent qu’il évite, lui, le " heavy ",
les sujets assommants. Saine réaction, refus du réel ? Je peux le
comprendre. Pourtant nous tenons, nous deux, à voir, constater, ces
illustrations des déchéances humaines, sachant que ces histoire sont
plausibles et qu’il voir toute le réalités bien en face. On se trompe
? Hier,
à la télé, " La Traviata " à ARTV. Filmé en direct de sites
réels ‹Ambassade d’Italie, " hameau " de Marie-Antoinette
à Versailles (visité en 1981), le Petit palais, chambre à l’Île
Saint-Louis‹ bref, pas de décors peinturlurés. Orchestre avec Zubin
Metha, ex-chef montréalais avant Charles Dutoit. Bon spectacle. J’aime Verdi. Avons la cassette de
" La Traviata " de Zeffirelli. Supérieur, à mon avis, son
traitement visuel. Cette
histoire mélo, cul-cul : la courtisane (call-girl mondaine) tombée
amoureuse d’un fils de famille. Oh ! Le papa, noble et digne, qui
s’oppose. Le sacrifice accepté de la putain de luxe. Elle quitte
Alfredo. Larmes. Beaux chants lyriques. Humiliation de la "
guidoune " du jet-set par un fiston se méprenant. Grand aria ! À la
fin, musique maestro !, " l’escorte " à l’agonie qui
retrouve ce fils à papa, repenti, s’excusant. Trop tard ! Chant
de douleur. Elle meurt. Rideau ! Belle musique ancienne, oh oui !
J’arrive donc pas à aimer le bruit actuel, la musique rock, l’Afrique
défigurée, le jazz grossier des tintamarres à la mode. J’achèverai
de lire ( finir le Cocteau d’abord) de l’autobiographie de
Simonne ( deux n) Monet-Chartrand, que j’ai un peu connue jadis à
Radio-Canada. Beaucoup de correspondance ‹des lettres amoureuses et
pleines aussi de reproche fondés‹ avec ce Michel Grande Gueule, toujours
absent, hélas. Qui bourlingue pour syndicats et coopératives à
installer. Grosse famille. Misère même pour cette fille de juge. Cette
ex-bourgeoise qui tente de comprendre le monde ordinaire. De
passages importants. Des chocs. Une existence difficile. " Ma vie
comme rivière ", tome je-sais pas- quoi, illustre un temps mauvais.
Craques et piques fréquentes de madame Chartrand face aux duplessistes
roublards, aux curés bien cons. Capable aussi d’autocritique. J’en étais
sorti avec cette question : un père de famille, tout " preacher
" de gauche soit-il, a-t-il le droit d’espérer aider son
prochain tout en oubliant, en négligeant gravement, les siens ? Oh ! Ce matin même,
à la radio bazzoienne, ce Chartrand, veuf, gueule encore. Il dit : "
43 % des gens d’ici vivent dans la pauvreté. " Eh ! Puis,
j’ouvre le journal : " le Québec, moins généreux du Canada pour
l’aide aux pauvres ". B’en !Évidemment 43 % ne donnent pas, ils
attendent de l’aide. Statistiques toujours connes ! Même lecture : on
va nommer un poète de l’État ! Oui, oui ! À 500 dollars par semaine
à Ottawa ! Je rêve ? Ça parle de Cohen ou de Houston ? Non
mais ! Je rêve ? On dit que cet Orphée étatisé rédigerait de
belles compositions pour les événements marquants. Exemples donnés : un
autre " 11 septembre à New-York ", la visite d’un Nelson
Mendela Etc. Voyez vous
Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Rimbaud ou Verlaine en poètes officiels,
à Paris, écrivant pour chanter le augustes visiteurs étrangers ? Ou
bien Nelligan, Miron, Brault ? Paraît qu’aux Usa, ils ont cela, un
poète d’État. Sacré monde, je vous le dis ! Aujourd’Hui,
jour de guignolée chez tous les médias réunis. Concert rare. Hier soir,
Raymonde, grand coeur, toujours généreuse, me dit : " Pis ? Nous
deux ? Quoi faire ? Un sac, un panier ? Où aller le porter ? "
Je dis rien. Ma mère, sa crainte affreuse de la St Vincent de Paul. De la
charité publique. Même si on manquait de tout parfois. Son orgueil. Sa
fierté. Elle fricassait les restes des restes plutôt que d’aller
mendier à un comptoir paroissial. Je lis aussi : " Faudrait mettre,
ce matin, dans nos paniers aux pauvres une bouteille de vin, pas
seulement et toujours les victuailles de base ! " Je suis très
songeur ! Est-ce que je tiens de ma mère ? Chaque fois que j’entends
parler, par exemple, d’enfants qui n’ont rien pour le lunch du midi à
l’école-garderie, je n’ai pas envie de courir avec un beau petit
panier, pas du toit, non, j’ enrage et je fulmine, je gueule contre nos
gouvernants et leurs dépenses à la con. Je jure que je suis prêt à
payer davantage de taxes, et en impôts, pour soulager ces miséreux. Les
plus taxés du continent nord-américain, nous, sont écoeurés de l’Impuissance
endémique gouvernemental. Et puis je lis que le Européens, les
Français en particulier n’aiment pas donner à des oeuvres charité,
qu’ils exigent plutôt meilleur partage des richesses organisé par l’État.
Ah, je (nous ?) suis européen. L’article affirme que chez les
anglo-saxons, aux États-Unis surtout, le mécénat privé y est florissant.
Mentalité autre ! Que des richards donnent volontiers à des Fondations
caritatives et souvent refusent d’aider les proches, des parents mal
pris ! L’écrivain
Ferron, lui, parlait souvent du devoir sacré d’ " établir "
ses enfants. Mentalité européenne ? Si on veut. Riche ‹ les années de
" téléroman "‹ j’ai épargné pour " établir "
mes deux enfants. Oui, un devoir messieurs les radins, les pingres, les égoïstes. Dérives
des extrémistes des deux côtés des barricades :nous apprenons ce matin
que deux " Étatsuniens
" ( faut plus écrire Américains, nous sommes de trois amériques.
Tous, des Américains), deux juifs, préparaient des attentats aux
explosifs contre des Étatsuniens d’origine arabe, en Californie. Guerre
de l’oeil pour oeil;, dent pour dent, bien judaïque. Mais quoi en
commun entre ces juifs californiens, confortables, et ces déplacés en
Palestine miséreuse ? Eh ! Raymonde
revient du marché et a loué encore un film recommandé, trois étoile et
demi ! Une histoire bizarre sur un travesti allemand, chanteuse de
cabaret. Pour ce soir. De plus en plus, notre harassement total
devant les incessante publicités criardes. La télé harcelante et si
grossière, si racoleuse, si démagogique, Radio-Canada comme Télé
Québec. Pour
vous en débarrasser :louer des films. Moins de quatre piastres pour la
paix. Bonne solution. Je supporte de plus en plus mal ces criages de
produits divers pour consuméristes compulsifs et
névrosés qui aiment bien, eux, ces marchands à toute heure du
jour. Bêtise. Mépris encouragé par les détenteurs ‹temporaires‹ de
nos ondes qui sont publiques. À quand un vrai bureau de
surveillance, pas ce CRTC mollasson. Les pubs avant et à la fin
d’une émission, jamais pendant. Surtout jamais avoir le droit de
coupailler un film. Seul Télé Québec a du respect pour le cinéma. On
en voit de ces gueulantes mercantiles jusque sur les canaux spécialisés,
au début, hypocrites, moins mais maintenant de plus en plus, Canal
D, Historia, ARTV même. L’horreur du magasin général grand ouvert
dans la demeure privée des citoyens ‹qui vont payer plus cher les
camelotes publicisés, car ces annonces font grimper les prix forcément.
Insupportable ! La
noirceur. Je monte écornifler les " devoirs " des élèves en
cuisine ! |
(c) 2001, Claude Jasmin, David Barrière, Marc Barrière