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Par Claude Jasmin
(L'auteur est écrivain, aussi céramiste et
aquarelliste. Il a été critique d'art (La Presse) et professeur
d'histoire de l'art (Institut des arts appliqués).
Le roi des habits ?
Le monument à Duplessis, du sculpteur académique Brunet, inaugurait,
hélas, l'ère des " beaux habits " bien pressés. On a vu un
Lesage arborant, lui aussi, un " habit propret " tout de bronze.
La " quétainerie " en sculpture se poursuit allégrement.
Récemment, le public a pu voir le " petit " René Lévesque,
lui aussi, en pied, habillé d'un " costard " ultra réaliste.
Quelle horreur visuelle ! Quel vide esthétique ! Quel manque totale
d'imagination chez ces sculpteurs. Ce Bourgault-sculpteur (du Lévesque)
est devenu : " Le roi des habits "!
Avez-vous vu le De Gaulle aux abords des Plaines d'Abraham ? On a envie
de pouffer de rire devant cette grande image métallique exhibant avant
tout, un costume de général d'armée. Pouvez-vous imaginer ces
sculpteurs obsédés à modeler des boutons de manchettes, la palette d'un
képi et des "turn-up " de pantalon ? La pénible mode actuelle
d'un art " soviétique " relève de l'artisanat des "
musées de cire ", aux momies figées. Les responsables (commandeurs
et accepteurs) de ces " beaux habits " sont des irresponsables.
C'est le triomphe des ignorants en histoire de l'art, ou celui des
démagogues intéressés à ce que l'art des sculptures publiques
rétrograde sans cesse. Vite qu'un journaliste nous fasse savoir les noms
de ces " retardés mentaux ".
Du banal " window display "?
Nous pouvons comprendre, et admettre, que le visage d'un grand homme
politique, soit bien reproduit, " fidèlement " comme on dit.
Mais tout le reste, les deux tiers, les trois quarts dudit monument, le
bel habit quoi, relève d'un statuaire digne du " window display
" le moins imaginatif. Cette énorme partie bronzée sous une tête
(un torse suffirait) n'est qu'un mannequin anonyme revêtu d'un costume
réaliste. Une banalité navrante, une lourdeur dérisoire.
Le grand public n'apprécierait pas une abstraction, c'est tout entendu.
Mais, bon sens, il reste bien d'autres façons d'illustrer nos grands
hommes. Un symbolisme imaginatif, par exemple, serait de mise. Pour ce
faire il faudrait faire appel à de vrais artistes, des concepteurs
modernes, nous n'en manquons pas. Un monument pour jardin ou parc public,
se doit de recourir à des symboles, à un ensemble un petit peu
élaboré.
Le simple loustic, l'honorable badaud, sans avoir été initié à l'art
actuel, est très capable d'apprécier le lyrisme merveilleux des
monuments publics anciens comparé avec cette affligeante pauvreté
visuelle des " habits " des Lesage, Lévesque et autres.
Décadence ? Oui. Aussi ignorance crasse des décideurs. Est-ce qu'on a
fait des appels de soumission (de maquettes), avec jury compétent et
auprès des créateurs valables avant d'en arriver cet " habit "
niais de Lévesque ? Cet enquêteur-journaliste devrait enquêter
là-dessus.
Un peu d'imagination s'il vous plait !
Il est très grave de constater que des monuments publics
‹payés par nous tous‹ ne fassent qu'exposer des " habits plus ou
moins bien pressés ". Même un sculpteur moyennement doué
parviendrait à composer un monument un peu imaginatif. Pour y arriver il
n'aurait qu'à installer dans sa composition quelques éléments
(symboliques) immortalisant la pensée, les idées-forces, le grand
dessein, les actes importants du grand homme.
Le visage ‹reconnaissable, je veux bien‹ sorte de masque funéraire du
héros, ou un torse, trouverait sa place dans un monument conçu par un
vrai créateur. Ce visage serait intégré naturellement parmi des
éléments sculptés commémorant l'action dudit personnage. Les
promeneurs ‹actuels ou futurs‹y liraient mieux un temps fort, une
époque, percevant adéquatement le souvenir utile du grand homme. Mais
non, en haut lieu, on préfère accepter cet art néo-réaliste qui était
obligatoire sous le stalinisme. Assez du " roi des habits " !
Les " vieux " sculpteurs de jadis ‹Laliberté, Suzor-Côté et
tant d'autres‹ avaient autrement meilleurs talents et cela est un comble
en ce début du vingt et unième siècle.
POST SCRIPTUM :
Évidemment les Rodin, Arp, Moore, Gonzalez, Brancusi sont rares. Un
Lesage par Robert Roussil ou un Lévesque par Armand Vaillancourt,
auraient été des compositions stimulantes et mémorables. De tels
créateurs auraient sans doute accepté dans le devis de commande
d'insérer un visage, une tête, voire un buste réaliste, du personnage
illustre mais ils n'auraient pas fait d'un " simple habit " 90%
de leur monument public. De plus jeunes créateurs, bien formés, ne sont
pas appelés à soumettre une maquette, hélas. À quoi bon nos écoles
d'art alors ?
(30)
Claude Jasmin
Sainte-Adèle
20 juillet 2001
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