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Claude Jasmin, écrivain
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Par Un des nombreux dirigeants (subventionnés) en salons-du-livre (au Saguenay ) se lamente : « Avec les coupures, un salon du livre deviendra un simple magasin de livres ». Et sus à dame Line Beauchamp, ministre-ès-culture. Mais quoi ? C’est exactement cela un salon…du livre, allons. Lâchez-nous le mot « salon » qui fait très 19 ième siècle et sonne si faux. C’est une « foire commerciale » qui n’ose pas dire son nom; pourtant le mot « foire » ne mord pas ! Chaque année, la plus grosse et la plus franche manifestation du genre se tient en Allemagne (à Francfort).
Ici, chaque année, il y a 5 ou 6 écrivains « favoris »
qui amènent de petites foules aux kiosques-à-dédicaces. J’ai eu mon
tour jadis. À Montréal on proclamait cette année : « Venez,
plus de mille auteurs présents ! » Un farce ? 995 écrivains
observaient les quelques dédicaceurs-à-la-chaîne. Ce mince peloton de
chanceux, le petit gang des élus-de-l’année : Aznavour,
Beg-bédé,
Yann Martel, la belle Arlette et ses sauces à rallonge. Et qui encore ?
Ça change chaque novembre.
« SI
J’ARA SU, J’ARA PAS VENU »
Quelques sept ou
huit grosses maisons d’édition (dont celles de Paris) installent de
splendides
Drôle de commerce…non-rentable ! Consolation, on m’offrait
des « rencontres » sur quelques tétreaux aux angles de la
librairie géante. Jasette-à-micro avec des collègues. Vendredi (
modeste cachet) avec Kattan et Archambault, sous Fugère. . Samedi,
(sans cachet mais… du chocolat !) « Génie-en-herbes »
sous Paul Arcand. Dimanche (pas de cachet) avec la divine Clémence,
sous Miss Bombardier jr.
Pour tous les autres, rien de cela. Rien. C’est trois heures
d’absence à mon « petit coin » quoi ! Aznavour, Martel et
Cie, très entourés, ont mal au poignet, eux. 995 écrivains se disent
peut-être : « si j’ara su, j’ara pas venu ».
J’ai entendu des éditeurs (pas Grasset-Seuil-Gallimard ) affirmer :
« C’est pas payant ces salons mais c’est une vitrine ».
Les allées centrales, voies royales sur tapis rouge, débordent de
bouquinistes-du-week-end avec plein de voiturettes, de poussettes et
d’écoliers ramasseurs de signets signés. À voir cette foule,
on se dit que Montréal est une ville intellectuelle. Or c’est un
leurre. Une illusion. Exactement comme pour le jazz, l’été. Parade
de courte durée.
Cette étrange et bien courte « fête-du-livre » est
un vaine mascarade subventionnée par l’argent public, la semaine
d’après, les librairies, débarrassés de ces odieux « concurrents
d’une fin de semaine », restent des lieux, hélas, très peu fréquentés.
Questionnez ces valeureux « marchands de livres ». Le régime
Charest, pas si libéral qu’on croit, vient de mettre un petit cran
d’arrêt à ces gigantesques magasins. Plein d’organisateurs,
bureaucrates salariés —supportés par de merveilleux bénévoles—
blâment la minisse-des-arts, Line Beauchamp. Pas moi. CONCOURS, AUBAINES, TIRAGES, BINGO
Je recommande à ces plaignard subventionnés de mieux montrer un
visage franchement commercial, qu’ils se ré-orientent vers
commerce-et-commerce : suffit de jouer la carte-culture. Bas les
masques ! Place à la franchise des marchands ordinaires. Les éditeurs
abandonneraient leur 30 % ? Oh ! Les distributeurs feraient pareillement
! Pourquoi pas les imprimeurs, les éditeurs leur 15 % ? Oh, oh ! Il y
aurait offres de bons-rabais. Des concours à gages. Des aubaines
cocasses bien réelles, genre dix
exemplaires de « Caleb-filles » en incessants tirages-bingo.
Et, sans cesse de beaux prix de présence. Sans arrêt, un coin loft-story.
Aussi un coin « livres usagés ». Encore ? Tiens, un coin « vedettes-qui-lisent ». Avec plein de Roy Dupuis, de Marina Orsini, costumés, à des lutrins lumineux, pour des sketches dramatiques. À vos marques populaires cinéastes, téléastes chéris du public !
« Oui, oui, dit le loustic, on est disposé à payer des
frais d’entrée, amenez-nous le homard-Wilfred qui chante du Nelligan,
le gras Brière-Bell en Ti-Zoune découvrant Agakuk-en-poche. Séraphin-Lebeau
avec sa poche « d’argin » remplie de luisantes
beauchemineries, viande à chien ! Un
beau Survenant, nevermind,
avec sa vieille-fille martyre, récitant du Miron-mironton. Aussi, les
chassés d’un loft
fench-kissant le tigre de Pi ! Foin des pudeurs littéraires !
Foin des aristocrates-du-livre ! Sus aux afféteries intellectichiantes.
Ce sera « à guichet fermé » les scènes payantes, vous
verrez ! On aura une vraie foire et les foules seront ravies. Tous nos
marchands —y compris les éditions en gastronomie, jardins et
horoscopes— se passeront enfin des subventions-de-dame-beauchamp. Séguin
le disait : « Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour
l’État ». Ainsi on aurait un vrai « centre commercial »
temporaire de bouquins variés avec tant d’attractions bien
publicisées au lieu de ce soi-disant « salon littéraire »
pour cinq « meilleurs vendeurs» annuels. Stoppez le puritanisme
et assumez la vocation marchande. 21-11-2003 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||