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Claude Jasmin, écrivain |
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Un temps, jeune, je cachais mes embryons de romans. N’en parlais à personne surtout. Mon secret. Une sorte de honte ? Oui. Fringant, vouloir passer pour un gagneur, un qui filait toujours droit au but sans fléchir. Vers 1995, devant déménager d’une maison familiale vers un petit condo, traînant une trentaine de boites de « papiers » divers —photos, correspondance, poèmes de jeunesse, projets de cinéma, de radio et de télé— j’ai offert mes paperasses aux archives de la Bibliothèque nationale. Là, rue Holt, à Rosemont, Jacques Prince me dit : « Avez-vous dans vos cartons des romans inachevés ? » J’ai dit en riant : « Oh oui, pas mal ! » Lui : « Ah, c’est formidable cela, merveilleux ! » Étonné de sa joie, je découvrais l’intérêt de ces bouquins avortés, abandonnés en cours de gestation. En effet, ces avortons peuvent signaler un aspect —hélas dévalorisé— de l’activité scripturaire, d’un pondeur compulsif dans mon genre. Des chercheurs en littérature québécoise, un jour - quand? en 2050?— tripotant le « Fonds-Claude-Jasmin », à la B.N. (je serai mort !) trouveront utiles ces « essais et erreurs », ces tâtonnements. Pour mieux comprendre mon itinéraire ?
POUR TUER LA LITTÉRATURE Mais, en 2001, je décidais de stopper « la littérature », le fictif (plus ou moins dabs mon cas ). Je voulais abandonner à jamais « le » roman. J’avais donné. Je croyais moins au « besoin » des romans avec tant de cinéma, tant de télé dramatique, médias populaires très capables de narrer « des histoires », de fournir de la fiction aux Québécois. Pour mieux m’y décider j’ai donc publié mes « adieux » dans « Écrire : pour l’argent et la gloire » aux Éditions Trois-Pistoles. Ensuite, cohérent, j’ai commencé à tenir mon journal sur Internet, poussé par Marc Barrière, le brillant installateur de mon site. Le tome 2 (« Tuer le temps ») sortira au Salon de Québec très bientôt. Comme je le disais récemment dans ma « Conversation » avec Denise Bombardier à TV 5 : « Oui, un journal pour tuer l’écrivain en moi, tuer la littérature ».
Y REVENIR POURTANT, COMME MALGRÉ MOI ? Seuls les imbéciles ne changent jamais d’idée ? J’étais comme taraudé par une vieille idée, un vieux souhait d’il y a bien longtemps : parvenir un bon jour à faire un roman très important pour les Québécois, un ouvrage disons… emblématique. Un bouquin qui raconterait l’essentiel. Un seul. Avant de disparaître. Projet d’importance et, je reste lucide, presque risible par son ambition. Nous rêvons de cette façon les littérateurs. Oui, j’y repensais encore, en 2002 : « inventer un livre qui compte ». Aussi candide —ou illusionné— que quiconque, je me disais avoir déjà publié quelques livres solides, importants —mes cinq premiers, et cette « petite patrie », et « La sablière », deux ou trois autres— mais…et… pourquoi pas un dernier ? Bien plus fort si possible. « Adieu mes adieux à la fiction », et me voilà donc replongé. Plongées suffisamment sous-marine ? Galères voguant au pays du « ça », mister Freud ? Vous le voyez ici, ce sera trois, quatre, cinq… essais. Il y en aura d’autres ? Je ne sais pas. Avortement chaque fois. Non, ce n’était pas assez bien parti. Pas assez fort. Je mettais les freins. Je refermais ma machine et rangeais ces « débuts » ( débris ?) —sur ce site web. À lire pour observer un chercheur naïf. Faux départs ? Mais oui. Et après ? Aucune honte niaise ne m’habite désormais. Ici, l’écrivain mis à nu. La fragilité montrée quoi. C’est dit : sur des bouts de papier, dans mes calepins du diariste, je note encore et toujours des idées pour ce roman final. Ah, trouver « le » bon filon un de ces jours ! Je suis un vieux navigateur en eaux calmes mais je guette. Quoi ? Un orage surprenant ? Une tempête excitante ? Un récif coriace ? Un rivage éblouissant ? Une caverne nue. Des grottes où nul n’a mis les pieds ? Une étonnante riche terre vierge ? Je guette, mine de rien. Je garde ma voile ouverte au cas où… Claude Jasmin (mars 2003) |
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