Pleure pas
Germaine:
Un réalisateur belge (Alain de Halleux), le livre à succès d'un auteur québécois
(Claude Jasmin)...
Première sortie: Festival du Film de
Montréal, à l'horaire le 31 août, 1er et 2 septembre 2000. Sur
les écrans au Québec : 12 janvier 2001. Sortie en cassette
vidéo: 22 mai 2002.
Le film a remporté
le Prix des critiques au festival du film de GAND (Belgique) et le
Prix du public au festival de Mannheim-Heidelberg (Allemagne), en
fin d'année 2000.

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Sur "Pleure
pas Germaine"
Liens sur le
film "Pleure pas Germaine"

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Une aventure
rare!
Permettez à un romancier québécois de raconter à vos lecteurs une
aventure excitante. Un producteur de cinéma belge, Éric Van Beuren
(Alligator Film), revenant d'une excursion dans nos territoires dont la
Gaspésie, veut lire, dans l'avion du retour en Belgique, un roman d'ici.
À Mirabel, une libraire de l'aéroport lui conseille de lire Pleure
pas Germaine puisque ce producteur-voyageur lui révèle son
enthousiasme pour la Gaspésie. C'est un coup de foudre, m'expliquera-t-il
dans une première lettre. Mon récit le fascine tant qu'il s'en fait
aussitôt un projet de cinéma. Oui, Van Beuren veut absolument en faire
un film.
Et il va le faire et il l'a fait! Car voilà que sa version filmique de Pleure
pas Germaine (il a gardé mon titre) sera montrée au dernier Festival du film de Montréal.
C'est le premier film de fiction du
réalisateur Alain de Halleux, qui a rédigé (avec l'aide de son
producteur, Éric) le scénario. Je l'ai vu récemment sur une cassette
vidéo et j'ai applaudi volontiers à l'adaptation visuelle du livre. De
Halleux a trouvé des équivalents géographiques pour ce périple
tumultueux, qui est aussi une quête de vengeance, l'aînée des enfants,
Rolande, passant pour une victime assassinée bassement. Tout y est, avec
une fidélité totale aux séquences de mon récit, transposé en Europe,
Belgique, France et la frontière espagnole.
Liste noire au ministère à Québec!
Or, il y a une "petite histoire" à narrer à propos de ce
roman, Pleure pas Germaine. La fameuse querelle du
"joual" éclatait durant l'été de 1966. Adversaires et
partisans du néoréalisme de cette époque se colletaient sur la place
publique. Nous étions quelques-uns à vouloir renouer avec le monde d'Au
pied de la pente douce, le monde de Bonheur d'occasion, mais
avec des armes nouvelles, un certain réalisme, plus direct. Aux
"Affaires culturelles" à Québec, on allait même dresser une
"liste noire" des "joualisants". Et malheur aux
professeurs de littérature québécoise qui osaient mettre au programme Le
Cassé de Renaud ou Les Cantouques de Godin! Le sous-ministre
Guy Frégault, scandalisé par l'intrusion du populisme dans nos belles
lettres, y voyait studieusement. Cette censure d'État fit tout un chahut
à l'époque. Hélas pour les frileux du "bon perler" et du
"bien écrire", Pleure pas Germaine obtenait dès sa
parution (encore très actif en "poche" chez Typo) un énorme
succès populaire. Édité à l'automne de 1965 par Gérald Godin (chez
Parti pris), le roman fut réimprimé sans cesse et encore aujourd'hui.
Réginald Martel en a parlé comme d'un "classique québécois".
On verra que le film belge a transformé ma belle grasse Germaine rousse,
émigrante de la Gaspésie dans la métropole, jouée par l'actrice Rosa
Renom, en une svelte et dynamique émigrante espagnole de Bruxelles,
toujours amoureuse et confiante en son "homme", Gilles. Ce
Gilles Bédard, joué par l'acteur belge Dirk Roofthooft, misérable
héros, pauvre hère ballotté - d'Alain de Halleux n'est plus cet osseux
et ténébreux ouvrier en chômage du nord de Montréal mais un solide
gaillard chauve, impétueux chômeur dans le pays de Brel, et paternel...
à sa drôle de manière. Tout à fait comme dans mon roman. Mes enfants
du roman, joués par Serge Larivière, Cathy Grosjean, Benoît Skalka, y
sont formidablement bien campés, pauvres petits suiveurs obligés de ce
jeune couple en fuite. C'est un road-story. C'est un film modeste, plein
d'allant, de vivacité, évoquant la misère de la banlieue industrielle
actuelle. Rien à voir avec les machines technologiques hollywoodiennes!
Illustrer les démunis, les exploités: un scandale!
Comme Renaud ou Godin, en 1965, je voulais non pas valoriser le joual,
comme des conservateurs excités le crurent, mais illustrer ceux qui
parlaient le joual, les laissés-pour-compte de notre société. En 1965,
lors de la parution, le refus - et le mépris aussi - des Jacques de
Roussan (il publiait: "traduit en bon français ce roman
obtiendrait le Goncourt"), Gilles Marcotte (qui ironisa le propos
par une illisible critique "jouale" écrite au son), Jean
Éthier-Blais ("Nous ne commentons point cette sorte de
littérature"), André Major ("Tu pourras toujours
pleurer Germaine, tes enfants ne te comprendront même plus!")
faisait de Pleure pas Germaine un livre régionaliste, de portée
locale. Mais voilà qu'un producteur européen y voyait, lui, un thème de
portée universelle. Et il décidait de le prouver. Plus de trente ans
plus tard, les nombreux lecteurs de mon roman comprendront ma fierté et
mon plaisir. Quelle vengeance! J'espère qu'ils apprécieront le film
malgré le "dépaysement" autant que je l'apprécie.
Claude Jasmin
publication
de cette lettre ouverte : La Presse et le Devoir, le 9 août 2000
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