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"Si notre terre s'affadit, il y aura Miron"
Par Claude Jasmin Texte présenté sous pseudonyme au concours SIDAC Plateau Mont-Royal Lauréat, été 1997, Texte inédit à paraître chez Lanctôt, printemps 1998
TU ES PARTI, le poète? où vas-tu aller? Gaston Miron, où? Ne nous quitte pas , ne va pas trop loin Gaston Miron. Tu n'avais pas fini ta besogne, poète, reste parmi nous J'entends encore ta voix de mâche-fer, Gaston Miron le poète Au dessus de la ville, on voit encore tes marques, tes signaux TU N'ES PAS PARTI, le poète, pas vraiment, je t'entends encore Tes rires à pleine gorge, tes imprécations, ta poésie raide Reste un peu, reste à veiller Gaston Miron Ne me quitte pas, le poète, veille sur moi, veille sur nous tous Hante la ville, épie nos campagnes, Gaston le poète Toi, le grand rôdeur de nos angoisses Reste un peu parmi nous, encore un peu, juste un peu ai. TU ES PARTI trop vite, trop jeune, tu me manques Gaston Miron Sois le bon fantôme de nos nuits, la lumière dans nos vies Ta parole nous hante, tes mots nous cernent encore, le poète Mon grand disparu trop tôt, fais moi signe Miron Miron, ta trace est partout, dans mon cur, sur nos visages TU N ' ES PAS VRAIMENT PARTI, je me souviendrai de toi Ta frustre silhouette dans nos rues et nos squares Mon beau bonhomme de âge, mon monument d'humanité Gaston Miron, tu restes mon image lumineuse, mon beau souvenir Regarde, Gaston, nous restons debout dans ton pays magané Regarde, nous lisons ta parole survoltée, ton langage d'amour Baptèche, Miron. tu n'es pas mort le poète le bel original C'EST VRAI, TU ES PARTI mais je tiens ton héritage de mots Je tiens ton regard sombre, tes cris, tes saluts, tout ton visage Tu es présent dans nos tourments, dans nos espérances Ton âme rôde à n'en plus finir dans notre paysage amer Ton courage, Miron, ta musique, Miron, tout nous est laissé! TU ES PARTI, le poète, j'ouvre ton baluchon, il y a la vie Ton esprit plane au dessus de tout, ses grognements, ses soupirs Ton harmonica ne rouillera jamais, flèche d'or dans nos veillées Ta chanson d'amitié et d'amour, Gaston, je l'entends toujours Ta complainte m'enveloppe, Gaston, me tiraille, me trouble TU N'ES PAS PARTI, le poète, on nous a menti au cimetière Sainte-Agathe dort mais toi , Gaston, tu es ma vigie Tu es mon phare de poésie, tu es la mer et le fleuve d'ici Tu es un bateau ivre de mots, un vaisseau d'or luisant Tu restes parmi nous, tes pauvres tricots desserrés Tu mords encore dans tes phrases de toute beauté TU ES VRAIMENT PARTI avec ton gros dos, tes larmes sucrées La bouche ridée, les dents serrées, les mots ouverts Miron, je revois tes mains en ailes battantes J'entends toujours ton rire, tes éclats, Gaston Miron Nous écoutons tes pas dans un jardin de dentelles de frimas TU AS FAIT SEMBLANT DE T ' EN ALLER, tu écris, debout, face aux vents Pas un matin, pas un soir ne vient sans que je te vois Les jambes écartées, la bouche ouverte, le cur ouvert Reste un peu encore, la nuit nous fait peur, Gaston Reste avec nous encore un peu, répète ton hymne aux rapaillés Redis-nous ta confiance, poivre-nous de paroles d'argent NE PARS PAS, ne pars jamais, je te serai fidèle Miron, je t'aime J'ouvrirai ton livre comme l'abbé un bréviaire sur sa galerie Je te lirai encore demain et dans l'éternité Le Saint-Laurent se sauve sans cesse, Miron, reste avec nous Les Laurentides verdissent et puis s'enneigent, toi, reste ici Gaston Miron, décembre '96, m'a fait mal T'EN VA PAS, le poète, ne nous oublie pas, l'enfirouapé Je t'entends gueuler dans la tourmente Gaston Miron Nous t'écoutons toujours, tu ris, tu pleures, tu fais l'ange Tu te déguises, troubadour gercé au Carré Saint-Louis Tu fais le clown et tu fais le sage, tu résistes et tu cognes T'EN VA PAS, Gaston Miron, le temps de la poésie s'incruste Donne nous la main dans le noir et gigue encore Tes sourires sont une si belle folie dans nos poudreries Gaston Miron, il y a des oriflammes rouges sur ta poésie Il y a du vent, des processions, il y a ton toupet au vent Voici du point dans ta mort, voici des bras et des plumes Tu nous as ensemencés avec tes libertés, tes sonorités TU T'EN ES ALLÉ pour regarder mieux tes horizons du pays québécois Je le sais, Gaston ,je le sais, arpenteur de nos âmes Tu es sorti du monde et tu entres dans l'univers du souvenir Nous apprendrons longtemps tes itinéraires de beau saltimbanque Nous marcherons dans tes plantations de mots sacrés TU PEUX T'EN ALLER, c'est un mirage, l'illusion de la mort Tu es vivant en Gaspésie et en Abitibi, tu bouges un peu partout Tu restes le gigoteur, le flambeur, le bruyant marcheur Tes semelles de neige, ton pas de boue, tes allures de grand vent Tout nous rappelle tes grands coups de gueule dans le pays VA-T-EN, Gaston Miron, vas-y, vase d'argile, glaise cuite, poème Va où tu veux, ne te retourne même pas, nous te suivons Partout, nous écrirons ton nom, dans tous les cahiers de l'espoirs Va, le poète, l'éternité n'est rien, l'amour est tout Et tu nous aimais, tu nous a aimés, faibles, médusés, inquiets VA, VA, VA Gaston Miron, tu es libre désormais, tu as tout gagné! Notre souvenir, nos haleines, nos sueurs, notre amour total.
Fin
Transcrit par Laurent Barrière
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